L'abbaye de Baume-les-Dames ou abbaye Sainte-Odile est une abbaye bénédictine située dans la commune de Baume-les-Dames (Doubs, France).
À l'origine nommée Palma ou Palmense MonasteriumHistoire des Séquanois, l'abbaye bénédictine (de l'ordre de Saint-Benoît) aurait été fondée au , par saint Germain, archevêque de Besançon ou par Garnier, maire du palais de la comté de Bourgogne, qui mourut fin du État des cours de l'Europe. Elle porte le nom de sainte Odile (v. 660-720) qui s'y serait cachée pour échapper à son père et qui, selon la légende, y aurait retrouvé la vue (voir infra). L'abbaye est reconstruite au .
La légende
D'après les traditions de la région et un recueil conservé à l'origine à l'abbaye, saint Germain aurait été décapité en 396 par les Ariens à Grand-Fontaine et, prenant sa tête dans ses mains, il se serait relevé et dirigé vers Baume-les-Dames, où il avait créé une abbaye ainsi devenue dépositaire de son corps.
Une autre légende cite le roi de Bourgogne Gontran. Celui-ci fit un songe un jour qu'il s'était endormi après une longue partie de chasse à laquelle participait Garnier. Dans son rêve le roi vit une belette essayer de traverser un fleuve, lorsqu'un pont de fer apparut, l'animal le traversa et entra dans une caverne où il y avait un grand trésor. Le roi à son réveil raconta ce songe à Garnier et celui-ci lui dit que pendant le sommeil de son maître il avait justement aidé une belette à traverser un ruisseau en posant son épée en travers du cours d'eau : l'animal ayant trouvé ce pont de fortune traversa et disparut dans un trou à quelque distance de la source. À ces mots, les deux hommes creusèrent à l'endroit indiqué (lieu nommé plus tard Vigne-du-trésor) et découvrirent un important trésorCette légende se présente dans l’Histoire des Lombards de Paul Diacre († vers 799), livre III, chapitre 33. Or, il ne raconta pas l'origine de Baume-les-Dames .. Le roi l'offrit pour la reconstruction de l'abbaye de Baume-les-Dames, qui avait été mise à mal par l'invasion des Huns en 451, après avoir vu s'élever des ruines de l'abbaye un nuage d'où sortait une main aux doigts étendus et dont la paume se tournait vers lui.
Première mention
Toujours est-il qu'elle est nommée dans La Vie de saint Ermenfroy rédigée vers 720 ou 730Les Deux Bourgognes et dans le testament d'Anségise, abbé de Luxeuil puis de Fontenelle daté de 831Mémoire historique sur l'abbaye de Baume-les-Dames ; mais aussi dans les textes de Glaber, religieux de Saint-Germain d'Auxerre au , qui raconte que les religieux de Glanseuil fuyant les Normands emportèrent dans leur périple les reliques de saint Maur (leur fondateur) jusqu'à l'abbaye de Baume « Deindèvero quasi tertiâ transmigratione, in superiore Burgundiâ, locatum Balmense occupavêre Monastrium ». De plus l'abbaye possédait le tombeau du comte Garnier, ce monument fut ouvert en 1768 sur demande de l'abbesse et il y fut trouvé des ossements très anciens. Ce tombeau fut détruit à la Révolution, quelques morceaux ont été utilisés au château d'Esnans et les ossements déposés au cimetière de Cour-les-dames. L'abbaye était très considérable du temps de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, qui en ont fait mention dans leurs capitulaires.
Sainte Odile
Au , un miracle contribua à la renommée de l'abbaye. La fille du duc d'Alsace Odile de Hohenbourg était aveugle, et comme son père voulait la tuer, la jugeant indigne de la vie pour cela, sa mère réussit à la cacher dans cette abbaye. Les abbesses se sont occupées d'elle. Et à l'âge de treize ans, elle se fait baptiser. L'évêque l'avait appelée Odile car ça signifiait « enfant de lumière ». Et lorsqu'il lui dit « Au nom de Jésus-Christ, sois désormais éclairée des yeux du corps et des yeux de l'âme », elle retrouve la vue. Ce miracle a donc attiré beaucoup de monde à Baume-les-Dames par la suiteRecherches historiques sur la ville de Mandeure.
