Les « événements du à Laâyoune » sont des affrontements qui se sont tenus à la ville de Laâyoune et qui ont opposé des manifestants sahraouis, dont des membres du Front Polisaro, aux autorités marocaines, après que ces dernières eurent démantelé le campement de protestation de Gdim Izik, situé à de la ville.
Selon les autorités marocaines, ces émeutes ont fait 11 morts et 159 blessés parmi les forces de l'ordre, auxiliaires et pompiers, ainsi que 2 civils tués. Pour le Front Polisario, 36 Sahraouis ont été tués et 163 autres emprisonnés.
Contexte
Le , plusieurs dizaines de personnes installent des tentes, en signe de protestation contre leurs conditions de vie, au camp Gdim Izik, à à l'est de Laâyoune, Chef-lieu de la région de Laâyoune-Boujdour-Sakia el Hamra dans la direction de la ville de Smara, ville du Sahara occidental sous administration marocaine. Après quelques semaines, ils étaient jusqu'à tentes abritant selon les observateurs des Nations-Unies. Selon les sources marocaines, les revendications étaient exclusivement d'ordre socio-économique (logements, emplois dans la fonction publique, distribution des cartes de l’Entraide nationaleTrois morts dans les événements de Laâyoune L'Économiste). Sur cette base, un dialogue a été établi avec les autoritésSahara occidental: une semaine après les émeutes, Laâyoune sous le choc.
Cependant, la tension est montée d'un cran le quand un adolescent de 14 ans, Al-Nagem Al-Qarhi, est tué par la gendarmerie alors qu'il essaie de s'introduire dans le camp. Selon les autorités marocaines, la gendarmerie aurait été contrainte de riposterLe parquet général de Laâyoune ordonne l’ouverture d’une enquête judiciaire : Plainte contre les fauteurs de troubles : Maroc: un jeune tué et cinq blessés à Lâayoune. Selon Amnesty International, les jeunes ne faisaient qu'apporter des vivres à leurs familles et la balle fatale a été tirée à bout portant.
Déroulement
Le lundi , l'assaut par les gendarmes marocains et forces auxiliaires en tenue anti-émeute est donné à 6h45 du matin (heure locale) pour démanteler le campLes forces de l'ordre procèdent à la libération des personnes âgées, des femmes et des enfants dans la camp de Gdim Izik. Les forces de l'ordre n'ont pas fait usage d'armes à feu, selon les observateurs de l'ONU (seuls les matraques, canons à eau et tirs de gaz lacrymogènes ont été utilisés)Sahara Occidental : tension après les émeutes sur www.lefigaro.fr.
Les affrontements ont alors éclaté dans le camp. Les émeutiers étaient quelques dizaines, le visage dissimulé, armés de pierres, sabres, bâtons, cocktails Molotov, bonbonnes de gaz et circulant à bord de véhicules tout-terrain conduits à grande vitesse pour faucher les forces publiquesSahara occidental: une semaine après les émeutes, Laâyoune sous le choc, 15/11/2010 sur www.lepoint.fr.
Selon le wali, cette opération a permis à des forces de l'ordre d'évacuer un camp de en moins d'une heure.
A partir de 8h30, les émeutiers envahissent les quartiers de la ville de Laâyoune et procèdent à l'incendie et la destruction de plusieurs voitures, bâtiments administratifs et privés. Certains d'entre eux scandent des propos en faveur de l'indépendance du Sahara occidentalVidéo sur .
Vers 15h, les forces de l'ordre parviennent à contrôler la situation et à sécuriser la villeSahara Occidental : tension après les émeutes.
Le lendemain, les autorités déclarent que le calme est revenu à la ville et à ses alentoursSix Marocains tués et 70 autres blessés dans un camp au Sahara occidental.
Par ailleurs, les forces marocaines agissent en représailles. Plusieurs personnes arrêtées sont passées à tabac jusqu'à perdre connaissance. La police ainsi que des civils ont attaqué des sahraouis dans leurs maisons à LaâyouneSahara occidental : Les forces de sécurité marocaines ont soumis des détenus à des mauvais traitements , 26/11/2010 sur www.hrw.org.
