Cette trame de l'urbanisation contemporaine de Reims est ici seulement esquissée à partir des travaux notamment du RHa et aussi ceux de François-Xavier Tassel dans sa thèse de doctorat sur la Reconstruction de Reims après la Première Guerre mondialeLa Reconstruction de Reims après 1918, illustration de la naissance d'un urbanisme d’État, François-Xavier Tassel, thèse de doctorat, université de Paris-VIII, 1987.

Pour la période contemporaine, l'Agence d'urbanisme de Reims travaille à la publication d'une frise qui permettra aussi de mieux appréhender l'histoire urbaine de la ville contemporaine. Cette histoire urbaine de Reims montre combien la ville d'aujourd'hui est le résultat pour une large part d'interventions délibérées des pouvoirs en place au fil des siècles. À la lumière de l'histoire de l'urbanisme de Reims, nous pouvons constater combien cette ville est à la fois représentative de l'ensemble de la production de la ville en France, mais aussi combien elle servit de champ d'expérimentation national à partir de la fin du .

La ville moderne thumb|right|upright=1|Plaque apposée sur le 41 rue Camille-Lenoir. Le plan Camelot Le plan Camelot est le premier plan élaboré après la Seconde Guerre mondiale. Il traduit une volonté d'un urbanisme contrôlé et limité qui correspond au seul développement endogène. Cette vision limitée qu'incarne la municipalité du pharmacien René Bride traduit la frilosité d'une bourgeoisie et d'un patronat qui craint la concurrence d'industries aux méthodes plus modernes mettant fin au paternalisme et surtout offrant des salaires plus élevésGeorges Colin, op. cit.. Il est fait appel à Robert Camelot (1903-1992) qui est un enfant du pays pour être né à Reims. Après ses études d'architecte à l'École des Beaux Arts de Paris, il voyage pendant plusieurs années aux États-Unis et au Canada avant d'enseigner à Cambridge. Il est aussi urbaniste et second grand prix de Rome. Sa candidature proposée par le CEARR est arrêté par le conseil municipal le .

Ce plan va s'inscrire dans le cadre de la loi du prescrivant l'étude de « projets d'aménagement des groupements d'urbanisme » pour les 47 principales agglomérations françaises. Un atelier d'urbanisme est créé en 1948 au sein des services municipaux.

Le plan Camelot comprend quatre axes forts : une densification de la ville existante sur une surface de hectares ramenée à hectares ; 700 parcelles sont recensées sur simplement en bordure de voies existantes ; un rééquilibrage des quartiers avec un équipement accru : écoles, centres sociaux, dispensaires... ; la création d'une ceinture verte séparant Reims des communes avoisinantes ; la création d'un axe industriel qui va de Cormontreuil à Bétheny en passant par le port Colbert et Saint-Brice Courcelles. C'est ainsi que sort de terre la première tranche de la zone industrielle Ouest de près du port Colbert.

C'est sur la base de ce plan que sont urbanisés les quartiers de Maison Blanche, Wilson, Barthou, Desbureaux, Jacquart soit près de . La ville gagne en huit ans (1946-1954). Mais cette vision limitée du développement et aussi le refus d'entreprises extérieures allié au déclin du textile notamment ne permet pas d'offrir un emploi à tous et le chômage augmente : chômeurs en 1954. C'est l'affrontement entre le maire René Bride et la SA HLM le Foyer rémois à propos de la construction du quartier de l'Europe qui provoque la démission du maire.

Une bourgeoisie plus éclairée formée dans le cadre du CJP (Centre des jeunes patrons) fondé en 1938 autour notamment de Jacques Warnier dans la lignée du catholicisme socialLa Vie municipale à Reims - Expansion et pouvoir local - 1945-1975, Christian Brut, thèse de doctorat, université Paris-V, 1980 qui prend alors le pouvoir. Elle se retrouve dès 1943 - la guerre n'est pas encore finie - au sein du CEARR (Comité d'étude pour l'aménagement de la région de Reims) et ensuite à la CCI. Elle va faire appel à Jean Taittinger pour impulser une politique de développement plus ambitieuse. Le CEARR comprend parmi ses fondateurs Paul Voisin directeur de la SA HLM Le Foyer rémois avec les industriels Henri Druart, Pierre Goulet, François Hanrot, Bertrand de Voguë... Y siège aussi l'architecte de la ville M. Beaumont. Dès le départ, le CEARR place le développement de la ville dans un contexte plus large qui est celui de la région rémoise, une ambition en contradiction avec le malthusianisme de la municipalité de René Bride. C'est bien une autre vision du développement local, de l'urbanisme et du logement qui fait basculer l'équipe de l'après-guerre et porter au pouvoir une municipalité pourvue d'une toute autre ambition.

Les études du CEARR montrent bien les préoccupations de ce patronat plus moderniste qui examine tous les aspects du développement économique et social de Reims de façon systématique : 1943 - Délimitation de Reims et de sa région. 1943 - L'industrie textile dans la région de Reims. 1944 - La culture de la vigne en Champagne. 1944 - Exposé d'un programme en matière de logement. 1945 - Le développement industriel possible de la région de Reims. 1945 - Étude agricole de la région de Reims. 1945 - L'alimentation dans la région de Reims. 1946 - Les transports dans la région de Reims. 1947 - L'industrie métallurgique.