Les Abbesses Angélique-Henriette d'Amas
L'église abbatiale actuelle a été construite entre 1738 et 1760 dans le style néo-roman par un architecte bisontin Nicolas Nicole, grâce à madame d'Amas, abbesse de Baume-les-Dames. Les travaux ont été arrêtés en 1760 car madame d'Amas avait dépensé son argent avec beaucoup d'imprévoyances et n'en avait donc plus. Ce qui explique que Nicolas Nicole a dû fermer par ce mur pour finaliser les travaux. Au départ, Nicole avait prévu une église de de long avec un clocher porche. Seul le chœur est terminé et culmine à .
Aujourd'hui, il ne reste plus que l'église abbatiale, alors qu'à l'origine l'abbaye était composée de cette église, de la cour et des bâtiments abbatiaux.
L'intérieur était décoré avec des colonnes en marbre blanc et en marbre rose de Sampans. L'autel était en précieux marbre d'Italie et les dalles en différentes pierres de couleur. Le mobilier était également très luxueux avec entre autres le lutrin de Nicole, qui a été déplacé à l'église.
Elle était dirigée par des abbesses à la tête d'un chapitre composé de quinze chanoinesses. Celle-ci et les chanoinesses devaient faire preuve de huit quartiers de noblesse paternelle et maternelle, c'est-à-dire qu'il fallait quatre générations dans la noblesse pour être considéré comme tel. Il fallait également faire les trois vœux de chasteté, pauvreté et obéissance. Les religieuses avaient embrassé l'état canonique et de ce fait vivaient comme des clercs ; elles habitaient autour de l'église dans des maisons tantôt désignées dans les chartes sous le nom d'abbaye ou de monastère, comme le décrit Egilbert dans La Vie de saint ErmenfroyHistoire des diocèses de Besançon. L'abbesse avait des pouvoirs considérable sur les habitants des terres que l'abbaye possédait, mais à partir de 1155 des privilèges leur furent accordés tels que la dispense de travailler ou de faire le guet aux remparts.
Élisabeth, abbesse vers 1034.
Adèle, abbesse vers 1065. Elle conclut un traité avec Guichard, doyen de l'église de Saint-Paul, par lequel ils convenaient que si des serfs de leurs deux monastères se mariaient leurs enfants seraient partagés entre les deux communautés.
Adeline, abbesse en 1117.
Étiennette de Bourgogne, abbesse en 1119.
Sibile, abbesse citée dans une charte d'Humbert de Besançon en 1147. Elle obtint successivement des papes Innocent II et Célestin II le renouvellement des privilèges de la communauté.
Etiennette de Bourgogne, en 1162. Demanda l'arbitrage de l'empereur Frédéric Barberousse, comte de Bourgogne au sujet d'un grave litige qui l'opposait au prévôt de Mathay. Le pape Lucius III lui ordonna que le monastère se plie aux règles de vie de saint-Benoit.
Clémence de Bourgogne, en 1204. Elle quitte la vie monastique en 1212 pour épouser Berthold V de Zähringen.
Blandine de Chalon, en 1218. Elle serait la fille naturelle du comte de Bourgogne. Elle obtiendra de l'archevêque Nicolas de Flavigny le patronage des églises de Sainte-Marie-en-Châtel.
Nicole de Roche, en 1266. Elle échange avec Thièbaud de Rougemont ses biens de Chassey contre la seigneurie de Trouvans. Elle obtint de Henri de Saint-Léger, curé de Villers-le-Sec ce qu'il tenait de ses ancêtres au lieu-dit Saint-Léger et où les abbesses en firent une vigne.
Béatrix I de Bourgogne, en 1276. Le comte palatin Philippe et Alix, sa femme, confirment la cession des battoirs de Pont-les-Moulins que le comte Hugues avait fait à l'abbaye en 1256. Elle confirme la prise du fief de Baume-les-Dames par les sires de Neuchâtel.
Béatrix II de Cromari, en 1313.
Sibilette de Vaivre, de 1326 à 1355. Elle dut ouvrir la grande salle de l'abbaye au séance du parlement de Bourgogne.
Alix I de Montbazon, de 1355 à 1374. Elle fut élue avec l'appui de Thiébaud de Neuchâtel. celui-ci se présenta au milieu des religieuses et réclama l'honneur d'être le garant de la tranquillité de l'élection par ainsi comme mes pères et devanciers l'ont eu et en ont usey toutesfoys que le cas est relvenu, paisiblement et si longtemps qu'il y a mémoire du contraire. Comme tout le monde hésitait sur la validité de la procédure il soumit son droit à l'arbitrage d'un ensemble de prêtres et de chevaliers qui tous acquiescèrent et proclamèrent Monseignour de nuefchastel, vicomte de bame, et qui a voix en cestuy chapitre à élection faire d'abbasse de son droit et anciennetey, que chacun se restrayeariers jusques élection d'abasse soit faite par le dit Monseignour de Nuefchastel et les Dames qui sont en cestuy chapitre.
