L'histoire du pays du Velin, plaine du Bas Dauphiné située sur la rive gauche du Rhône, est marquée par la proximité de la métropole lyonnaise avec laquelle il a entretenu des relations changeantes au cours des siècles. C'est par elle qu'il a été intégré dans le monde gallo-romain et dans la chrétienté. Ce voisinage explique les convoitises qui ont opposé les Dauphins à la maison de Savoie au Moyen Âge pour sa possession.

Après cinq siècles de relégation, depuis la Révolution industrielle au , son territoire a été annexé par la métropole lyonnaise à laquelle il offrait les plus larges possibilités de développement. Hautement urbanisé et industrialisé depuis le , l'espace naturel a progressivement été remplacé, et l'identité quasiment effacée.

Géographie

Un territoire bien circonscrit

Le pays du Velin a la forme d'un carré d'une vingtaine de kilomètres de côté. Il est nettement délimité au nord et à l'ouest par le coude du Rhône à l'amont et à l'aval de Lyon et par deux de ses affluents de rive gauche : à l'est le cours inférieur orienté sud-nord de la Bourbre a sa confluence avec le fleuve peu avant celle de l'Ain ; au sud, le modeste ruisseau de l'Ozon s'écoule d'est en ouest et se jette dans le Rhône sur la commune de Sérézin-du-Rhône.

Cette petite plaine d'environ se présente comme un plan légèrement incliné d'est en ouest d'une centaine de mètres entre environ d'altitude. Le contraste est très net entre ce compartiment déprimé et les territoires encadrants.

Au nord, la costière de la Dombes présente son rempart uniforme de plus d'une centaine de mètres de hauteur au-delà du Rhône ; à l'est, au-dessus de ses falaises, le plateau calcaire de l'Isle-Crémieu culmine à plus de . Au sud les Terres Froides du Dauphiné alignent leurs lanières d'est en ouest entre . Si l'on ajoute qu'à l'ouest le plateau lyonnais est le dernier élément du Massif Central au pied des monts du Lyonnais, on en conclura que seul le Velin offrait des conditions idéales pour l'extension d'une grande agglomération.

Un modelé façonné par la glaciation würmienne

L'uniformité du relief de la plaine est rompue par la présence d'alignements de plusieurs dizaines de mètres de hauteur qui divergent depuis le rebord oriental à la manière des rayons d'une roue. À la courte butte de Pusignan, orientée vers le nord, succède celle qui s'étire de la commune de Genas jusqu'au Mollard de Décines, élargie sur la gauche en direction de Chassieu. Puis vient un alignement central orienté franchement nord-ouest, longuement étiré de Grenay jusqu'à Bron sur une vingtaine de kilomètres. La série se termine, plein ouest, par les courtes buttes de Mions et de Chandieu, cette dernière culminant exceptionnellement à plus de . Seule fait exception à cette disposition en rayons divergents la masse compacte triangulaire qui domine directement le cours du Rhône par le talus des "Balmes viennoises", de Saint-Fons au nord à Solaize au sud et dont la pointe s'étend à l'est vers Corbas et Vénissieux.

