L'assouplissement quantitatif (, ou QE) est un type de politique monétaire par laquelle une banque centrale rachète massivement de la dette publique ou d'autres actifs financiers afin d'injecter de l'argent dans l'économie, réduire les taux d'intérêt à long terme, et stimuler la croissance. La banque centrale achète aux acteurs financiers des titres de dettes, notamment des obligations publiques (titres de dette publique) ou privées (obligations d'entreprise), et dans certaines circonstances des titres adossés à des actifs comme des titres hypothécaires, qui ont une maturité longue, ce qui réduit leur taux.
Si cette politique monétaire a longtemps été envisagée par les économistes, elle n'a été appliquée qu'à partir de 2001 par la Banque du Japon afin de redresser l'économie nippone à la suite de la « décennie perdue ». Les autres grandes banques centrales du monde (Réserve fédérale des États-Unis, Banque centrale européenne, Banque d'Angleterre) ont adopté des programmes d'assouplissement quantitatif pendant ou après la crise bancaire et financière mondiale de 2007-2008, avant d'y mettre fin durant la vague inflationniste de 2021-2023.
Principe et fonctionnement
Politique monétaire non conventionnelle en temps de crise Les banques centrales ont pour principal mandat de maintenir l'inflation à un niveau faible, et la croissance économique à un niveau élevé compatible avec la cible d'inflation. Elles pilotent l'activité économique avec leurs taux directeurs, qui sont les taux d'intérêt auxquels elles prêtent aux banques. Toutefois, lors des crises économiques, il est possible que l'économie entre dans une phase de déflation ou de croissance nulle ; dans une telle situation, même lorsque la banque centrale fixe ses taux directeurs à 0 %, elle peut ne pas réussir à relancer la croissance et l'inflation. On parle alors de taux plancher zéro.
Une telle situation est parfois appelée trappe à liquidité : les taux directeurs sont au plus bas mais l'inflation stagne, voire diminue, car les agents économiques préfèrent encore détenir de la monnaie que d'acheter des actifs financiers et investir. Dans une telle situation, les outils traditionnels de la politique monétaire se révèlent donc inefficaces. Même si les taux d'intérêt peuvent encore être un tout petit peu baissés pour rejoindre 0 %, cela a peu de chance d'être efficace, car les opportunités d'investissement sont trop peu nombreuses (avec les taux bas, les rendements sont également à la baisse). Sans hausse du crédit bancaire, l'activité économique stagne, ainsi que l'inflation.
L'assouplissement quantitatif permet à la banque centrale d'augmenter la quantité de monnaie détenue par les banques, et, par conséquent de diminuer les taux d'intérêt à moyen et long terme. Cela doit inciter le secteur bancaire à prêter davantage aux acteurs économiques. Il s'agit ainsi de corriger une potentielle inversion de la courbe des taux.
Différence avec les autres opérations conventionnelles et non conventionnelles Bien que le rachat de titres sur les marchés soit une pratique courante pour les marchés (via les opérations d'open market, ou OOM), le caractère non conventionnel de l'assouplissement quantitatif tient à la taille et la durée du programme, ainsi qu'à la nature des titres financiers achetés : des titres de long-terme et non pas que de court terme, et des titres qui ne sont pas que des bons du Trésor. Les OOM font baisser les taux d'intérêt sur le marché de la dette, tandis que l'assouplissement quantitatif a pour objectif de faire baisser les taux d'intérêt de toute l'économie.
Dans le cadre d'un programme d'assouplissement quantitatif, la banque centrale s'engage à racheter un volume massif d'actifs financiers, pour un temps qui se compte généralement en années. L'effet d'annonce joue donc également un rôle important dans le fonctionnement de cette politique, car les annonces de mise en place d'assouplissement quantitatif sont souvent suivies d'une hausse des marchés.
L'assouplissement quantitatif diffère aussi de l'assouplissement qualitatif en ce que ce dernier vise à modifier la distribution d'actifs disponibles sur les marchés et présents dans le bilan des banques, afin de siphonner les actifs toxiques du système.
Mécanisme Une économie croissant grâce aux investissements, eux-mêmes dus aux dépenses, l'assouplissement quantitatif a pour objectif de rétablir les conditions optimales pour que les banques commerciales souhaitent accorder des crédits aux agents économiques. De fait, en rachetant les créances éligibles que vendent les banques, la banque centrale assume une part du risque que les banques commerciales devaient avant supporter. L'assouplissement quantitatif accroît ainsi la quantité de monnaie en circulation ce qui a pour effet en théorie de relancer l'économie. La distribution de crédit permet d'augmenter la masse monétaire, et ainsi, d'atteindre un niveau d'inflation correct.
De manière pratique, l'assouplissement quantitatif se traduit par un gonflement du bilan de la banque centrale, car son actif augmente avec les titres achetés. La monnaie qu'elle utilise pour acheter les titres, qu'elle crée ex nihilo, se rajoute à son passif. Cependant, si l'assouplissement quantitatif est une forme de création monétaire, celle-ci est ciblée vers les marchés financiers sous forme de monnaie banque centrale.
