Aline, reine de Golconde est un opéra-ballet-héroïque en 3 actes de Michel-Jean Sedaine, musique de Pierre-Alexandre Monsigny, chorégraphie de Jean-Barthélemy Lany, représenté pour la première fois à la Salle des Machines le .

Inspiration L’histoire s’inspire du conte éponyme du chevalier de Boufflers paru en 1761.

Genèse En 1761, la publication d’un conte par le chevalier de Boufflers avait assis la réputation littéraire de son auteur. Décelant d’emblée le potentiel dramatique de ce récit, Sedaine a entrepris d’en concevoir une adaptation théâtrale. Néanmoins, l’œuvre exigeant d’importants déploiements scénographiques, des costumes fastueux ainsi qu’un appareil spectaculaire, le dramaturge a jugé que le vaste cadre de l’Opéra offrait la structure la plus idoine pour donner toute son amplitude à un tel sujet. D’un commun accord, Sedaine et Monsigny ont théorisé les modalités d’adaptation de ce sujet pour la scène de l’Opéra, en exploitant l’ensemble des déploiements scénographiques et des artifices matériels requis..

Contexte Bien que Monsigny ait déjà composé des opéras-comiques légers, il s’agit de sa première et unique tentative de grand opéra. L’ancrage thématique et le traitement dramaturgique par Sedaine, d’Aline, reine de Golconde ne pouvait la mettre en position de revendiquer aucune ambition spectaculaire ou tragique. L’œuvre s’apparentait à une comédie lyrique ponctuée de divertissements chorégraphiques qui, en dépit d’un élargissement formel imposé par les exigences scénographiques de l’Académie royale de musique, s’inscrivait dans la continuité esthétique des productions antérieures de Monsigny.

Personnages Aline, reine de Golconde : Sophie Arnould. Zelis, amie et confidente de la reine : Céleste Durancy. Usbek, seigneur golcondois : Joseph Legros. Saint Phar, général français : Henri Larrivée. Un vieillard, berger : M. Durand. Une bergère : Mie Dubrieulle. Officiers français et golcondois. Soldats français et golcondois. Guerriers golcondois. Amazones golcondoises. Mandarins. Peuples golcondois. Bergers et bergères. Pastres et pastourelles. Matelots et matelotes

Trame Lorsque Saint Phar, ambassadeur français, arrive à la cour de Golconde en Inde pour rendre hommage à la reine Aline, celle-ci, d’origine française, reconnait immédiatement en lui son ancien amour de l’époque où elle n’était qu’une simple paysanne. Pour tester sa fidélité de Saint Phar, qui lui avait donné un anneau d’or en la priant de le conserver toute sa vie, Aline dissimule son identité royale derrière un voile. Déguisée en bergère, elle retrouve Saint Phar dans une vallée qui rappelle le lieu de leur premier amour. Ne reconnaissant pas la souveraine dans cette bergère, Saint Phar tombe amoureux d’elle. Lorsqu’Aline reprend son apparence de reine et lui offre sa main en mariage, Saint Phar, resté fidèle à la bergère qu’il aime, décline. Lorsqu’il est révélé que la bergère et la reine ne font qu’un, plus rien de s’oppose à l’union des deux amants.

Réception La réception initiale d’Aline par le public se caractérise par une curiosité mesurée plutôt que par un véritable enthousiasme. Lors de sa création, l’œuvre a néanmoins bénéficié d’une cinquantaine de représentations, avant de faire l’objet de deux reprises successives, respectivement le et le L’œuvre a subi, à cette occasion, une révision, afin de se conformer à l’évolution de la sensibilité esthétique du public, alors fortement marquée par le paradigme gluckiste. Cette nouvelle mouture, caractérisée par la substitution systématique du récitatif accompagné au récitatif secco, a suscité des réserves critiques, certains commentateurs y percevant une pesanteur formelle incompatible avec la légèreté inhérente au genre pastoral.. Dès la création de l’ouvrage, l’intérêt de la Cour s’est manifesté par l’organisation immédiate d’une représentation à Versailles. À l’issue de cette performance, Monsigny a été présenté à Louis XV, qui lui a offert une montre à répétition, que le compositeur a conservée sa vie durant. Le , la pièce a fait l’objet d’une reprise spécialement pour les spectacles de la cour, et représentée, devant Louis XVI et Marie-Antoinette, à Versailles.

Le , le Mercure rapporte qu’

L’œuvre a connu un certain succès populaire mais, malgré son succès initial, elle a été rapidement éclipsée par le triomphe du Déserteur en 1769 et n’est pas restée durablement au répertoire de l’Opéra-Comique.

Réception critique La réception critique de l’œuvre, contrairement à l’accueil initial du public témoignant d’une réelle curiosité, reflète les profonds clivages institutionnels de l’époque. Alors que les codes de l’opéra-comique suscitaient l’enthousiasme à la Comédie-Italienne, leur introduction à l’Opéra s’est heurtée à une vive résistance. Les innovations structurelles des airs de danse, ainsi que la vivacité prosodique et mélodique de Monsigny – pourtant saluées ailleurs – ont été perçues par les tenants de la tradition comme une profanation du répertoire patrimonial fondé par les Lully, Colasse et Rameau. Pour ces raisons, l’œuvre n’est pas parvenue à s’imposer durablement au répertoire de l’institution. Si la critique musicologique s’accorde à juger cette partition mineure au regard de la production globale du compositeur, son échec esthétique relève davantage de dynamiques conservatrices. Malgré l’effort budgétaire sans précédent, s’élevant à , consenti par l’Académie royale pour la production d'Aline, cette institution, avant tout soucieuse de préserver sa légitimité institutionnelle, a refusé de fléchir face aux aspirations jugées hétérodoxes de renouvellement du public.

Le Mercure de France écrit, lors de la reprise du , que cet opéra La reprise a connu le même succès : l’opération a été

Charles Collé a, au rebours, formulé une critique sans concession de l’œuvre, se livrant à un éreintement systématique, tant de la partition musicale que du livret, d’Aline. Commençant par Sedaine, il écrit qu’il Monsigny n’est pas mieux traité : Tout juste Collé concède-t-il un successeur public, .

La critique de la Correspondance littéraire est franchement hostile :

Quelques jours plus tard, le critique de la Correspondance revient à la charge et démolit Monsigny en règle :

Au siècle suivant, Adolphe Adam a analysé avec justesse les enjeux esthétiques opposant l’élan novateur de la Comédie-Italienne au traditionalisme de l’Opéra, dans l’analyse critique de la musique de la Reine de Golconde à laquelle il s’est livré dans ses Derniers souvenirs :

Postérité L’œuvre a néanmoins été traduite et jouée dans plusieurs villes européennes, dont Bruxelles, Berlin, Londres et Moscou. Une parodie intitulée Nanine, Sœur de lait de la reine de Golconde, attribuée à a même vu le jour, en 1768. Une version révisée de cette parodie a été produite au château de Fontainebleau, sur un libretto attribué à Desfontaines-Lavallée et une musique de Rodolphe.

Éditions . . Notes et références Notes

Références

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