Le plan Cerdà est un plan de réforme, d'aménagement et d'extension urbaine de la ville de Barcelone proposé en 1860 par Ildefons Cerdà. C'est un plan hippodamien avec une structure quadrangulaire, régulière et ouverte. Ce projet est à l'origine de la renaissance de la cité comtale.

Ce plan est imposé par le gouvernement central espagnol à la place de celui d'Antoni Rovira i Trias qui avait gagné le concours de la ville, dans un contexte de forte polémique. L'actuel quartier de l’ (« l’Extension ») résulte de la mise en œuvre du plan Cerda, et se développe sur d'immenses terrains vagues qui sont jusqu'alors considérés comme zone militaire stratégique.

Le plan Cerdà propose un damier continu de blocs carrés de depuis Besòs jusqu'à Montjuïc, doté de rues de 20, 30 et de large. Son tracé apporte une nouveauté par rapport au plan hippodamien standard car les angles de chaque bloc sont biseautés par un chanfrein à pour permettre une meilleure visibilité.

La mise en œuvre du plan Cerdà dure presque un siècle. Au fil du temps, le projet est transformé et de nombreux points importants ne sont pas mis en application. Les intérêts des propriétaires terriens et la spéculation ont desservi le plan.

Contexte historique Barcelone au vignette|gauche|redresse|La ville dans ses murs et la Ciutadella en 1806. Pendant le et la première partie du , la situation sanitaire et sociale de la ville de Barcelone se dégradait au point de devenir critique. La muraille médiévale qui avait permis à la ville de résister à entre 1641 et 1714 devint un frein à l'expansion urbaine. La croissance démographique avait porté la population de en 1802 à vingt ans plus tard, pour atteindre les en 1850. La muraille de encerclait une superficie à peine supérieure à de mètres carrés, dont 40 % étaient occupés par sept casernes, onze hôpitaux, 40 couvents, et 27 églises.

Conséquence de la densité humaine et du manque généralisé d'infrastructures — sanitaires, boulevards, eau courante — les conditions de salubrité empiraient. Les enterrements dans des fosses communes aux pieds des églises étaient sources d'infections, de pollutions des eaux souterraines et d'épidémies. La décision de procéder aux enterrements au cimetière de Poble Nou fut prise en 1819. Elle ne fut réellement appliquée qu'à partir du milieu du et ce ne fut qu'à compter de ce moment, contrainte par des ordonnances militaires, que la ville put récupérer l'espace libéré par les cimetières au pied des églises : Saint-Just, Saint-Pierre et le fossé des Maures. Barcelone, comme l'ensemble de la Catalogne, avait déjà été ravagée par la peste aux . Elle subit plusieurs épidémies au . La fièvre jaune fit en 1821. Les épidémies de choléra se succédèrent : en 1834, vingt ans après et en 1865. Dans un tel contexte, l'espérance de vie était de pour les riches et de pour les pauvres.

Les considérations militaires qui faisaient de Barcelone et de la une place forte conditionnaient la vie urbaine. Non seulement les problèmes de la ville intramuros étaient ignorés, mais les timides mouvements d'expansion hors les murs étaient réprimés. Les constructions étaient démolies car elles . C'est ce qui se passa en 1813, date à laquelle les terrains distants de moins d'un tir de canon furent considérés comme (« non constructibles »). Cette zone correspond aux « jardins de Gràcia ». Les progrès de l'artillerie ne facilitèrent pas les relations entre la ville et les militaires.

Les voix d'oppositions étaient nombreuses. Elles venaient non seulement des habitants de la ville mais également de la mairie de Barcelone. Celle-ci, au travers du groupe Ornato et en collaboration avec le capitaine général baron de Meer demanda en 1838 une modification des murailles entre la Porte des Études — la Rambla — et le balcon de Jonqueres — la place Urquinaona — afin d'agrandir un peu la ville.