Le plan Rotival Le plan Rotival est élaboré dans le cadre de la nouvelle réglementation qui institue en 1958 les plans d’urbanisme directeurs qui tracent le cadre général d’aménagement et de développement des villes. Ces plans sont induits par l’essor démographique avec une population qui double entre 1954 et 1968 (baby-boom) et par le développement économique de l’après-guerre et de la reconstruction après la seconde guerre mondiale.

Dépassant le strict cadre de la réglementation des anciens plans et leur vision empirique de l’avenir, la municipalité rémoise qui connaît un nouveau dynamisme avec l’élection de Jean Taittinger comme député de la Marne en 1958 et comme maire de Reims en 1959, va engager une nouvelle dynamique de développement rompant en cela avec l'approche prudente et limitée de la municipalité précédente avec le pharmacien René Bride. C'est dès 1956 que le CEARR prend contact avec l'urbaniste Maurice Rotival (1897-1980) associé à Henri Prost un des premiers urbanistes de la SFU et membre du Musée social. Dès 1958, Jean Taittinger intervient auprès du Ministre de la construction, Pierre Sudreau qui choisit Reims comme champ d'application de la méthode de planification scientifique développée par Maurice RotivalGeorges Colin, Reims, étude d'une croissance urbaine, Ed. Travaux de l'Institut de géographie de Reims , Reims, 1976. C'est à cette époque que Jean-François Gravier dresse son bilan d'une France coupée en deux : Paris et le reste, avec son ouvrage : Paris et le désert françaisJean-François Gravier, Paris et le désert français, Le Portulan, 1947. Aussi, la stratégie développée par le nouveau pouvoir local regroupé autour du CEARR et la CCI avec Jean Taittinger va être d'attirer à Reims des entreprises trop à l'étroit dans le contexte parisien pour induire une dynamique de développement de la région rémoise afin de prendre le relais d'une industrie textile sur le déclin.

La démarche comporte une phase de diagnostic et d'analyse qui aboutit à cinq clefs soumis au choix du conseil municipal : A - Maintien du plan Camelot antérieur ; B - Abandon de tout plan (développement au fil de l'eau) ; C - Reims, ville universitaire ; D - Reims, ville d'échanges ; E - Reims, ville industrielle, plate-forme du Marché commun.

En , le conseil municipal opte pour y-une clef" qui reprend les options C, D et E : Reims, ville universitaire, ville d'échanges et ville industrielle. À partir de cette décision, M. Rotival propose trois scénarios : A - développement des fonctions traditionnelles ; B - Développement industriel et commercial lié au Marché commun avec création d'une Université européenne et un objectif de en 1980 ; C - Développement plus limité de l'industrie et de l'université.

C'est le scénario B, le plus ambitieux, qui est adopté par le conseil municipal en 1964. Il va être alors développé avec cinq objectifs majeurs : 1 - Rénovation du centre-ville ville (opération Saint-Remi) ; 2 - extension de la ville avec quatre grands ensembles : ZUP d'Orgeval au Nord (2400 logements), quartier de l'Europe à l'Est (2000 logements), et au Sud : Les Châtillons (3000 logements) et Croix-Rouge (); l'opération de Croix Rouge dont le plan masse sera confié à DVW (Damery Vetter et Weil) avec la SEDMA comme aménageur, sera coupé en trois opérations : quartier universitaire, quartier administratif et val de Murigny). 3 - aménagement des deux grandes zones industrielles : la zone de la Neuvillette du Canal à la RN 44 et la zone des Essillards, au Sud-Est, le long du canal; 4 - création d'un distributeur urbain pour mieux irriguer et desservir la ville, le long de la Vesle, tracé qui sera repris par lors de la réalisation de l'autoroute; 5 - développement de la fonction universitaire à partir de pôle scientifique créé en 1956.

L'ensemble de la construction neuve, pour une très large part HLM, sera réalisée exclusivement par trois organismes : deux organismes privés : la SA HLM le Foyer rémois, la SA HLM l'Effort rémois et l'OP HLM de Reims. Reims va donc se caractériser par une très forte proportion de logements HLM dans cette dynamique de développement.

L’Académie de Reims est créée en 1962 et Reims est bientôt doté d'une université complète avec les sciences, le droit et les sciences économiques, Lettres et sciences humaines, Pharmacie, médecine et dentaire... Un IUT est aussi créé, une école supérieure de commerce sur l'égide de la CCI, une école régionale des Beaux Arts rue Libergier, un CREPS...

L'université est divisée en deux pôles : Moulin de la Housse pour les sciences et l'IUT, Croix rouge pour le reste avec les enseignements médicaux autour du CHU et les autres disciplines autour du nouveau campus de Croix Rouge avec à proximité l’École supérieure de commerce. Ces nouveaux quartiers doivent être reliés au centre-ville rénové par un nouveau pont : le pont Hincmar. La ville regroupe aussi l'ensemble des administrations y compris dans le domaine judiciaire supplantant Châlons-sur-Marne, la Préfecture, dans sa fonction de centre administratif.