Naissance d'une nation () est un film américain co-écrit, produit et réalisé par D. W. Griffith, sorti en 1915. Il s'agit de l'adaptation des deux romans américains et de Thomas F. Dixon Jr. (1905).

Considéré comme la première superproduction produite à Hollywood, le film connaît un grand succès populaire, rapportant cinquante millions de dollars, ce qui constitue alors un record qui n'est battu qu'en 1940 par Autant en emporte le vent, qui est en partie inspiré du film de Griffith.

Sorti exactement cinquante ans après la fin de la guerre de Sécession, Naissance d'une nation raconte le déroulement de ce conflit et la Reconstruction qui a suivi, en privilégiant le point de vue sudiste et révisionniste, présentant les Afro-Américains comme des sauvages qui entendraient gouverner le Sud en privant les Blancs de leurs droits, glorifiant la ségrégation et adoptant le point de vue de la cause perdue. Le film est ainsi controversé dès sa sortie et continue de l'être, pour son discours raciste et son apologie du Ku Klux Klan. La popularité du film a d'ailleurs provoqué la renaissance du Klan qui avait disparu à l'époque de la sortie. Pour ces raisons, ce film est interdit dans plusieurs villes des États-Unis.

Synopsis thumb|thumbtime=2| Le film comporte deux parties. À l'origine, il était présenté avec entracte. D'emblée, l'intention est annoncée : ce film a pour unique fin de décrire les horreurs de la guerre, dans l'espoir que les hommes s'épargneront à l'avenir pareille épreuve. La première partie décrit l'Amérique avant la Guerre de Sécession, à travers le destin de deux familles : les nordistes Stoneman, avec le représentant abolitionniste Austin Stoneman (fondé sur la vie authentique de Thaddeus Stevens), ses deux fils et sa fille, Elsie, et les sudistes Cameron, une famille qui compte deux filles (Margaret et Flora) et trois fils, notamment Ben.

Les garçons Stoneman rendent visite aux Cameron en Caroline du Sud, l'État représentatif du vieux Sud. L'aîné des Stoneman tombe amoureux de Margaret Cameron, et Ben Cameron idolâtre un portrait d'Elsie Stoneman. Lorsque la guerre de Sécession commence, tous les jeunes hommes rejoignent leur armée respective. Une milice constituée de soldats afro-américains (dirigée par un officier blanc) met à sac la maison des Cameron. Les femmes Cameron sont secourues par les soldats confédérés qui mettent en déroute la milice. Pendant ce temps, le plus jeune des Stoneman et deux des fils Cameron meurent à la guerre. Ben Cameron est blessé après une lutte héroïque dans laquelle il acquiert le surnom de « », par lequel il est désigné durant le reste du film. est soigné dans un hôpital du Nord, où il rencontre Elsie, qui y travaille comme infirmière. La guerre se termine et Abraham Lincoln, qui appliquait une politique de réconciliation (« Je les traiterai comme s'ils n'avaient jamais voulu quitter l'Union »), est assassiné au , permettant à Austin Stoneman et d'autres radicaux du Congrès de mener une politique brutale qui tend à installer une domination des Noirs dans le Sud.

La seconde partie est introduite par ce texte : « Ce récit est une reconstitution historique de la Guerre de Sécession et de la Reconstruction, et n'a pas pour ambition de dépeindre une race ou un peuple quelconques d'aujourd'hui. » Stoneman et son protégé « mulâtre », Silas Lynch, vont en Caroline du Sud pour appliquer leur programme : donner les pleins pouvoirs aux Afro-Américains du Sud par la fraude électorale. Lynch devient gouverneur de l'État dans une assemblée législative dominée par les Afro-Américains. Ceux-ci sont dépeints comme désordonnés et irrespectueux de leur charge : l'un boit pendant que l'autre se déchausse et met les pieds sur son bureau en pleine session. La législature adopte notamment une loi qui oblige les Blancs à saluer les miliciens afro-américains dans la rue. Ceux-ci, d'ailleurs, humilient régulièrement les Blancs, voire les menacent.

