Du ciel (en grec ancien : , et en latin : ) est un traité d'Aristote constitué de quatre livres dans lesquels il expose ses théories astronomiques. Son attribution à Aristote a parfois été contestée. Ainsi, Proclos considère que Du ciel est l’œuvre de ThéophrasteJules Simon, Du commentaire de Proclus sur le Timée de Platon, 1839 (57), mais des savants, spécialistes d’Aristote comme Werner Jaeger et Eduard Zeller n’ont jamais mis en doute cette attribution à Aristote ; ils ont même proposé un ordre chronologique des ouvrages scientifiques du philosophe grec, le traité Du ciel s’inscrivant après la Physique et avant le traité De la génération et de la corruption.
L'objet de l'ouvrage
Malgré cette mise au point faite à la fin du livre premier du traité, une certaine confusion persiste, comme l'atteste le commentaire de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire :
Le Cosmos selon Aristote Le Cosmos est divisé en deux zones par une partie infranchissable située entre la Terre et la luneJacques Blamont, Le Chiffre et le Songe, Histoire politique de la découverte, éditions Odile Jacob, 1993, 44-45., il n'est en effet pas infiniAristote, au chapitre V du Livre II du Traité du ciel, démontre l'impossibilité de l'infinité du ciel (mais pas du monde tout entier selon Alexandre d'Aphrodise) : « Il n'est pas possible que l'infini se meuve circulairement ; et par conséquent, le monde ne pourrait pas davantage se mouvoir de cette façon, s'il était infini. » : En haut, la région d'Ouranos (du grec ancien , « dessus », et , « lune »), littéralement supralunaire, où existe un cinquième élément, la quintessence. Les corps célestes sont des réalités plus parfaites et leurs mouvements sont régis par d'autres lois que dans la région sublunaire. Aristote suit Eudoxe de Cnide et Calippe. En bas, la Terre et la Lune constituent le monde, le cosmos (du grec ancien , « dessous » et de , « lune »), littéralement sublunaire : ce cosmos est corruptible et changeant (il a une naissance, un déclin...) ; il comprend les trois autres éléments (), « les éléments de l’univers », l’eau, l’air, le feu. La sphère du feu est celle où apparaissent les étoiles filantes, les aurores boréales et les comètes.
Le monde céleste ou supralunaire Il est à l'opposé du monde sublunaire désordonné. Ce monde est parfait et immuable et ses composants sont des sphères concentriques, tournant circulairement autour de la Terre. Les objets les plus idéaux, les étoiles fixes, les plus parfaits, ne se déplacent pas, mais sont à l'origine de tout mouvement.
Le monde sublunaire thumb|Les 4 éléments d'Empédocle, disposés en sphères concentriques.
Il est composé des quatre éléments, mélangés sur notre planète : il y a de l'air dans l'eau.... Dans ce monde, l'origine des mouvements des corps serait que chaque élément tend à se réunir en un unique endroit (ainsi ceci explique les météorites, la pesanteur — une pierre est attirée par la Terre — etc.) Il énonce par ailleurs un principe de dynamique erroné selon lequel la vitesse serait proportionnelle à la force de poussée : un objet irait d'autant plus vite qu'on le pousse avec plus de force, et quand on ne le pousserait plus, cet objet s'arrêterait. On sait depuis Galilée que ce résultat est fauxLe monde sublunaire (ou terrestre).
La Terre (chapitre XIV du Livre II) La Terre est selon lui placée au centre du monde, selon les preuves mathématiques données, à l’instar de Platon.
Aristote rappelle d'autre part la démonstration de la sphéricité de la Terre, toujours en partant des phénomènes (), c'est-à-dire des apparences.
Il rapporte les dimensions de la circonférence de la Terre mesurée par des mathématiciens (il ne les cite malheureusement pas) : stades soit environ le double de sa taille réelle ( km au lieu de , comme l'ont d'ailleurs remarqué Simplicios et Saint Thomas d'Aquin).
Résumé
Livre I <Le monde supralunaire> Les titres donnés entre crochets <> dans ce résumé ne sont pas d'Aristote (la division en chapitre est elle-même le produit d'un travail éditorial sur plusieurs siècles), ils s'appuient sur les titres proposés dans la traduction de Jules Tricot (1949) éditée et rééditée depuis par la librairie philosophique Vrin.
