La place Jean-Jaurès, parfois plus connue sous le nom de la Plaine, est l'une des plus grandes places de Marseille.
Géographie
Situation et accès Elle se situe dans le centre ville, à la limite des 1er, 5e et 6e arrondissements, sur les quartiers de Thiers, du Camas et de Notre-Dame-du-Mont. « La Plaine » n'est ainsi pas un quartier en elle-même et le terme peut donc désigner tant la place que ses proches alentours..
Desservie par la ligne 74 du réseau de bus, elle est également accessible par la station Notre-Dame-du-Mont de la ligne 2 du métro, et par la station Eugène-Pierre de la ligne 1 du tramway.
Le site L'appellation de « plaine » ne correspond pas aux caractéristiques topographiques définissant une plaine : celles d'une surface plane d'altitude peu élevée, ce qui n'est pas le cas du site géographique de la place. Caractérisée par une surface plane de plus haute altitude par rapport à sa situation et à son environnement, elle est au contraire un plateau. Cette dichotomie tire son origine d'une confusion entre le terme provençal « plan » signifiant « plateau » et sa francisation ayant localement donné le terme « plaine »..
La surface de la place est légèrement bombée en son centre, et elle est d'une altitude plus basse à son angle sud-est () par rapport à celui du sud-ouest () et à ceux du nord-est et du nord-ouest ().
Toponymie Situé en dehors de la ville, le plateau est alors appelé en latin, et en provençal. Ce terme est encore utilisé au début du , ensuite francisé en plaine de Saint Michel ou plaine Saint Michel. Le nom de Saint-Michel provient de celui d’une ancienne chapelle démolie lors de la construction du couvent des Minimes.
Appelée « » avant le Moyen-Âge, et place de la Constitution sous la révolution., elle est ensuite rappelée sur une carte datant du Premier Empire « Place Saint-Michel ancien Champ-de-Mars ». probablement en souvenir des tournois qu’y ont pratiqué les Croisés en attente d’embarquement vers le Moyen-Orient.
La place qui commence à y être aménagée dans cette même période conserve d’abord le nom de place Saint-Michel.
En mémoire de Jean Jaurès, homme politique socialiste et pacifiste, assassiné en 1914, elle est renommée place Jean-Jaurès, par une délibération du conseil municipal du .
Sous le régime de Vichy, elle redevient place Saint-Michel le , avant de retrouver son nom actuel le , peu après la Libération de Marseille..
Histoire Le plateau Lieu de manifestations et de solennités Selon Augustin Fabre, historien des rues de Marseille, . Mais au cours des siècles la vaste esplanade est aussi théâtre de batailles, de cérémonies militaires ou de réceptions d’hôtes illustres. Bien des événements de la Ville y trouvent écho
Des entrées royalesL’ entrée royale est un rite de réception d’un souverain ou un haut dignitaire par une ville, dans un décor architectural et théâtral apprêté pour l’occasion. . y font étape : le Robert de Naples, comte de Provence, accompagné de sa femme Sance d'Aragon, y est accueilli par les notables de la ville avant d'aller se recueillir devant les reliques de son frère Saint Louis d'Anjou; le François à son retour triomphant de la bataille de Marignan, accompagné de la reine Claude, y est reçu par un cortège composé des consuls, du viguier Louis de Vento et de l’évêque Claude de Seyssel; le c’est le roi Charles IX qui est accueilli avec sa mère Catherine de Médicis, son frère le duc d’Anjou et son cousin Henri de Bourbon, futur Henri IV; le le roi Louis XIII y est reçu par le premier consul Boniface de Cabannes..
En lors du Siège de Marseille par le connétable de Bourbon au service de Charles Quint une ligne de défense est établie au pied du plateau par la garnison française et la milice bourgeoise de la Ville. Des marseillaises, « dames d’un rang élevé » et « femmes du peuple », y participent. Lors de ce même siège d'autres marseillaises assurent la défense d’un bastion au nord de la ville. Elles ont donné leur nom au Boulevard des Dames.Lors de ce même siège d'autres marseillaises qui donné leur nom au Boulevard des Dames assurent la défense d’un bastion au nord de la ville..