Cette trame topographique est la résultante d'une même histoire géologique. Le substratum est constitué, comme l'ensemble de l'avant-pays au pied des Alpes, par des couches sédimentaires de molasse, mélange de sable et de grès de faible résistance provenant de l'érosion de la chaîne alpine au Miocène (milieu de l'ère tertiaire). On n'en soupçonne guère l'existence car cette molasse n'est visible que très localement. La surface du Velin a été, en effet, modelée par les deux dernières glaciations dites respectivement Riss et Würm par analogie avec les secteurs de la Bavière où elles ont été identifiées pour la première fois. La première s'est avancée au-delà de la colline de Fourvière sur le plateau lyonnais. En se retirant, ce glacier a abandonné les matériaux morainiques qu'il broyait sur son fond ou qu'il charriait sur sa surface (cette dernière est la moraine dite "d'ablation" - après fusion de la glace). C'est ce matelas d'éléments hétérogènes allant du sable à des blocs rocheux en passant par tous les calibres de cailloux qui recouvrait uniformément la surface du Velin avant la glaciation würmienne, responsable d'importantes retouches. C'est d'abord elle qui a déterminé la limite orientale du Velin. En effet, la large dépression marécageuse dans laquelle s'est fixé après la fusion des glaces le cours de la Bourbre correspond au creux (on dit "ombilic") dans lequel s'est logée la langue terminale du glacier. La progression de celui-ci a été stoppée par les matériaux qu'il poussait devant lui : les minces bourrelets plus ou moins arqués qui figurent sur la carte constituent sa moraine frontale. Le témoignage de la puissance de transport du glacier est attesté par les blocs erratiques qui sont la grande curiosité de la commune de Grenay, curiosité avec laquelle les Lyonnais sont familiarisés par le fameux" Gros caillou" de la Croix Rousse. La fusion de cette énorme masse s'est traduite par un puissant fleuve dont les eaux chargées de galets ont été canalisées en plusieurs bras qui forment les larges couloirs plats de la plaine actuelle. Entre eux la moraine rissienne a été conservée mais calibrée selon les alignements divergents que nous avons comparés aux rayons d'une roue. Dernière retouche : leur surface est saupoudrée de ces fines particules de lœss transportés par les vents froids générés par les basses températures en surface du glacier pendant sa phase de progression.

Toponymie Les plus anciens occupants du territoire avaient sans doute conscience de partager les mêmes conditions d'existence. Ce sont eux qui ont pris l'habitude de le baptiser du nom de Velin.

Aucune étymologie convaincante n'a été proposée pour ce mot de Velin. L'important est que ce toponyme était autrefois répandu dans l'ensemble de la contrée. La liste qui nous en est donnée par André Charvet ne se veut pas exhaustive. Y figurent d'importantes collectivités communales ou paroissiales comme Saint-Laurent et Saint-Bonnet qui ont troqué leur ancienne appellation -en Velin contre celle de -de Mure; la ville de Saint-Priest se voulait aussi autrefois "en Velin".

Les exemples sont bien plus nombreux si on interroge les plans cadastraux ou les cartes IGN. Ce sont ici des noms de rues ou de lieux-dits (à Meyzieu, Jons, Bron), de quartiers (à Vénissieux) de forêt (à Corbas), et bien évidemment dans le nom de la commune Vaulx-en-Velin. Il est légitime d'en conclure que .

Cependant, il est à noter que la disparition de nombreuses mentions de "Velin" va de pair avec la perte d'identité du territoire.

Historique L'intégration dans le monde gallo-romain

Franchissement du Rhône et construction des voies romaines La romanisation du Velin, son intégration dans la civilisation gallo-romaine, supposait préalablement résolu le problème d'un franchissement commode du Rhône.

On admet aujourd'hui que ce ne fut chose faite qu'à partir du règne de l'empereur Claude (natif de Lyon) au milieu du de l'ère chrétienne, soit près d'un siècle après la fondation de Lugdunum par Munatius Plancus en 43 avant J-C. Dans cet intervalle de près d'un siècle, la liaison avec la rive gauche du Rhône imposait un détour par Vienne conquise par les Romains bien antérieurement (vers 120 avant -J-C).

Le besoin d'une liaison directe en direction de l'Italie n'a été ressenti qu'après la soumission des peuplades alpines sous le règne de l'empereur Auguste. Deux voies romaines ont alors emprunté le Velin.

