Saint Jérôme écrivant est une peinture à l'huile sur toile réalisée par le peintre italien Caravage entre 1607 et 1608 et conservée au musée de la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette à Malte.
Le tableau met en scène saint Jérôme assis en train d'écrire dans une cellule monacale, entouré d'objets qui sont autant de symboles : il s'agit là d'une représentation classique du saint, considéré par l'Église catholique comme docteur de l'Église pour son travail de traduction de la Bible en latin à partir du grec. Ce tableau est le dernier que le peintre lui consacre : au cours de sa carrière, il traite en effet ce thème à deux voire trois reprises selon les différents auteurs.
Son commanditaire est Ippolito Malaspina, l'un des hauts responsables de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, qui aurait ainsi souhaité être associé à l'ascétisme du saint. Depuis le , et à l'exception de quelques expositions temporaires, le tableau n'a pas quitté l'île de Malte mais y a connu différents lieux d'installation ; volé en 1984, il est retrouvé quatre ans plus tard et bénéficie ensuite d'une restauration importante à la fin du . Son état de conservation, toutefois, n'est pas optimal.
Dans cette œuvre, Caravage propose un traitement d'une grande intensité psychologique en limitant les effets picturaux afin de focaliser l'attention sur la spiritualité du personnage et de la scène, notamment par le jeu des ombres : la palette de couleurs est restreinte, la composition est sévère et le décor aussi sobre que possible. Cette approche est typique de la manière tardive du peintre lombard, qui au fil des années a laissé de côté certaines approches emphatiques de son œuvre de jeunesse pour favoriser une mise en scène de la spiritualité et de l'introspection, tout en s'inspirant de la statuaire antique. Caravage ayant dû fuir peu de temps auparavant la ville de Rome où il était poursuivi pour meurtre, ce tableau, au même titre que ceux qui viendront ensuite, est une œuvre d'exil dans laquelle l'intensité spirituelle correspond à ses propres tourments intérieurs et à sa volonté de rachat.
Description vignette|alt=Silhouette d'une femme à hauteur de celle du tableau.|Comparaison indicative de tailles entre une femme de stature moyenne () et le tableau (117 × , cadre non compris). L'œuvre est réalisée sur toile et utilise comme médium de la peinture à l'huile ; elle est rectangulaire () et de taille moyenne. Elle est présentée dans un cadre de bois doré orné de motifs.
Le tableau met en scène un homme situé dans le cadre de ce qui semble, par son dépouillement et son exiguïté, une cellule monastique. Le personnage apparaît presque dans son entièreté. Il s'agit d'un homme barbu dans la force de l'âge, au visage sillonné de rides et complètement spiritualisé. Il est torse nu, une toge rouge couvre le bas de son ventre et ses jambes. Il est assis sur le rebord d'un lit et s'appuie sur une table pour écrire dans un cahier épais et de taille moyenne. Son corps subit une rotation à la limite de l'impossibilité physiologique : sa jambe droite est tournée vers la gauche du spectateur et son buste effectue une rotation vers sa droite. Enfin, sa tête est couronnée d'une auréole à peine visible.
Le décor est pourvu d'éléments mobiliers et architecturaux qui restent discrets de par les couleurs et les tons qu'ils portent : outre le livre, un crucifix, une pierre et un crâne humain sont posés sur une table comme pour évoquer une vanité ; ces objets renvoient aux notions d'ascèse, de méditation et de pénitence. Un chandelier portant une bougie éteinte est posée à l'extrémité droite de la table. L'homme utilise un stylet pour écrire et tient un encrier avec sa main gauche : les livres et l'encrier sont des attributs symboliques classiques des docteurs de l'Église dont fait partie saint Jérôme. À gauche, dans l'ombre, un chapeau rouge de cardinal pend sur un clou au mur. Un élément en bois, peut-être un pilastre ou bien une porte, souligne le bord droit de l'œuvre. Cet élément est frappé d'un blason, celui du commanditaire Ippolito Malaspina.
Historique de l'œuvre Contexte et datation vignette|alt=Buste dessiné au crayon, inachevé, d'un homme brun qui regarde le spectateur.|Portrait de Caravage par Ottavio Leoni (vers 1621, Florence, bibliothèque Marucelliana). Ce tableau s'inscrit dans la dernière partie de la carrière et de la vie de Caravage, qui meurt en 1610. Même si la date exacte de composition de Saint Jérôme varie selon les auteurs entre 1607 et 1608, il est établi qu'elle est postérieure à son départ de Rome en 1606 et qu'elle doit correspondre à son séjour à Malte. En effet, c'est à Rome que Caravage a jusqu'ici construit sa carrière et sa réputation : originaire de Lombardie, il s'est tout d'abord formé à Milan avant d'arriver dans la cité papale en parfait anonyme, sans doute dans la première moitié des années 1590. Pendant ce séjour romain, son style s'affine et s'affirme, et annonce les grandes orientations de sa manière tardive : il recourt de plus en plus à des fonds sombres et joue également de plus en plus sur les contrastes marqués entre l'ombre et la lumière ; son art gagne en complexité. Au fil des années, il se tourne vers une expression psychologique plus intense et plus intériorisée, tout en s'inspirant davantage de la statuaire antique. Ces éléments se retrouvent dans son œuvre d'exil, et notamment dans le Saint Jérôme qui est empreint d'une intense religiosité ; d'ailleurs, à compter de 1602 le peintre ne réalise presque plus que des commandes de peintures religieuses.
