Arachné ou Arachne (en / ), est la protagoniste d'un conte de la mythologie classique connu principalement par la version racontée par le poète romain Ovide. Son récit raconte comment la talentueuse mortelle Arachné a défié Minerve à un concours de tissage et fut finalement transformée en araignée par la déesse.

Étymologie Le grec / et le latin arāneus « araignée » sont depuis longtemps considérés comme apparentés. En comparant les mots pour « araignée » dans d'autres traditions indo-européennes, qui dérivent principalement de racines et de verbes signifiant « tisser », « filer » et en analysant la préforme *araksnā comme *h₂ŕ̥h₂⁽g̑⁾sneh₂-, il a été proposé une racine sous-jacente *h₂reh₂⁽g̑⁾- « tisser » non seulement dans les mots et arāneus, mais également dans le grec « tapis, couverture ».

Mythe

Origine et sources Si l'origine grecque du mythe ne fait guère de doutesSylvie Ballestra-Puech, « L’araignée, le lézard et la belette : versions grecques du mythe d’Arachné »', dans Rursus, 2, Nice, 2007, les Géorgiques de Virgile, écrite entre 37 et 30 , constituent la version la plus ancienne connue de ce conte, les Métamorphoses d’Ovide, composées dans la première décennie du de notre ère, en présentant le récit complet.

Récit Arachné est une jeune femme originaire d'Hypèpes en LydieOvide, Métamorphoses, Livre VI, v. 11-13..

Intriguée par la grande réputation de tisseuse d’Arachné, Minerve se déguisa en vieille femme pour rendre visite à la jeune tisseuse et observer son magnifique travail. Arachné, n'ayant point reconnu la déesse, prétendit devant celle-ci qu'elle était la meilleure tisseuse du monde, meilleure que Minerve elle-même. La déesse entra alors dans une grande colère en constatant qu'une simple mortelle pouvait prétendre être aussi adroite qu'elle.

Elle révéla à Arachné sa véritable identité et organisa un concours avec la jeune femme. Le tissage de Minerve représentait quatre combats distincts entre les mortels et les dieux, au cours desquels les dieux punissaient les mortels pour s'être érigés en égaux, tandis qu'Arachné préféra illustrer les comportements honteux des dieux (dont Jupiter avec ses nombreuses amantes).

Minerve ne découvrit dans cette broderie aucun défaut mais, jalouse et furieuse qu'elle ait insulté les dieux, elle frappa Arachné de sa navette et déchira son ouvrage. Humiliée, Arachné se pendit. Éprouvant de la pitié pour la jeune fille, la déesse décida d'offrir une seconde vie à Arachné, sous la forme d'une araignée suspendue à son fil, pour qu'elle puisse tisser pour l’éternité.

Interprétations modernes vignette|Nikólaos Gýzis, L'Araignée, 1884, pinacothèque nationale d'Athènes. Selon János György Szilágyi, la version grecque du mythe relève d’un récit étiologique typique de l’époque hellénistique, tandis que celle d’Ovide témoignerait d’une origine plus ancienne, remontant au moins à la période archaïque, marquée par la rivalité entre l’artisanat grec et celui d’Asie Mineure. Cette interprétation historique du mythe, déjà avancée par Robert Graves, s’appuie notamment sur l’origine lydienne d’Arachné dans le texte d’Ovide — origine également attestée chez Pline l'Ancien —, alors que Nonnos de Panopolis la présente comme Perse et Héliodore comme Sère.

Toutefois, si des circonstances historiques ont pu influencer le cadre géographique du récit, celui-ci ne saurait être réduit à la simple transposition de ces réalités. C’est pourquoi Ioanna Papadopoulou-Belmehdi, replaçant la version « attique » dans le contexte de la symbolique du tissage féminin, la juge « plus ancienne » que celle d’Ovide, car elle « enracin[e] le mythe en plein sol athénien ». Il existe enfin une troisième version, sans doute d’époque alexandrine, qui associe Arachné au devin Tirésias et attribue sa métamorphose au courroux d’Aphrodite.

Postérité vignette|Les Fileuses ou La légende d'Arachné par Diego Vélasquez, musée du Prado. Arachné et Minerve sont représentées deux fois. Au premier plan, Minerve utilise le rouet et Arachne le dévidoir. En arrière-plan, Minerve casquée fait face à ArachnéMusée critique de la Sorbonne.

La littérature du Moyen Âge et de la Renaissance poursuit la tradition moralisatrice ovidienne, l'histoire d'Arachné étant interprétée comme un symbole de la présomption humaine.

Dante Alighieri réprouve ainsi la conduite d'Arachné dans le Purgatoire de la Divine Comédie montrant son image sur le pavement où sont exposées les figures des orgueilleux. Considérant l'orgueil comme le commencement de tout péché, le poète italien condamne l'homme qui s'exalte contre Dieu, exactement comme Arachné l'avait fait Judith Dundas, « "Arachnean Eyes": A Mythological Emblem in the Poetry of George Chapman », John Donne journal, Vol. 6, No. 2, 1987.

Décrivant les sculptures en relief qui ornent le sol du premier cercle du mont du Purgatoire — celui où sont purgés les orgueilleux, et alors que chaque image illustre un exemple d’orgueil puni, Dante transforme la métamorphose d'Arachné en une leçon d’humilité : la création artistique, si elle procède de l’orgueil, conduit à la déchéance.

Chant XII (vers 43-45) du Purgatoire

À la Renaissance, les écrivains, comme George Chapman, qui s'intéressent aux questions de moralité de l'art tirent une leçon particulière du destin d'Arachné. Un poète, Edmund Spenser, place l'histoire d'Arachné au cœur de son poème Muiopotmos, ou le Destin du Papillon. Il y ajoute le thème de l'envie, fléau des artistes : dans sa version du mythe, Spenser raconte comment Arachné fut transformée en insecte par envie du couronnement de Minerve. Ailleurs dans la poésie de Spenser, la tradition moraliste se reflète dans l'utilisation de la toile d'araignée comme piège pour les pécheurs. Ainsi, dans la Caverne de Mammon, au Livre II de La Reine des fées, Arachné « soulève haut / sa toile rusée et étend son filet subtil » (7.28).

Arachné est une des représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom d'Arachné figure sur le socle, elle y est associée à Sophie, sixième convive de l'aile I de la tableMusée de Brooklyn - Arachné.

Arachné fait partie des personnages mythologiques réécrits dans une perspective féministe par l’autrice de bande dessinée Noémie Fachan dans son roman graphique L’œil de la Gorgone – 22 figures mythologiques dans un regard féministe (2023)..

Notes et références

Voir aussi Sources primaires Arachné et Minerve, textes et commentaires d'Ovide par Jean Schumacher, Louvain, 2005 (bibliogr.). Pallas et Arachné, dans (VI, 5-145), trad. française de G. T. Villenave, Paris, 1806.

Bibliographie . Sylvie Ballestra-Puech, « L’araignée, le lézard et la belette : versions grecques du mythe d’Arachné », dans Rursus, 2, Nice, 2007.

Sources radiophoniques

Liens externes

Images d'Arachné dans le Warburg Institute Iconographic Database

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