Central Tejo est le nom de deux générations de centrales électriques de la ville de Lisbonne au Portugal.

À la fin du , Lisbonne, contrairement au reste de l’Europe, était une ville en pleine expansion, ce qui se traduisait notamment par la consommation d’électricité qui augmentait au même rythme que son urbanisation. Tout d’abord, le gaz fut remplacé dans le système d’illumination publique, les moteurs électriques se généralisèrent progressivement dans l’industrie et, enfin, les résidences plus aisées initièrent l’ère de l’utilisation domestique de l’électricité.

À Lisbonne, il existait deux centrales qui alimentaient la ville en énergie : la « Central da Avenida » (1889) et la « Central da Boavista » (1903). Leur nom correspondait à celui de leur emplacement, et c’est pour cette même raison que, pendant la création du projet de la « Central Tejo », le nom prévu était « Central da Junqueira » vu qu’elle allait être construite dans une zone appelée Junqueira. Néanmoins, cette dénomination ne dura pas longtemps car elle adopta après sa construction, sur les documents officiels tout comme sur les façades, le nom du fleuve qui l’entourait - « Central Tejo ».

La « Central Tejo » primitive Les petites centrales existantes à Lisbonne (Avenida et Boavista) sont rapidement devenues obsolètes avec l’augmentation de la consommation en énergie électrique. De plus, celles-ci se trouvaient dans des quartiers très urbanisés, ce qui les empêchait de s’agrandir et causait un impact environnemental très fort sur les populations des environs. C’est pour ces raisons, qu’au début de 1908, l’entreprise chargée de la subvention de production et de distribution de l’énergie électrique à Lisbonne, les Compagnies Réunies de Gaz et Électricité (Companhias Reunidas de Gás e Electricidade - CRGE), ont décidé de construire une nouvelle centrale thermoélectrique à Lisbonne. Dans leur permis d’exploitation, l’installation d’une nouvelle station génératrice d’énergie, située dans une zone usinière dans la partie occidentale de la ville, était sollicitée.

L’emplacement choisi se trouvait à mi-chemin entre le Palais de Belém (Palácio de Belêm) et la Corderie nationale de Junqueira (Cordoaria Nacional da Junqueira), qui existent encore aujourd’hui. En , la construction put commencer, une fois le capital destiné à financer la nouvelle centrale thermoélectrique disponible. La « Central Tejo » allait approvisionner en énergie électrique la ville de Lisbonne et ses environs pendant plus de quatre décennies.

Le projet technique définitif fut réalisé par l’ingénieur Lucien Neu, et profitait de tout l’espace utile et disponible, plaçant les turbines au centre et les chaudières des deux côtés. Le projet fut modifié plusieurs fois ce qui retarda les travaux. L’entreprise Vieillard & Touzet était chargée de la construction où travaillaient environ 50 employés. Pendant l’été de 1909, la « Central Tejo » fut inaugurée officiellement, même si de nombreuses modifications continuaient à être réalisées à l’intérieur jusqu’en 1910, comme l’acquisition de nouveaux turboalternateurs ou l’extension de la salle des chaudières. Cela a impliqué la construction d’une nouvelle cheminée de 36 m de haut, en forme de pyramide inversée.

Depuis sa construction jusqu’en 1912, la « Central da Junqueira » a progressivement acquis sa nouvelle machinerie qui allait augmenter sa capacité de production. En 1908, deux nouveaux alternateurs provenant de la « Central da Boavista », avec 1 MW de puissance chacun, ainsi que six chaudières de la marque Delauny - Belleville, furent reçus et mis en place. L’expansion de 1910 inclut l’installation de trois nouveaux turboalternateurs Brown Boveri & Co., qui ont élevé la puissance de production jusqu’à 7,75 MW, ainsi que l’installation de quatre nouvelles chaudières dans un premier temps, et puis encore cinq avec une puissance de vaporisation plus élevée. En 1912, une fois tout le matériel installé, la « Central Tejo » primitive disposait de quinze petites chaudières Belleville et cinq ensembles de générateurs, qui alimentaient le réseau électrique de Lisbonne.

En ce qui concerne l’extérieur, le bâtiment où était placé tout ce matériel, présentait une architecture très caractéristique des petites centrales électriques de la fin du , qui à l’époque étaient appelées « usines d’électricité ». Son plan était constitué d’une galerie longitudinale couverte et de trois bâtiments transversaux continus du côté occidental. Entre ces trois bâtiments, deux fines cheminées avec le double de leur hauteur qui sautaient aux yeux et « surveillaient » les environs. Sur les façades Nord et Sud, on pouvait lire l’inscription: « 1909 / Cªs Reunidas Gás e Electricidade / Estação Eléctrica Central Tejo ».

Cette « Central Tejo » primitive fut initialement programmée pour fonctionner pendant une période de six ans (1908-1914), jusqu’à ce que les CRGE aient réussi à réunir les moyens nécessaires pour la construction d’une centrale de plus grandes taille et capacité. Cependant, à cause de la Première Guerre mondiale, ce stade primitif de la « Central Tejo » se prolongea jusqu’en 1921. La production et la distribution d’électricité commencèrent à se faire dans des conditions très précaires, notamment à cause de la mauvaise qualité des combustibles utilisés, ce qui a été à l’origine de nombreuses pannes et d’un freinage significatif dans le rythme d’expansion et de développement de l’électricité de la ville. Malgré ces difficultés, les travaux de construction des chaudières de basse pression continuèrent et, en 1916, la centrale commença à recevoir la vapeur des deux premières chaudières installées dans le nouveau bâtiment, qui était alors encore en construction mais possédait déjà les conditions nécessaires pour le renforcement d’alimentation des deux ensembles de générateurs.

