Faites vous-même votre malheur est un ouvrage du psychologue, psychothérapeute, psychanalyste jungien et sociologue Paul Watzlawick paru en français aux éditions du Seuil en dans une traduction de Jean-Pierre Carasso. Il a été publié en 1983 en version originale sous le titre .

Présentation thumb|left|Fonctions et personnalité La base de la pensée de Paul Watzlawick tient dans cette citation : « Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Ce que nous appelons "réalité" (individuelle, sociale, idéologique) est une interprétation, construite par et à travers la communication. Un patient est donc enfermé dans une construction systématisée, qui constitue son monde à lui. Dès lors la thérapie va consister à tenter de changer cette construction. »

Une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité.

D’une manière plus générale, ce sont nos perceptions de la réalité — nécessairement limitées par nos sens et par notre manière de ressentir les choses — qui sont à l’origine des difficultés que nous rencontrons dans nos relations aux autres et dans nos façons de communiquer.

Le livre a rencontré un succès considérable — du moins pour ce type d’ouvrage — notamment en Allemagne et en Italie. Cela tient sans doute à la volonté de l’auteur de le rendre accessible au plus grand nombre : il s’agit d’un véritable ouvrage de vulgarisation, qui se présente en outre sous la forme d’une parodie des livres de conseils pratiques, dans l’esprit de « Construisez vous-même votre maison » ou « Comment réparer votre voiture ».

C'est, à côté de son travail scientifique de thérapeute proprement dit, une méthode qui lui tient à cœur puisqu'il a publié deux autres livres dans la même veine, avec la même démarche que celui-là : Guide non conformiste pour l'usage de l'Amérique où il se moque quelque peu de ses compatriotes et Comment réussir à échouer avec des objectifs proches de Faites vous-mêmes votre malheur.

thumb|Niveaux conscients et inconscients Il passe en revue les moyens dont on dispose pour se rendre malheureux, moyens qui sont de deux sortes : - Les moyens connus, ceux qu'on utilise déjà avec plus ou moins de volonté et de systématisme : exiger beaucoup voire trop de la personne aimée parce que ce n'est jamais assez, revenir constamment sur le passé, sur les échecs pour se prouver à soi-même que décidément on ne peut réussir, que les cartes sont biseautées dès le départ... - Les moyens plus sophistiqués qui demandent un degré de perversion supérieur et dont il nous offre quelques exercices d'initiation car il n'est jamais trop tard pour se faire du malVoir Ronald Laing, Nœuds, éditions Stock, 1971 et collection Stock plus, 1977...

Parmi les paradoxes que Watzlawick a étudiés, on peut distinguer L’injonction paradoxale qui peut mener dans certains cas à la double contrainte - théorie élaborée par Gregory Bateson et qui l'a particulièrement intéressé (la double contrainte ajoute à l’injonction paradoxale l’interdiction de communiquer sur l’absurdité de la situation et oblige le sujet qui en est victime à être dans une situation potentiellement pathogène d’indécidabilité).

Par exemple, quand on dit à quelqu'un Sois spontané !, le seul fait de lui intimer cette injonction introduit déjà un biais : soit c'est un refus, une réaction spontanée mais négative, soit c'est une soumission qui ne peut être spontanée. Cette injonction paradoxale a pour effet de vicier dès le départ la communication et de provoquer une réaction en chaîne de malentendus. Dans le cas d’une simple injonction paradoxale, le sujet aura toujours la possibilité de s’en sortir en faisant remarquer à la personne qui en est l’auteur, l’absurdité de cet ordre.

Autre exemple : « Tu ne m’offres jamais de fleurs ! », reproche la femme à son mari. Mais le jour où le mari lui offre vraiment des fleurs et se présente tout content un bouquet à la main, la femme peut avoir ce genre de réflexion « C’est parce que je te l'ai dit que tu m'offre des fleurs ! » Et le mari déstabilisé par la remarque désagréable pourra à son tour reprocher à son épouse son comportement. C'est le début d'un cercle vicieux générateur de scènes de ménage. Il tend à s'établir une relation perverse, interactions biaisées par les attaques, les sous-entendus, où la femme adresse des reproches au mari qui va à son tour répliquer, adresser des reproches à sa femme…