Dans le contexte de la Première Restauration deux solennités se déroulent à la Plaine sous l'acclamation de la foule : le une cérémonie militaire en l’honneur du duc d'Orléans, futur Louis-Philippe à son retour de Sicile d’où il ramène sa famille exilée ; puis le , c'est au tour de Monsieur, comte d'Artois et futur Charles X, d'y passer les troupes en revue.
Dans la période des Cent-Jours le maréchal d'Empire Brune, qui a instauré l'état de siège dans la ville où dominent les opinons royalistes, passe en revue sur le plateau, le lors de la cérémonie du Champ-de-Mai, des troupes de ligne et de la garde nationale. Puis le c'est au tour du vicomte de Bruges, lieutenant-général envoyé par le duc d'Angoulême d'y passer en revue sept-mille paysans armés soulevés contre le pouvoir bonapartiste..
Le couvent des minimes Les premières constructions d'importances sur le plateau, sont celles du couvent des Minimes. La première pierre en est posée le par le consul Charles de Casaulx. Les frères minimes vont s’y vouer à l’étude, principalement aux sciences exactes. Ils comptent parmi eux Charles Plumier botaniste, et Louis Feuillée explorateur, botaniste, géographe et astronome du Roi, pour qui Louis XIV fait construire un observatoire dans le couvent. Le couvent est agrandi plusieurs fois, les frères minimes n’hésitant pas à empiéter sur le terrain communal malgré de longs procès intentés par la Ville qui finit par les laisser faire. Puis pendant la Révolution le couvent est inscrit par les Conventionnels sur la liste des bâtiments voués à la destruction pour avoir servi de lieu de réunion à des sections fédéralistes.. Après sa démolition son terrain est intégrée à l’urbanisation en cours du quartier. Sa prestigieuse bibliothèque. va constituer la base de la bibliothèque municipale de Marseille.
L’urbanisation du plateau au XVIIIe siècle Au milieu du un faubourg commence à se créer sur le plateau, au-delà des remparts de Louis XIV. Le rempart est édifié lors de l'agrandissement de la ville décrété par Louis XIV en 1666.. La Ville vend des terrains à lotir, les premiers immeubles sont construits rue des Minimes et place Notre-Dame-du-Mont. La quasi-totalité du plateau est progressivement bâtie, la Plaine Saint-Michel se réduisant alors aux proportions d’une promenade publique aux limites du quartier du Camas. À partir le versant est du plateau, encore planté de vignes et d’oliviers, fait à son tour l’objet d’opérations immobilières qui viennent clore la promenade et lui donner sa forme rectangulaire définitive. Elle est d’abord planté d’ormeaux en et , mais ils souffrent dans le sol rocailleux et aride du plateau et sont remplacés en par une double couronne des platanes plantés dans de profondes tranchées arrosées par les eaux venant du Canal de Marseille.
Ainsi, selon Augustin Fabre
La place Au En 1843, un clocher est construit sur la basilique Notre-Dame-de-la-Garde ; un bourdon est commandé à un fondeur lyonnais, Gédéon Morel ; la cloche, de , est transportée par chariot le long du Rhône puis exposée à la place Jean-Jaurès ; elle y est bénie le par Eugène de Mazenod et baptisée « Marie Joséphine » avant d'être transportée au sommet de la colline Notre-dame-de-la-Garde..
Durant la révolution de 1848, le vaudois Franz Mayor de Montricher, ingénieur du canal de Marseille et de l'aqueduc de Roquefavour, organise des ateliers communaux pour les chômeurs : ils s'occupent notamment d'achever les travaux de la corniche et d'aménager la place Saint-Michel..
Le , le conseil municipal délibère et décide d'établir, sur la place, une fontaine, avec un jet d'eau et des bassins. Trois bassins concentriques, de de diamètre, sont installés au centre de la place ; plus de 103 jets s'en échappent..
