Le théâtre de Belleville est une salle de spectacle inaugurée en 1828 et disparue en 1962. Il s'élevait dans le village de Belleville, cour Lesage, à la hauteur du 46 de la rue de Paris (aujourd'hui, cour Lesage au 46, rue de Belleville).
En , il devient théâtre parisien, à la suite de l'agrandissement de Paris qui annexe le village de Belleville. En 1932, il est démoli et remplacé par un nouveau bâtiment dont seul le rez-de-chaussée offre une salle de spectacle. À partir de et jusque dans les années 1940 y alternent théâtre et cinéma, puis c'est juste une salle de cinéma. En 1958, il est transformé en music-hall et ferme définitivement en 1962.
Le nom de théâtre de Belleville a été repris aujourd'hui par une petite salle de spectacle située quelques centaines de mètres plus bas au 94, rue du Faubourg-du-Temple (11), précédemment appelée théâtre du Tambour royal.
Historique thumb|upright=1|Situation géographique du théâtre de Belleville sur une carte datant de 1860, en haut : la rue de Paris. Belleville compta jadis au moins deux autres théâtres, également aujourd'hui disparus : le Théâtre populaire de Belleville et le Théâtre-Nouveau.
Le théâtre de Belleville n’a jamais été une salle parisienne de premier plan comme l’Odéon ou le théâtre de la Porte-Saint-Martin, mais il a tenu honorablement son rang.
Son répertoire répondait à ses débuts aux goûts dominants du temps : le drame historique, le mélodrame et le vaudeville. Alors que ces formes théâtrales déclinaient dans la plupart des salles parisiennes, le théâtre de Belleville continua de les honorer. Autour de 1900, c’était pour ainsi dire sa caractéristique.
Le théâtre de Belleville était une sorte d'école dramatique où vinrent s'essayer une multitude de jeunes artistes dont quelques-uns ont fait leur chemin ensuite : Boutin, Tétard, Étienne Mélingue, Louis Lacressonnière, Jules Brasseur, Paul Burani, Léonce, Jean-Hippolyte Tisserant, Julien Deschamps, Virginie Goy, Marie-Joséphine Chrétienno, Léonide Leblanc, Denis d'Inès... Firmin Gémier y commença sa carrière en 1888-1889.
Les premières décennies thumb|upright=1|Annonce en 1859 de la revue Les Souvenirs de BellevilleCouplets et rondeaux chantés dans Les Souvenirs de Belleville, revue épisodique, anecdotique, en 5 actes et 8 tableaux, par MM. Alexandre Flan et Émile Delteil . En 1817, Pierre-Jacques Seveste se voit accorder un privilège qui lui donne, ainsi qu'à ses deux fils Jules et Edmond leur vie durant, l'exclusivité de l'exploitation de tous les théâtres de la banlieue de Paris, c’est-à-dire les communes situées hors de l’enceinte du Paris (devenues des quartiers : Montmartre, Batignolles, Montparnasse, etc.) : Belleville en fait partie.. Les travaux de construction du théâtre de Belleville débutent en 1826 sous les ordres d’Edmond Seveste. Il est inauguré, deux ans plus tard, le .
Quelques années après, les frères Seveste, ne se souciant plus d'exploiter leur privilège par eux-mêmes, le fractionnèrent en autant de parties qu'ils avaient de salles et affermèrent chacune d'elles, moyennant de fortes redevances, à des subdélégués choisis par eux. Le théâtre de Belleville souffrit sous le poids de la redevance due aux frères Seveste, huit de ses gérants se ruinant tour à tour.
À la mort de Jules Seveste, le , le théâtre de Belleville est enfin délivré de cette charge. En 1859, juste avant le rattachement de Belleville à Paris, le théâtre de Belleville donne une revue historique récapitulative de l'histoire de Belleville : Les Souvenirs de Belleville d'Alexandre Flan et Émile Delteil. En , l'intégration du village de Belleville dans Paris fait du théâtre une salle parisienne.