Procès d'intention et relations perverses thumb|Bertrand Russell Lorsque l'on cherche à comprendre un dialogue, disait Bertrand Russell, il est nécessaire de séparer les déclarations portant sur les choses et déclarations portant sur les relations. Gregory Bateson en a dégagé que toute communication contient les deux niveaux. Pour ne pas faire de peine à son ami, un homme vantera les qualités de sa nouvelle voiture bien qu'il n'en pense rien de tel. Les formes les plus drastiques en sont la voyance, prétendre lire dans la pensée d'autrui et lui attribuer des sentiments négatifsPar exemple, quand Hamlet remarque dans le regard de Rosencrantz et Guildenstern « une sorte d'aveu que leur candeur n'a pas le talent de colorer. », les faire culminer dans un effort pour que l'autre 'sorte de ses gonds' ou même le rendre fouVoir Lewis Carroll dans À travers le miroir où Alice est accusée d'être négative et que ça influe sur son état mental.. L'alternative illusoire procède de la même démarche et consiste à renvoyer l'autre à une alternative imposée, créant ainsi un malaise que l'autre ne comprend pas. C'est ainsi que le piège se referme : l'enfermer dans des règles incompréhensibles, tirer les ficelles, en faire une technique de manipulation. Elle peut être déclinée sur le mode de l'insistance, engagement d'un dialogue sans finDu genre : -Tu m'aimes ? oui - Vraiment ? Oui vraiment - Vraiment, vraiment ? ???.

Manier l'art du paradoxe est aussi une solution alléchante, comme cette mère qui demande à son enfant de faire son devoir, non parce que c'est la règle, mais parce qu'il devrait aimer ça, de glisser ainsi vers un chantage aux sentiments. Ces techniques permettent d'enfermer l'autre dans un type de relation dont il ne peut sortir sans dommagesExemple-type de la mère qui pose comme postulat qu'on est une famille heureuse et que tout manquement à cette règle remettrait en cause le dogme de départ et l'équilibre de la famille en culpabilisant par avance tout manquement. .

La répétition, l'accoutumance peut générer une véritable dépression, la victime pouvant être doublement déprimée : non seulement elle ne devrait pas être déprimée (attitude négative) mais elle devrait ensuite s'accuser de 'plomber l'ambiance' et de décevoir les autresHamlet, conscient de la douloureuse différence séparant son point de vue sur le monde de celui des autres, en tire parti en philosophant sur la question.. Pour sortir de ces cercles vicieux, il faut en préalable renverser le précepte biblique repris par Dostoïevski : « Pour aimer son prochain, il faut d'abord s'aimer soi-même. » Sur les paradoxes de l'amour, voir cette phrase de Jean-Jacques Rousseau dans une lettre à madame d'Houdelot : « Si vous êtes à moi, je pers en vous possédant celle que j'honore. »

Le goût du malheur trouve un terreau favorable dans des volontés sublimées, le sacrifice, les 'assistantes sociales qui veulent sauver l'autre', les relations asymétriques entre une femme dévouée et un homme dépendant, qui ne feront que renforcer les tendances de chacun« Dans la théorie de la communication, ce modèle est connu sous le terme de collusion » précise Watzlawick. Le rôle que le partenaire doit jouer envers l'autre est de même nature que celui qu'il veut jouer « pour produire ses propres réalités. »Voir Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant, édition 1943 pages 431 et 434 Chacun y cherche une gratification personnelle, un 'service rendu' et dit Watzlawick « on sait qu'un sadique est un homme qui refuse de faire souffrir un masochiste. »Voir la pièce de Jean Genet Le balcon, Gallimard, 1968, page 52-53 La relation vécue comme un combat mène soit à une perte pour chacunCas par exemple de certaines grèves où à moyen terme les adversaires sont perdants ou de certains divorces , une 'victoire à la Pyrrhus' où tout le monde y 'laisse des plumes'Cette théorie est la base des travaux ultérieurs sur la gratification relationnelle et ses déviances. Elle a permis de dégager la méthode du gagnant-gagnant aidant à considérer un adversaire a priori comme un partenaire potentiel. [NDLR] soit à une lutte sans fin, une relation dichotomique du vainqueur-perdantCe que Watzlawick appelle le jeu à somme-zéro. Cette relation obsessionnelle ne peut être dépassée qu'en établissant une réelle confiance et une grande sérénité entre les personnesVoir Carl Rogers, La relation d'aide et la psychothérapie, ESF éditeurVoir Roger Mucchielli, Psychologie de la vie conjugale, éditions ESF. On peut l'illustrer par la citation suivante : Tout est bien... Tout. L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. Ce n'est que cela. C'est tout, c'est tout !

Voir aussi Articles connexes Zemblanité

Bibliographie , How to Make Yourself Miserable: Another Vital Training Manual, New-York, Random House, 1966 Laurence J. Peter et Hull, Principe de Peter, éditions Stock, 1971 Rodolphe et Luc Morisette, Petit manuel de guérilla matrimoniale, Montréal, éditions Ferron, 1973 Harold Searles, L'effort pour rendre l'autre fou, éditions Gallimard, collection Bibliothèque de l'inconscient, 1977, Jon Elster, Ulysse et les sirènes, éditions de la Maison des sciences de l'Homme, 1979 Comment réussir à échouer, réédition du , éditions du Seuil, 117 pages,

Notes et références

Liens externes

Paul Watzlawick et Palo-Alto Bibliographie

Catégorie:Livre de psychologie Catégorie:École de Palo-Alto Catégorie:Livre paru en 1983