Ces événements sont survenus le même jour de la tenue de la informelle, préparatoire au de négociations entre le Maroc et le Front Polisario à Manhasset près de New York, visant à trouver une solution politique et définitive au différend au sujet du Sahara OccidentalDébut des pourparlers informels sur le Sahara dans la banlieue de New York.
Bilan Le bilan officiel communiqué par les autorités marocaines (Ministère de l'IntérieurM.Cherqaoui:Les forces de l'ordre n'ont tiré aucune balle, ni dans le campement de Gdim Izik ni dans les rues de Laâyoune) fait état de onze morts dans les rangs des forces de l'ordre (éléments de la Gendarmerie Royale et des forces auxiliaires) et de la protection civile, et 70 blessés parmi celles-ci, alors que quatre civils ont été blessés. Une vidéo publiée par le Ministère de l'Intérieur ainsi que des photos et vidéos circulant sur internet montrent des manifestants se livrant à des actes de violence et de lynchage sur les forces de l'ordre, dont particulièrement un élément des forces auxiliaires jonchant le sol, égorgé à coups de couteauPremières images d'un Policier Marocain poignardé au Cou par les Séparatistes et terroristes Pro-Polisario ou encore des dépouilles d'éléments de la protection civile souillées par des manifestantsYouTube.com.
Toujours selon la même source, un seul civil (Baby Hamadi Buyema, un cadre de l'Office Chérifien des Phosphates (OCP)), a trouvé la mort durant la même journée à son heurt par un véhicule dans l'une des artères de la ville de Laâyoune où se sont déroulés les troubles. Le ministère espagnol des Affaires étrangères et de la Coopération a demandé que des éclaircissements soient apportés concernant les circonstances de ce décès, vu que la victime possède une carte d'identité espagnoleCommuniqué 80-2010. DÉCÈS DE BABY HAMADI BUYEMA.
Un deuxième civil devait décéder à la suite des complications d'une pneumonie aiguë selon un rapport médico-légal.
Ce bilan est contesté par le Front Polisario qui évoque un grand nombre de victimes civiles, sans les identifier pour autant Le Point : Sahara occidental: une semaine après les émeutes, Laâyoune sous le choc.
Dans une lettre adressée le lundi au Conseil de sécurité de l'ONU, le représentant du Polisario, Ahmed Boukhari, précise que plus de 36 Sahraouis avaient été tués et que 163 autres ont été détenusL'Express - Le Polisario demande une enquête de l'Onu sur Laayoune.
Pour l'envoyée spéciale du quotidien Le Monde, ces chiffres sont « invérifiables »Isabelle Mandraud, « Sahara occidental : "jour de guerre" au camp d'Agdim Izik », dans Le Monde, 12 novembre 2010.
Le Directeur de la division urgences au sein de l'Organisation internationale Human Rights Watch (HRW), Peter Bouckaert, « soutient largement » le bilan des morts fourni par les autorités marocaines, en liaison avec les événements qu'a connus la ville de Laâyoune, rapporte le Washington Post The Washington Post : U.N. asked to investigate violence in Western Sahara. Dans une déclaration par téléphone depuis Laâyoune, M. Bouckaert a laissé entendre que « les chiffres avancés par le Polisario sont exagérés », indique le journal américain. Le même responsable a tenu à préciser au Washington Post que « les rumeurs faisant état de cadavres dans les morgues sont dénuées de tout fondement » insistant que « des interviews réalisées à ce sujet avec des individus (à Laâyoune - sous contrôle marocain, de facto) n'étayent pas ces assertions »Maroc Journal MAP : Evénements de Laâyoune: HRW "soutient largement" le bilan des morts fourni par les autorités marocaines (Washington Post).
