Filosorma est une ancienne piève de Corse. Située dans le nord-ouest de l'île, elle relevait de la province de Calvi sur le plan civil et du diocèse de Sagone sur le plan religieux.
Désignant originellement la partie haute de la vallée du Fango, le toponyme Filosorma a été peu à peu consacré par l'usage, à partir de la seconde moitié du , pour également désigner collectivement les anciennes contrées de : Galéria : basse vallée du Fango et façade littorale des confins de Luzzipeo à la presqu'île de Scandola ; Marzolino : vallée de la rivière du même nom et ses affluents (partagée entre les communes de Galéria et de Calenzana) ; Filosorma : haute vallée du Fango (actuelle commune de Manso).
Géographie vignette|La vallée du Fango en amont du pont de Manso.
Situation et relief Le Filosorma est situé sur la façade occidentale de la Corse. Il est constitué du golfe de Galeria, de la vallée du Fango et du littoral environnant, limité au nord par la baie de Crovani et au sud par la presqu'île de Scandola. Le Fango, petit fleuve côtier qui prend sa source sur le versant occidental du Capu Tafunatu, a un cours long de 24 kmPanneau Le Fango un fleuve côtier, au régime torrentiel - P. Simeoni, technicien PNRC et un bassin versant de Panneau d'information du Parc naturel régional de Corse.
Extrémité méridionale de l'ancienne province de Calvi, il se trouve au pied de la chaîne centrale et notamment de la Punta Minuta et de la Paglia Orba (). Terre de transhumance hivernale des bergers niolins, le Filosorma fut longtemps disputé entre Calenzana et les villages du Niolo dont sont originaires la grande majorité de ses habitants.
Territoire Le Filosorma occupe l'extrémité nord-occidentale du Parc naturel régional de Corse, avec à l'ouest, une façade maritime ouverte sur le golfe de Galeria. Il se situe dans la partie granitique de l'île, essentiellement sur les communes de Galeria et Manso, qui se partagent la vallée du Fango, ainsi que Calenzana (pour le Marsolinu et Luzzipeo). Il faut y ajouter des terres d'Osani (pour la moitié nord de la Scandola).
Il est essentiellement constitué par le bassin versant du Fango d'une superficie de qui occupe la totalité de la commune de Manso et presque toute celle de Galeria. Celui-ci est composé : à l'ouest, du delta du Fango : dont 116 appartiennent au Conservatoire du littoral. et qui sont le site naturel protégé de Riciniccia, au nord, du Marsolinu, la vallée du ruisseau éponyme. affluent du Fango, au centre, de la basse vallée du Fango et de la forêt indivise de Calenzana-Moncale (), au sud, de la forêt territoriale du Fango ()Rapport 2012/01/026 du président du Conseil exécutif de l'Assemblée de Corse sur les plans d'aménagements des forêts territoriales de Corse, avec la forêt de Piriu qui borde l'antique chemin de transhumance « Da a piaghja à a muntagna » au nord-est, de la forêt indivise de Filosorma (), avec les vallées de la Cavichja et de Bocca Bianca, à l'est, de la haute vallée du Fango.
Le Filosorma possède également une importante façade maritime quasiment inhabitée. Celle-ci s'étend depuis la baie de Nichiareto, qui marque la fin de la Balagne, jusqu'à la Scandola, aux confins des Deux-Sevi et du golfe de Porto.
Le territoire du Filosorma va de l'altitude zéro (niveau de la mer) jusqu'aux de la Punta Minuta, point culminant de la région. La haute vallée du Fango, fermée par les reliefs de la chaîne centrale qui la séparent de la Caccia et du Niolo, compte de nombreux sommets parmi les plus hauts de l'île : outre la Punta Minuta, on compte aussi la Paglia Orba (), le Capu Tafunatu (), la Punta Missoghiu (), la Muvrella (), le Capu a e Ghiarghiole () et le Capu a u Ceppu ().
Les pieve voisines de Filosorma sont :
Accès La vallée du Fango est traversée du nord au sud par la route . Une autre route, la , permet de remonter la vallée jusqu'au hameau de Montestremo où elle se termine en cul-de-sac. La jonction des routes et s'opère au lieu-dit « le Fango » sur le territoire de Galéria.
