La controverse Gray et Bell sur l'invention du téléphone est née en 1876Article "Brevets et manigances: de la bataille juridique au succès populaire" traitant de la controverse. et encore d'actualité de nos jours se rapportant à la question de savoir si Elisha Gray et Alexander Graham Bell ont véritablement inventé le téléphone de manière indépendante et si Bell n'a pas usurpé et repris l'invention de Gray pour son compte.
Il s'agit d'une controverse particulière moins large que celle générale sur l'invention du téléphone pour laquelle d'autres noms d'inventeurs figurent, parmi lesquels Antonio Meucci et Philipp Reis.
Historique thumb|left|220px| du téléphone d'après E. Gray. thumb|130px|Schéma déposé par Gray le 14 février 1876. thumb|225px|Schémas de Gray et Bell comparés et hautement semblables. Alexander Bell est un ingénieur et inventeur écossais, naturalisé américain et Elisha Gray un inventeur américain. Travaillant tous deux sur la technique du télégraphe, ils recherchent, comme beaucoup d'autres dans la seconde moitié du , à réduire son coût d'utilisation en s'appuyant sur l'acoustique, ou l'étude des sons.
Ainsi, à l'été 1874, Bell met finalement au point un dispositif de « télégraphie harmonique » appelée aussi « télégraphie acoustique » (acoustic telegraphy ou harmonic telegraphy), utilisant des lames vibrantes capables de transmettre des sons musicaux mais pas encore de paroles intelligibles. Bell en fait la démonstration en décembre de cette même année à Highland Park en Écosse.
Deux ans plus tard, le , Gray inclut pourtant pour la première fois un schéma relatif à la première utilisation d'un téléphone (schéma à gauche) et trois jours plus tard, le , l'avocat d'Elisha Gray dépose un (« ») c'est-à-dire un avis d’intention de dépôt de brevet interdisant pour un an la reconnaissance de droits à toute autre personne pour la même invention, correspondant à un schéma similaire au premier (schéma ci-contre à droite).
Le même jour pourtant, et deux heures plus tard, les avocats de Bell déposent en mains propres à l'office américain des brevets une demande de brevet pour le télégraphe harmonique, comprenant également la transmission des sons vocaux. Le , le bureau suspend alors la demande de ce dernier pour une durée de trois mois afin de laisser à Gray le temps de soumettre une demande de brevet complète pour son invention et entame la procédure dite « d'interférence » (Interference proceeding) visant à savoir qui de Gray ou Bell a été le premier à inventer le téléphone.
À l'époque, l'office des brevets requérait des inventeurs la présentation d'un modèle de l'invention à breveter afin que la demande soit éventuellement acceptée. La procédure d'acceptation qui prenait souvent plusieurs années impliquait ainsi de nombreuses procédures d'interférence qui se réglaient bien souvent en audiences publiques, bien que le Congrès ait pourtant supprimé cette obligation de présentation de modèles en 1870. Les avocats de Bell ont ainsi plaidé contre cette obligation de fourniture d'un modèle à la suite de cette abrogation de la part des instances législatives du pays.
Bell se rend ensuite le à Washington D.C, et rien de nouveau n'est inscrit dans son répertoire jusqu'à son retour à Boston le . Son brevet est publié le même jour tandis que le 8, ce dernier fait état dans son répertoire d'une expérience dont le schéma se révèle hautement similaire à celui déposé par Gray (cf. ci-contre). Il obtient finalement le modèle de son invention demandée par l'office des brevets le , jour marquant la célèbre phrase () considérée comme la toute première conversation téléphonique de l'histoire.
Dans une lettre du , Graham Bell avoue à Gray qu'il a eu connaissance que son caveat avait quelque chose à voir avec la vibration d'un fil dans l'eau et qu'il entrait donc en conflit avec son propre brevet. À cette époque pourtant, l'interdiction de dépôt de Gray était encore confidentielle. En 1879, Bell déclare sous serment qu'il s'est effectivement entretenu du brevet de Gray avec Zenas Fisk Wilber, l'examinateur qui en avait la charge.