À bas les murailles vignette|Révolte de 1842 contre Espartero. En 1841, la mairie de Barcelone organisa un concours pour promouvoir et développer la ville. Le , le prix fut remis au docteur Pere Felip Monlau, médecin et hygiéniste. Il présenta son mémoire À bas les murailles, mémoire sur les avantages que représenterait pour Barcelone, et en particulier pour son industrie, la démolition des murailles qui entourent la ville. Le médecin préconisa une expansion de Barcelone depuis le fleuve Llobregat jusqu'à Besòs.

La large diffusion du projet, le soutien populaire et l'opposition répétée de l’armée provoquèrent des affrontements. Lors de celui du , la Junta de Derribo détruisit une partie de la Ciutadella. En réponse, le le général Espartero bombarda Barcelone depuis le château de Montjuïc et ordonna la reconstruction de la Citadelle pour à charge de la ville. En 1844, Jacques Balmes publia dans les pages du journal La Sociedad, les thèses du général Narváez qui niaient la valeur stratégique militaire de la zone de Barcelone.

Ce ne fut que dix ans plus tard que la mairie de Barcelone approuva un projet préparé par son secrétaire Manuel Duran i Bas. Le elle l'envoya au gouvernement de Madrid avec les signatures unanimes du conseil municipal et du maire Josep Beltran i Ros. Le projet reçut l'appui des députés catalans et en particulier de celui de Lleida, Pascual Madoz. Son action clef permit le démantèlement des murailles. Madoz accéda au poste de gouverneur civil de Barcelone durant avant de devenir ministre de l'aménagement du territoire durant les deux années d'existence du gouvernement progressiste (1854 - 1856). De ce poste, il géra le désamortissement en Espagne et promulgua un ordre royal qui mit un terme aux affrontements entre la mairie de Barcelone et le ministère de la guerre. L'ordre de destruction des murailles fut promulgué le . Il spécifiait qu'il fallait conserver la muraille maritime, le château de Montjuïc et la Ciutadella.

Le projet d'extension : l'Eixample La nécessité d'une extension La nécessité pour Barcelone de croître hors de ses murs était une évidence. Cependant, les pressions spéculatives générées par l'urbanisation de plus de de terrains nus dans la première ville de Catalogne jouèrent également un rôle important dans la prise de décision de lancement du projet.

Avec le concours de la mairie en gagné par Monlau, s'ouvrit une période de transformation de la ville. En 1844, Miquel Garriga i Roca se proposa comme architecte municipal pour planifier la construction de l'Eixample. Sa proposition était centrée sur des opérations d'embellissement et d'ornement. Deux ans plus tard, Antoni Rovira publia dans le bulletin encyclopédique des arts nobles, une proposition de plan géométrique pour Barcelone.

La gestation du projet En 1853, un an avant de détruire les murailles, la mairie commença à travailler sur la seconde étape du projet : déterminer un plan d'aménagement de cette extension urbaine. Elle créa la Commission des corporations de Barcelone qui devint plus tard la Commission de l'Eixample. Celle-ci comptait des représentants de l'industrie, les architectes Josep Vila, Francesc Daniel Molina, Josep Oriol Mestres, Josep Fontserè i Domènech, Joan Soler i Mestres ainsi que les représentants de la presse : Jaume Badia, Antoni Brusi i Ferrer, Tomàs Barraquer i Antoni Gayolà.

En parallèle, le ministre de l'aménagement du territoire espagnol chargea en 1855, l'ingénieur Ildefons Cerdà de déterminer le nouveau plan topographique de Barcelone : l'ensemble des zones comprise entre Barcelone et Gràcia d'une part, et entre Sants et Sant Andreu de Palomar d'autre part. Cerdà faisait partie du courant hygiéniste. Il appliqua ses connaissances dans ce domaine pour développer une Monographie de la classe ouvrière (1856). Il écrivit cette analyse statistique approfondie sur les conditions de vie intra-muros de Barcelone à partir de ses aspects sociaux, économiques et alimentaires. Le diagnostic fut clair : la ville était inadaptée à la . Ces propos intervinrent après que le premier chemin de fer entre Barcelone et Mataró eut été inauguré en 1848.

