Le Concerto pour piano et orchestre en ut mineur, opus 37 est le troisième des cinq concertos pour piano de Ludwig van Beethoven. Composé tout juste après l'écriture du Testament de Heiligenstadt et contemporain de sa Troisième symphonie (1803 - 1804), ce concerto s'éloigne du style mozartien des deux précédents et est devenu depuis le un modèle du genre par son équilibre formel et par sa conduite du discours musical, qui repose sur l’association de la virtuosité du soliste à la densité de l'orchestre. Ce n'est pas la première œuvre majeure de Beethoven en ut mineur préfigurant le romantisme : le compositeur avait déjà écrit la Sonate « pathétique » (1798 - 1799) ainsi que le Quatuor à cordes (1799 - 1800).. Suivra quelques années plus tard la Cinquième symphonie (1808), qui sera très influencée par ce concerto, par exemple du fait que son pont suive exactement le même système tonal.
Ce troisième concerto conserve toujours une structure classique en trois mouvements, le premier étant de forme sonate, le deuxième de forme lied et le dernier un mélange entre le rondo et la forme sonate (procédé souvent utilisé par Beethoven), mais est l'une des premières œuvres du compositeur à reposer sur des éléments pré-romantiques, illustrant bien le début de « la période du milieu » chez le compositeur. Il possède aujourd'hui une grande place dans le répertoire pianistique et a été interprété par de nombreux solistes, depuis sa création en 1803 au Theater an der Wien par le compositeur lui-même, tels Arthur Rubinstein, Emil Gilels, Wilhelm Kempff, Alfred Brendel, Martha Argerich, Annie Fischer, Sviatoslav Richter, ou encore Evgeny Kissin ou Murray Perahia.
Genèse et composition
Le compositeur commence ses premières esquisses de l'œuvre dès 1796Ludwig van Beethoven Le livre de l'intégrale, éditions Brillant Classics, 2007, . Lire en ligne, ce qui rend son écriture à peu près contemporaine de celle de sa première symphonie et de ses quatuors op. 18. Il l'achève en 1802. Ce concerto était sans doute déjà prêt en 1800 et aurait été créé l'année suivante si un des grands concerts de l'époque n'avait pas été annulé :
On a longtemps pensé que Beethoven avait achevé l'œuvre en 1800, mais la récupération de la partition autographe (perdue pendant la Seconde Guerre mondiale) en 1977 a révélé une date sur le manuscrit de Beethoven, « 1803 », ce qui força les musicologues à reconsidérer la date de la composition de ce concerto http://www.nwsinfonietta.com/notes3Oct03.htm.
Le piano-forte, contemporain du musicien, n'était guère adapté à l'étendue de puissance qu'il requiert. Ce n'est qu'en 1818 que Beethoven put disposer d'un instrument proche des pianos actuels. Certaines partitions sont d'ailleurs encore indiquées pour le piano fortePartition du du concerto dans Ludwig van Beethovens Werke, Série 9.
L'œuvre est dédiée au prince Louis-Ferdinand de Prusse, dont Beethoven appréciait le talent de pianiste Ludwig van Beethoven, op. 37, Concerto pour piano et orchestre 3.
Création
La création eut donc lieu lors d'un concert bénéfice donné au Theater an der Wien à Vienne le , comportant à son programme deux autres œuvres nouvelles du compositeur : sa Symphonie et son oratorio Le Christ au Mont des Oliviers Steinberg, M. The Concerto: A Listener's Guide, , Oxford (1998).. Ferdinand Ries, élève de Beethoven, dira plus tard de la répétition :
Mais le temps vint rapidement à manquer, et d'autres œuvres au programme (qui, à l'époque, auraient généralement dû recevoir deux ou trois répétitions supplémentaires) ne furent pas suffisamment répétées faute de tempsLe début du concert était fixé à 6 heures..
Beethoven était au piano et une anecdote indique qu'il n'avait guère eu le temps de mettre au propre la partie soliste. Le « tourneur de pages » qui l'assistait à ce concert resta désorienté devant des partitions vides pendant que le musicien jouait par cœur sa partie.
Ignaz von Seyfried (ami de Beethoven et alors directeur du théâtre), le tourneur de pages en question, écrira plus tard :
Beethoven ne la recopia entièrement qu'un an plus tard, lorsque son ami et élève Ferdinand Ries joua le concerto lors d'une nouvelle représentation publique de celui-ci https://www.all-about-beethoven.com/concerto3.html mais prit la peine de remercier Seyfried dès qu'il en eut le tempsLudwig van Beethoven, Correspondance, , ..
Réception Le concert rapporta une grande somme d'argent à Beethoven, qui toucha 1800 florins, soit plusieurs fois le salaire annuel d'un fonctionnaire moyen dans le gouvernement des Habsbourg.
Les critiques du concert ne jugèrent presque exclusivement que l'oratorio et les avis furent mitigés. Comme pour les autres œuvres de Beethoven, un critique écrivit que :
Dans les autres critiques, le concerto - quand il est mentionné - est dédaigné ou rejeté. Aujourd'hui, beaucoup de musicologues s'interrogent sur le fait qu'il soit quasiment passé « inaperçu » à l'époque. L’hypothèse la plus probable est que l'œuvre ait été largement sous-répétée et que Beethoven ait considérablement perdu du sommeil pendant les semaines précédant le concert afin de terminer d'autres œuvres. On peut également prendre en compte le fait que, la partie de soliste n'ayant pas été complétée à temps, Beethoven a en grande partie improvisé l'œuvre, ce qui peut avoir créé un décalage entre le soliste et l’orchestre et donc lui avoir nui.