Également lors d'une déclaration sous serment du , c'est finalement au tour de l'examinateur Wilber d'avouer être alcoolique et devoir de l'argent à son ami Marcellus Bailey, également avocat d'Alexander Bell, venu le trouver après avoir prononcé la suspension de la demande de brevet de son client Bell. Il avoue, en violation des règles de l'Office des brevets, avoir communiqué le caveat de Gray à Bailey, et fait croire à ses supérieurs que le brevet de Bell était arrivé le premier. Il dit également, à propos du passage de Bell à Washington : Il termine en disant que le professeur est repassé pour lui donner son billet de 100 dollars Zenas Fisk Wilber, Les "confessions" de Mr. Wilber, publiées au Washington Post du 22 mai 1886, page 1..
Wilber contredit pourtant ses propres aveux ; tout d'abord le quand ce dernier prétend que la demande lui a été formulée par M. Swan, avocat de la Bell Telephone Company (Société Bell), lequel profitant de son état d'ébriété au moment pour le faire signer. Tous ces témoignages contradictoires ont fini par discréditer Wilber. Son premier témoignage est publié dans le Washington Post le , suivi trois jours après d'une dénégation sous serment d'Alexander Graham Bell.
Théories contradictoires Dans cette controverse, les défenseurs d'Alexander Bell s'appuient dans leurs convictions sur les nombreux procès« Retour aux sources du téléphone » pour lesquels les tribunaux ont finalement rendu des jugements en sa faveur et celle de sa compagnie (la Bell Telephone Company), tandis que ceux d'Elisha Gray mettent en avant le fait la première expérience réussie de Bell en matière de transmission de son dans de l'eau a eu lieu le en utilisant le même procédé que celui décrit par Gray dans son caveat, et pourtant non décrit dans le brevet de Bell.
Il existe également un troisième côté à la controverse, expliquée en détail dans le livre d'Edward Evenson The Telephone Patent Conspiracy of 1876 The Telephone Patent Conspiracy of 1876 sur Google Lives, concluant que le détournement de l'invention de Gray sur la transmission des sons dans l'eau n'était imputable non pas à Bell lui-même, mais à ses avocats.
Premier arrivé à l'Office des brevets Les avocats respectifs de Gray et Bell sont tous deux passés à l'Office américain des brevets le afin de déposer leur demande de brevets. En vertu des lois sur les brevets en vigueur aux États-Unis, un brevet est considéré accordé au . Ainsi il n'est censé ne faire aucune différence pour le bureau de savoir qui des deux inventeurs est passé le premier déposer sa demande. L'idée communément admise est que Bell s'est rendu à l'Office des brevets une à deux heures avant son rival Gray et que ce dernier perdit ainsi ses droits sur son invention. Mais la version d'Evenson relatée dans son livre ne souscrit pas à cette vision de la chronologie des événements Evenson, pages 68-69, 75.
D'après Gray, son caveat (intention de brevet interdisant à quiconque le droit de faire une demande pour la même invention) a été déposé quelques heures avant la demande de Bell, juste après l'ouverture matinale de l'office, mais n'a pas été inscrite au tableau avant la fin de la journée, ce qui fait qu'elle n'a pu être prise en charge par un examinateur que le lendemain du dépôt. Tandis que les avocats de Bell, passés en fin de matinée, ont exigé que la demande soit inscrite au tableau et donc traitée immédiatement Evenson, pages 68-69. Ainsi le fait que la demande de Gray ait été enregistrée après celle de Bell laisse à penser que ce dernier est ainsi passé avant son rival. En ce qui concerne Bell, aucun témoignage n'a pu être fourni du fait qu'au moment du dépôt le , ce dernier n'était pas à Washington mais à Boston. Il n'a ainsi eu aucune connaissance des événements jusqu'à son retour plus de 10 jours plus tard le .
