thumb|Arsenal des Galères de la ville de Marseille,Jean-Baptiste de La Rose, 1666, Musée de la Marine de la Chambre de commerce de Marseille.
L’arsenal des galères est un ancien arsenal militaire situé à Marseille, en France. Il fut construit par Colbert dans la deuxième moitié du pour accueillir et armer les galères du roi Louis XIV, mais ne fut pleinement opérationnel que moins de cent ans, les galères perdant rapidement leur rôle dans les marines de guerre au profit des vaisseaux.
L'Arsenal accueillit jusqu'en 1748 les condamnés aux travaux forcés, les galériens. Il était situé sur les rives est et sud du Vieux-Port et, bien qu'aujourd'hui il n'en reste pratiquement rien, son emplacement marque encore l'urbanisme de la ville.
Historique des galères Du temps des Romains, Marseille disposait déjà d'un arsenal de galères. Dans sa guerre contre César, Pompée envoie sept galères en renfort à Marseille pour attaquer la flotte de César avec , dont onze pontéesCésar, La Guerre civile, 1,36-39 et 1,56-57.. L'arsenal de Marseille comptait à demeure , dont plusieurs pontées. L'arsenal abritait également une zone où l'on « fabriquait des armes »César, La Guerre civile.. Cette enclave militaire se trouvait sur la rive sud du Lacydon, au Plan Fourmiguier (de l'actuel quai des Belges jusqu'à l'ancien bassin de carénage).
En 1296, Charles II d'Anjou, puis, plus tard, Charles VIII (1495) et enfin Louis XIV, par Colbert (seconde moitié du ), font successivement reconstruire ou réaménager l'arsenal, pour accueillir et armer les « galères du roi » — de Naples ou de France. Marseille était un important port de guerre français sur la mer Méditerranée. L'arsenal des galères fut occupé de façon discontinue. Dans sa dernière période, il ne fut opérationnel que moins de cent ans, Louis XV supprimant les galères (), lesquelles avaient perdu au début du leur rôle dans les marines de guerre au profit des vaisseaux.
L’arsenal accueillit jusqu’en 1748 les condamnés aux travaux forcés, les galériens. Il était situé à l’est et au sud du Vieux-Port et, bien qu’aujourd’hui il n’en reste pratiquement rien (la Capitainerie, et par ailleurs une ancienne discothèque des années 1960, « l'Arsenal des Galères », permettait d'observer les cellules taillées dans la roche de la colline de Notre-Dame de la Garde, enfin le chenal d'accès et le bassin des galères, ont été comblés dans les années 1910), son emplacement marque encore l’urbanisme de la ville.
Datant du milieu du , Stolonomie, le plus ancien traité sur les galères qu'on connaisse, déploie un vocabulaire nautique spécifique aux ports de Marseille et de ToulonJohannes Georgius Fennis. La et son vocabulaire maritime marseillais édition critique d'un manuscrit du et étude historique des termes techniques levantin. APA-Holland Universiteits Pers. Amsterdam. 1978. Lire en ligne.
Les premières installations Arsenal des Comtes de Provence Il n'a pas encore été retrouvé de traces de l'arsenal du temps des Romains. Les comtes de Provence, rois de Naples, créent à la fin du un port de guerre à Marseille. Charles d’Anjou y fait établir un arsenal où sont construites des galères.. Il s’agit en fait de tercenaux. On dit un tercenal, des tercenaux., c’est-à-dire des sortes de hangars où l’on remise les mâts, cordages, voiles, poulies, rames et l’artillerie.
Il rassemble une quarantaine de galères qui participent à des combats contre la flotte du roi d’Aragon. La flotte provençale est commandée par un amiral, comme Barthélemy Bonvin, qui sert également sous Charles II le Boiteux ou Guillaume Cornut (ou Cornuti) tué à la bataille navale de Malte le . Il est indépendant de l’amiral de Sicile, et agit sous les ordres directs du roi.
