Un italianisme est un mot, tour ou usage propre à la langue italienne transposés dans une autre langue.

La langue qui compte le plus d’italianismes est l’anglais, avec relevés en 1997. La seconde est la langue française, avec Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Robert Laffont, ..

La plupart des emprunts à l'italien ont eu lieu pendant la Renaissance, à partir de la fin du , alors que l'italien était la langue internationale de culture. Ils se sont prolongés jusqu'au , l'italien étant jusqu'au milieu de ce siècle la première langue d'emprunt.

Le français et l'italien sont toutes les deux des langues romanes ou langues latines. Cette proximité des deux langues a facilité l'intégration et, souvent, l'intégration morphologique des termes italiens dans le lexique du français et vice-versa.

Historique

Plusieurs facteurs historiques ont favorisé une certaine pénétration de termes italiens dans la langue française et dans la langue anglaise.

Des liens culturels anciens

Des liens culturels étroits existaient entre l'Italie et la France, depuis la seconde moitié du , en particulier dans le domaine de la littérature. Plusieurs écrivains italiens avaient choisi d'écrire en français, ou avaient fait des séjours en France.

Le premier d'entre eux fut Brunetto Latini. Il vécut six ans d'exil en France entre 1260 et 1266. Il écrivit en français, sous le nom de Brunet Latin, li Livres dou Tresor, qui peut être considéré comme la première encyclopédie réunissant toutes les connaissances de l'époque. Il avait préféré la langue française car il la considérait comme « plus delitable [plus délicieuse] et plus commune à toutes gens ». Il fut le maître à penser de DanteHenriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Robert Laffont, ..

Lorsque le Vénitien Marco Polo veut rédiger avec Rusticien de Pise sa description de l'Asie et de l'empire sino-mongol, ils rédigent ensemble en 1298 Le Livre de Marco Polo en français.

Dante avait peut-être passé deux ans d'exil en France, entre 1309 et 1310Jacqueline Risset, Dante, une vie, Paris, Flammarion, 1995, .. Il connaissait très bien le français et le provençalLouis Gillet, Dante, Paris, Flammarion, 1941, .. Dans La Divine Comédie, Dante compose quelques vers en langue d'oc, qu'il fait dire par le troubadour Arnaut Daniel, considéré par lui comme le plus grand des poètes ayant chanté l'amour.

Boccace avait fait un séjour à la cour angevine de Naples, où il vécut dans une atmosphère française. Il y a lu la littérature chevaleresque française.

Pétrarque avait également passé près de vingt ans de sa vie en France. Il avait fait ses études à Carpentras, puis à l'université de Montpellier. C'est dans une église d'Avignon qu'il rencontra Laure, le Dictionnaire des auteurs, Paris, Robert Laffont, 1994, 3 tomes, tome 3, ..

Le retard de la France et de l'Angleterre

Une longue période de troubles, au et dans la première moitié du avait entraîné un retard de développement de la France et de l'Angleterre. En effet, la grande peste de 1348, la guerre de Cent Ans (1337-1453), et des famines eurent pour conséquences un affaiblissement de la puissance de la France en particulierLe moyen français, une période sombre, /..

Dans le même temps, l'Italie était entrée en Renaissance. Le Trecento () et le Quattrocento () avaient déjà vu un épanouissement exceptionnel des arts en Italie.

La fascination des Français pour l'Italie

Lorsque la France entre à son tour en Renaissance, à partir de la fin du , une forte attirance se manifeste envers tout ce qui vient d'Italie.

Les relations avec l'Italie ont alors été renforcées à l'occasion des guerres d'Italie (1494–1559). Puis elles ont été facilitées par la présence de deux reines italiennes à la Cour de France : Catherine de Médicis, descendante de Laurent le Magnifique, mariée dès 1533 avec le duc d'Orléans, fils de François et futur Henri II, est devenue régente à la mort de celui-ci pour près de vingt ans (1560-1580) ; puis Marie de Médicis mariée en 1600 avec Henri IV, est elle-même devenue régente à la mort d'Henri IV jusqu'à l'avènement de Louis XIII (1600-1617). Enfin, le cardinal italien Mazarin a exercé des fonctions de ministre de la France pendant près de vingt ans, de 1641 à 1661. Pendant plus d’un siècle, la Cour de France a ainsi subi l’influence directe de ces grands personnages italiens, mais également de leur entourageHenriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Robert Laffont, ..

Pour comprendre l'importance de l'influence de la langue italienne qui en a résulté, il faut se souvenir que le français n'en était encore qu'à se frayer une place entre les langues régionales, qui étaient parlées par la grande majorité de la population, et le latin qui restait une langue d'érudition. Le français venait juste d'être déclaré langue de l'administration et du droit par l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), et il commençait d'être fixé par des descriptions dans des dictionnaires (premier dictionnaire de français publié par Robert Estienne en 1539Les dictionnaires de la langue française : une histoire et une dynamique.).

Cette fascination pour la culture italienne est telle que la langue française emprunte plusieurs milliers de mots à l'italien au cours du . Les estimations du nombre d'emprunts sont très variables. Elles vont de selon Jean PruvostJean Pruvost, la langue française : une longue histoire riche d'emprunts, . à 8000 selon Jacques LeclercJacques Leclerc, La Renaissance, l'affirmation du français () / La prépondérance de l'Italie..

Principaux domaines d'emprunt du français à l'italien

La langue française a emprunté à l'italien dans beaucoup de domaines. On trouve en particulier des emprunts lexicaux liés aux arts et à la musique, la Renaissance italienne ayant eu lieu beaucoup plus tôt que la Renaissance françaiseLes exemples de mots sont tirés de L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Henriette Walter, Robert Laffont, . :

Vie de cour, théâtre Altesse, burlesque, arabesque, grotesque, courtiser.