Conscient des problèmes de la ville, Cerdà commença ses travaux sans chercher à structurer sa pensée. Il fit plus tard un exposé systématique de ses idées dans son ouvrage Théorie générale de l'urbanisation (1867). L'un des points les plus importants de la proposition de Cerdà était la recherche de cohérence pour prendre en compte les nécessités contradictoires d'une agglomération complexe. Il dépassa les visions partielles que représentaient pour lui les « villes utopiques », « villes culturelles », « villes monumentales », « villes rationalistes » pour se consacrer à la recherche d'une « ville intégrale ».

vignette|redresse|gauche|L'Eixample actuel.

L'année 1859 marqua le véritable commencement des travaux d'extensions. Le , Cerdà reçut l'ordre du gouvernement central de consolider et de finaliser ses études pour l'Eixample au cours des douze mois suivants. La mairie réagit immédiatement en convoquant un concours public pour des plans concurrents d'aménagements de la ville. La date limite fut fixée au dans un premier temps, puis ajournée au . Pendant ce temps, Cerdà acheva ses travaux. Pour gagner l'appui de Madrid, il en fit une intense promotion auprès de Pascual Madoz, Laureà Figuerola et le directeur général des travaux publics, le marquis de Corvera.

Le , le gouvernement publia un ordre royal qui approuvait le plan de Cerdà d'extension de la ville. S'ensuivirent des querelles entre le gouvernement et la mairie pour des motifs techniques, économiques et politiques. Treize projets furent présentés au concours municipal. Celui d'Antoni Rovira i Trias fut déclaré vainqueur le . En application d'un décret royal, l'ensemble des projets — y compris celui de Cerdà — furent exposés publiquement, accompagnés de leur évaluation par la mairie. Celle-ci ne fit aucun commentaire du plan Cerdà. Le concours était doté d'un prix de , d'une médaille d'or et d'une rue au nom du vainqueur. Le premier accessit reçut un prix de et une médaille d'argent. Le deuxième et le troisième accessit gagnèrent la somme de .

Le choix du projet fut définitivement entériné le lorsque le ministère ordonna l'exécution du plan Cerdà aux dépens des lauréats.

Le concours municipal La plupart des projets d'extension présentés au concours municipal de la Mairie de Barcelone centraient leurs solutions sur un chemin de Barcelone à Gràcia dont le tracé et la consolidation urbaine étaient déjà commencés depuis longtemps. L'actuel passeig de Gràcia conditionnait toutes les solutions. À la différence du plan Cerdà, ces propositions n'exploitaient pas toute la superficie libérée par les militaires et étaient destinées à accueillir beaucoup moins d'habitants. En cela, ces plans répondaient aux objectifs de la bourgeoisie de renforcer la ségrégation sociale. C'est notamment le cas du plan de Rovira i Trias qui gagna le concours avec un plan associé à la devise : . Le propre Rovira affirmait que les prolétaires ne pourraient pas vivre dans ce

Les projets furent présentés sous des pseudonymes et les offres des architectes non primés furent détruites. En conséquence, une grande partie de la documentation fut perdue.

Principaux projets vignette|Projet de Francesc Soler i Gloria.vignette|Projet de Josep Fontserè i Mestre.vignette|Projet de Miquel Garriga i Mestres.

Projet de Soler i Gloria Le projet de Francesc Soler i Gloria obtint le premier accessit. Il planifiait un développement quadrangulaire sur deux axes. Le premier devait suivre une ligne parallèle à la mer, vers la France, et l'autre reprenait le tracé de l'ancien chemin de Sarrià en direction de Madrid. Les deux axes convergeaient vers la vieille ville. Le plan proposait le développement d'un quartier industriel de l'autre côté de la montagne de Montjuïc — idée précurseur de l'actuelle zone franche. Le plan prévoyait de relier la vieille ville avec Gràcia par une avenue partant de l'actuelle place de l'université. Sa devise était « E ».

Projet de Daniel Molina