vignette|300px|L'assemblée dans l'église Saint-Paul de Francfort-sur-le-Main (illustration polychrome, XIXe siècle) vignette|300px|Session du parlement de Francfort en . Robert Blum est à la tribune (illustration polychrome, XIXe siècle).
Le Parlement de Francfort ( en allemand) ou littéralement assemblée nationale de Francfort a siégé entre le et le dans l'église Saint-Paul de Francfort. Il s'agissait de la première assemblée élue en Allemagne. Elle a été créée à la suite de la révolution de Mars qui secoua les États de la confédération germanique en 1848.
Le parlement était constitué principalement de membres des mouvements libéraux et nationalistes de la période dite de la , ceux-ci s'opposaient à la restauration mise en place au congrès de Vienne de 1815 et menée par le chancelier autrichien Metternich. Rapidement, l'assemblée s'organise en groupes parlementaires, plus ou moins conservateurs, libéraux ou démocrates. Ces deux dernières familles politiques s'opposaient aussi à propos de l'importance de la nation, de la question sociale, de l'ouverture économique, des droits civiques, mais aussi de la révolution même. Ils votent en un catalogue de droits fondamentaux et en la constitution.
Celle-ci, dite constitution de Francfort ou constitution de l'église Saint-Paul (), était très empreinte de parlementarisme. Elle prévoyait entre autres la garantie des droits fondamentaux et une monarchie constitutionnelle avec un empereur () à sa tête. Le titre devant être héréditaire.
L'assemblée échoua cependant dans sa tâche, quand le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV refusa la couronne impériale qui lui était proposée. Le travail de l'assemblée servit cependant de modèle pour la constitution de la république de Weimar en 1919 et pour celle de la RFA en 1949.
Contexte Renversement de Napoléon et Confédération germanique vignette|300px|gauche|Carte de la Confédération germanique
En 1806, à la suite de la défaite autrichienne contre Napoléon, l'empereur François II du Saint-Empire dut déposer sa couronne d'empereur et dissoudre le Saint-Empire germanique..
La chute de Napoléon contre les forces coalisées, constituées du Royaume-Uni, de la Russie et la Prusse conduisit à l'organisation en 1815 du congrès de Vienne. Celui-ci prévoyait la création de la confédération germanique composée d'une multitude d'États indépendants dominés par l'Autriche et la Prusse. Ce retour en arrière déçut les aspirations nationalistes de ceux qui avaient participé aux guerres de libération de l'emprise de l'empereur français..
À côté du nationalisme, le débat politique était également dominé par la question de la conservation des droits des citoyens. Les acquis découlant de la révolution française au début du , comme des droits pour les citoyens influencés par le code civil ou les constitutions de certains États, étaient remis en question et partiellement limités par les décrets de Carlsbad en 1819 ainsi que par d'autres décisions de la période de la .. La révolution de juillet en France déclencha quelques émeutes dans la confédération en 1830 qui permirent de retourner la tendance. La fête de Hambach en 1832, puis l'attaque de la garde de Francfort () en 1833. conduisirent toutefois à une plus forte censure, à un plus fort contrôle autour des personnes ayant des idées démocratiques ou constitutionnelles et à l'interdiction de réunion..
Les années 1840 Dans le milieu des années 1840, la crise politique intérieure devint plus criante.. Les causes étaient multiples : sentiment national de plus en plus vif dans la population, la question des duchés de Schleswig et Holstein ainsi que la construction de forteresses fédérales à Ulm et Rastatt. De plus de mauvaises récoltes conduisirent à des émeutes de la faim.. Les débuts de l'industrialisation avec ses revers avaient fait augmenter les tensions économiques et sociales...
Particulièrement dans le grand-duché de Bade de nombreuses associations politiques s'étaient formées, constituant une opposition démocrate au pouvoir en place... La presse dans le sud de l'Allemagne commençait à résister à la censure. Lors de leurs assemblées, comme celle d'Offenbourg en , les démocrates les plus radicaux appelaient au renversement du pouvoir.. Par ailleurs, les bourgeois d'opposition présents à l'assemblée du grand-duché commençaient à mieux se coordonner et prenaient confiance en eux. Ainsi 18 députés libéraux se réunirent le lors de la réunion d'Heppenheim afin d'appeler à l'unité nationale ..
Au début de 1848, à ces tensions intérieures vinrent s'ajouter des éléments extérieurs : la révolution de 1848 en France fit tomber Louis-Philippe et proclama la deuxième république.. Cela enflamma l'Europe avec l'éclatement d'émeutes et la révolution dans la plupart des pays, demandant la fin des mesures anti-libérales de la conférence de Troppau. Dans l’empire d'Autriche, par exemple, la Hongrie, la Bohême et le nord de l'Italie se révoltèrent afin d'obtenir leur indépendance..
Le , le député libéral Friedrich Daniel Bassermann demanda devant la seconde chambre de l'assemblée badoise la formation d'une assemblée nationale à Francfort-sur-le-Main, là où siégeait le Bundestag de la confédération germanique constitué des représentants des princes des États membres. Cette demande suivait celle de Carl Theodor Welcker en 1831.. et la sienne en 1844. Deux semaines plus tard, les nouvelles venant de France donnèrent l'élan nécessaire aux premières révoltes qui eurent lieu dans le pays de Bade avec l'occupation de la de Karlsruhe. En avril, la marche menée par Friedrich Hecker est la première des trois tentatives de soulèvement militaire dans la région.. À partir des événements de Karlsruhe, la révolution s'étendit au reste de la confédération.