Cette année-là, le journaliste Émile de La Bédollière en donne la description :
L'incendie de 1867 thumb|upright=1|L'incendie du théâtre de Belleville en 1867. Dans la nuit du 11 au , le théâtre de Belleville est anéanti par un incendie, ainsi qu'une brasserie voisine auquel il a communiqué le feu. La salle est heureusement vide à ce moment-là, le feu ayant commencé à couver à la toute fin de la représentation sans que personne le remarque.
Le Petit Journal écrit« Incendie du théâtre de Bellevile », Le Petit Journal, n°1776, 13 décembre 1867, page 3, . :
Reconstruction, continuité et disparition thumb|upright=1|Le théâtre au fond de la cour Lesage vu depuis la rue de Belleville.
Le directeur du théâtre, Joseph-Édouard Holacher, par toutes sortes de démarches financières, avec le soutien de la population bellevilloise, du milieu professionnel et de la mairie du parvient en moins d'un an à le faire reconstruire à l’identique sous la conduite des architectes Lehman et Fernoux..
À l'automne 1870, durant le siège de Paris, on y donne une représentation dont la recette est destinée à servir à l’achat d’un canon ou d’une mitrailleuse en faveur d’un bataillon bellevillois de la Garde nationale.
De 1862 à 1907, le théâtre de Belleville est dirigé par Joseph-Édouard Holacher, puis ses fils Édouard et Louis, et enfin Mary Albert-Frileux, dramaturge et un temps épouse d'Edouard Holarcher. Après le décès de Joseph-Édouard Holacher, les deux directeurs qui lui succèdent eurent bien du mal à continuer à faire vivre le théâtre. C’est qu’il ne se trouvait désormais plus le seul théâtre dans son secteur. Il y avait aussi le Théâtre populaire de Belleville et le Théâtre-Nouveau, situés près de lui au bord de la rue de Belleville.
Le journaliste Henri Avenel nous apprend également qu'en 1889 se trouve juste derrière, au 12, rue du Théâtreaujourd'hui disparue et qui donnait dans la rue de Tourtille., la célèbre « goguette » de LepilleurHenri Avenel, Chanson et Chansonniers, C. Marpon et E. Flammarion, Paris, 1890, page 326. Voir aussi une annonce pour une soirée chantante dans les salons de M. Lepilleur parue dans La Muse gauloise en 1863..
En 1932, le propriétaire de l’époque, Paul Caillet, fait détruire le bâtiment et élève à sa place un immeuble de style art déco avec un théâtre de places au rez-de-chaussée compris dans un complexe comprenant un restaurant, un dancing et un garage.
À partir de et jusqu’à la fin des années 1940 dans la salle alternent en soirées théâtre et projections de films. Puis c'est juste un cinéma assez pittoresque avec deux balcons dans la salle. Il conserve toutefois le nom de théâtre de Belleville.
Jusqu'en 1958 et tout en gardant une programmation cinématographique, il accueille régulièrement la célèbre émission télévisée de Jean Nohain : 36 chandelles. Le dancing en sous-sol continue également son activité chaque weekend. En 1962, il ferme pour être transformé en un supermarché (Grand Marché SOGEGRAM). Après plusieurs changements d'enseignes, l'immeuble est vendu dans les années 1970 à une société de distribution alimentaire asiatique.
Notes et références
Annexes Bibliographie Émile de La Bédollière, Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire-Éditeur, Paris, 1860. Jean-Marie Durand, « Le Théâtre de Belleville », Bulletin de l'Association d'histoire et d'archéologie du de Paris, n° 3, 1993. Marc Girot, « Le Théâtre de Belleville », Le Vingtième Arrondissement, la montagne à Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 1999. Philippe Chauveau, « Le Théâtre de Belleville », Les Théâtres parisiens disparus, éditions de l’Amandier, Paris, 1999. Maxime Braquet, « Souvenirs du théâtre de Belleville », Bulletin de l'Association d'histoire et d'archéologie du de Paris, n° 45, s.d.
Liens externes
« Souvenir du théâtre de Belleville » sur des-gens.net
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