De son côté, Ben, inspiré par des enfants qui jouent aux fantômes pour effrayer les enfants afro-américains, élabore un plan pour inverser ce qui est perçu comme l'impuissance des Blancs du Sud en formant le Ku Klux Klan, « l'organisation qui a sauvé le Sud de l'anarchie du pouvoir noir, non toutefois sans verser encore plus de sang que la bataille de Gettysburg ». Lorsque Elsie apprend que Ben est mêlé au Klan, elle remet en question sa liaison avec lui.

Gus, ancien esclave qui s'est formé lui-même et a gagné un titre de reconnaissance de l'armée, se propose d'épouser Flora. Effrayée par ses avances, elle s'enfuit dans la forêt, poursuivie par Gus, qui affirme pourtant ne pas lui vouloir de mal. Piégée au bord d'un précipice, Flora se tue en se jetant dans le vide. Le Klan pourchasse alors Gus, s'empare de lui, prononce sa culpabilité, le tue et laisse son corps sur le pas de la porte du lieutenant-gouverneur Silas Lynch. En représailles, Lynch ordonne de sévir contre le Klan. Les Cameron s'enfuient, poursuivis par la milice afro-américaine et se cachent dans une petite cabane, qui appartient à deux anciens soldats de l'Union qui acceptent d'aider leurs anciens ennemis du Sud au nom de leur origine aryenne commune.

Pendant ce temps, avec le départ d'Austin Stoneman, Lynch essaie d'épouser Elsie de force.. Des membres du Klan découvrent la situation et partent chercher des renforts. Le Klan, désormais au complet, arrive à son secours et disperse les attroupements des (« nègres devenus fous »). Pendant ce temps, la milice de Lynch encercle et attaque la cabane où se cachent les Cameron, mais le Klan les sauve juste à temps. Victorieux, les membres du Klan font un cortège glorieux, et le film fait une coupe à l'élection suivante où le Klan prive les électeurs noirs de leurs droits de vote et confisque leurs armes.

Le film s'achève par une double lune de miel de Phil Stoneman avec Margaret Cameron et Ben Cameron avec Elsie Stoneman. La dernière image montre des foules opprimées par le dieu mythique de la guerre se retrouvant soudainement en paix sous l'image du Christ. Le dernier titre pose la question : « Oserons-nous rêver d'un âge d'or où la guerre bestiale ne régnera plus, mais, à sa place, un prince charmant dans la maison de l'amour fraternel dans la ville de la Paix ? ».

Fiche technique

Titre original : (également pendant ses premières semaines d'exploitation) Titre français : Naissance d'une nation (parfois La Naissance d'une nation dans certaines éditions.) Réalisation : D. W. Griffith, assisté d'Erich von Stroheim, Allan Dwan, Raoul Walsh, Christy Cabanne, Joseph Henabery, W. S. Van Dyke et George Siegmann (non crédités) Scénario : D. W. Griffith, d'après , et , deux romans de Thomas F. Dixon Jr. Musique : Joseph Carl Breil et D. W. Griffith Costumes : Robert Goldstein et Clare West (non crédités) Photographie : G. W. Bitzer Cadrage : Karl Brown Production : D. W. Griffith Société de production : David W. Griffith Corp. Société de distribution : (1915) Pays de production : Langue originale (cartons) : anglais Format : muet - noir et blanc - 1.33 : 1 Genres : drame, guerre Durée : (de dans ses différentes versions et vitesses de projection). Dates de sortie : États-Unis : (première à Los Angeles) États-Unis : (sortie nationale) France :