En 1296, Charles II crée une amirauté spéciale en Provence et se fait concéder, à la demande de son sénéchal de Provence, par la ville de Marseille, les chantiers du plan Fourmiguier., zone située au fond du Vieux-Port, soit à l’emplacement de l’actuel quai des Belges. Le nouvel amiral est Richard de Lamanon, garde de l’arsenal et des galères de Marseille. L’amiral de Provence a pour tâche de nommer les capitaines des galères et d’exercer un pouvoir civil et criminel sur tous les hommes appartenant à la flotte. Cette organisation perdure jusqu’à la fin du règne de Charles II.
La ville de Marseille a du mal à se faire restituer l’usage du plan Fourmiguier. Ce sera chose faite en 1320, date à laquelle les fustiers (charpentiers) reprennent leur activité dans ce lieu. Le roi Robert le Sage ordonne la création de nouveaux tercenaux à l’est du quai de Rive-Neuve pour la fabrication de galères, afin de poursuivre la reconquête de la Sicile, perdue après les vêpres siciliennes.
Le roi de France Charles IV le Bel qui envisage d’entreprendre une nouvelle croisade, fait construire des galères à Marseille, probablement dans les tercenaux de son cousin le roi Robert. Ces bâtiments seront abandonnés dès le milieu du ..
Arsenal des rois Charles VIII et Louis XII
Après l’union de la Provence au royaume de France, à la suite du décès le de Charles III de Provence, dernier comte de Provence, le roi de France Charles VIII veut faire valoir ses droits sur le royaume de Naples. Il fait construire un nouvel arsenal avec six tercenaux dans l’angle sud-est du port. En , il écrit pour activer la construction de plusieurs galères dans les chantiers provençaux. En 1494, tandis que Charles VIII gagne l’Italie du sud par voie terrestre, une flotte provençale comprenant six galères le rejoint à Naples.
En 1512, Louis XII ordonne la construction de douze tercenaux supplémentaires, dont six seront réalisés. L’arsenal de Charles VIII et de Louis XII tombe en décrépitude comme le montre le procès-verbal de Jean Roulx lors de son installation en 1570 comme garde de l’arsenal de Marseille.
L’arsenal au thumb|Les galères dans le port et la rade de Marseille, Atlas de 1584 En 1536, sous le règne de , Marseille comptait dans son port. En , Catherine de Médicis fait le voyage de Florence (plus précisément depuis le port d’Ostie) à Marseille sur la galère du pape, son oncle Clément VII, pour se marier avec le dauphin, futur Henri II. L’apogée du nombre de galères est atteint sous son règne ; il attache en effet une grande importance à la force navale. Il fait couper dans le Dauphiné les bois nécessaires à la construction des galères dont le nombre atteint, en 1548, le chiffre record de le port de Marseille.
Peu après la mort du roi, et les guerres finies, la décadence reprend et il ne reste que en 1561, entre celles qui furent envoyées à la réforme et celles données aux puissants. En effet, les galères sont des vaisseaux fragiles et d’entretien élevé. Il était plus économique pour le Roi de les louer à des propriétaires, comme les Valbelle, capitaine des Galères de père en fils. En 1578, le grand prieur Henri d’Angoulême peut dire dans ses remontrances que, sur les qui stationnent à Marseille et à Toulon, seulement un couple de bâtiments est en état de prendre la mer. Sous Henri IV, le déclin continue faute de financement, à tel point que lors du mariage du roi avec Marie de Médicis, ce sont des galères étrangères appartenant au Pape, au duc de Toscane et à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui conduisent la princesse à Marseille, le .
Dès son arrivée au pouvoir, Richelieu relance la construction des galères. Au début de 1624, les galères sont transférées de Marseille à Toulon pour pouvoir mieux combattre les barbaresques qui menacent les îles d'Hyères. Après un bref retour à Marseille, les galères repartent à Toulon car une épidémie de peste ravage Marseille en 1649.
L’hôpital des forçats
Peu de temps avant que les galères soient transférées de Marseille à Toulon, un hôpital des forçats est mis en service.
