vignette|Incipit Vita Nova (1903), œuvre de Cesare Saccaggi. ou Vie nouvelle est la première œuvre vraisemblablement authentique de Dante Alighieri. D'abord écrite entre 1283 et 1291, la version définitive est rédigée entre 1293 et 1295. L'auteur raconte les différentes fois où il rencontre sa muse Béatrice : la première date de l'enfance et est un véritable coup de foudre, puis Dante continue de l'aimer à l'âge adulte. Elle meurt sans jamais lui avoir déclaré son amour, plongeant l'auteur dans un profond mal-être. Cette œuvre est un prosimètre, c'est-à-dire un texte dans lequel alternent vers et prose.
Datation On ne connaît pas précisément l'année de composition de la (Vita nova), mais elle aurait pris forme entre 1293 et 1295. Dante lui-même affirme que la première mouture de ce texte remonte à 1283, année de ses dix-huit ans, et que sa dernière version remonte à , anniversaire de la mort de Béatrice. Les autres sonnets peuvent être datés de 1293, sachant que les passages poétiques ne peuvent avoir été écrits après 1295. On peut donc affirmer avec une relative certitude que les différentes parties de l'œuvre sont le fruit d'une dizaine d'années de travail culminant dans la synthèse de l'œuvre aujourd'hui sous nos yeux. Le texte final est un assemblage de différentes poésies écrites à différentes étapes de la vie de Dante. Elles sont ensuite réunies en une seule œuvre (la précisément) à partir de 1290, année de la mort de Béatrice.
Structure et thèmes L'œuvre s'ouvre avec une brève préface, dans laquelle Dante développe le concept de mémoire (le livre de la mémoire) comme un dépôt de souvenirs qui permet de reconstituer la réalité non pas dans les moindres détails, mais avec une vue d'ensemble, rappelant l'événement dans ses traits généraux. La suite est rigoureusement construite de 9 en 9 paragraphes, plus une conclusion annonçant la suite de la quête dantienne (et, en guise d'horizon, la future Comédie), soit : 9, 18, 27 et 28-31 (éd. critique de G. Gorni en 31 §, suivie en France par Jean-Charles Vegliante - éd. crit. bilingue Garnier, 2011).
Nous pouvons illustrer le cheminement de l'œuvre par trois étapes fondamentales de la vie de l'auteur. Une première étape où Béatrice accepte de le saluer, source de bonheur et de salut. Une seconde étape où Béatrice ne le salue plus, ce qui cause à Dante de profondes souffrances, mais aussi une croissance de maturité. Enfin une troisième qui voit la mort de Béatrice. La relation n'est plus entre le poète et la femme aimée, mais entre le poète et l'âme de la femme aimée.
Résumé Première rencontre
Dans la Vie nouvelle, Dante dit que porte le nom de Béatrice, car ces dernières ne savaient pas in Vie nouvelle traduite par Maxime Durand-Fardel (commentaire du chap. II). Fasquelle, 1898.. Ainsi, Dante n'a jamais dévoilé le nom de famille de Béatrice. Maxime Durand-Fardel — dans son commentaire de la traduction de 1898 — dit que ce n'est qu'un pseudonyme, .
Sa première rencontre avec Béatrice, se fait alors Boccace a reconstitué cette rencontre, traditionnellement daté du Travail collectif, Revue contemporaine (vol. 99), Hachette, 1868.Gabriel Monavon, La Béatrice de Dante in Littérature contemporaine, vol. 43, Agen, 1890. : Folco Portinari, un riche et important guelfe, donnait une fête pour le retour du printemps. Il avait invité les Alighieri (guelfes de tradition) qui étaient ses voisins. Dante raconte que sa Dame était vêtue de rouge, mais Durand-Fardel pense que ce détail est uniquement parce que c'est une , étant souvent vêtue ainsi. et citant Homère, il la voit .
Deuxième rencontre
Leur seconde rencontre eut lieu quand Dante avait dix-huit ans. Durand-Fardel explique cette longue attente : d'une riche famille, Béatrice n'allait pas souvent dans les rues, et un jeune homme sans relation importante avec les Portinari, ne pouvait pas l'aborder sans bonne raison. De plus, s'il n'est pas indiqué que Béatrice la muse soit mariée, Béatrice Portinari, elle, l'était déjà à cet âge, et il aurait été indécent de voir un homme célibataire fréquenter une femme mariée. Lors de ses deux rencontres avec Dante, elle ne sembla lui accorder aucune espèce d’attention particulière, mais celle-là le fit tomber malade. Dante laisse alors éclater sa passion extrême pour Béatrice habillée de blanc, car c'est la première fois qu'il entend sa voix : . Il rêve même qu'un personnage descend du ciel, et l'apporte dans les bras, nue avec un drap rouge léger, puis il fait manger à Béatrice le cœur de Dante.
Entre la deuxième et la troisième rencontre Après sa convalescence, Dante aperçoit Béatrice à la fête de la Vierge, derrière une autre femme. Cette dernière semblait si invisible aux yeux du poète, que la dame et les personnes autour pensaient que Dante la fixait, et non la Portinari. Mais Béatrice ne sembla pas faire attention à lui. Depuis ce jour, il la suivit, la regarda mais toujours discrètement. , pour qu'on ne voit pas son obsession amoureuse envers la Portinari, il composa d'autres vers pour la dame inconnue, mais qu'il ne reproduit pas, . Cela dit, Dante raconte que peu de personnes sont dupes, et pensent ses assiduités simulées (à raison).
