L'acétamipride est un insecticide organochloré de la famille des néonicotinoïdes, utilisé contre les insectes ravageurs dans différents produits de culture végétale, dans des insecticides domestiques et traitements de matériaux. Il est distribué, dans le monde, sous plusieurs marques.

L’acétamipride agit sur les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine du système nerveux, avec une toxicité particulièrement marquée chez les insectes et d’autres invertébrés. Ses effets varient toutefois selon les espèces, les doses, la durée et les voies d’exposition, ainsi que selon les conditions environnementales. À des concentrations suffisantes, il peut provoquer des effets neurotoxiques, allant jusqu’à la paralysie et à la mort chez les organismes sensibles.

Sa toxicité sur les milieux, les espèces et les humains est largement discutée. Pour cette raison, il est depuis 2018 sur la liste européenne des substances à surveiller comme polluants potentiels de l’eau.

Dans l’Union européenne, l’acétamipride reste approuvé depuis un avis de l'autorité européenne de sécurité des aliments de 2022, sauf en France où son usage agricole est interdit.

Propriétés physicochimiques L'acétamipride est un composé organochloré de formule brute ., se présentant sous forme de poudre blanche inodore, disponible en concentrés solubles, poudres mouillables ou granulés dispersables.

Il en existe un isomère qui ne dépend que de la configuration de la double liaison.

Utilisation de l'insecticide Usage L'acétamipride est inventé en 1989 par l'entreprise japonaise Nippon Soda et déposé en 1995.. C'est un pesticide systémique surtout utilisé contre les insectes suceurs dans les cultures de végétaux feuillus, d'agrumes, de piridions (pommes, poires), dans la vigne, dans la culture de coton et sur des espèces du genre Brassica (choux, colza, rutabaga, navet, moutarde, plantes ornementales), ainsi que des fruits à coques (noisette notamment, pour lutter contre Halyomorpha halys). C'est également un pesticide clé dans la culture de la cerise en raison de son efficacité contre la larve de la mouche de la cerise.

L'acétamipride a aussi d'autres usages non agricoles, autorisés ou non selon les pays :

traitement des bois et matériaux : il peut être intégré dans certains produits pour protéger le bois contre les attaques d'insectes xylophages..

En Europe, l'acétamipride n'a jamais été autorisé pour l'usage vétérinaire (colliers anti-puce notamment), contrairement à une fausse information reprise par Arnaud Rousseau, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), par la ministre de l'agriculture française, Annie Genevard, ou, de manière volontaire, par des sénateurs soutenant la loi Duplomb comme Vincent Louault...

Il est commercialisé sous divers noms: Assail, Pristine, Chipco (Crop Science), Supreme (Certis Belchim)., Mosipilan par Nippon Soda, mais aussi Rescate, Epik, Tristar, Saurus

Mode d'action Comme d'autres néonicotinoïdes, ce produit est neurotoxique pour les arthropodes et insectes en agissant sur les récepteurs de l'acétylcholine de type nicotinique de leurs neuronesBodereau-Dubois, B. (2011). Récepteurs nicotiniques neuronaux d'insectes et insecticides : caractérisation de facteurs cellulaires impliqués dans la modulation de l'efficacité des néonicotinoïdes (Doctoral dissertation, Angers) (résumé)..

Expertises En , l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) publie après une expertise de deux ans un premier rapport sur l’évaluation comparative des risques et des bénéfices des néonicotinoïdes et des autres méthodes chimiques ou non chimiques. Le rapport de 546 pages répond à une saisine du ministère de l’agriculture après l’adoption de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages de 2016, qui introduit l’interdiction de l’usage des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018 avec des dérogations jusqu’en juillet 2020...

En , un deuxième avis de l’ANSES est rendu sur « l’efficacité des traitements disponibles pour lutter contre les pucerons de la betterave ». Celui-ci est publié à la suite d’une dérogation introduite par le législateur en , autorisant l’usage de néonicotinoïdes (à base d’imidaclopride ou de thiaméthoxame) pour traiter les pucerons de la betterave..

Le , l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) publie un rapport sur les alternatives existantes à l’usage des néonicotinoïdes pour protéger les cultures de 6 filières végétales, qu’elles soient chimiques ou non chimiques..

Alternatives En 2019, l'alternative aux néonicotinoïdes est un autre insecticide chimique (essentielle des pyréthrinoïdes), mais il existe souvent au moins une méthode alternative non chimique..

L'ANSES indique en 2018 que 96 % des utilisations de néonicotinoïdes disposent d’alternatives efficaces. Dans 8 cas sur 10, ces alternatives ne sont pas chimiques.. Cependant ..

En 2025, selon Hervé Jactel, ingénieur agronome, entomologiste et directeur de recherche à l'INRAE, qui a présidé les deux groupes de travail de l'ANSES sur les alternatives à l’usage des néonicotinoïdes, rappelle que la question est déjà tranchée. .

Le rapport de l'INRAE d' considère qu'en l'absence de néonicotinoïdes, , soulignant que l'objectif est de réussir la démarche de développement d'itinéraires de protection alternatifs dans laquelle sont engagées ces filières. Pour Christian Huyghes, ancien directeur à l'INRAE, il convient de continuer d'étudier d'autres méthodes de lutte sans viser à substituer un produit par un autre qui fait la même chose.

Culture de bettrave En 2018, pour la culture de betteraves sucrières, une seule alternative chimique est alors identifiée pour lutter contre le puceron. L'ANSES préconise l’association de deux pesticides, le lambda-cyhalothrine et le pirimicarbe, dont l’efficacité est jugée au moins égale à celle des néonicotinoïdes.