La route en bonne partie ombragée, longe le Fango aux eaux transparentes avec ses piscines naturelles creusées dans des roches polychromes (granit et porphyre rouges). Malgré les beautés naturelles et architecturales qu'elle renferme, la vallée se situe pour l'heure hors des circuits touristiques traditionnels.
Le Filosorma dans le PNRC Avec la création du Syndicat mixte du parc naturel régional de Corse en 1970, suivi du projet solidaire validé par le décret du qui classe le territoire en parc naturel régional et en adopte la charte, le Filosorma est devenu un secteur opérationnel. Ce « territoire de vie » a été nommé Falasorma-Marsolinu. Y ont adhéré les communes de Galéria, Manso et Calenzana pour parties de son territoire, à savoir le cirque de Bonifato et la vallée du Marsolinu.
Histoire Le Filosorma est un territoire chargé de l'histoire de ces bergers du Niolo qui l'ont façonné et peuplé au long des siècles au rythme de la transhumance. En effet, les bergers niolins ont de tous temps franchi les hautes murailles qui ferment la vallée, en empruntant parfois des cols parmi les plus hauts comme le col de Serra Pianella () et le col des Maures () autour de la Paglia Orba (). Les cols les plus empruntés étaient la Bocca di Capronale () et la Bocca di Guagnarola (), qui sont d'ailleurs toujours des points de passage de l'actuel sentier de la transhumance.
Au Moyen Âge le Filosorma et le Marsolino n'étaient habités que par les bergers niolins transhumants en hiver. Au existait la pieve de Chiomi qui, hormis le village de Luzipeo était inhabitée vers 1520ADECEC - CORSE : Eléments pour un dictionnaire des noms propres. Lo Cipeo, village de l'ancienne pieve d'Armito (Hermito) Giustiniani in Dialogo nominato Corsica, traduction de l'Abbé Letteron in Histoire de la Corse, Description de la Corse - Tome I, page 22, devenu par la suite Luzipeo ou Luzzipeo, dominait la baie de Crovani sur la commune de Calenzana ; rayé des cartes, le village avait été d'ailleurs ruiné à cette époque par les TurcsRevue d'histoire maritime, Société française d'histoire maritime, 2001. Un pont génois datant du permettait aux bergers de franchir avec leur troupeau le Fango au lieu-dit Ponte Vecchju, et de gagner des lieux habités comme Prezzuna, Cherchisani ou Pieve dans le Marsolino, Chiumi ou encore des bergeries.
En 1584, afin d'échapper aux attaques des barbares, les habitants de la côte abandonnent leurs riches et opulents villages au sol fertile pour se retirer dans des montagnes arides et stériles. C'est la cause de la famine qui régna dans l'île ces années là.
Anton Pietro Filippini in Chronique, traduction de Lucien Auguste Letteron in Histoire de la Corse Tome III, ..
Le territoire de Filosorma était jadis notamment occupés par Chiomi et Armito, deux pièves dont on ne dispose que de très peu d'informations car elles ont été quasiment inhabitéesCORSE : ELEMENTS POUR UN DICTIONNAIRE DES NOMS PROPRES jusqu'à leur disparition des registres des tailles au .
Les deux pièves occupaient un vaste territoire au sud de Calenzana mais ne comportaient pas de lieux habités, hormis le village de Luzzipeo aujourd'hui rayé des cartes, car fréquemment visité par les barbaresques. Elles étaient bordées au nord par la piève d'Olmia, à l'est par la piève du Niolo et au sud par la pieve de Sia, également inoccupée à cause des corsaires, jusqu'à la capture en 1540, à Girolata, de l'amiral turc Dragut, l'un des corsaires les plus célèbres de l'Empire ottoman.