Troisième rencontre Après s'être affligé de la mort de la précédente dame, Dante retrouve Béatrice dans une réunion avec des dames, à laquelle un de ses amis l'avait amené. Mais il se sent violemment tremblant, d'apercevoir Béatrice, si bien qu'il croit mourir. Avec dépit, il rentra chez lui, bien ridicule et mécontent que sa belle se soit moquée de lui avec les autres femmes (), ce dont il se plaindra hautement, ne s'en excusant que plus tard. Durand-Fardel, dans ses commentaires, pense que c'est là un témoignage d'une nervosité maladive, qui rappelle . Mais Béatrice avait montré là qu'elle ne l'aimait pas et il ne sembla pas la revoir jusqu'à sa mort.
Mort du père de Béatrice À la mort du père de Béatrice, cette dernière pleure beaucoup. Quant à Dante, Dans ce chapitre XXII, Dante écrit un sonnet en deux parties : dans la première, il s'adresse aux femmes ayant vu Béatrice en pleurs, puis dans la seconde elles lui répondent et lui disent qu'il ressemble à la Béatrice qu'elles ont vue plus tôt.
À la suite de ces évènements, il tombe malade et ne retrouve la santé que le neuvième jour, où, pris de douleurs intolérables, il repense à Béatrice. Cela le fait réfléchir sur la fragilité de la vie, mais dans ses divagations, . Il croit ensuite voir un nuage blanc montant au ciel (l'âme de Béatrice, d'après Durand-Fardel), puis l'enterrement de sa Dame, durant lequel il demande à la Mort de le prendre aussi.
Quatrième rencontre Mais alors qu'il la croit perdue, voilà qu'il la revoit, habillée de blanc, suivant Giovanna dite Primavera, la muse de son ami Guido Cavalcanti. Il y a un jeu de mots intraduisible en français, que Dante ne cache pas ; Durand-Fardel traduit ainsi :
Toujours selon Durand-Fardel, on voit ici une allégorie du printemps (primavera) qui précède la vie qu'on croyait morte. Et Giovanna n'est pas ici pour rien : saint Jean (Giovanni) avait annoncé qu'on devra prévoir la voie du Seigneur. Il pense qu'elle était celle qui devait ramener Béatrice pour les réconcilier, et Dante retomber amoureux de la Portinari, qui ressemble à l'Amour.
Avant la mort de Béatrice Il s'ensuit tout une réflexion sur l'Amour, que Dante fait apparaître comme un être physique qui le suit et qui lui parle. Il explique aussi que peu d'auteurs parlent de l'amour en langue vulgaire, alors qu'ils le font volontiers en latin, puis que les poètes font s'animer des êtres inanimés comme l'Amour. Dante ajoute qu'il ne faut parler qu'avec raison :
Dante parle ensuite de Béatrice comme d'une personne modeste qui n'entend pas les flatteries, aimable, qui est louée par les habitants ( Il dit se sentir habitué d'être complètement dominé par l'Amour, et toutes les fois où elle le voit, les soupirs de Dante implorent une libération.
Après la mort de Béatrice
Dante se lamente de la mort de sa muse : Florence est déserte, à présent, de la présence de sa Dame. Il ne donne pas les circonstances de sa mort par pudeur et pour ne pas digresser. Néanmoins, il rapporte qu'elle meurt le neuf du mois selon le calendrier italien, et le neuvième jour de l'année selon le calendrier syrien. Il explique ensuite qu'elle était , car, interprète-t-il, elle était 3×3=9, c'est-à-dire trois fois le Père, le Fils et le Saint-Esprit, soit la Perfection.
Il compose des vers où il explique qu'il ne veut plus parler de Béatrice, qui s'est élevée au Paradis car Dieu trouvait que cette Il se trouve si affligé qu'appeler son nom lui fait du bien quand il est seul, mais il voudrait mourir. Et alors qu'il avait fini ce sonnet, le frère de Béatrice, arriva, et feignant de parler d'une autre femme morte récemment, ils causèrent de Béatrice. Puis il lui donna deux sonnets où il rime ses lamentations.
Un an après la mort de sa Dame, Dante dessine un ange sur une tablette. Plusieurs personnes arrivent, il les salue, ils discutent ensemble et les gens s'en vont. Alors lui vient l'idée d'un sonnet qu'il adressa à ceux qui étaient venus le voir. Plus tard, perdu dans ses pensées, il voit une femme à une fenêtre, qui semble le regarder. Celle-ci semblait compatir à sa mélancolie, mais il s'en va en sentant la tristesse monter. Il la recroisera plusieurs fois, toujours avec un air compatissant et amoureux au visage, dont la pâleur rappelait celui de son aimée D'après Durand-Fardel, Dante considère le pâle est la couleur de l'amour.. Et à force de la voir, il commence à éprouver du désir et de l'amour pour elle, ce qui le met en colère car il ne veut pas oublier Béatrice.
Après avoir rendu hommage à la relique du voile où sainte Véronique recueillit, selon la Tradition chrétienne, la sueur du Christ où s'est imprimée la sainte Face, Dante s'imagine que Béatrice est mieux là où elle est. Il voit ensuite des pèlerins pensant à autre chose, mais qui ne savent pas que Deux nobles dames demanderont à Dante de leur envoyer quelques-uns de ses vers, mais il préféra en écrire spécialement pour elles. Et puis il conclut sur le fait de ne plus écrire sur Béatrice sauf si c'est nécessaire, et de se donner comme mission de dire d’elle ce qui n’a jamais été dit d’aucune autre femme.
Annexes
Notes et références
Source
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