Des élections destinées à élire les 26 membres d'une Assemblée législative (Fale Alea) réformée se sont tenues aux Tonga le . Bien que des scrutins de ce type se soient tenus depuis la fondation de l'État tongien moderne par la Constitution de 1875, celui de sera en effet le premier à produire une assemblée dont la majorité des membres sont élus au suffrage universel direct par les citoyens. Ce vote constitue ainsi la mise en pratique des réformes démocratiques promises par le roi George Tupou V, qui renonce dans le même temps à la majeure partie de ses pouvoirs "Tonga: Power to the People", Sunday Star Times, 14 novembre 2010.
L'Assemblée existante, monocamérale, était jusqu'à présent composée de 30 membres, dont seuls 9 élus par les citoyens, 9 autres étant élus par (et parmi) trente-et-un membres de la haute noblesse, tandis que les 12 autres sièges étaient tenus par les dix membres du Conseil privé, et par deux gouverneurs régionaux siégeant ex officio. À la suite des réformes adoptées par le roi et l'Assemblée, cette dernière ne comptera plus que 26 membres, dont 17 élus par les citoyens ; la haute noblesse conserve le privilège d'élire les 9 autres. Le Premier ministre sera dorénavant élu par les députés (et non plus nommé par le roi), et exercera l'essentiel du pouvoir exécutif. Le souverain conservera néanmoins le pouvoir de dissoudre le gouvernement, et d'opposer son veto à la législation adoptée par le Parlement. Mais il n'exercera l'essentiel de ses pouvoirs exécutifs qu'en accord avec les "conseils" du Premier ministre issu de la majorité parlementaire "Tongan monarch voices support for elections", Australian Broadcasting Corporation, 22 novembre 2010 ; en cela, la monarchie tonguienne adopte la convention constitutionnelle qui régit déjà les fonctions du monarque au Royaume-Uni, pays qui fut la source d'inspiration des institutions tonguiennes au "King deserves praise for democracy boost", New Zealand Herald, 22 novembre 2010.
Le Premier ministre sortant, Feleti Sevele, quittait la politique et ne visait donc pas un nouveau mandat ; ces élections amèneraient donc à la désignation d’un nouveau premier ministre "Tonga prepares for historic poll", Australian Broadcasting Corporation, 24 novembre 2010. Finalement, le , après des semaines de discussions entre les députés, ce fut Lord Tu‘ivakano, un représentant de la noblesse, qui fut élu Premier ministre par ces derniers, avec quatorze voix contre douze pour le roturier et représentant du peuple ‘Akilisi Pohiva "Lord Tu'ivakano becomes new Tongan prime minister", BBC, 21 décembre 2010.
Contexte George Tupou V, devenu roi en , était partisan d'une évolution des institutions vers la démocratie. Son père et prédécesseur Taufa'ahau Tupou IV avait déjà, en février, nommé Premier ministre Feleti Sevele, membre « modéré » du mouvement pro-démocratique, le premier roturier à occuper ce poste, jusque lors réservé aux membres de la famille royale et de la haute noblesse. En , des manifestations en faveur de la démocratie dégénérèrent en émeutes à Nukuʻalofa, faisant six morts lorsque des émeutiers se retrouvèrent prisonniers d'un bâtiment qu'ils avaient incendié. Dès lors, la conduite des réformes s'accéléra. En 2008, le roi promit de se décharger de ses pouvoirs, et que des élections en 2010 marqueraient une transition démocratique. Malgré les pressions populaires, l'instauration de la démocratie est essentiellement perçue comme une initiative du monarque.
Peu avant l'élection, lors d'un entretien avec Radio Australia, George Tupou V expliqua que les nouvelles dispositions institutionnelles conservaient l'essence de la Constitution introduite par George Tupou en 1875, tout en la modernisant pour répondre à la nécessité pour tout État du d'être une démocratie "Tonga king backs electoral changes", ABC Radio Australia, 22 novembre 2010.
Partis politiques
La politique tongienne, jusqu’alors dominée par la noblesse, ne s'appuie pas traditionnellement sur des partis politiques. Avant l'élection, la principale organisation était le Mouvement pour les droits de l’homme et la démocratie "Tonga moves to greater democracy", ABC Radio Australia, 12 novembre 2010. En vue du scrutin, il constitua un Parti démocrate des Îles des Amis. Ce dernier indiqua que, s'il remportait l'élection, son président ‘Akilisi Pohiva deviendrait premier ministre et que celui-ci formerait le gouvernement. Il mettrait au clair les finances du royaume, trop opaques à ses yeux, et poursuivrait les réformes constitutionnelles en abolissant les sièges réservés à la noblesse au Parlement "Tonga's Human Rights and Democracy Movement confident", ABC Radio Australia, 22 novembre 2010.
