Au cours de ces deux derniers siècles, la Charente-Maritime a franchi en plusieurs étapes des seuils démographiques importants, dont celui symbolique du demi-million d’habitants après 1975. Cependant, cette croissance démographique ne s’est pas faite de manière continue. Ainsi, quatre grandes phases dans l’évolution de la population du département peuvent être décrites depuis le début du .

La période 1801–1861 : une période de croissance vigoureuse de la population

Après avoir augmenté de façon soutenue pendant la première moitié du , qui va du Premier Empire jusqu’au Second Empire, le département atteint un premier pic de population avec habitants en 1861. Ce record démographique, jamais enregistré jusque-là, ne sera dépassé qu'un siècle plus tard, c'est-à-dire en 1968, où la Charente-Maritime recensera alors habitants. Il situait alors le département au national.

Tableau de l'évolution démographique de la Charente-Maritime de 1801 à 1861 : soixante années de croissance ininterrompue

Cependant, comme l'indique le graphique ci-dessous, cette croissance démographique n'a pas été régulière et trois étapes de l’histoire de la population départementale apparaissent dans cette longue période qui va de l’époque napoléonienne jusqu’à la première décennie du Second Empire.

Ainsi trois grandes périodes peuvent être différenciées : Période 1801-1815 : stagnation démographique pendant le Premier Empire. Période 1815-1848 : vigoureuse croissance de la population, puis ralentissement démographique correspondant aux années de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Période 1848-1861 : continuité de la croissance démographique pendant la première décennie du Second Empire.

La stagnation démographique de la Charente-Inférieure pendant la période napoléonienne (1801–1815)

Une situation générale de marasme économique et social

Dans cette période troublée de l’histoire, le département de la Charente-InférieureAncien nom donné à l'actuelle Charente-Maritime jusqu'en 1941. connaît une évolution démographique médiocre, sa croissance étant particulièrement faible.

Pendant le Premier Empire, le département entre assez rapidement dans une période de léthargie économique, imposée très tôt par le blocus continental, à la suite du désastre de la flotte française à Trafalgar.

Les difficultés économiques de cette époque, aggravées par les guerres napoléoniennes, font alors apparaître une relative stagnation démographique en Charente-Inférieure.

Les données statistiques sur l’évolution de la population pendant le Premier Empire sont partielles et incomplètes. Ainsi, les recensements de 1811 et de 1816 n’ayant pas eu lieu, il est difficile d’établir une évaluation précise sur la démographie de la fin de cette période. Cependant, il est à peu près certain que le département avait dû enregistrer une baisse notable de sa population, d’une part, à cause des guerres napoléoniennes entraînant une importante mortalité et, d’autre part, en raison d’un solde naturel négatif, imputable à une forte baisse de la natalité pendant les dernières années du Premier Empire.

L'économie tourne au ralenti pendant le Premier Empire où, dans les campagnes charentaises, les activités agricoles végètent. La viticulture stagne car les productions ne peuvent être écoulées vers l’étranger, notamment les eaux de vie de cognac.

Sur la côte, les salines sont en crise tandis que le commerce maritime est en plein marasme paralysant La Rochelle et Tonnay-Charente. Des travaux de fortification sont lancés comme fort Boyard mais ils seront rapidement abandonnés avant la fin de la période napoléonienne.

Des villes peu nombreuses et assoupies

Les villes sont dans l'ensemble petites et peu peuplées. Sept d'entre elles peuvent être identifiées comme telles pendant le Premier Empire. La population urbaine rassemble alors moins d'un habitant sur dix pendant la période napoléonienne. La Charente-Inférieure est alors un département fortement rural.

+ Liste des sept premières villes du département en 1806 Ville 1806Rochefort La Rochelle Saintes Saint-Jean-d'Angély Marennes Marans Pons

L'impact des guerres napoléoniennes

Dans les dernières années du Premier Empire, les villes militaires et littorales ont payé un lourd tribut au blocus continental et aux guerres napoléoniennes et le déclin économique est profondDe Vaux de Foletier, . Sur le littoral, les ports sont fermés au cabotage à cause, cette fois, du blocus maritime imposé par les AnglaisLe blocus continental prend fin en 1810.. Le marasme touche profondément l’ensemble des ports charentaisDe Vaux-de-Foletier, p.157.

Quand quitte la France, il foule pour la dernière fois le sol national en terre charentaiseLe 15 juillet 1815, quitte l'île d'Aix.. Mais il laisse un département à l’économie exsangue et aux villes en crise profonde qui, cependant, retrouveront vite la prospérité à l’époque suivante, c’est-à-dire pendant la Seconde Restauration, sous le règne de Louis XVIII.

L'explosion démographique de la Charente-Inférieure dans la période de la Restauration (1815-1830)

Les données du recensement de 1821, qui a eu lieu six années après la fin des hostilités napoléoniennes, montrent que le département s’est à peine accru dans l’intervalle des quinze années qui se sont écoulées entre 1806 et 1821. Cette faible croissance démographique masque en fait des pertes importantes que les naissances nombreuses du début de la Seconde Restauration ont pu masquer lors du retour de la paix.

Une croissance démographique exceptionnelle Pendant la période de la Restauration, une vigoureuse croissance démographique est enregistrée, elle est surtout le fait des campagnes, mais cet essor profite également aux villes bien qu'il soit de moindre ampleur.

Dès le lendemain de la chute du Premier Empire, il y a eu incontestablement une reprise très forte de la natalité dans les campagnes saintongeaises et aunisiennes. Ce rebond démographique a été stimulé par une reprise économique dès les premières années de la Restauration.