Distribution

Contexte de production Alors que le premier Klan a disparu, un roman paraît en 1905, . (L'Homme du clan, une histoire d'amour historique du Ku Klux Klan), écrit par un fils et neveu de membres du Klan, Thomas F. Dixon Jr.. Dédié à l'oncle de Dixon, le colonel Leroy McAfee, Grand Titan du Ku Klux Klan, il s'agit d'un mélodrame qui fait une description imaginaire de la période de la Reconstruction, dans laquelle les Blancs seraient opprimés par les Afro-Américains. Ces derniers sont représentés comme des sauvages, des dégénérés qui auraient pris le contrôle des parlements des États du Sud. Truffé de nombreux autres propos tout aussi fantaisistes, ce roman n'a d'historique que le nom. La dramaturgie atteint son sommet à la fin du livre lorsqu'une jeune femme blanche se suicide pour échapper à un agresseur afro-américain (le viol d'une Blanche par un Afro-américain est un leitmotiv dans la prose de Dixon et est une allégorie du viol des États du sud par les États du nord). Les hommes du Klan exécutent sommairement l'agresseur et purgent les environs des soldats afro-américains, sauvant ainsi le sud de la barbarie (sic) et Dixon écrit .

Dixon un ex prédicateur baptiste, qui s'est reconverti dans le cinéma naissant, croit en la possibilité de réaliser une version cinématographique de son roman. Il contacte des producteurs mais tous refusent, considérant que le film serait trop long et trop sujet à des polémiques. Continuant sa quête, il rencontre en fin 1913 le réalisateur D. W. Griffith qui se montre enthousiaste alors que ses collaborateurs affichent leur scepticisme. La critique du livre est en effet mauvaise, même du côté de la presse sudiste, le Journal d'Atlanta le qualifiant de , le journal The State de Columbia de . Le directeur de la photographie du film, un fidèle de Griffith, Billy Bitzer, lui confie au sujet du livre Malgré cet avertissement, Griffith maintient son envie de faire ce film à tout prix. Après négociation, il achète les droits d'adaptation à Dixon pour au lieu des demandés, avec une clause d'intéressement sur les recettes du film. Son tournage commence en . Après un premier visionnage, Dixon appelle Griffith et lui dit que le titre d'origine est trop banal, voire fade, et qu'il faut lui substituer . C'est avec ce titre que le film sort le . Huit mois après la première de Los Angeles, les neuf copies du film sont distribuées dans les états du Sud, où les réactions varient entre l'enthousiasme et les craintes de nouveaux affrontements inter-ethniques, entre l'exaltation nostalgique envers un Sud perdu imaginaire et le regard critique sur un film truffé d'erreurs historiques et véhiculant des clichés racistes.

Technique cinématographique Ce film marque un premier pas vers la normalisation de la durée des œuvres cinématographiques, et Griffith propose ici de diviser son récit en deux parties, pour une durée totale de (environ de film).

Pour de nombreux critiques dont Régis Dubois, il s'agit du .. Le film inspirera Autant en emporte le vent, autre film sudiste à grand spectacle sorti en 1940..

Plus tard, le réalisateur soviétique Eisenstein dira de Griffith que « c'est Dieu le père, il a tout créé, tout inventé. Il n'y a pas un cinéaste au monde qui ne lui doive quelque chose ». C'est parce que Griffith donne une grande importance au montage, indispensable moment de la création filmique de l'avis des cinéastes russes. La Seconde bataille de Petersburg (15 au ) est reconstituée avec minutie par Griffith (le roman lui consacrait une demi-page). Mais surtout, il donne à ses images une force épique, faisant alterner ., un passage alterné de plans généraux (les plus larges cadrages) aux plans moyens montrant le soldat se débattant dans la tourmente. L'analyse des plans de Griffith montre qu'il utilise aussi des cadrages intimes sur ses personnages (gros plans et plans rapprochés).

Jouent dans ce film Lillian Gish (qui devient une des actrices favorites de Griffith, que l'on retrouve un an plus tard dans Intolérance), Mae Marsh, Henry B. Walthall, Miriam Cooper, Robert Harron, Wallace Reid, Joseph Henabery. Il est symptomatique que les rôles principaux de Noirs soient joués par des blancs maquillés ().

Point de vue historique