Cet hôpital est créé en 1646 à l’initiative d’un gentilhomme provençal, Gaspard de Simiane, sieur de la Coste, chevalier de Malte, célèbre par sa piété et sa charité, et de l’évêque de Marseille, Jean-Baptiste Gault. Ils s’adressent à la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, qui financera l’entreprise. Le roi offre le terrain occupé par quatre tercenaux de l’époque de Charles VIII et s’engage, par lettres patentes de , à couvrir les frais de fonctionnement de cet hôpital royal des forçats.
Cet hôpital se trouvait à l’angle sud-est du port, sur le quai de Rive-Neuve, à proximité de l’actuel cours Jean-Ballard. Il disposait de à deux places. Son personnel comprenait un médecin, un chirurgien, six garçons apothicaires et cinq infirmiers. La direction de l’hôpital est confiée à quatre administrateurs. Les premiers furent : Henri d’Armand, trésorier de France, Pierre de Bausset, seigneur de Roquefort, Gaspard de Simiane de la Coste, chevalier de Malte, et Charles Moulas, écuyer. Chaque année, deux administrateurs sont renouvelés, note 4. Cet hôpital sera par la suite englobé dans l’arsenal créé sous Colbert.
Les chirurgiens des galères Les premiers chirurgiens embarqués sont mentionnés à partir de 1540 sur les galères du Roi. Les galères de MarseilleCamous C. Marseille au temps « joyeux » des galères. Autres Temps Éditions 2011, 137 p disposaient de structures hospitalières calquées sur celles des galères de Malte, avec un hôpital des forçats, un hôpital des équipages, un jardin botanique et une cole d'anatomie.
Les galères étaient « le plus grand pourrissoir d’hommes de la France » et un homme sur deux seulement en sortait vivant. Les galériens étaient au nombre de 300 en moyenne sur chaque galère, soit 52 à 64 bancs de 5 galériens enchaînés à chaque banc, de jour comme de nuit pendant 2 à 3 mois, ce qui était la durée moyenne d’une campagne.
Le chirurgien des galères était un fonctionnaire méditerranéen nommé sur concours dans un corps très restreint. Il ne naviguait que six mois par an au cours de l’été et restait à terre l’hiverZysberg A. Marseille au temps des galères : 1660-1748. Marseille, éditions Rivages, 1983, 115 p..
Un chirurgien des galères : François Chabert Entré comme chirurgien aux galères en 1689, il devint Maître-Chirurgien Juré (juré se disait autrefois, dans les Corporations, de celui qui avait fait les serments requis pour la maîtrise : chirurgien juré) de la ville de Marseille en 1689, chirurgien Réal des GalèresBrisou B, Sardet M. Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine. Service historique de la Défense, 2010. et de leurs hôpitaux en 1703. Il servit pendant 50 ans. En 1689, il commença à rédiger des observations de chirurgie pratique qui furent publiées en 1724.
Un chirurgien des galères : Maître Antoine Moulinneuf Né en 1668 à La Rochelle, c’est grâce à l’abondante correspondanceMordacq R. Maître Antoine Moulinneuf chirurgien des galères du Roi. Revue d'histoire économique et sociale. Vol. 47, No. 2 (1969), pp. 249-259 (11 pages). qu’il a su conserver que nous connaissons sa vie intime et professionnelle. Orphelin de père de bonne heure, un chirurgien-major le fait embarquer avec lui « en qualité de chirurgien » sur le Hasardeux, vaisseau de M. Colbert de Saint-Mars, pendant les campagnes « du Cap)Vert et de La Mérique » et celle d’Alger (1683). Très doué, le , après avoir été examiné par deux chirurgiens réaux, il est établi chirurgien sur la galère la Renommée.
En 1690, il passe au Ponant (La côte Atlantique) et embarque sur l’Heureuse, sous les ordres du capitaine le chevalier de Blicourt-Tincourt, mais l’escadre ayant rallié Cherbourg en 35 jours, arrive trop tard pour participer à la bataille que Tourville remporte le , sur les Anglo-Hollandais, à la bataille navale de Béveziers qui oppose une flotte française à une flotte anglo-hollandaise le pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Toutefois, il participe au débarquement de Teignmouth, le .