Nikolaï Fiodorovitch Pogodine (en ), nom de plume de Nikolaï Fiodorovitch Stoukalov, est un dramaturge soviétique, né le à Goundorovskaïa, dans la province du Don, mort le à Moscou. Dramaturge emblématique du réalisme socialiste et chantre du régime soviétiqueTadeusz Kowzan, Théâtre miroir. Métathéâtre de l'Antiquité au , L'Harmattan, 2006, 344 pages, p. 213 ., il est notamment l'auteur d'une trilogie sur Lénine.
Biographie Né dans une famille paysanne de la stanitsa de Goundorovskaïa, dans la province du Don, Nikolaï Stoukalov connaît « une enfance errante avec sa mère, qui [voyage] d'un village cosaque à un autre en faisant de la couture ». Après des études élémentaires, il travaille à partir de 14 ans dans un magasin d'habillement, comme vendeur de journaux, dans le triage de gros morceaux de charbon pour l'exportation, dans un magasin d'usinage, dans la distribution de rubans de machine à écrire et provisions dentaires, comme expéditeur dans un journal, avant de se tourner vers la littérature et le journalisme Avril Pyman, dans A.K. Thorlby (éd.), The Penguin Companion to Literature: European, Penguin, 1969, 618.Ouvrier agricole et maréchal-ferrant, selon Harry Thornton Moore, Albert Parry, Twentieth-century Russian literature, Southern Illinois University Press, 1974, 194 pages, 77 .. Durant la guerre civile russe, il sert comme volontaire dans l'Armée rouge. Publié pour la première fois en 1920 dans Troudovaïa jizn (Vie laborieuse), journal de Rostov-sur-le-Don, il est correspondant et feuilletonniste à Molot de 1920 à 1922, puis correspondant spécial de la Pravda de 1922 à 1930 Who's who in the USSR, Institut zur Erforschung der UdSSR, Intercontinental Book and Pub. Co., 1960, 600.. En 1925, il s'installe à Moscou.
Du fait de ses activités journalistiques, « ses pièces, en particulier les premières, semblent une dramatisation d'événements factuels en rapport avec l'actualité » Marc Slonim, Russian Theater: From the Empire to the Soviets, New York, Collier, 1962, 337.. Tempo (Temp), pièce sur le plan quinquennal parue en 1929 et mise en scène en 1930 au Théâtre Vakhtangov, montre la construction de l'usine de tracteurs de Stalingrad. Il l'a écrite en sept jours, après un voyage pour la Pravda au cours duquel il a visité le site en construction Cynthia Ann Ruder, Making history for Stalin: the story of the Belomor Canal, University Press of Florida, 1998, 248 pages, p. 157 .. Poème de la hache (Poema o topore), en 1931, décrit la fabrication de l'acier inoxydable dans le troisième acte. Mon ami (Moï droug), en 1932, dépeint un protagoniste luttant pour obtenir une exploitation d'usine.
La plus populaire de ses pièces est Les Aristocrates (1934), une pièce moitié sérieuse, moitié comique sur la construction, par des travailleurs forcés, du Canal de la mer Blanche, entre la mer Blanche et la mer BaltiqueMichel Heller, Le Monde concentrationnaire et la littérature soviétique, Lausanne, L'Âge d'Homme, coll. Slavica, 1974, p. 116.. Elle montre l'affrontement de deux forces : les tchékistes et les détenus, eux-mêmes divisés entre « spécialistes » (ingénieurs condamnés pour sabotage, contre-révolution, trahison) et « bandits » (voleurs, prostituées, croyants, koulaks et autres) ; les uns et les autres se considèrent comme des aristocrates, les seconds pour n'avoir jamais travaillé honnêtement de leur vie et n'avoir jamais voulu le faire du crime. Tous refusent d'abord de travailler, mais les tchékistes parviennent à les impliquer progressivement dans l'action collective, les transformant et les régénérant moralement. Le comique de la pièce réside dans le fait que les ingénieurs, gens de talent cultivés et intelligents, mettent plus de temps que les détenus de droit commun à comprendre la nécessité de travailler pour le bien du prolétariat. Aragon juge cette pièce « après tout médiocre » et considère que son succès, à sa création, est dû à « l'esprit de Résurrection, la vieille idée tolstoïenne du rachat des criminels »Léon Robel, « La langue, la littérature et la culture russe dans l'œuvre d'Aragon » (p. 141-170), in Andrew Macanulty (éd.), Aragon, Elsa Triolet et les cultures étrangères: Actes du colloque de Glasgow, avril 1992, Presses universitaires de Franche-Comté, 2000, 224 pages, p. 169 .. En 1937, Pogodine retravaille sa pièce en scénario d'après lequel Ievgueni Tcherviakov réalise un long métrage à tout point fidèle à l’œuvre originale. thumb|left|380px|Scène de L'Homme à la carabine. Photo de Peter Liebers (). Une autre de ses pièces les plus populaires est L'Homme à la carabine (Tchelovek s roujyom), en 1937, présentant Chadrine, un soldat qui se rend à Petrograd en et se retrouve mêlé à la Révolution d'Octobre ; le point culminant de la pièce est sa rencontre avec Lénine, symbole de l'union du léninisme avec des aspirations populaires encore à demi conscientes. La deuxième pièce de sa trilogie sur Lénine, Le Carillon du Kremlin (Kremlyovskie kouranty), en 1940, se situe en 1920, alors que la famine ravage la Russie, et montre Lénine planifiant l'électrification du pays ; dans une scène, Lénine s'entretient avec un vieil horloger juif qui s'engage à réparer le carillon de la place Rouge, afin qu'il joue l'air de l'InternationaleMarc Slonim, Histoire de la littérature russe soviétique, L'Âge d'Homme, 1985, 367 pages, p. 240.. Cette pièce à succès est jouée par plus de cinquante théâtres soviétiquesLuda et Jean Schnitzer, Youtkevitch, L'Âge d'Homme, 1976, p. 200.. La Troisième pathétique (Tretia patetitcheskaïa), en 1955, présente la mort de Lénine dans un esprit tragique et s'achève par le motif habituel de l'espoir dans l'avenir.