En une dizaine d'années seulement, le département de la Charente-Inférieure s'est accru de habitants, soit une croissance annuelle de habitants, ce qui est un véritable record démographique, car dans le reste du siècle, le département n'affichera plus de tels scores.

La croissance vigoureuse des campagnes

Cette croissance démographique est imputable en très grande partie aux campagnes qui sont alors très peuplées. Elles commencent à s'enrichir un peu, mais ce sont surtout les régions viticoles de la Saintonge et de l’Aunis qui s'accroissent le plus vigoureusement. De grosses communes rurales retrouvent en effet la prospérité grâce à l’essor de la vigne et à la reprise du négoce des eaux de vie de cognac vers l'Angleterre et l'Europe du Nord. Mais la vigne n'a pas encore atteint le stade de la quasi monoculture.

La population rurale occupe 84,1 % de la population totale du département en 1821. La densité de population rurale y est alors fort élevée.

Le renouveau du littoral

Pendant les années de la Restauration, le littoral est « en convalescence », mais il reprend de plus en plus de la vigueur, même s'il est encore un peu moins attractif que la Saintonge continentale. Il subit en effet les contrecoups du blocus continental, où les activités maritimes rebondissent doucement.

Les marais de Marennes et de Brouage, délaissés pendant le Premier Empire, vont être l'objet d'une énergique reprise en main à partir de 1818.

Les marais salants sont concentrés dans trois grandes zones de production : l'île de Ré, l'île d'Oléron et le bassin de la Seudre, où Marennes devient le principal centre d'expédition du sel réputé de première qualité. Pendant la période de la Restauration, les salines constituent encore une richesse mais qui est parvenue à son apogée.

La reprise du commerce maritime s'amorce timidement et profite surtout à La Rochelle, dont le trafic portuaire est de nouveau stimulé par les relations avec les États-Unis pour l'expédition des vins et des eaux de vie, avec les pays de l'Europe du Nord pour l'importation des bois scandinaves et avec l'Angleterre pour l'importation du charbon.

Sur le littoral, une nouvelle activité économique naît avec l'apparition des bains de mer à La Rochelle et à Royan.

Frémissement du développement urbain

Durant toute la période de la Restauration, les villes du département qui sont petites et peu nombreuses connaissent des évolutions assez inégales. En 1821, elles regroupent à peine un habitant sur huit.

+ Liste des principales villes de la Charente-Inférieure en 1821 Ville 1821Rochefort La Rochelle Saintes Saint-Jean-d'Angély Marennes Marans Pons

En 1821, aucune ville n’atteint les habitants dans le département. Seules trois villes ont plus de habitants (Rochefort, La Rochelle et Saintes) et elles demeureront aux siècles suivants les trois principales villes de la Charente-Maritime.

À cette époque, et même pendant tout le , Rochefort est la ville la plus peuplée du département. En 1821, elle est l’une des trois premières villes de Poitou-Charentes, se situant après Poitiers ( habitants) et Angoulême ( habitants).

Le ralentissement démographique de la Charente-Inférieure pendant la Monarchie de Juillet

C'est à partir de la Monarchie de Juillet que l'évolution démographique du département ralentit, sa croissance est certes régulière, mais elle est moins vigoureuse que dans la période précédente.

Ralentissement de la croissance démographique

Pendant cette période, où la poursuite de l'essor économique est pourtant bien réelle, la population du département enregistre une croissance démographique de habitants, ce qui correspond à un gain annuel de habitants pendant une quinzaine d'années. Cette croissance est deux fois moins élevée que celle observée dans la période de la Seconde Restauration. Il y a donc un ralentissement de la croissance démographique où, au moins, deux raisons peuvent être avancées pour expliquer cette situation.

Tout d'abord, de graves épidémies de choléra frappent régulièrement la population, aussi bien dans les îles que dans les villes ; celles de et de 1834 ont été meurtrières, touchant en particulier les populations de l'île de Ré et de La Rochelle. De mauvaises conditions hygiéniques affectent la démographie du département, bien qu'un système de santé publique commence à se mettre en place. Mais il est vrai que les populations rurales, d'ordinaire méfiantes, résistent encore longtemps aux mesures de prophylaxie préconisées par les pouvoirs publics, en particulier les vaccinations.

Ensuite, la Charente-Inférieure commence à être touchée par le phénomène nouveau de l'exode rural, dont une partie de la population sera résorbée par les villes du département. Ce sont les campagnes surpeuplées de la Saintonge méridionale (Haute Saintonge) et du Nord-Est du département qui sont les premières atteintes par ce phénomène démographique qui va vider progressivement les villages de leurs forces vives. S'il est vrai que ce phénomène est faiblement perceptible en Charente-Inférieure, il se met inexorablement en place dès la Monarchie de Juillet, et il touche déjà le département voisin de la CharenteLe département de la Charente est le premier des départements de la région Poitou-Charentes à avoir été frappé par l'exode rural et à enregistrer une première baisse de sa population dès le milieu du , pendant la Deuxième République. Ce département connaîtra d'ailleurs son maximum démographique en 1851, chiffre qu'il n'a du reste jamais dépassé depuis..

Les débuts de l'exode rural et de l'urbanisation du département

Bien que la population du département continue de croître de manière sensible, le ralentissement de cette croissance est nettement perceptible pendant la Monarchie de Juillet et le doit en grande partie au fait tout nouveau de l'exode rural. La population rurale est encore très importante, elle occupe 85 % de la population départementale en 1846.