Une série B est à l'origine un long métrage tourné avec un petit budget de production, distribué sans campagne publicitaire, et projeté en première partie d'un double programme (deux films par séance au prix d'un seul) : ce type de films était très courant durant l'âge d'or d'Hollywood. Depuis le déclin puis l'abandon des séries B, à la fin des années 1950, le terme est utilisé dans un sens plus large, désignant tous les films à faible budget, exception faite des essais et des films pornographiques.
Le terme de série B ne désigne pas un genre cinématographique à proprement parler : les westerns sont fréquents à l'âge d'or des séries B, ainsi que les films de science-fiction et d'horreur à petits budgets, qui ont gagné en popularité vers la fin des années 1950. À l'origine, les séries B sont souvent des séries, plus courtes qu'un film, d'une durée moyenne de , pour lesquelles les célébrités jouent à plusieurs reprises le même personnage. Les dernières séries B ont inspiré quelques suites, mais les séries B sont moins courantes. De la même manière que les films, la durée moyenne des séries B a augmenté au fil du temps.
Retenant moins l'attention des critiques que les grosses productions, les séries B ont souvent été délaissées, bien qu'elles puissent faire l'objet parfois d'une grande ingéniosité artistique et de certaines prouesses scénaristiques. Aujourd'hui, le terme de série B peut désigner de manière péjorative un film de genre sans ambition artistique, ou un film vif et énergique, délesté des contraintes imposées par une production de grande envergure. Le terme est également utilisé pour quelques films très coûteux, qui empruntent aux codes traditionnels des séries B.
Depuis qu'elles existent, les séries B fournissent des opportunités de tournage tant aux cinéastes débutants qu'aux réalisateurs dont la carrière décline. Des cinéastes célèbres comme Anthony Mann, Jonathan Demme, Quentin Tarantino ou encore Robert Rodriguez ont appris leur métier en partie grâce aux séries B. Elles ont permis à certains acteurs d'obtenir une grande notoriété, comme John Wayne ou Jack Nicholson, ou de lancer ou relancer des carrières comme celles par exemple de Vincent Price, Randolph Scott, Karen Black, Audrey Totter, Lee Tracy, Fred Ward ou Klaus Kinski.
Histoire Les origines de la série B : les années 1920 vignette|gauche|Tourné avec , That Certain Thing fut produit par la Columbia qui deviendra l'une des principales sociétés de Hollywood The Warner Bros. Story de Clive Hirschhorn, pages 9-10 et 17.
Il n'est pas certain que le terme de série B soit utilisé avant le début des années 1930 ; en termes de production, cependant, un concept semblable est déjà établi. En 1916, Universal est le premier studio hollywoodien à établir différents types de longs métrages en fonction du coût de production. La durée moyenne des films se situe alors entre cinquante-cinq minutes et une heure. En 1919, sur la même idée, la Paramount créé sa propre filiale au propos des petits budgets Eames (1985), page 13.. Indiquant l'importance accordée au budget, en 1921, quand le coût moyen d'un film hollywoodien est autour de , Universal dépense approximativement sur Quebec (1951 film) et près de sur Folies de femmes, l'une des plus grosses productions de l'année.
Entre 1927 et 1928, à la fin de l'ère du cinéma muet, le coût de production moyen pour un film sorti des studios d'une major d'Hollywood est compris entre pour la Fox et pour la MGM. Cette moyenne reflète les « specials » qui peuvent aussi bien coûter près de alors que les films tournés rapidement coûtent seulement . Ces films « bon marché » permettent aux studios, entre le tournage de deux productions plus importantes, de rentabiliser au maximum l'équipement dans lequel ils ont investi et de mettre à l'œuvre le personnel récemment embauché The Hollywood Story de Joel Waldo Finler, page 36. Grand Design de Tino Balio, page 29.. Les studios de moindre envergure, tels que la Columbia Pictures ou le Film Booking Offices of America, se sont spécialisés dans ce genre de productions ; leurs films, qui ont une faible durée de vie cinématographique, ont pour cible les cinémas qui doivent faire des économies sur la location et les frais d'exploitation et en particulier ceux situés dans les petites villes et les « salles de quartier », ou « nabes » Voir la définition de Nabe sur Merrian-webster.com : Cinéma de voisinage, de quartier. Page consultée le 2 septembre 2008. des grandes villes. Encore plus petit, les producteurs de « Poverty Row », nom donné aux petits studios américains, tournent des films avec un coût de production inférieur à , cherchant ainsi à faire des bénéfices par le biais de quelques réservations, en profitant des brèches laissées par les plus gros studios Grand Design de Tino Balio, page 320..
En 1929, avec l'arrivée massive du cinéma sonore dans les salles américaines, beaucoup d'exploitants commencent à laisser tomber le modèle de présentation dominant, celui qui impliquait une large variété de courts métrages avant le long métrage attendu. Un nouveau genre de programmation est établi et devient pratique courante : les actualités filmées, les serials ou les dessins animés précédant la projection de deux films. Pour le diffuseur, le coût de revient à la minute du deuxième film, qui est en fait vu avant le film principal, est inférieur à la durée équivalente des courts métrages. Les majors instaurent des règles qui favorisent les cinémas qui leur sont affiliés en empêchant les diffuseurs indépendants d'avoir accès aux grosses productions ; à défaut de qualité le deuxième film permet de favoriser la quantité Boom and Bust de Thomas Schatz, page 16. Boom and Bust de Thomas Schatz, page 324.. La différence de style entre les deux films de la programmation permet un certain équilibre chez les spectateurs qui ont la possibilité de voir un spectacle intéressant sans que ça soit spécifié sur l'affiche. Les films à bas budget des années 1920 ont pu ressortir comme série B de l'âge d'or hollywoodien.