La célèbre table de Peutinger permet de suivre l'itinéraire de la première de Lugdunum à Mediolanum (Milan) par "in Alpe Graia" (le col du Petit-Saint-Bernard). Le premier repère au départ de la capitale des Gaules était Bergintrum (Bourgoin). Cette voie peut donc être considérée comme l'ancêtre de notre nationale 6 même si l'on discute de son tracé précis.alt=Borne milliaire à Solaize|vignette|Borne milliaire à Solaize

La deuxième mérite seule, sans doute, le nom de "compendium" c'est-à-dire de raccourci. Elle était branchée sur la première après le franchissement du Rhône dans le quartier de la Guillotière et assurait une liaison plus rapide avec Vienne ( contre 23 par la rive droite) par la rive gauche. Le vestige le plus remarquable qui nous en ait été conservé est une borne milliaire qui, un peu déplacée par rapport à sa localisation primitive et transformée en support de croix, se dresse sur un carrefour du village de Solaize. Son inscription nous livre deux précisions : sa date, sous l'empereur Claude, précisément, et sa distance "octavum" (huitième) au départ de Vienne.

Établissement du cadastre Ainsi irrigué par le trafic et sans préjudice d'autre voies secondaires comme celle en direction de Crémieu par le nord, le Velin a pu être intégré dans la civilisation gallo-romaine une fois satisfait un autre préalable : la rédaction d'un cadastre. Celui-ci a laissé certaines traces dans le paysage : bien des limites de parcelles sont alignées selon une direction maîtresse qui forme un angle de 23°30 par rapport à l'orientation ouest-est. Les rites qui présidaient à la création d'un cadastre se référant à l'observation des astres, on a pu en conclure que la brillante étoile Sirius avait servi de repère le jour de sa création.

La prise de possession s'est traduite par la création de grands domaines ou "villas". S'il est impossible de préciser le nombre et l'origine des colons, on peut affirmer que l'empreinte devait être durable car elle est inscrite dans la toponymie. Le cas de villa urbana devenue Villeurbanne en est l'évidence même. En règle générale, le nom de bien des localités a été formé à partir de celui du propriétaire des lieux. Le domaine de Masius ou masiacum est ainsi à l'origine du nom de la commune de Meyzieu. Il en est de même pour Chassieu, Saugnieu, Chandieu, Vénissieux. Cette terminaison en -ieu n'est du reste pas propre au Velin, on la retrouve abondamment dans les régions limitrophes (Bas Dauphiné, Dombes...).

Christianisation On imagine mal que la christianisation du Velin ait pu marquer un grand retard par rapport à la métropole des Gaules, terre des martyrs de la persécution de 177.

La toponymie nous est ici également un précieux révélateur de cette précocité. Bien des communes ont conservé le nom des saints patrons des paroisses. Comme à Lyon sont à l'honneur saint Pierre (de Chandieu) et saint Laurent (de Mure) aux origines du christianisme et saint Symphorien (d'Ozon), martyr du . S'ajouteront plus tard à cette liste, comme dans la région, le nom de saint Bonnet (de Mure) et saint Priest, tous deux évêques de Clermont (Ferrand) au . Si Saint-Fons ne figure pas sur cette liste, c'est tout bonnement parce qu'il n'a pas existé ! On vantait ici en réalité une source ( en latin) d'eau pure, donc saine, tout comme non loin de Lyon à Sain-Bel, mieux respectueuse de l'orthographe.

Cette terre du Velin a tenu aussi à s'associer, comme le monastère de l'Ile Barbe, au culte de saint Maurice, héros de la légion thébaine pour lequel les Burgondes, qui succédèrent aux Romains, avaient une vénération particulière. Les compagnons de saint Maurice leur chef, auraient été massacrés du temps de l'empereur Maximien (285-305), dans la localité d'Agaune, en Valais suisse. La croix des dressée sur le chemin des Crêtes à Saint-Pierre-de-Chandieu, à d'altitude, face au Velin, témoigne de cet attachement. Elle a pris la place d'une ancienne chapelle détruite pendant la Révolution qui leur était dédiée.

Passés ces temps héroïques, les institutions religieuses demeurèrent, calquées sur les divisions administratives romaines. Le devait garder son unité sous le contrôle de l'archiprêtre de Meyzieu, soumis à l'archevêque de Lyon. Le Velin était inclus tout entier dans ce territoire qui devait compter jusqu'à au !

Structuration du territoire