Une fois que le bâtiment de la basse pression fut construit et totalement opérationnel (1921), la première « Central Tejo » fut désactivée et démantelée ne laissant que des ateliers et des entrepôts. Quelques années plus tard, quand le besoin de construire un nouveau bâtiment pour les chaudières de haute pression s’imposa, les galeries de cette première « Central Tejo » primitive furent démolies en 1938, ne laissant aucune trace.

La « Central Tejo » actuelle En raison de la nécessité de construire une nouvelle centrale pour répondre aux besoins croissants en électricité et de la précarité des installations de la centrale primitive, l’année 1914 marqua le début de la construction des nouveaux bâtiments et l’installation de machines plus efficaces. Ce fut un stade de développement, de croissance et de modernisation qui se termina avec l’installation de la et dernière chaudière en 1951.

Pour faire simple, deux périodes de construction se distinguent: La première, comprise entre 1914 et 1930, correspond aux installations de basse pression, pendant laquelle la salle des chaudières de basse pression et la salle des machines furent construites et agrandies. La deuxième, de 1938 à 1951, correspond aux diverses installations liées à la production de haute pression. À la fin de cette période, l’ensemble architectonique a maintenu sa structure sans modification jusqu’à aujourd’hui. Le bâtiment des chaudières de haute pression se démarque des autres par sa grandeur.

Basse pression Avec la construction du bâtiment des chaudières de basse pression et de la nouvelle salle des machines, la « Central Tejo » se consolida tant d’un point de vue productif que d’un point de vue architectonique, avec l’utilisation d’un revêtement en brique sur toutes les façades visibles de cet ensemble industriel.

Trois stades de construction peuvent aussi se distinguer dans cette période de basse pression: Le premier, entre 1914 et 1921, correspond au début de la construction du bâtiment des chaudières, du distributeur de charbon et de la salle des machines Le deuxième, entre 1924 et 1928, correspond à la construction d’une nouvelle partie de l’usine destinée à l’installation de nouvelles chaudières, d’un autre distributeur de charbon (identiques à ceux déjà mis en place) et d’un nouvel ensemble de générateurs, et à la construction d’un quai pour le réseau de réfrigération et de ses conduites respectives. Enfin, c’est pendant le troisième stade, qui eut lieu entre 1928 et 1930, que sont faites les dernières extensions de la salle des chaudières, avec l’acquisition de nouveaux fours de plus grandes dimensions et de la salle des machines.

Première période (1914-1921) La construction des bâtiments de basse pression et des machines débuta en 1914. Le projet visait plusieurs sections de l’usine: deux galeries longitudinales couvertes, qui serviraient chacune à loger six chaudières de basse pression de la marque Babcock & Wilcox; une salle des machines où seraient placés deux turboalternateurs allemands de la marque AEG avec une puissance de 8 MW; et un bâtiment de commande et un poste électrique de plus petite dimension. La construction commença du nord vers le sud et de l’est vers l’ouest. Dès le début, la possibilité d’agrandir plus tard la centrale en direction du Tage était prévue.

Peu de temps après le début des constructions, la Première Guerre mondiale éclata, ce qui conduisit à des retards dans les dates prévues et à des problèmes dans la réception des turboalternateurs venus d’Allemagne, qui restèrent bloqués jusqu’à la fin du conflit. Malgré cela, en 1916, les deux premières chaudières de basse pression furent installées (appelées nº 5 et nº 6 dans le projet) pour alimenter les générateurs de la centrale primitive.

Pendant les deux années suivantes, deux nouvelles chaudières furent mises en place (la nº 4 et la nº 3) qui, de pair avec la 5 et la 6, produisaient plus de puissance que ce que les générateurs de la centrale primitive ne pouvaient supporter. Les CRGE ont donc décidé qu’il était indispensable d’acquérir un autre turboalternateur. La commande fut donc faite au même fournisseur allemand des deux autres générateurs qui continuaient à être bloqués. Ainsi, il fut aussi décidé d’avancer avec la construction d’une partie de la salle des machines, destinée à loger ce nouveau générateur. En 1919, un nouveau turboalternateur suisse fut mis en marche, avec une puissance de 7500 kW et de la marque Escher & Wiss.

Un an plus tard, les chaudières manquantes prévues dans le projet (la 1 et la 2) furent installées et, avec la fin de la guerre, les deux ensembles allemands furent enfin reçus. Ce nouveau matériel fut mis en marche en 1921. Avec l’installation définitive de ces 6 chaudières et de ces trois ensembles de générateurs, la production se stabilisa, rendant possible le démantèlement de l’équipement de la « Central da Junqueira ».

Deuxième période (1924-1928) Progressivement, en fonction de l’augmentation de la consommation, il fut à nouveau nécessaire de faire d’importants et de nouveaux travaux dans la « Central Tejo », afin d’élargir et de finaliser la salle des chaudières de basse pression. Les CRGE ont alors prévu l’extension d’une galerie industrielle, destinée à loger trois nouvelles chaudières de basse pression, et l’acquisition d’un nouvel ensemble de générateurs.

C’est pour cette raison qu’en 1922 une étude fut réalisée sur la possibilité d’installer les chaudières nº 7 et nº 9, et sur la possibilité de les faire fonctionner avec du charbon pulvérisé, ce qui s’est avéré ne pas être rentable. Malgré cela, il fut prévu que la chaudière nº 11 fonctionnerait avec du charbon pulvérisé.