Ce vaste territoire, fréquemment visité par les barbaresques, ne comportait pas de lieux habités hormis lo Cipeo qu'ils ruineront. Cipeo, village de l'ancienne pieve d'Armito (Hermito) Giustiniani in Dialogo nominato Corsica, traduction de l'Abbé Letteron in Histoire de la Corse, Description de la Corse - Tome I ., devenu par la suite Luzipeo ou Luzzipeo, dominait la baie de Crovani sur la commune de Calenzana. Le site était fréquenté en période de transhumance hivernale (impiaghjera) par les bergers du Niolo qui y trouvaient des pacages libres.
La piève de Chiomi La partie littorale de Chiomi était fréquentée en période de transhumance hivernale (impiaghjera) par les bergers du Niolo voisin, qui venaient y trouver des pacages libres sur ces terres inhabitées (ils devaient payer un droit s'ils se rendaient sur Calenzana). Certaines parcelles appartiennent encore de nos jours à des communes du Niolu ; la pieve occupait la plus grande partie des actuelles communes de Galéria et de Manso, plus une partie méridionale de Calenzana.
Un pont génois datant du permettaient aux bergers de franchir avec leur troupeau le Fango au lieu-dit Ponte Vecchju, et de gagner des lieux habités comme Prezzuna, Cherchisani ou Pieve dans le Marsulinu, Chiumi ou encore des bergeries.
Existe la Punta di Chiumi (), au flanc SO duquel se trouvent, à d'altitude, les ruines de la chapelle Saint Pierre (San Petru), de datation inconnue.
L'église San-Quilico de Luzzipeo, d’origine romane () et dont il ne reste que quelques vestiges, était l'église piévaneLes églises piévanes de Corse de l’époque romaine au Moyen âge. XXIII, La piévanie de Luzzipeo / [préface de Geneviève Moracchini-Mazel], 1998.
En 1366 la podestérie de Balagna comprenait les mêmes pievi que cent ans plus tard en 1454 : Chiomi, Armito, Olmia, Pino, Santo Andrea, Tuani, Giussani et OstriconiU. Assereto, "Genova e la Corsica (1358-1378)", op.cit, puis G. Petti Balbi, ibid., pp.45-46. À noter qu'Olmia et Armito ont été transcrits par U. Assereto, et non par G. Petti Balbi.
Au 4 tours, de nos jours ruinées, existaient pour surveiller l'approche des barbaresques : Torre Truccia, tour littorale au NO de Torre Mozza, défendant la plaine et les vallons des ruisseaux de Fiuminale et de Marconcellu ; Torre Mozza à Luzzipeo, au nord de l'étang de Crovani. Sur son emplacement le prince Pierre-Napoléon Bonaparte fit construire en 1852 un remarquable pavillon de chasseDes photos du Fonds Bonaparte : Excursion en Corse de Roland Bonaparte (1887) sont conservées au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Paris. Celui-ci fut incendié et détruit pendant la chute de l'Empire. Il n'en reste que des ruines. Tour de Galéria, (le village de Galéria n'existe que depuis le ), tour littorale ronde, flanquée d'un magasin, dominant l'embouchure du Fango. Construits en 1551 à 1573, la tour et le magasin attenant étaient des édifices militaires. Tour Maraghiu, plus à l'intérieur au NE de la tour de Galéria, défendant la vallée du Marsulinu (le village de Manso n'existe que depuis le ).
Chiomi, comme Armito, disparaît des registres des tailles de Balagna en 1537.
La piève d'Armito La pieve d'Armito (ou Hermito) couvrait la haute vallée du Marsolinu. affluent du Fango, un territoire dans les limites du parc naturel régional de Corse, appartenant de nos jours à la commune de Calenzana.
Au début du , Agostino Giustiniani évêque de Nebbio, écrivait dans son Dialogo nominato Corsica :
En 1584, afin d'échapper aux attaques des barbares, les habitants de la côte abandonnent leurs riches et opulents villages au sol fertile pour se retirer dans des montagnes arides et stériles. C'est la cause de la famine qui régna dans l'île ces années-là.
vignette|La façade principale vue de l'intérieur La pieve d'Armito relevait du diocèse de Sagone, un des six diocèses que comptait l'île en 1092 lorsque le pape Urbain II nomma l'archevêque Daibertus évêque de Pise métropolitain-suzerain des 6 diocèses corses.
vignette|L'église pievane