Sondages Un premier sondage, début novembre, indiqua que la préoccupation première des électeurs était l'économie - l'avenir des habitants, leur salaire, leur capacité à subvenir aux besoins de leurs enfants "Economy main concern for Tongan voters", ABC Radio Australia, 12 novembre 2010.
Un sondage quelques jours avant l'élection suggéra que les candidats des mouvements pro-démocratique pourraient peiner à obtenir suffisamment de sièges pour former une majorité parlementaire et constituer un gouvernement. Parmi les mieux connus de ces candidats, ‘Akilisi Pohiva et ‘Isileli Pulu, députés sortants, paraissaient nettement en tête dans leurs circonscriptions, mais d'autres tels Sitiveni Halapua ou Sangster Saulala semblaient n'arriver que deuxièmes. La Australian Broadcasting Corporation, commentant ce sondage, suggéra que les députés issus de la noblesse pourraient peut-être constituer une majorité avec des élus du peuple « connus pour être liés de près aux nobles », et qui semblaient avoir la faveur des électeurs dans certaines circonscriptions.
Pour autant, le Mouvement pour les droits de l’homme et la démocratie exprimait sa confiance, pensant remporter une majorité des dix-sept sièges ouverts aux élus du peuple.
Résultats Nationaux + Résultats nationaux.Fichier:Tonga Assemblée législative 2010.svg Parti Voix % +/- Sièges +/-Parti démocrate des îles des Amis 28,49 12 Parti démocratique populaire 934 2,43 0 Parti pour la construction d'une nation pérenne5191,35 0 Parti travailliste démocratique tongien 168 0,44 0 Indépendants 67,30 5 Noblesse 9 Suffrages exprimés 99,83 Votes blancs et invalides 660,17 Total 100 – 26 Abstentions 9,16 Inscrits/Participation 90,84
Par circonscription Liste complète des résultats par circonscription Résultats officiels à Tongatapu, Matangi Tonga Résultats officiels dans le reste du pays, Matangi Tonga
Tongatapu 1
Candidat Parti Voix Pourcentage Résultat Remarques Poutele Kaho Tuʻihalamaka 270 Soloni Lutui (non disponible) ʻEliesa Fifita 38 ʻAkilisi Pohiva Parti démocrate des Îles des Amis 1657 réélu Député sortant. Sione Keuate Tupouniua (non disponible) Taniela Talifolau Palu 567 Siosifa Moala Taumoepeau 13 ʻInoke Fotu Huʻakau 105
Tongatapu 2
Candidat Parti Voix Pourcentage Résultat Remarques Tevita Kaituʻu Fotu 49 Semisi Kioa Lafu Sika Parti démocrate des Îles des Amis 849 élu Mele Teusivi ʻAmanaki Parti démocrate travailliste 65 Malia Viviena ʻAlisi Numia Taumoepeau 306 Sione Tuʻitavake Fonua Parti pour une Construction nationale durable 181 Semisi ʻUluʻave Mila 12 Siale ʻAtaongo Puloka 111 Sitafooti ʻAho 26 Viliami Taʻu Tangi 641 Vice-Premier ministre sortant.
Tongatapu 3
Candidat Parti Voix Pourcentage Résultat Remarques Pesalili Kailahi 23 Sione ‘Uhilamoelangi Liava‘a 83 Betty Blake Parti démocrate travailliste 103 Falakiko Karl Taufaeteau 35 Viliami Takau 289 William Clive Edwards Parti démocrate populaire 681 Député sortant.Ancien Ministre de la Police. David Kaveinga Vaka 191 Semisi Nauto Tuapasi ‘Ata‘ata 12 Penisimani Vea 257 Sitiveni Halapua Parti démocrate des Îles des Amis 1047 élu
Tongatapu 4
Candidat Parti Voix Pourcentage Résultat Remarques Tupou M. Loto‘aniu 74 ‘Ahongalu Fusimalohi 223 ‘Etuate ‘Eniti Sakalia 215 Mele Tonga Savea Linda Ma‘u 71 ‘Etika Koka 302 Christopher Mafi 24 ‘Isileli Pulu Parti démocrate des Îles des Amis 1274 élu Député sortant.
