Le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » est le premier convoi de répression parti de Compiègne et, dans cette catégorie, celui qui a connu le taux de mortalité le plus élevé (89 %). Il déporte vers Auschwitz entre (nombre donné par plusieurs rescapés) et . La liste de départ n'a pas été retrouvée mais on sait, grâce à une liste des convois arrivés à Auschwitz en 1942 (dressée par des résistants du bureau d'enregistrement du camp), que furent immatriculés à leur arrivée le (les numéros sont dans la série , d’où le nom attribué au convoi). À Metz, trois déportés (au moins) ont réussi à s'évader. Le nombre de qui figure dans la base de données de la Fondation pour la mémoire de la déportation représente le nombre de ceux dont l'identité a été retrouvée ; 90 % de ces hommes étaient des militants ou des sympathisants communistes, déportés en représailles des premières actions armées de la résistance communiste. Cinquante otages juifs faisaient partie de ce transport.

Un convoi singulier thumb|Vue de l'entrée du camp de Birkenau. Le convoi du occupe une place singulière dans l’histoire des déportations de France. Il est le premier convoi de répression à quitter le camp de Compiègne pour les camps de concentration et d’extermination nazis, et le seul de . Il est aussi le seul convoi de résistants — avec celui des déportées le — à avoir eu Auschwitz pour destination finale. Sa composition est par ailleurs atypique, puisqu'aux côtés d'un millier de communistes (responsables politiques du Parti et syndicalistes de la CGT), se trouvaient une quinzaine « d’otages asociaux » et une cinquantaine de Juifs arrêtés comme tels., ces derniers étant, sauf cas exceptionnel, déportés dans des convois spécifiques directement vers l’extermination.

Au bout de deux jours d'un transport extrêmement éprouvant en wagons de marchandises, eux sont enregistrés au camp principal d’Auschwitz, entre les et 46326. Pour les détenus du camp qui se désignent par la série de leurs matricules, ils sont des « 45000 » (ou, pour trois cents d’entre eux, des « 46000 »). Après leur retour, les quelques rescapés ont continué de se nommer sous le nom de « 45000 ».

Seuls 119 de ces « 45000 » ont survécu à la guerre. Plus de sont morts à Auschwitz (les autres au cours des transferts entre 1944 et 1945, soit un taux de mortalité de 89 % des effectifs du convoi initial, qui représente le taux de mortalité probablement le plus élevé des convois de répression, dont la moyenne a été de l’ordre de 40 %).

Un convoi d’otages juifs et communistes Exécutions massives et déportation de représailles

Il s’agit d’un convoi de représailles formé, à l’origine, par l’administration militaire allemande afin de dissuader les dirigeants et les résistants communistes de poursuivre la guérilla urbaine, commencée en , deux mois après la rupture du Pacte germano-soviétique, sous la forme d’attentats contre des officiers et des troupes de l’armée d’occupation. Après avoir ordonné en des exécutions massives d’otages, Hitler décide en 1942, d’y ajouter, la déportation de et Juifs pour chaque nouvel attentat. Ces mesures de représailles s’inscrivent dans la croisade hitlérienne contre « l’adversaire idéologique et racial du peuple germanique » : le « judéo-bolchevisme ». C’est ainsi que les deux premiers convois de la « solution finale » sont également partis vers Auschwitz sous le prétexte de la politique de représailles.

À partir de , des otages sont fusillés en nombre grandissant après chaque nouvel attentat. Ce sont des communistes dans leur très grande majorité.

À partir d’, les représailles deviennent massives : les 22 et , sont fusillés à Châteaubriant, Nantes et dans la région de Bordeaux, et sont exécutés le . Au début de , le général Otto von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation et chef de l’administration militaire allemande en France, propose à ses supérieurs de remplacer les exécutions massives d’otages — qui créent de plus en plus d’émotion dans la population — par la déportation d’otages communistes et juifs vers l’Est. Il prépare la déportation de et communistes, mais celle-ci n’a pas lieu à la suite d’un ordre de Berlin qui la repousse à janvier ou .

Les premiers convois de Juifs partent sous le prétexte de la politique des otages. Le correspondant d'Eichmann en France, Dannecker, chargé des « affaires juives » se saisit de cette politique de représailles pour hâter le départ vers l’Est des Juifs de France déjà internés dans des camps français. Un premier convoi de , quitte le camp de Compiègne pour Auschwitz, le .

Cependant, les fusillades d’otages ne sont pas pour autant suspendues : face à la multiplication des actions armées communistes contre des membres de l’armée d’occupation, Hitler ordonne le de procéder, après chaque nouvel attentat, à des exécutions massives d’otagesLe : au Mont-Valérien, le : en ce même lieu et de Souge. et à la déportation de (communistes et Juifs). Le commandant militaire en France y adjoint des « asociaux réputés proches des milieux communistes ».

Dannecker profite de ce décret pour organiser en mai et de nouveaux départs de Juifs vers Auschwitz en quatre convois. Puis, il procède à la déportation d’un millier de communistes choisis parmi les otages rassemblés au camp de Compiègne par le commandant militaire en France. Ils sont rejoints par les quelque cinquante derniers otages juifs « déportables » du camp. Une quinzaine d’otages asociaux font également partie du transport.

Comme pour les convois de Juifs, le départ de ce convoi est pris en charge par le service d’Eichmann (IV-B4 au sein du RSHA), chargé de gérer la « solution finale du problème juif en Europe » bien qu’il s’agisse d’un convoi de répression. dont les premiers sont partis, comme mentionné plus haut, sous le couvert des représailles.