Dans son rapport sur les évènements, l'Association marocaine des droits humains confirme le décès de 13 personnes, dont onze dans les rangs des forces publiques et deux civils. Elle relève des cas de disparitions, tortures, garde à vue prolongées au-delà du délai légal de la part des forces marocaines. Des défenseurs des droits de l'homme ont été attaqués par la police, qui a par ailleurs commis un viol par l’introduction d'une bouteille d'une boisson gazeuse selon l'AMDH. Des enfants ont également été victimes de la violence des forces publiques. Elle confirme aussi que des journalistes dont Ali Lmrabet ont été écartés. L'AMDH constate aussi les destructions matériellesRapport de la commission d'enquête sur les événements de El Aaiun sur diasporasaharaui.blogspot.com.
Procès 24 activistes interpelés au cours de cette journée ont été jugés par le Tribunal militaire de Rabat en 2013. Ils ont été reconnus coupables des faits suivants : constitution de bandes criminelles, de violences sur des forces de l'ordre ayant entraîné la mort avec préméditation et mutilation de cadavres.
Le , ce même Tribunal militaire a donc prononcé des peines allant de 20 ans de prison ferme jusqu'à la perpétuité contre les accusés. Ceux-ci ayant introduit un pourvoi en cassation, la Cour de cassation a rendu son arrêt le , explicitant que le jugement n’était pas suffisamment motivé et elle en a prononcé la cassation. Au même moment, le Code de justice militaire a été adopté dans la dynamique des recommandations du Conseil national des Droits de l'Homme (CNDH) empêchant des civils d'être jugés par un tribunal militaire. La Cour de cassation a donc décidé de renvoyer l’"affaire de Gdeim Izik" devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Salé.
Le , le procès des accusés s'ouvre et la Chambre criminelle décide de reporter l'examen au . Poursuivi jusqu’en juillet, le procès s’est achevé par un verdict en date du condamnant les accusés à des peines allant de deux ans de prison ferme à la perpétuité. Tout particulièrement attendu sur ce procès quant au respect des droits de la défense, le Royaume du Maroc l'a ouvert à plusieurs associations des droits de l’Homme, d’ONG et d’organisations indépendantes nationales comme internationales.
À ce titre, l'Association pour la promotion des libertés fondamentales souligne le respect du principe et des règles du procès équitable, et insiste sur la procédure qui "a observé toutes les garanties d'un procès "équitable que donne l'État de droit au sens notamment de l'article 10 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme"Rapport des observateurs français membres de l'Association de Promotion des Libertés Fondamentales (APLF) sur le procès des personnes poursuivies à raison de leur participation aux événements criminels de Gdeim Izik près de Laayoune, tenu devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Salé (Maroc) du 26 décembre 2016 au 18 juillet 2017. Paru en octobre 2017..
Le , L’ONU Appelle dans une note à libérer des manifestants indépendantistes sahraouis, des membres du groupe dit de Gdeim Izik, qui avaient été déclarés coupables du meurtre de membres des forces de l’ordre marocain pendant le démantèlement du camp de Gdeim Izik par des tribunaux marocains en 2013, et emprisonnés depuis.
Censure
De nombreux journalistes, notamment espagnols, ont été empêchés de se rendre sur place par les autorités marocaines Halte aux expulsions forcées et aux retraits des accréditations des journalistes étrangers, 12/11/2010 sur fr.rsf.org:
Le ministère marocain de la Communication retire son accréditation au correspondant du quotidien ABC et de la radio espagnole RNE, Luis de Vega, pour « pratique de l'animosité et la falsification des faits », dans la couverture de la crise au Sahara. Le , la RAM, compagnie aérienne gouvernementale, bloque l’embarquement à Casablanca de sept journalistes espagnols. Le ministère de la Communication annonce, le , la fermeture des locaux de la chaîne qatarie d’information en continu Al Jazeera, ainsi que du retrait des accréditations de tous ses journalistes. Le au matin, le correspondant du journal émirati The National, John Thorne, ainsi que le collaborateur marocain de l'ONG Human Rights Watch, ont été pris pour cibles par la police. Le député européen Willy Meyer, et trois journalistes espagnols du quotidien Canarias 7 qui l'accompagnaient, ont été interdits de débarquer à l'aéroport de Casablanca le .