Chapitre 1 - <L'Univers est une grandeur parfaite, c'est-à-dire un corps>
Aristote fait débuter son traité par des considérations abstraites sur l'Univers. Il considère que « un corps est ce qui est divisible en toutes ces dimensions » [268a 7], c'est-à-dire "selon trois dimensions" [268a 9] :
Chapitres 2, 3 et 4 - <L'Ether : cinquième élément doué d'un mouvement circulaire> Dans le traité Du Ciel, Aristote suppose connus les résultats de la Physique. Il suppose que les éléments matériels sont la terre, l'eau, l'air et le feu. Mais ces éléments ont pour mouvement naturel les translations haut/bas et le Stagirite ne peut expliquer la "translation circulaire" du premier corps (la partie périphérique du Ciel dont la trajectoire apparente est due à la rotation de la terre) sans l'ajout d'un cinquième corps.
Il justifie le nom d'éther par référence à la tradition et des raisons d'ordre étymologiques :
Chapitres 5, 6 et 7 - « Réfutation de l'existence d'un corps infini » Dans ces trois chapitres essentiellement mathématiques, Aristote développe des arguments proches des Problèmes de Mécanique (traité pseudo-aristotélicien).
En particulier, le Stagirite montre, au chapitre 5, que pour une rotation d'un corps de rayon infini, l'aire parcourue par les rayons devrait elle-même être infinie. Toute l'argumentation pourrait être traduite en terme modernes par la formule classique : V=ω*R (la vitesse, V, d'un point d'un corps en rotation autour d'un axe fixe est proportionnelle à la distance minimale (projection orthogonale) du point à l'axe, ici notée R).
Un second argument est avancé au chapitre 6 du traité. Il est crucial dans la compréhension de la théorie de la chute des corps dans un fluide telle qu'elle pouvait être enseignée à l'Académie de Platon et par la suite au Lycée au IVeme siècle avant J.C..
Le chapitre 7 est une reprise de la même discussion à partir de considérations générales de la Physique pour montrer "qu'il est impossible pour l'infini de subir quelque modification de la part du fini, ou d'exercer une action sur le fini" (Ibidem), ou encore que "rien de fini n'a une force infinie, ni rien d'infini, une force finie" (Ibidem). Tout ceci permet à Aristote de conclure :
Chapitres 8 et 9 - <De l'unité du Ciel> L'unité du Ciel (pris au sens d'Univers) est d'abord envisagée comme une conséquence de la nature des éléments qui le constituent, "particules spécifiquement semblables" [276b 30], qui ont un mouvement naturel vers le centre ou l'extrémité. Ce raisonnement a un aspect imparfait et de pétition de principe, puisque l'auteur admet que "il faut nécessairement ou bien renverser de fond en comble les fondements de notre raisonnement, ou bien admettre que le centre et l'extrémité sont chacun numériquement un." [277a 8-10]
Au chapitre 9, l'argumentation porte sur la forme et la matière de l'univers.
La solution proposée est que si l'Idée platonicienne ou la forme aristotélicienne, se réalise, en fait, dans une matière unique et totale, il n'y aura qu'un seul individu (voir note de J. Tricot, édition Vrin) :
Aristote conclu alors avec assurance :
Cette solution du problème n'est pas sans rappeler la première proposition du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein : "Le monde est tout ce qui a lieu."
Chapitres 10, 11 et 12 - <Le Ciel est inengendré et incorruptible> Dans cette dernière partie du premier livre, Aristote pose la question si le Monde est engendré ou inengendré, corruptible ou incorruptible (on dirait en langage moderne, pour ces deux derniers termes : destructible et indestructible). De façon méthodique il commence par une histoire des doctrines (chapitre 10), puis définit les termes engendré et inengendré, corruptible et incorruptible, possible et impossible (chapitre 11) avant de développer des syllogismes et démonstrations par l'absurde (démonstrations parfois présentées à l'aide d'une écriture symbolique), la conclusion étant :
Notes et références
Annexes Éditions de référence
Bibliographie
Articles connexes
Cosmologie
Liens externes
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