Le choix des otages communistes Le choix des otages communistes est effectué par les services de l’administration militaire allemande (la Wehrmacht). À partir du , le FeldkommandantLa Feldkommandantur est une circonscription de l'administration militaire s'étendant, entre 1940 et 1942, sur un département français (définition donnée par Claudine Cardon-Hamet dans son livre à Auschwitz). de chaque département doit établir la liste des otages à déporter à partir de critères très précis : ces otages doivent être de sexe masculin, avoir entre 18 et , être aptes au travail et avoir été des militants actifs du Parti communiste depuis l’armistice de 1940. Cependant, dans certaines régions, des hommes soupçonnés indûment d’être des sympathisants communistes (quelques radicaux et des socialistes militants de la CGT par exemple, une dizaine au total) sont également désignés.

Cette sélection minutieuse ne peut se réaliser sans les renseignements fournis par la police française (près de 80 % de ces otages avaient d’ailleurs été arrêtés par celle-ci, agissant seule ou en auxiliaire des Allemands) (extrait du procès du général SS Carl Oberg cité dans « La politique des otages sous l'occupation », sur cheminsdememoire.gouv.fr)..

Les futurs déportés sont choisis pour moitié parmi les otages déjà détenus au Camp de Royallieu (Compiègne) en . Les autres sont extraits principalement des camps d’internement français (Voves, Rouillé…) ou encore amenés à Compiègne, dans les jours suivant leur arrestation à la suite d’attentats survenus en avril et mai dans leur région. La liste définitive du convoi est composée de quatre listes alphabétiques successives, dont l’une comporte le nom de la cinquantaine d’otages retirée du camp des Juifs de Compiègne. La liste originale du convoi n’a pas été retrouvée en raison de la destruction des archives du camp de Compiègne et de la plupart de celles d’Auschwitz. Mais elle a pu en grande partie être reconstituée. Les lacunes concernent une dizaine de noms de déportés et des centaines de numéros matricules.

Qui sont les « 45000 » ? Les « 45000 » sont des hommes jeunes ou dans la force de l’âge, ouvriers pour la plupart et issus principalement des départements industriels de la zone occupée — Paris et sa couronne, la Normandie (Caen, Rouen), la Lorraine (Meurthe-et-Moselle). La moitié d'entre eux sont domiciliés dans la région parisienne. Les autres proviennent de la quasi-totalité des départements occupés. Ils sont des militants et des responsables du Parti communiste et de la CGT dont l'engagement remontait bien souvent aux années 1920 ou 1930. Parmi eux, se trouvent d’anciens élus, dont le député Robert Philippot. Un grand nombre d'entre eux avaient été des militants antifascistes, d'anciens membres des Brigades internationales, et des résistants du Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Quelques « 45000 » appartenaient à d’autres organisations. Durant leur internement en France, qui pour certains remontait à 1940, les « 45000 » se montrèrent combatifs et dotés d’un sens aigu de la solidarité et de l’action collective. De nombreux « 45000 » avaient participé à l’organisation communiste clandestine du camp de détention allemand de Compiègne. Au début de , ils se préparèrent à « aller travailler en Allemagne » sans connaître leur véritable destination.

Mille morts au bout de huit mois Le choc de l’arrivée thumb|Mémorial du Wagon de la déportation à la gare de Compiègne. Le , environ quittent le camp de Royallieu (Compiègne) administré et gardé par le SDLe SD est un département du RSHA, l’Office central de sécurité du Reich, dirigé par les généraux SS Heydrich puis Kaltenbrunner, office qui comprend aussi la Gestapo.. Ils sont entassés dans des wagons de marchandises. Tous jettent des lettres sur la voie ferrée qui sont recueillies par les cheminots et transmises à leurs destinataires. Trois d’entre eux réussissent à s’évader avant la frontière. À leur arrivée à Auschwitz, les déportés sont photographiés au camp principal derrière une plaque portant leur matricule et la mention BV-F (criminels professionnels français). Ils ne sont pas placés en quarantaine, ni immédiatement tatoués, car le tatouage n’a été généralisé qu’en 1943. Ils se voient attribuer d’abord le triangle vert des détenus de droit commun, puis quelques jours plus tard le triangle rouge des détenus politiques. La Gestapo du camp leur applique le traitement des prisonniers NN (sigle de , Nuit et brouillard) : leur destination doit rester secrète, ils ne peuvent recevoir ni lettre ni colis, ni être envoyés dans des kommandos éloignés du camp principal ou de Birkenau.

Ils arrivent à Auschwitz dans la période la plus sombre de son histoire en tant que camp de concentration (KL). Depuis sa création en pour briser la résistance polonaise, il est de tous les camps de concentration, celui dont la mortalité des détenus est la plus élevée. De plus, depuis , Auschwitz a été désigné pour devenir aussi un des six camps d’extermination des Juifs d’Europe. Il est doté — à Birkenau — d’un centre de mise à mort où sont installées deux chambres à gaz. Dans cette enceinte, de grands crématoriums, combinant chambre à gaz et fours crématoires sont en construction à partir du .

Les « 45000 » découvrent le camp avec stupeur, en dépit de ce qu’ils avaient appris en France des camps de concentration nazis. Après leur enregistrement, ils passent leur première nuit au camp principal puis sont conduits, le lendemain, à Birkenau. Les chefs de « blocks » les soumettent à des séances de dressage : la « bienvenue au camp ». Ils travaillent durant quelques jours dans les kommandos de construction de ce camp.

Les « 45000 » répartis entre Birkenau et Auschwitz-I