Lorsqu'il quitte Rome en 1606 pour prendre le chemin de l'exil, Caravage est un fugitif : il vient de tuer un homme au cours d'une rixe et la fuite est alors sa seule échappatoire. Mais cette violence ne l'empêche pas de réaliser une œuvre où s'intensifie la dévotion : il est probable, d'ailleurs, que son ultime tableau romain (qu'il laisse inachevé) soit sa première version de Saint Jérôme écrivant (conservé à Rome, dans la galerie Borghèse). La fuite mène d'abord Caravage au sud de Rome, sur les terres de la famille Colonna qui le protège depuis toujours ; puis il se rend rapidement à Naples, alors territoire sous domination espagnole et donc hors de portée des autorités judiciaires papales. Il y arrive entre septembre et octobre de la même année 1606. Ce premier séjour napolitain, bien que bref, se révèle pour lui particulièrement créatif et fécond. À l'été 1607, il quitte Naples pour Malte où il peint plusieurs œuvres marquantes et chemine parallèlement vers une forme de rachat social en devenant chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le , un an après son arrivée sur l'île. Les recherches font correspondre la date d'achèvement du tableau avec le début de la création de La Décollation de saint Jean-Baptiste, lui-même achevé en . Mais dès ce mois d'août, Caravage est de nouveau partie prenante d'une rixe qui lui vaut d'être appréhendé : il décide de s'évader de la prison et doit donc prendre une nouvelle fois le chemin de l'exil, en direction de la Sicile. Son séjour maltais n'aura donc duré qu'environ une année.
Giovanni Pietro Bellori, éminent critique d'art du et qui compte parmi les tout premiers biographes de Caravage, insiste sur son succès de l'époque en écrivant que le Lombard . Bellori mentionne Saint Jérôme écrivant parmi d'autres tableaux que le peintre aurait réalisés : Par ses écrits, Bellori a certes souvent aidé les historiens à mieux comprendre la vie et l’œuvre du peintre, mais il les a aussi parfois lancés sur des pistes fausses ou douteuses ; en l'occurrence, cette Sainte Madeleine pose fortement question. Certains auteurs prudents jugent qu'elle n'est pas encore identifiée, et qu'il est possible qu'elle soit perdue ; d'autres, plus nombreux, pensent qu'il y a clairement méprise car une Madeleine existe bien en ces lieux, mais il s'agit d'une œuvre due à un pâle imitateur de Corrège dont on aurait copié un détail de sa célèbre Déploration du ChristCf. notes critiques d'Evelina Borea et Giovanni Previtali sur l'édition de Bellori parue en 1976 chez Einaudi .. En outre, l'idée d'une destination initiale de ce tableau comme dessus-de-porte est hautement contestée, voire jugée impossible. Cette confusion trouverait son origine dans le fait que les deux tableaux faisaient partie du groupe de quatre œuvres léguées à la cathédrale par Malaspina et appartenant à sa collection personnelle ; et l'erreur de Bellori peut aisément s'expliquer puisqu'il ne s'est jamais rendu lui-même à Malte pour effectuer ces constatations. Quant au second saint Jérôme , il n'est pas identifié.
L'authenticité du tableau et son attribution à Caravage ne présentent aucune difficulté puisque tous les spécialistes du peintre s'entendent à ce sujet depuis 1922, date de sa première authentification de l'époque moderne par le critique d'art italien Matteo Marangoni sur la base de recherches conduites par Vincenzo Bonello. L'analyse stylistique confirme cette datation à une époque tardive au sein de l'œuvre du peintre. Ainsi, le jeu sur la lumière, et en particulier le travail sur l'obscurité, ainsi que la sobriété de l'environnement marquant l'isolement du personnage confèrent au tableau une atmosphère intimiste, profondément méditative et marquée par une forte spiritualité caractéristique de la production tardive de Caravage, par opposition au caractère plus emphatique de ses œuvres de jeunesse.
Commanditaire vignette|upright=0.5|alt=Blason jaune en haut, rouge en bas comportant une représentation de branches portant des fleurs blanches.|Armes de la maison Malaspina dello Spino Secco portées sur le tableau. L'œuvre a pour commanditaire Fra Ippolito Malaspina Marchese de Fosdinovo, bailli de Naples en 1602-1603 et haut responsable de l'ordre des chevaliers de Malte.
Les deux hommes semblent se connaître depuis le séjour romain de Malaspina entre 1603 et 1605 : ce dernier gravite en effet à ce moment dans les cercles des protecteurs de Caravage. Selon toute hypothèse, Caravage et Ippolito Malaspina se seraient connus par l'intermédiaire d'Ottavio Costa, banquier du pape et important commanditaire d'œuvres à Caravage. Ainsi, il se peut même que les deux hommes aient emprunté le même navire pour se rendre de Naples jusqu'à Malte. De fait, marque d'appartenance, le tableau comporte en bas à droite les armes de Malaspina, bien qu'il ne soit pas certain que ce symbole soit de la main du maître.
La raison du choix de représenter saint Jérôme écrivant n'est pas connue avec certitude, mais semble correspondre à une volonté de Malaspina de se voir associé à l'ascétisme d'un saint touché par la lumière divine. Toutefois, les historiens de l'art sont en désaccord sur la personne qui serait ainsi associée avec cette vertu : le commanditaire lui-même selon Cynthia Degiorgio ; ou Alof de Wignacourt dont, selon Catherine Puglisi, Malaspina désirerait se conforter les faveurs.
Lieux d'exposition successifs