À partir de 1860 la place accueille la foire de Saint-Lazare, qui se tenait auparavant aux Allées, partie haute de la Canebière. Cette foire, avec auto-tamponneuses et grande roue, se maintiendra jusqu'aux années 1960.
La Plaine est au centre du mouvement de contestation de la Commune en 1871. Entre le et le , des militants marseillais se rassemblent pour soutenir les révolutionnaires dans la capitale. L'année précédente, en août, des militants avaient tenté une insurrection à Marseille, et les chefs du groupe avaient été envoyés au cachot du Fort Saint-Jean ; parmi eux, Gaston Crémieux sera fusillé.. alt= Le monument Capazza sur la place Jean Jaurès |vignette|145x145px|Monument Capazza En 1883, le sous-sol de la place est percé d'un tunnel de de long pour faire circuler le premier tramway (un train à vapeur) ; ce tunnel est encore emprunté aujourd'hui par l'actuel tramway de Marseille. Le tunnel avait été construit pour relier le cimetière Saint-Pierre au Marché des Capucins situé près de la Canebière, en passant par le boulevard Chave.
Le , Louis Capazza et Alphonse Fondère partent de cette place en ballon et arrivent en Corse. Un monument, inauguré le par les aviateurs Dieudonné Costes et Maurice Bellonte et situé à l’angle de la rue Sibié et sculpté par Louis Botinelly, rappelle cet événement.
Au Les lignes 12 (vers les Camoins), 40 (vers Aubagne) et 68 (jusqu'à Saint-Pierre) de l'ancien tramway passent sous la place et desservent la station Eugène-Pierre. Seule la ligne 68 survivra jusqu'en 2004. Les lignes de l'ancien réseau ont fermé dans la seconde moitié du XXe siècle, pour favoriser la voiture.
Jusqu'en 1936, les bassins, construits en 1852, permettaient aux enfants de faire un tour en barque. L'écrivain Jean Giono, dans son roman Noé, le raconte :
Cette retenue d'eau sera comblée, car l'eau s'infiltrait dans la terre et gouttait sur le tramway en dessoushttps://tourisme-marseille.com/fiche/place-jean-jaures-plaine-marseille-nouveau-projet-d-amenagement-de-la-soleam-travaux-agence-aps/..
Entre les années 1930 à 1983, une carriole tractée par un âne faisait le tour du marché. Un théâtre Guignol faisait la joie des enfants. Dans les années 1930, un square, avec bacs de sable pour les enfants, est construit au centre de la place (Il prendra le nom de Square Yves Montand).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le régime de Vichy, la place est débaptisée et devient place Saint-Michel (le message politique de Jean Jaurès étant en opposition avec la doctrine du régime) ; elle sera rebaptisée place Jean-Jaurès à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La Plaine est creusée pour accueillir dans son sous-sol un parc de stationnement souterrain.
Le maire Gaston Defferre y inaugure le premier feu de signalisation tricolore de la ville en 1953.
Au
Rénovation de la place (octobre 2018 - mai 2021) La place fait l'objet d'une rénovation intégrale à partir de 2019, dans le cadre du plan « Ambition Centre-Ville » par la société d'aménagement SOLEAM. Cette rénovation augmente la surface d'espace verts, agrandit les chaussées et les zones piétonnes, réduit les voies et les places de parking, qui sont transférées dans le parking du sous-sol. Deux aires de jeux, d'environ , deux arrêts de bus, et 186 arbres sont aménagésPrésentation du projet par l’aménageur . Les travaux prévoyaient l'aménagement d'une piste cyclable, mais celle-ci n'a finalement pas été construite. L'investissement est estimé à d'euros hors taxes par la SOLEAM, mais le coût réel du chantier serait de d'euros.
Oppositions au projet alt= Des opposants à la rénovation de la place Jean-Jaurès de Marseille manifestent pacifiquement devant un groupe de CRS, pendant qu'un muret de béton est installé. |gauche|vignette|Opposants au chantier manifestant pacifiquement devant des CRS