Tongatapu 5
Candidat Parti Voix Pourcentage Résultat Remarques ‘Ofa Tautuiaki 24 Sione Langi Vailanu 98 Siale Napa‘a Fihaki 302 Hekisou Fifita 285 ‘Aisake Valu Eke sans étiquette 679 élu Semisi Tongia 233 Sitiveni Takaetali Finau 46 Sione Tu‘alau Mangisi 116 Lopeti Senituli 155 Sateki Finau 4 Maliu Moeao Takai 616 Pita Ikata‘ane Finaulahi 19 Sione V. Loseli 238
liste à compléter Représentants de la noblesse Les trente-quatre électeurs appartenant à la haute noblesse et ayant cette prérogative élisent, le même jour, leurs neuf représentants "Election results to be announced at 169 polling stations", Matangi Tonga, 16 novembre 2010. Trente-et-un de ces électeurs constituent la haute noblesse héréditaire, et pouvaient être élus par leurs pairs. Les trois autres sont des Law Lords (juges nommés par le roi à des titres de noblesse), auxquels un décret du accorde le droit de voter avec les nobles, mais pas le droit d'être parmi leurs élus "Law Lords vote for Nobles Reps", Matangi Tonga, 25 novembre 2010.
Le taux de participation fut de 100 %. Les élus furent les suivants "Vaea and Tu'ilakepa to enter House in Nobles seats", Matangi Tonga, 25 novembre 2010 : Tongatapu (3 sièges) Tu‘ikavano, élu avec treize voix. Ma‘afu, réélu avec dix voix. Vaea, élu avec huit voix. Ha‘apai (2 sièges) Fakafanua, élu avec quatre voix. Tu‘iha‘ateihio, réélu avec quatre voix. Vava‘u (2 sièges) Tu‘i‘afitu, élu avec quatre voix. Tu‘ilakepa, réélu avec quatre voix. ‘Eua (1 siège) Lasike, réélu avec six voix. Niuatoputapu et Niuafo‘ou (1 siège partagé) Fusitu‘a, élu avec une voix.
Analyse et conséquences Victoire du DPFI Les réformes ont créé dix-sept circonscriptions à siège unique, en lieu et place des cinq circonscriptions à sièges multiples utilisées lors des élections d'avril 2008. Dix de ces circonscriptions se trouvent à Tongatapu, trois à Vava'u, deux à Ha'apai, une à 'Eua et une aux Niuas "Tonga parliament votes on amended boundaries", Radio New Zealand International, 20 avril 2010 "Tonga’s pro-democracy movement hails assembly reform", Radio New Zealand International, 21 avril 2010. Il y eut au total 147 candidats "147 candidates for November Election", Matangi Tonga, 22 octobre 2010.
Le Parti démocrate des Îles des Amis ( DPFI) fut le grand gagnant des élections, remportant douze de ces dix-sept sièges. Parmi ses élus furent ʻAkilisi Pohiva, ʻIsileli Pulu, Sangster Saulala, Semisi Sika, Semisi Tapueluelu et Sitiveni Halapua. Les cinq autres sièges revinrent à des candidats sans étiquette "Strong showing for Tonga democrats in election", BBC, 26 novembre 2010 "Pro-democracy party in Tonga a big in winner general elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010 "Veteran pro-democracy campaigner has major success in historic Tonga elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010.
Élection du Premier ministre Les représentants de la noblesse étant convenus qu'un représentant du peuple devait être Premier ministre, ʻAkilisi Pohiva apparaissait comme de loin le candidat le plus probable à la suite de l'annonce des résultats. Les deux principaux autres prétendants au titre -le vice-Premier ministre sortant Viliami Tangi et l'ancien ministre de la Police Clive Edwards- avaient par ailleurs été battus dans leurs circonscriptions. N'étant plus députés, ils ne pouvaient prétendre à ce poste "Tonga: Win boosts activist's PM hopes", New Zealand Herald, 26 novembre 2010.
Des dissensions parmi les démocrates créèrent un temps d'incertitude, avant que le Parti démocrate ne déclare bénéficier du soutien de dix-huit députés, dont certains représentants de la noblesse "New majority claim by Tonga Democrats", Radio New Zealand International, 15 décembre 2010.