Une deuxième représentation, l'année suivante, avec Beethoven dirigeant l'orchestre et Ferdinand Ries en tant que soliste, fut beaucoup mieux reçue, l'Allgemeine musikalische Zeitung classant le concerto « parmi les plus belles compositions de Beethoven ».
Structure L'œuvre comprend trois mouvements. Son exécution dure environ une demi-heure.
IAllegro con brio - Alla breve - Do mineur 443 mes507 avec la cadence, qui fait 64 mesures..IILargo - - Mi majeur 89 mes.III Rondo - - Do mineur 463 mes.
Orchestration Nomenclature du Concerto pour piano 3CordesPremiers violons, seconds violons, altos,
violoncelles, contrebassesBois2 flûtes, 2 hautbois,
2 clarinettes en si ♭, 2 bassonsCuivres2 cors en mi ♭, 2 trompettes en doPercussionsTimbales en do et sol
Analyse thumb|Partition autographe de la cadence du premier mouvement Bibliothèque nationale de France|277x277px
C'est l'unique concerto de Beethoven composé en mode mineur. Le premier et le troisième mouvement, dans la tragique tonalité d'ut mineur (tonalité de la fameuse Cinquième symphonie) sont d'une intensité et d'un dramatisme poignant qui n'existait pas dans ses concertos précédents. Comme dans la Cinquième symphonie, le concerto se termine en ut majeur, mais cette fin qui se veut victorieuse est arrachée de haute lutte.
Son style s'écarte résolument de l'inspiration mozartienne qui caractérise les deux premiers concertos. En effet, la virtuosité participe à présent à la cohésion dramatique. Le rythme pointé de base, ossature du premier mouvement engendre la virtuosité du soliste et les développements mélodiques. Le piano devient un véritable médiateur en assurant les transitions et en installant les développements par un dialogue avec l'orchestre, lequel prend des proportions symphoniques.
C'est néanmoins un concerto de forme classique : il est en trois mouvements, le premier de forme sonate bithématique avec une double exposition, le deuxième de forme lied (A-B-A') et le troisième un mélange entre le rondo et la forme sonate (AB-ACA-ABA).
: Allegro con Brio Première exposition thumb|400 px|Début du thème du , joué par les cordes
Le premier mouvement débute par un thème simple énoncé dans une nuance piano. Il est partagé par les cordes, qui en donnent la première phrase, et les vents, qui y répondent. Ce début rappelle fortement celui du Concerto pour piano de Mozart. Ce mouvement partage d’ailleurs de nombreuses caractéristiques avec celui-ci, comme en particulier, la poursuite de la partie de piano après la cadence, qui se fond dans le retour de l’orchestre.
Le est répété de façon héroïque par l'orchestre et sa structure (un arpège de trois notes et une gamme descendante de cinq) permet de le transposer plusieurs fois un demi-ton plus haut. Le dialogue est équitablement réparti entre les cordes et les vents. La clarinette introduit le second sujet en mi bémol majeur, dans la deuxième section. Celui-ci marque un fort contraste par rapport au premier par son calme et sa bienveillance. Le premier thème finit par réapparaître une dernière fois dans une nuance Fortissimo|20px avant que l'orchestre ne laisse la place au soliste.
Seconde exposition 300 px|thumb|La gamme de do mineur avec laquelle entre le piano Le piano entre par une gamme ascendante de do mineur qui s'étend sur trois octaves. Il reprend ensuite le thème dans en jouant sa première cellule (jouée par les cordes lors de la Première exposition) 13 px|Forte et sa deuxième 12 px|Piano (jouée par les vents lors de la Première exposition) tout en se partage le dialogue avec l'orchestre. La structure reste alors la même que dans la première exposition mais le piano a de brefs moments de solo entre des passages, notamment un arpège descendant en mi bémol majeur et une gamme chromatique. Cette dernière amène alors vers une période durant laquelle le piano enchaîne les trilles et les gruppettos accompagné par la main gauche en triolets ainsi que les cordes et les cors. Il transite alors vers le deuxième thème (qui avait été introduit dans la première exposition par la clarinette), en mi bémol majeur, dans une nuance 12 px|Piano. L’orchestre reprend ensuite le thème et les cors le jouent par-dessus un trille du piano sur un mi bémol toujours accompagné par sa main gauche en triolets. L’exposition s'achève par une gamme descendante de mi bémol majeur au piano qui mène à une transition par l’orchestre vers le développement
Développement thumb|Beethoven en 1803, tableau de L'orchestre amène alors l'œuvre vers la tonalité de ré majeur. Le piano joue dans une nuance 13 px|Forte une gamme similaire à celle avec laquelle il était entré lors de la seconde exposition, mais en ré majeur. Il alterne ensuite la tonique et la dominante de ré Fortissimo|20px avant que la flûte ne les reprennent dans une nuance 12 px|Piano. Le premier thème en ut mineur ne tarde pas à revenir transposé en sol mineur et partagé entre le piano et les violoncelles. L'œuvre bascule un court instant en fa mineur. Le piano enchaîne alors une mélodie identique aux deux mains dans une nouvelle tonalité — assez novatrice harmoniquement dans un concerto en do mineur pour l'époque —, sol bémol majeur. Cette mélodie est uniquement constituée de triolets et s'étend sur dix mesures. Elle aboutit finalement sur un si bécarre qui permet de revenir vers sol, la dominante de do mineur. Une formule déjà utilisée au début du mouvement apparaît : le piano alterne aux deux mains des doubles croches successives tandis que l'orchestre enchaîne les accords. Tout cela se déroule dans un long crescendo qui aboutit à une gamme de do mineur descendante à la main droite du piano constituée d'un quintolet, de deux sextolets et de huit doubles croches. Elle clôt le développement et annonce le retour du thème en ut mineur.
Réexposition