Séries B de l'Âge d'or hollywoodien Les années 1930 vignette|Ladies Crave Excitement (1935), acclamé par la critique, fut monté par Joseph H. Lewis, l'un des réalisateurs les plus prolifiques du western B
Au début, les grands studios ne s'adonnent pas à la réalisation de films de série B mais finissent par s'adapter à la demande. Les majors développent chacune une section propre à ces productions afin de pouvoir alimenter le marché en pleine extension de la série B. Jesse L. Lasky, cofondateur de la Paramount avec Adolph Zukor, met au point une méthode pour que tous leurs films soient exploitables dans un maximum de salles : les propriétaires de cinéma qui désirent projeter un film de la compagnie doivent s'engager à diffuser toutes les autres productions du label pendant une année entière Jesse Lasky Biography sur Encyclopedia of World Biography.. Cette méthode est appelée le « Block booking » et tend à se généraliser. Les séries B louées à prix net (à l'inverse des séries A, pour lesquelles un pourcentage est prélevé en fonction du box-office), le profit en est garanti. Avec des films déjà sûrs d'être exploités avant leur finalisation, cette pratique libère les majors de l'inquiétude liée à l'éventuelle moyenne qualité de leurs productions. Les cinq studios dominant (MGM, Paramount,Fox, Warner Bros. et RKO (anciennement FBO)), ainsi que les compagnies propriétaires d'importantes chaînes de cinémas, sécurisent donc leurs bénéfices. Les Poverty Row, comme Mascot Pictures ou Sono Art–World Wide qui ont des budgets très bas, font essentiellement des séries B, serials ou autres courts métrages ; ils distribuent également leurs productions indépendamment et importent d'autres films. Sans position sur le marché, ils cèdent la plupart du temps la distribution régionale à des entreprises du « states rights », qui, eux-mêmes, proposent des lots de films aux diffuseurs (généralement au moins six films avec la même vedette) Grand Design de Tino Balio, page 326. Grand Design de Tino Balio, page 327.. Deux studios émergents, Universal et la florissante Columbia, ont un mode de fonctionnement identique, quoiqu'amélioré, que les plus « importants » Poverty Row. Ils ont peu ou pas du tout de salles de cinémas, mais ont un réseau de distribution du niveau des majors Grand Design de Tino Balio, pages 103 et 104..
Les meilleurs productions de l'Âge d'or (les séries A) sont présentées en avant-première à l'« élite » des grandes villes, où les double programmes ne sont pas exploités. Comme le décrit l'historien Edward Jay Epstein, The Big Picture de Edward Jay Epstein, page 6. Boom and Bust de Thomas Schatz, page 17.. Puis les salles de moindre importance projettent ces dernières, où le double feature prévaut. Dans les salles contrôlées par les grands studios, les films sont changés toutes les semaines. Dans les milliers de salles indépendantes, qui sont plus petites, la programmation est changée entre deux et trois fois par semaine. Pour faire face à la demande pour de nouvelles série B, les Poverty Row se lancent avec frénésie dans la production de films à « micro-budget » qui n'excèdent pas les . Ces films, connus sous le nom de quickies, sont fabriqués dans un timing très serré (parfois bouclé en quatre jours) Grand Design de Tino Balio, page 325.. Comme le décrit Brian Taves, . Beaucoup de petites salles n'ont jamais eu l'occasion de projeter des films de série A, obtenant leurs films par droit américain, qui concerne presque exclusivement les productions des Poverty Row. Les séries B ne bénéficient pas de la même publicité que les séries A. Ces dernières ont leurs titres qui figurent sur les enseignes lumineuses et sont listées dans les journaux locaux, ce qui attire des millions d'Américains vers leurs cinémas de quartier The Big Picture de Edward Jay Epstein, page 4.. Les séries B obtiennent leurs seules publicités par le biais des bandes-annonces qui précèdent la projection de ces séries A.
En 1930, avec l'émergence du son, les coûts de production augmentent et atteignent, en moyenne, . La majorité des films produits sont des séries B. Les leaders du marché font également des programmers, des films dont la qualité se situe entre celle des séries A et séries B) et selon le prestige du cinéma, ces films « intermédiaires » peuvent être soit en tête d'affiche, soit des films secondaires de double programmes Grand Design de Tino Balio, page 317.. Beaucoup de séries B des Poverty Row sont faites avec des budgets pouvant descendre jusqu'à , ce qui est insignifiant par rapport aux budgets alloués par les majors pour leurs séries A. Au milieu des années 1930, le double programme est le mode d'exploitation le plus répandu. Les majors répliquent au Poverty Row en augmentant leur taux de production de séries B, comme la Warner qui, sous l'impulsion de Bryan Foy (appelé le « Gardien des séries B ») Grand Design de Tino Balio, page 102., voit ses fabrications de série B passer de 12 à 50 % du total des productions réalisées. Chez la Fox, qui s'est également orientée vers la série B, Sol M. Wurtzel est responsable de la production de plus de vingt films par an à la fin des années 1930.
vignette|gauche|John Wayne, Ray Corrigan et Max Terhune, les « three mesquiteers », dans Pals of the Saddle de la Republic Pictures (1938), d'une durée de