Quand les lances se rompent (Kogda lomaioutsia kop'ya), en 1953, est une comédie. L'une de ses meilleures œuvres, Le Sonnet de Pétrarque (Sonet Petrarki), parue dans l'almanach Literatournaïa Moskva en 1956 et représentée au Théâtre Maïakovski le , cette pièce se passe dans les bureaux d'un chantier sibérien, sur un fond de draperies Renaissance et met en scène des communistes de diverses tendances, le porte-parole du libéralisme étant lui-même un dirigeant du Parti qui veut « revenir à l'esprit de Kirov », c'est-à-dire d'avant les grandes purges staliniennesJean Jacquot, Le Théâtre moderne: études. Hommes et tendances, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1968, 375 pages, 277.Efim Grigorievitch Etkind, Histoire de la littérature russe, première partie: XX siècle. L'âge d'argent, Fayard, 1990, 668. « Pogodin, Nikolai Fyodorovich » dans l'Encyclopédie des écrivains soviétiques.Marie-Christine Autant-Mathieu, Le théâtre soviétique durant le dégel, 1953-1964, CNRS, 1993, 368 pages, ..
Figure du théâtre, il n'en a pas moins connu les aléas de la censure. Sa pièce Le Carillon du Kremlin connaît ainsi quatre versions: la première donne la première place à Staline et la deuxième à Lénine, la troisième les place sur un même plan Ronald Hingley, Russian writers and Soviet society 1917-1978, Taylor & Francis, 1981, 296 pages, p. 215 ..
De 1951 à 1960, Pogodine est le rédacteur en chef de la revue Teatr. Il est décoré de l'Ordre de Lénine, reçoit le Prix Staline en 1941, la distinction d'Artiste du Peuple de la RSFSR en 1949, le Prix Lénine en 1958 McGraw-Hill encyclopedia of world drama: an international reference work in 5 volumes, VNR AG, 1984, vol. 5, 133..
Décédé le , Nikolaï Pogodine est inhumé à Moscou au cimetière de Novodievitchi.
Théâtre Tempo (Temp), 1929 Impertinence (Derzost’), 1930 Poème de la hache (Poema o topore), 1931 Neige (Sneg), 1932 Mon ami (Moï droug), 1932 Après le Bal (Poslie bala), 1934 Les Aristocrates (Aristokraty), 1934 L'Homme à la carabine (Tchelovek s roujyom), 1937 Le Carillon du Kremlin (Kremlyovskie kouranty), 1940 Quand les lances se rompent (Kogda lomaioutsia kop'ya), 1953 La Troisième pathétique (Tretia patetitcheskaïa), 1955 Le Sonnet de Pétrarque (Sonet Petrarki), 1956 La Petite étudiante (Malenkaïa stoudentka), 1958 La Rhapsodie bleue (Goloubaïa rapsodia), 1961
Roman Le Collier d'ambre (Yantarnoïe ojerelye), 1960 (traduction française par Perle Dedieu, Le Seuil, 1963)
Recueils de saynètes Koumatchovoïe outro, 1926 Krasnie rostki, 1926
Scénarios 1936 : Détenus (Zaklioutchionnye) de Ievgueni Tcherviakov 1938 : L'Homme à la carabine (Tchelovek s roujyom) de Sergueï Ioutkevitch 1948 : (Tri vstretchi) d'Alexandre Ptouchko, Vsevolod Poudovkine et Sergueï Ioutkevitch 1949 : Les Cosaques de Kouban (Koubanskie kazaki) d'Ivan Pyriev 1952 : Djamboul (Dzhambul) d'Efim Dzigan 1953 : Les Tourbillons hostiles (Vikhri vrajdebnye) de Mikhaïl Kalatozov, 1956 : Le Premier Convoi (Pervyi echlon) de Mikhaïl Kalatozov 1957 : Le Lutteur et le Clown (Boriets i klooun) de Boris Barnet 1961 : Cinq jours, cinq nuits (Pyat dney - pyat notchey) de Leo Arnchtam : Roudakov 1963 : La Petite Gare (Poloustanok) de Boris Barnet« Nikolai Pogodin », sur IMDb.com.
Notes et références
Liens externes
Le dressage du théâtre soviétique dans les années 1930 et 1940, Marie-Christine Autant-Mathieu, Cahiers slaves , 2004., n°8. pp. 19-41 lire en ligne sur persee.fr
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