Pierre Virlogeux, dit Vernier, né le à Cérilly (Allier) et mort le à Riom (Puy-de-Dôme), est, jusqu'à son décès dans les geôles du SD (Sicherheitsdienst) de Clermont-Ferrand, un des principaux chefs de la Résistance française en Auvergne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ingénieur céramiste, chef d'entreprise, commandant des MUR (Mouvements unis de la Résistance) d'Auvergne, il est l'époux de Claude Rodier.

Biographie

Origine et formation Pierre Virlogeux naît le dans une ferme installée au lieu-dit « le Grand Pernier », commune de Cérilly dont son grand-père fut maire entre 1929 et 1935. Il est issu d'une famille paysanne qui se partage depuis plusieurs générations entre l'agriculture et les activités sylvicoles en raison de la proximité de la forêt de Tronçais.

Sa culture familiale est fortement marquée à gauche dans un Bourbonnais rural où le métayage est plus fréquent que le fermage.

Élève brillant et doté de talents artistiques certains, il bénéficie de l'ascenseur social qui le conduira à étudier à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Bourges, puis à intégrer l'École nationale supérieure de céramique industrielle, encore installée à Sèvres dans les locaux de la Manufacture.

Ce choix d'orienter sa carrière vers la céramique n'est sans doute pas un hasard. La coexistence, dans le Bourbonnais, de l'air, du kaolin (la terre), de l'eau et du bois (le feu) en faisait un lieu idéal pour cette industrie comme en témoigne le roman de Suzanne Lavisse-Serre, Les Enfants de la Porcelaine dont l'action se passe à Cérilly et dont l'un des personnages porte le nom homonyme de Pierre VirlogeuxLes Enfants de la Porcelaine, Suzanne Lavisse-Serre, Éditions de Borrée, Riom, 2006..

Pierre Virlogeux est diplômé ingénieur céramiste DPLG en 1921, de l'ENSCI de Sèvres, promotion qui comptait quatre élèves Annuaire des anciens élèves de l'ENSCI, ENSCI, Sèvres, 1946/1947 (qui contient une nécrologie en hommage dans la rubrique « Aux camarades morts pour la Patrie »..

Avant la Seconde Guerre mondiale Pierre Virlogeux épouse le une jeune agrégée de physique, Claude Rodier, ancienne élève de Paul Langevin à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres (ENSFJ)À la mémoire des Sévriennes mortes pour la France. 1939-1945, 8 portraits hors-texte de Camille Charvet (née Kahn), Marie Talet, Marcelle Pardé, Marie Reynoard, Claude Virlogeux (née Rodier), Marguerite Flavien (née Buffard), Madeleine Michelis, Andrée Dana, Paris, Imp. Guillemot, 1946..

Ils s'installent en 1929 à Riom, Puy-de-Dôme où Pierre Virlogeux crée une usine : Les Grès Flammés.

La production de l'usine est diversifiée : aménagement d'intérieur (ex. : couvre radiateurs) ; laves émaillées (ex. : conduites de tir, dioramas touristiques) ; mobilier urbain (ex. : fontaines, panneaux directionnels Michelin) ; architecture (ex. : décoration d’établissements thermaux auvergnats) (Établissement thermal du Mont-Dore).

Pour les besoins d'approvisionnement de son entreprise, Pierre Virlogeux est amené à acheter une carrière de pierre de Volvic.

Il est adhérent de la SFIO et franc-maçon (Grand Orient de France).

De son union avec Claude Rodier naissent deux fils : Jean (1927-2006) et Marc (1932-2008).

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Entrée en Résistance Il est assez rare de pouvoir documenter l'entrée en Résistance d'une personne. S'agissant de Pierre Virlogeux, celle-ci est documentée. Elle a lieu dès 1940 quand l'Université de Strasbourg trouve refuge à Clermont-Ferrand. Pierre Virlogeux accueille alors un couple d'enseignants des Vosges d'origine juive, dont la femme était condisciple de Claude Rodier à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, et le mari en contact, depuis le début de la guerre, avec les services secrets britanniques.

Si l'affiliation originelle aux réseaux du Special Operations Executive (SOE) — et plus particulièrement aux réseaux Buckmaster (SOE en France) — est avéréeEn attente des références figurant dans les Archives du Fort de Vincennes., un doute existe sur le nom exact du réseau dont Pierre Virlogeux était membre. Tout porte à croire qu'il s'agissait du Réseau Alibi, dont le maire de Riom (1965-1971), parmi d'autres Riomois, ancien résistant, ancien déporté au camp de Buchenwald, lié à la famille Virlogeux, acteur des hommages rendus par la Ville, Guy Thomas, fut un membre attestéL'Auvergne des années noires, Gilles Lévy, Editions de Borée, 2000, page 55..

Actions de Résistance L'activité durant la période qui va de 1940 à fin 1942 n'est a priori pas documentéeSous réserves que de telles informations figurent dans le dossier militaire aux Archives de Vincennes ou au Bureau des Archives des victimes des conflits contemporains à Caen..

Virlogeux prend part activement à la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR), organisation terminée en et qui, dans le cadre de la réunion des principaux mouvements de résistance de la zone sud, donna naissance aux MUR d'Auvergne.

À cette date, la zone sous sa responsabilité s'étend de Riom, au sud, à Cosne-d'Allier, au nord, à La Souterraine à l'ouest, soit un territoire un peu plus vaste que les Combrailles. Vichy, siège de l'« État français » et Clermont-Ferrand sont tout proches.

Arrestation

L'arrestation du point de vue du Sonderkommando Interrogatoire de Georges Mathieu, Affaires Mathieu et autres, Clermont-Ferrand, :

L'arrestation, le témoignage de Jean Virlogeux Jean Virlogeux, fils aîné de Pierre Virlogeux, a fêté son anniversaire le . Après avoir tenté, l'année précédente, de rejoindre le maquis et ramené manu militari par des amis de son père à la maison, il suit celui-ci dans ses actions comme estafette, participe à la récupération de parachutages.