Les titres rachetés par la banque centrale sont généralement des actifs financiers répondant à des critères d'éligibilité stricts. Ces titres peuvent être notamment des bons du trésor ou des obligations d'entreprise et, dans certaines circonstances, des titres adossés à des actifs tels que des titres hypothécaires. En achetant ces titres, la demande augmente, ce qui pousse leur valeur à la hausse.
Comme le taux d'intérêt sur les obligations est inverse à sa valeur (une obligation dont le remboursement est certain a un taux d'intérêt très faible), les investisseurs sont incités à se détourner des obligations pour investir dans d'autres actifs plus productifs pour l'économie. Il devient ainsi plus intéressant pour une banque commerciale de prêter à des entreprises ou à des particuliers que d'acheter des obligations d’État. Ce faisant, les investisseurs participent à la relance de l'économie, ce qui est le but recherché.. La banque centrale tend ainsi à évincer les autres intervenants du marché obligataire pour les conduire à financer les porteurs de projet. Cependant, rien ne garantit que les investisseurs financent l'économie réelle : ils peuvent aussi décider d'utiliser leurs liquidités pour acheter des produits financiers.
Canaux de transmission L'assouplissement quantitatif se fonde sur l'activation de différents leviers ou canaux de transmissionhttp://www.ena.fr/content/download/3641/56568/version/.../TC%202015%20Economie.pdf : Le crédit bancaire (selon le processus décrit ci-dessus) Le rééquilibrage de portefeuille (l'abondance de liquidités permet de diversifier son portefeuille d'actifs, lesquels voient leur prix monter, ce qui crée un effet richesse) Le taux de change (dépréciation de la monnaie due à l'expansion monétaire mais aussi aux achats accrus d'actifs étrangers, ce qui facilite les exportations) Effet de signal (la banque centrale envoie aux marchés le signal que sa politique est et restera "accommodante", c'est-à-dire que les taux directeurs resteront bas sur une longue période, ce qui est favorable aux échanges) Effet de richesse (résultant du rééquilibrage de portefeuille) Effet de liquidité (injection rapide de liquidité dans le système financier) Canal budgétaire : l'assouplissement quantitatif permet en principe de faire baisser les taux publics, ce qui diminue la charge des intérêts à rembourser pour les États et leur permet de disposer de plus de ressources fiscales. Par ailleurs, le fait que la banque centrale soit prêteuse en dernier ressort rassure le marché de la dette et évite des situations d'emballement préjudiciables. De plus, l'assouplissement quantitatif permet aussi implicitement de rendre les déficits plus supportables, car la banque centrale nationale reverse alors à son État les intérêts de la dette qu'elle a achetée.
Histoire Une politique monétaire japonaise (2001-2006) La première mention écrite de l'expression « » est attribuée à l'économiste allemand , professeur d’économie internationale à l'université de Southampton. Travaillant en 1994 à Tokyo, il invente l'expression lors d'une présentation à des investisseurs nippons. Il l'utilise ensuite dans le titre d'un article publié le , dans le Nihon Keizai Shinbun. L'expression de Werner désigne une politique monétaire de stimulation économique qui ne repose ni sur les réductions de taux, ni sur les politiques monétaristes conventionnelles telles que l'expansion de la masse monétaire, ni l'accroissement des réserves des banques ou la stimulation des agrégats M2-M3, mais par la « création de crédit ». Cette création se ferait, selon lui, à travers un certain nombre de mesures telles que l’achat de bons du trésor et des prêts directs aux entreprises et au gouvernement par la banque centrale. Il a également suggéré l’achat direct par la banque centrale d'actifs non performants des banques commerciales et des prêts directs aux entreprises et au gouvernement. Werner précisait par ailleurs qu'un certain contrôle de l'utilisation qui était faite de ces crédits était nécessaire pour éviter d'injecter une quantité trop grande d'argent dans des circuits purement spéculatifs.
Le Japon est le premier pays à avoir utilisé l'assouplissement quantitatif en 2001. Le pays connaît à partir de 1997 une situation monétaire marquée par une longue période déflationniste, du fait de l'éclatement de la bulle spéculative japonaise ; la Banque du Japon baisse ses taux directeurs à 0 % au début de l'année 2000. Face au taux plancher zéro, les autorités de la BoJ annoncent en l'adoption d'une politique d'assouplissement quantitatif pour tenter d'accroître les liquidités bancaires et stimuler le crédit, afin de sortir de la déflationEn quoi consiste l'assouplissement quantitatif - Japon Reuters.fr. Le , la Banque du Japon renonce officiellement au principe de l'assouplissement quantitatif, les prix ayant augmenté pendant trois mois d'affilée. Les effets de cette politique demeurent toutefois limités par le fait que les titres de dette publique achetés étaient principalement des titres de court terme, peu risqués par rapport aux titres de long terme. Cette politique de quantitative easing japonais a ainsi pour singularité d'avoir visé un accroissement du passif de la banque centrale, pour augmenter les réserves, plutôt que d'avoir visé un accroissement de l'actif, qui aurait exigé des achats massifs de titres de long terme, et non de court terme.
Adoption de l'assouplissement quantitatif par les grandes banques centrales (2008-2018)
Assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale des États-Unis (2008-2017)