Le , Zenas Frisk Wilber, l'examinateur des brevets de Bell et Gray, a constaté que celui de Bell reprenait la même fonction de résistance variable que celle du caveat de Gray, et tous deux décrivant leur invention comme « transmission des sons vocaux » (transmitting vocal sounds). Wilber a ainsi suspendu la demande de Bell durant trois mois pour laisser à Gray la possibilité de déposer un brevet complet avec ses revendications. Si celles-ci s'avéraient être les mêmes que celles de Bell, l'examinateur commencerait ainsi la procédure d'interférence afin de déterminer lequel des deux a été le premier à conceptualiser le principe de la résistance variable.
L'avocat d'Elisha Gray, William D. Baldwin, a par ailleurs été informé que la demande de Bell avait été notariée le . Il conseilla donc à Gray d'abandonner le caveat et de ne finalement pas déposer de brevet définitif pour l'invention du téléphone. Ainsi Bell a pu se voir accorder le brevet US 174 465Brevet de Bell pour le téléphone le .
Théories du complot Plusieurs théories du complot ont aussi été présentées au cours de différents procès et appels, principalement entre 1878 et 1888, dans lesquelles la Bell Telephone Company (Société Bell) a tout d'abord poursuivi ses concurrents et quand, plus tard, lorsque Bell et ses avocats ont été accusés de fraude au brevet. Ces théories sont fondées sur des allégations de corruption de l'examinateur des brevets, Zenas Fisk Wilber, profitant de sa faiblesse due à son alcoolisme. Wilber a été accusé de révéler des informations secrètes à Alexander Graham Bell et à ses deux avocats, Anthony Pollok et Marcellus Bailey, concernant le caveat et les demandes de brevet d'Elisha Gray.
L'un des accusateurs à l'encontre des avocats de Bell fut l'avocat Lysander Hill, les accusant d'avoir reçu des informations secrètes de la part de Wilber, qui les aurait de plus autorisés à rajouter un paragraphe de sept phrases en rapport avec ces informations sur la demande de brevet de Bell, après que le caveat de Gray et la demande de Bell eurent été déposés à l'Office des brevets. Pourtant la demande originale de Bell ne montre aucune trace d'altération et Wilber a par ailleurs déclaré avoir mené la procédure d'interférence sur ces sept phrases. À la constatation que ces phrases étaient très similaires, elle interrompit donc à la fois la demande de brevet de Bell et le caveat de Gray, ce qu'il n'aurait pas fait si les sept phrases n'avaient pas été dans la version originale du brevet de Bell enregistrée au . Aussi ces théories du complot furent-elles rejetées par les tribunaux Evenson, pages 182-185.
Il s'agissait à vrai dire d'une des revendications de grande valeur du brevet US 174 465 de Bell: la revendication n°4, concernant le procédé de production d'un courant électrique variable dans un circuit à résistance variable. Or, cette fonctionnalité n'a pas été démontrée parmi les dessins brevetés de Bell, tandis qu'il l'a bel et bien été dans ceux de Gray contenus dans son caveat déposé le même jour. Il s'agit de précisément de cette fonctionnalité de résistance variable décrite en sept phrases qui aurait été rajoutée à la demande de brevet de Bell La demande avec l'insertion des sept phrases peut être vue aux pages 70 et A76 dans The Gray Matter. Bell témoigne à ce sujet avoir ajouté les sept phrases au dernier moment juste avant d'envoyer la demande à Washington. La version modifiée de son texte (ou « texte juste » (fair copy)) lui aurait ensuite été expédiée par ses avocats le . Il l'aurait ensuite signée et notariée à Boston le . Mais cette version de Bell est là encore contestée par Evenson Evenson, pages 64-69, 86-87, 110, 194-196. Selon l'auteur, ces sept phrases et la revendication n°4 auraient été ajoutées à l'insu de Bell lui-même, par ses avocats le 13 ou , juste avant que la demande ne soit transmise auprès de l'Office des brevets par l'un de ces derniers.
Théorie d'Evenson Rôle des avocats