Arrêté avec son père, le , il témoigne :

Le Kommando du SIPO-SD En , le SIPO-SD (Sicherheitspolizei) de Clermont-Ferrand est commandé par Paul Blumenkamp, un ancien boucher reconverti dans la police politique, secondé par une secrétaire, ancienne étudiante allemande de l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, Ursula Brandt, dite La Panthère (en raison d'un manteau qu'elle portait régulièrement).

Le SIPO-SD peut, pour des opérations importantes comme la rafle contre les étudiants-résistants de l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, faire appel aux forces de police politique ou militaire de l'occupant allemandHistoire de la résistance de l'université française de Strasbourg à Clermont-Ferrand..

Dans le cadre de l' aktion du , si la présence d'Ursula Brandt est avérée, le sonderkommando du SIPO-SD est uniquement constitué de collaborateurs français dont les principaux sont Georges Mathieu et Jean Vernières.

Georges Mathieu, étudiant en lettres de l'université de Clermont-Ferrand, qui aurait passé le concours de Saint-Cyr, infiltre les mouvements de Résistance d'Auvergne ; il est le principal responsable du démantèlement du réseau constitué par les étudiants de l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, chef du Sonderkommando français du SIPO-SD de Clermont-Ferrand, responsable à ce titre de plusieurs dizaines d'arrestations. Fusillé à la LibérationLes facs sous Vichy : étudiants, universitaires et universités de France…, André Gueslin éd., Université de Clermont-Ferrand II, Actes du colloque des universités de Clermont-Ferrand et de Strasbourg, Institut d'Études du Massif Central, Université Clermont II..

Jean Vernières, né à Clermont-Ferrand, requis au STO, a l'occasion de visiter Auschwitz comme mouton. De retour en Auvergne, il s'engage au service du SD , réputé pour sa cruauté dans les interrogatoires. Fusillé à la LibérationGilles Lévy, Auvergne des années noires 1940-1944, Éditions de Borée, 2000..

Le suicide de Pierre Virlogeux Arrêté vers du matin (heure allemande), Pierre Virlogeux est amené dans sa cellule du quartier disciplinaire de la Caserne d'Anterroche, en fin de journée, les membres brisés (Jean Vernières a pris sa part aux tortures). Dans les cellules contiguës se trouvent son fils aîné, Jean, et l'instituteur Charles Chouvy arrêté dans la même rafle.

C'est ce dernier, qui au retour de déportation (Auschwitz et Buchenwald), témoigne, dans une lettre manuscriteArchives municipales de la ville de Riom. datée du (Jean Virlogeux ne rentrera de déportation que le ), des derniers instants et des derniers mots de Pierre Virlogeux :

Pierre Virlogeux s'était ouvert les veines avec le verre brisé de ses lunettes et pendu avec un lacet.

Le corps est enfoui, avec un autre cadavre, dans un puisard de la caserne.

Lors de son interrogatoire, Georges Mathieu affirme dans un premier temps ignorer où est le corps, avant d'en indiquer la localisation.

Après l'exhumation, les restes de Pierre Virlogeux sont placés dans un caveau décoré de carreaux de grès flammés, dans le « nouveau » cimetière de Cérilly, dans l'Allier.

Après-guerre Les polémiques de l'après-guerre Comme dans de nombreuses villes françaises, la guerre avait laissé d'importantes fractures entre les habitants et, en particulier, entre la bourgeoisie locale (attentiste, voire collaborationniste) et tous ceux qui avaient participé aux combats de la Résistance. En témoignent les incidents qui eurent lieu, en 1948 (probablement autour du ), à l'occasion d'une commémoration à la mémoire des Résistants locaux en général et de Pierre Virlogeux en particulier, entre la Section de Riom FFI-FTPF et les autorités localesVoix du Peuple (organe Hebdo du PCF 63), 1948..

Reconnaissance 200px|left|thumb|alt=brève description pouvant remplacer l'image|Monument Pierre Virlogeux et Claude Rodier. Après la guerre, la municipalité de Riom fait rebaptiser l'avenue qui conduit du centre ville à la gare SNCF de Riom - Châtel-Guyon « avenue Virlogeux ». Au long de cette avenue est érigé le monument en hommage à Claude Rodier et Pierre Virlogeux, fait d'une pierre taillée en forme de menhir, sur un socle en carreaux de grès flammés, portant en son centre un médaillon réalisé par Pierre Virlogeux représentant Claude Rodier de profil, et surmonté d'un buste autoportrait de Pierre Virlogeux. Le jardin public du qui borde cette avenue est également renommé « square Virlogeux ». Enfin, le lycée public construit sur l'emprise de la caserne d'Antherron, où se suicida Pierre Virlogeux et où son corps fut caché par le SD de Clermont-Ferrand, est baptisé « lycée Claude-et-Pierre-VirlogeuxSite du lycée. ».

La municipalité de Cérilly (Allier) fait également baptiser le jardin public qui jouxte le monument aux morts du village « square Pierre-Virlogeux ».

Une salle de l'École nationale supérieure de céramique industrielle à Limoges lui a été dédiée en 2013. Il avait été étudiant de cette école quand elle était encore installée à SèvresLa Montagne, 25 septembre 2013..

Décoration

avec palmes

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Maurice Sarazin, Les Bourbonnais célèbres et remarquables des origines à la fin du XX siècle, tome III : Arrondissement de Montluçon, Charroux, Éditions des Cahiers bourbonnais, 2014, .

Articles connexes Claude Rodier

Liens externes

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