En 2021, l'ANSES indique que quatre alternatives aux produits à base de néonicotinoïdes sont immédiatement disponibles pour lutter contre les pucerons et la maladie de la jaunisse : 2 insecticides (flonicamide et spirotétramate) et 2 pratiques agronomiques (paillage et fertilisation organique). Par ailleurs, l'ANSES identifie dix-huit autres solutions qui pourraient être disponibles dans les 2 à 3 ans. Ces pistes, nécessitant une approche de lutte intégrée pour atteindre une efficacité suffisante..

Deux études scientifiques publiées en 2023 et 2024 dans la revue sur la base d’une centaine d’essais menés en champ confirme que le flonicamide et le spirotétramate sont beaucoup plus efficaces que l’acétamipride contre la jaunisse virale et comporte des « impacts limités sur l’environnement et rapidement substituables aux néonicotinoïdes ». Jusqu’à 87 % d’efficacité lorsque le traitement est associé à une pratique d'agroécologie - à la plantation d’orge entre les rangs de betteraves - contre seulement 55 % pour l’acétamipride.

Les restes de betteraves de l'année précédente qui restent dans les champs sont un facteur identifié de réservoirs viraux, qui transmettent le virus de la jaunisse à la betterave.

L'Institut technique de la betterave estime que ces solutions seules ne constituent pas une alternative intéressante.

Comportement en milieu naturel Persistance de la molécule L'acétamipride se dégrade plus rapidement que d'autres néonicotinoïdes (Clothianidine, Imidaclopride, Thiaclopride, et Thiaméthoxame), avec une demi-vie dans le sol de , selon le type de sol considéré.. Dans l’eau, sa demi-vie est estimée à environ 79 jours..

Le type de sol joue un rôle important dans la dégradation de l'acétamipride, sans doute en raison de l'activité bactérienne. Il se dégrade plus rapidement dans des sols humides et exposés à l'air que dans des milieux submergés (où l'activité bactérienne est donc anaérobie) et la dégradation est dix fois plus lente dans un sol sec. Une étude de 2022 a étudié le cas d'un sol sablo-limoneux : la décomposition de l'acétamipride y est lente (< 23 %) mais augmente avec la teneur en matière organique du sol. Dans les sols irakiens, une étude de 2024 mesure que les résidus d'acétamipride dans le sol (extraits avec une efficacité de 90 %) sont indétectables après 7 jours pour une pulvérisation à la concentration recommandée sur le territoire de . Si la concentration est doublée, la méthode d'analyse mesure après 10 jours. Le vent, l'ensoleillement et la température du climat irakien jouent un rôle dans la dégradation de la molécule..

L'acétamipride est biodégradée par des microorganismes via des mécanismes enzymatiques notamment, qui mettent en cause des cytochromes P450, des nitriles hydratases (NHases), des amidases et des nitralases.. Par exemple, les NHases de la bactérie Streptomyces canus ont une activité biodégradante efficace.. Les métabolites intermédiaires pourraient être également toxiques.

De manière artificielle, des méthodes non chimiques de dégradation aqueuse de l’acétamipride, par exemple combinant l'ultrasonication et une photocatalyse sous lumière visible., sont proposées pour contribuer à la mise au point de solutions de décontamination des milieux pollués par ce pesticide.

Une baisse de la diversité microbienne du sol (habituelle en zone de culture intensive) semble aussi augmenter la quantité d’acétamipride transférée du sol vers les plantesLaure Mamy, Stéphane Pesce, Wilfried Sanchez, Marcel Amichot, Joan Artigas, . Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques. Rapport de l’expertise scientifique collective. [Rapport de recherche] INRAE; IFREMER. 2022, 1408 p. ⟨hal-03777257⟩ ..

Sous produits

Une fois dégradé, l'acétamipride se dégrade en divers sous-produits. Parmi les principales molécules qui en résultent se trouve le N-desméthyl-acétamipride. et l'acide 6-chloronicotinique .. Le mélange de produits de dégradation peut être plus toxique que l'acétamipride lui-même..

Lessivage Une étude de 2022 rapporte que l'acétamipride ne s'attache que faiblement aux sols et que des pluies (simulées dans l'étude) pouvaient lessiver plus de 82 % du produit.. L'acétamipride peut donc disparaître des surfaces initialement exposées car il se disperse dans l'environnement. La forte mobilité de l'acétamipride peut ainsi poser des risques écotoxicologiques pour les organismes bénéfiques du sol (vers de terre notamment) et pour les milieux aquatiques environnants ou situés en aval.

Dans les sols, bien que l’acétamipride soit moins persistant que d'autres néonicotinoïdes (DT50 inférieure à 2 jours), sa solubilité et mobilité lui permettent de rapidement migrer vers les plantes ou les cours d’eau et d'avoir des impacts écologiques différés dans l'espace et le temps : il figure parmi les trois néonicotinoïdes les plus fréquemment retrouvés dans les eaux douces.

L'acétamipride, très soluble, est largement dispersé dans les zones humides et cours d'eau..

Accumulation En 2016 l’Autorité européenne de sécurité des aliments considère que le risque de contamination des eaux souterraines par l’acétamipride au-delà de la limite de 0,1 µg/L est faible.. Cependant, en 2025, une étude montre que l'application d'acétamipride sur les cultures peut mener à une accumulation dans le milieu, notamment aquatique, jusqu'à 41 μg/L.

Impacts indésirables Il est considéré comme un des produits suspecté de provoquer le déclin de l'entomofaune dans le monde, déclin en forte accélération...

Selon les auteurs de l'étude publiée en 2025 dans la revue Pesticide Biochemistry and Physiology, les risques justifient un encadrement plus strict de l’usage des pesticides néonicotinoïdes..

Effets sur la biodiversité et les services écosystémiques