Louise de Chalon, de 1375 à 1388. Fille du comte d'Auxerre, elle fut déposée par Guillaume, archevêque de Besançon, à cause de sa mauvaise administration.
Isabelle de Maisonval, de 1388 à 1418. Décédera en 1423. Elle fera exempter des tailles ses fidèles en 1405. Le pont sur le Doubs ayant été détruit par des crues importante, les habitants en cèdent les droits à l'abbaye en échange de sa réfection et de son entretien.
Jeanne I de Salins, de 1423 à 1440.
Marguerite I de Salins, de 1440 à 1458.
Agnès de Ray, décédée de 1458 à 1475.
Douce de la Rochelle, en 1475 à 1476.
Alix II de Montmartin, de 1476 à 1484. Elle fait déposé à Besançon les chartes de l'abbaye.
Catherine de Neuchâtel, en 1493.
Marguerite II de Neuchâtel, de 1510 à 1549. Le tombeau de Marguerite de Neuchâtel existait dans l'abbaye, il portait l'épitaphe suivante : Ci-git haute et puissante dame, Madame Marguerite de Neufchâtel, dame de Remiremont et abbesse de Céans ; fille de haut et puissant seigneur, messire Claude de Neufchâtel, chevalier de la Toison d'Or, et de dame Bonne de Boulai, seigneur et dame dudit Neufchâtel, de Châtel-sur-Moselle, Beaurepaire, etc., laquelle trépassa le .
Élisabeth de Morimont, de 1549 à 1571.
Jeanne II de Rye, de 1571 à 1582. Décédée en 1582. Nommée sur ordre du pape Pie V en 1571. Elle tentera de s'opposer en vain à la création d'une municipalité à Baume-les-Dames.
Marguerite III de Genève, de 1582 à 1618. Donne des terres pour la construction d'un couvent de moines capucins.
Reine-Hélène I de Rye, de 1618 à 1647. Décédé en 1647. Devant les guerres et les maladies qui sévissent dans la région de Baume, l'abbesse et les religieuses se réfugient à Besançon en emportant les reliques de saint Germain.
Anne-Gasparine d'Andelot, de 1648 à 1652. Installée avec l'aval du maire de la ville. À la suite des grands bouleversements des dernières années, l'abbesse accepte pour conserver son poste de renoncer à son droit de justice sur la ville, elle cède le pont sur le Doubs et elle renonce à plusieurs redevances.
Reine-Hélène II du Mouchet de Battefort de Laubespin, de 1653 à 1661. Nommée par le roi d'Espagne. ceux-ci, depuis plusieurs années participaient à l'élection de l'abbesse.
Marie d'Achey, de 1661 à 1684.
Françoise de Thiard de Bissy, de 1684 à 1725. Le comté de Bourgogne étant rattaché à la France, c'est donc Louis XIV qui lui remit son brevet.
Angélique de Thiard, de 1725 à 1728.
Marie-Françoise d'Achey, de 1728 à 1750.
Angélique-Henriette Damas de Crux, de 1750 à 1767. L'abbesse prend le titre d'illustre et révérende dame.
Marie-Philippine-Léopoldine d'Andelot, chanoinesse depuis le Dictionnaire généalogique et héraldique de Belgique, nommée abbesse le par le roi Louis XV et confirmée par une bulle de Rome le . Sa nomination fut critiquée du fait qu'elle était née à l'étranger. Au motif que son frère le comte d'Andelot était attaché depuis longtemps au service du roi et qu'il possédait des biens importants en Bourgogne, surtout en Franche-Comté, le monarque régla ce problème en accordant des lettres de naturalité à l'abbesseLa Belgique héraldique.
Angélique-Perronne du Mouchet de Battefort de Laubespin, de 1773 à 1787.
Marie-Françoise du Mouchet de Battefort de Laubespin, de 1787 à 1791. Après la Révolution française et la confiscation de tous les biens de l'abbaye, elle se retira en Suisse avec quelques religieuses. Elle reviendra à Besançon quelques années plus tard et y mourut dans la misère.