Musique A cappella, accelerando, adagio, agitato, air, al tempo, alla turca, allegretto, allegro, , andante, andantino, animato, amoroso, appassionata, , aria, ariette, arioso, arpège, bagatelle, barcarolle, basson, bécarre, bel canto, bémol, canzone, bouffe (opéra), coda, cantabile, castrat, cantate, cantatrice, cantilène, capriccio, cadence, cavatine, colorature, concert, concerto, conservatoire, continuo, contralto, contrapuntique, contrebasse, crescendo, da capo, decrescendo, diva, do, épinette, finale (musique), forte, forte-piano (instrument), fugue, larghetto, largo, moderato, , oratorio, scherzo, sonate, soprano, tempo, vivace

Architecture et beaux-arts Antichambre, appartement, aquarelle, arabesque, arcade, arcature, architrave, archivolte, artiste, balcon, baldaquin, balustrade, balustre, bas-relief, cabinet (chambre, meuble), cadre (tableau), campanile, cariatide, caricature, clair-obscur, colonnade, , coupole, dessin, dôme, frise, galerie, gouache

Finance Agio, banque, banqueroute, banquier, cambiste (change), ducat, piastre

Vocabulaire militaire Alarme, alerte, bataillon, bombe, brigade, calibre, camoufler, canon (artillerie), caporal, cartouche, casemate, capitaine, cavalier, citadelle, colonel, dague, pistolet, généralissime, sentinelle, soldat, solde

Vocabulaire maritime Brigantin, caïque, carène, corsaire, coursive, drisse (cordage), misaine

Alimentation et cuisine Agrume, al dente, artichaut, berlingot, biscotte, brocoli, cannelle, cannelloni, cantaloub (melon), cantine, câpre, carafe, carbon(n)nade, carpaccio, cassate (glace), caviar, cédrat (citron), chipolata, chou-fleur, citrouille, daube, estouffade, sorbet

Habillement Botte, brocart, caleçon, cape, capeline, capuchon, escarpin, perruque

Principaux emprunts de l'anglais à l'italien

Comme on l'a vu dans l'introduction, la langue anglaise a conservé plus d'emprunts à l'italien que le français.

Voir la Wikipédia anglophone :

Mots anglais d'origine italienne

Réaction contre les italianismes en France

Défense de la langue française

La vogue des italianismes fut telle qu'elle entraîna la réaction de plusieurs défenseurs de la langue française. Le représentant le plus marquant de ces défenseurs fut sans doute Henri Estienne (1528-1598), un imprimeur érudit huguenot, féru de grec et de latin, qui publia trois ouvrages en rapport avec ce sujet : Traicté de la Conformité du langage françois avec le grec (1565) ; Deux dialogues du nouveau français italianizé, et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps. De plusieurs nouveautez qui ont accompagné ceste nouveauté de langage. De quelques courtisianismes modernes et de quelques singularitez courtisianesques (1578) ; De la précellence de la langue française (1579). Henri Estienne cherchait à démontrer la « précellence » du français au regard de l'italien et de l'espagnol. Dans les deux dialogues du nouveau français italianizé et autrement desguizé, il se met en scène face à un courtisan qui argumente en faveur de cette langue moderne, à la mode, bourrée d'italianismesHenri Estienne, Deux dialogues du nouveau langage françois italianisé et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps, Genève, Slatkine, 1980 ( anonyme, 1578), 476, .. « Je m'esbahi, dit l'auteur, comment vous imbattrez notre langue d'une telle spurquesse de paroles »Henri Estienne, Deux dialogues du nouveau langage françois italianisé et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps, Genève, Slatkine, 1980 ( anonyme, 1578), 476, .. On peut reconnaître dans cette phrase deux italianismes aujourd'hui disparus, l'un formé à partir du verbe imbrattare signifiant « souiller », l'autre à partir du substantif sporchezza signifiant « saleté ». Dans le même ouvrage, il critique le « jergon » (jargon) farci d'italianismes parlé à la cour d'Henri IV :

Il y eut d'autres défenseurs de la langue française : Béroalde de Verville (1556-1626), l'auteur de Moyen de parvenir (1616) ; le poète Barthélemy Aneau (v. 1505-1565), qui dénonçait les « corruptions italiques » et la « singerie de la singerie italiane », et Étienne Tabourot (1547-1590), qui considérait que l'italien n'était qu'une « corruption latinogotisée du langage romain » (sous l'influence des Ostrogoths?).

Une mode éphémère

De très nombreux italianismes ont aujourd'hui disparu, parce que les mots à la mode finissent aussi par se démoder. Sur les à italianismes que comptait la langue française, seulement 700 environ ont survécu.

Parmi les italianismes qui ont disparu, on peut citer : avoir martel, « être jaloux » burler, « se moquer » discote, « éloigné » escarpe, « chaussure » (mais « escarpin » a été conservé) estivallet, « bottine » pianelle, « chaussure de daim »T.E. Hope, Lexical borrowing in the Romance languages. A critical study of italianisms in French and Gallicisms in Italian from 1100 to 1900, Oxford, Basil Blackwell, 1971, ..

D'autres mots, en revanche, ont traversé les siècles en s'intégrant morphologiquement : accaparer, banque, bilan, courtiser, douche, figurine, mascarade, mont-de-piété, politesse, récolte, travestirHenriette Walter, L’Aventure des mots français venus d’ailleurs, Robert Laffont, ..

Notes et références

Annexes Articles connexes

Dans la Wikipédia francophone : Italien Renaissance italienne Emprunt (linguistique) Emprunt lexical Mots français issus d'un mot italien, sur le Wiktionnaire

Dans la Wikipédia anglophone : Mots anglais d'origine italienne

Liens externes

Bibliographie

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