La révolution de mars vignette|gauche|Révolutionnaires en liesse après les combats de barricades de Berlin, le 18 mars 1848 (illustration polychrome, XIXe siècle).
Les revendications principales des révolutionnaires concernaient les droits de l'homme : liberté de presse, d'expression, de réunion, la fin de l'arbitraire, la fin des privilèges; mais également l'armement des citoyens et la formation de parlements régionaux libéraux ainsi que l'unité allemande.. Le les hommes politiques et députés formant l'opposition se rassemblèrent à Heidelberg afin de se coordonner.. Ils décidèrent de la création d'un pré-parlement () qui devait décider du mode d'élection d'une assemblée devant donner une constitution à l'Allemagne. Le comité des sept () nomma ainsi à Francfort-sur-le-Main pour former ce pré-parlement..
Ce mouvement révolutionnaire s'étendit à la plupart des États allemands au début de mars : le grand-duché de Bade, la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, l'Autriche et la Prusse se soulevèrent. De nombreux princes furent ainsi contraints de nommer des gouvernements révolutionnaires libéraux () à la place de ceux conservateurs alors en place. Le , le Bundestag de la confédération germanique convoque le comité des dix-sept () afin de préparer une constitution. Il appela le à l'organisation d'élections législatives dans les États de la confédération, les provinces prussiennes hors des limites de celle-ci incluses, afin d'élire une assemblée constituante.. En Prusse, après les barricades du , une assemblée nationale fut également convoquée, afin d'élaborer une constitution pour le royaume..
vignette|Plaque commémorative sur les murs de l'église Saint-Paul de Francfort-sur-le-Main.
Le pré-parlement () siégea du au sous la présidence de Carl Mittermaier dans l'église Saint-Paul. Les libéraux modérés y décidèrent contre les démocrates radicaux de travailler à l'écriture d'une constitution en coopération avec le . Lors de cette période de transition avant la formation de l'assemblée, un comité de représentation de l'assemblée auprès de la confédération germanique se constitua : le comité des cinquante ().
Élections Deux décrets du Bundestag du et du , rédigés sur proposition du pré-parlement, déterminent les modalités des élections. Il y avait , d'environ habitants chacune, mais toutes n'envoyèrent pas un député à l'assemblée : certaines circonscriptions autrichiennes où la majorité n'était pas germanique boycottèrent l'élection.
Les candidats devait être des . La notion d'indépendance donna lieu à différentes interprétations et à des mouvements de protestation contre les règles mises en place. En général cela excluait du vote ceux recevant de l'aide publique pour motif de pauvreté, parfois cela excluait également tous ceux ne possédant pas leur propre logement, y compris les artisans logeant chez leurs maîtres. On peut estimer qu'environ 85 % des hommes avaient le droit de vote.. En Prusse ce chiffre dépassait les 90 %, tandis qu'en Saxe, dans le Bade et à Hanovre les critères étaient plus sélectifs.
Le choix du scrutin direct ou indirect n'était pas non plus précisé par les décrets. Les modalités de l'élection furent décidées État par État : ainsi dans le Wurtemberg, le Holstein, le Hesse-Cassel et les (Hambourg, Brême, Lübeck, Francfort-sur-le-Main) les élections furent à scrutin direct, alors que dans la plupart des autres États il fut indirect : un premier tour permet d'élire des grands-électeurs qui élisent les représentants lors d'un second tour.
Députés élus État NombredecirconscriptionsNombrede députésdifférents. Autriche 132 186 Prusse 200 280 Bavière 71 91 Hanovre/Oldenbourg 31 41 Wurtemberg 30 42 Saxe 24 36 États de Thuringe 14 23 Bade 19 21 Hesse 32 36 Villes hanséatiques 3 7 Mecklembourg-Schwerin 7 9 Holstein/Lauenbourg 7 8 Schleswig 5 6 Brunswick 4 5 États d'Anhalt 3 5 Limbourg 2 2 Luxembourg 1 4 Lippe 1 1 Schaumbourg-Lippe 1 1 Liechtenstein 1 1
L'assemblée nationale devait siéger dès le , toutefois certains États organisèrent l'élection seulement ce jour-là voire dans les jours suivants. La participation est estimée entre quarante et soixante-dix pour cent.. La circonscription de Tiengen dut organiser une nouvelle élection comme le vainqueur de la première n'était autre que Friedrich Hecker qui avait dû s'exiler en Suisse. Finalement, le parlement était constitué de à son ouverture le .
Pour contrôler les élections, les députés furent répartis au hasard dans quinze groupes, chacun vérifiant les résultats de l'élection d'un autre groupe. Les réclamations n'étaient déclarées valides que si elles pouvaient réellement avoir changé le résultat final. Les présidents de chaque groupe formaient un comité central qui devait présenter les cas litigieux devant l'assemblée plénière..
Organisation de l'assemblée Profil social des députés L'assemblée, qui comptait avec les adjoints Selon Best et Weege 809. Selon , 812 députés, était assez homogène. La bourgeoisie éduquée y était très représentée. Ainsi 95 % des députés étaient titulaires d'un (baccalauréat), les trois quarts avaient fait des études universitaires, et parmi ceux-là la moitié y avait suivi des cours de droit.. Nombreux étaient également ceux faisant partie d'un ou d'une . Au niveau de la profession exercée, la plupart, 436, étaient fonctionnaires parmi ceux-là pour être exact., et ..