L'Ancien quartier juif de Montréal se situe autour du boulevard Saint-Laurent, commençant dans ce qui est maintenant le quartier chinois et s'étendant aussi loin au nord que le Mile End. Il croise ainsi plusieurs rues importantes de Montréal dont la rue Sainte-Catherine, la rue Sherbrooke et la rue Prince-Arthur. Cet espace de vie urbain accueille la plus grande concentration de Juifs au Canada au cours de la période des années 1880-1950.
Avant la naissance du quartier
vignette|upright|Aaron Hart
Quand l'armée britannique envahit Montréal en 1760, plusieurs de ses officiers sont Juifs : Aaron Hart, Hananiel Garcia, et Isaac Miramer. Le lieutenant Aaron Hart, après son service militaire s'installe au pays (à Montréal). Il devient un propriétaire terrien respecté. Ses quatre fils, Moses, Benjamin, Ezekiel et Alexander, contribuent à construire la toute première communauté juive à Montréal.. Les premiers Juifs de Montréal exercent des métiers de commerçants, d'autres sont des militaires. Le plus gros de leurs activités se fait près du vieux port de Montréal. Alors que cette communauté juive ne compte que 100 personnes, se construit en 1768 la première synagogue canadienne, appelée Shearith IsraëlSituée dans une petite rue Cheneville entre les rues Saint-Urbain et Jeanne-Mance, juste en bas du boulevard René-Lévesque. En 1929, cette communauté quitte la synagogue pour un bâtiment plus imposant boulevard Saint-Joseph dans le quartier Outremont. En 1940, 11 ans après la fermeture de la synagogue, le bâtiment est transformé en une église presbytérienne chinoise. En 1979, le bâtiment est détruit pour la construction du complexe Guy Favreau. Source: http://www.urbanphoto.net/blog/2008/01/28/chinatowns-jewish-history/, de rite séfarade. Le , David LazarusC’est en 1763 que Lazarus David et son épouse Phoebe s'établissent à Montréal.(source documentée par Pierre Anctil est inhumé et le premier cimetière juif en Amérique du Nord s'ouvre, à l’angle des rues Saint-Janvier (aujourd’hui rue de La Gauchetière) et Saint-François-de-Sales (aujourd’hui rue Peel)<ref name="Anctil_2006">les Communautés Juives de Montréal, Pierre Anctil, Institut d'Études Canadiennes, Université d'Ottawa dans le recueil Le patrimoine des minorités religieuses au Québec, richesse et vulnérabilité, sous la direction de Marie-Claude Richer et Marc Pelchat, édition Presse de l'Université de Laval, 2006 )</ref>.
1841: 181 juifs montréalais
Une seconde congrégation se forme à Montréal en 1846 sous le nom de Shaar Hashomayim et se base sur le rite ashkénaze.
1875: 500 juifs montréalais 1881: juifs montréalais. Un des Juifs les plus célèbres de cette époque est Moses Judah Hayes (Hays) né à Montréal en 1789.. Il conçoit et fait construire le premier aqueduc à Montréal en 1833. En reconnaissance des services qu’il rend à la municipalité de Montréal, il est nommé chef de la police municipale en 1845, poste qu’il occupe durant seize ans, jusqu’à sa mort en 1861.
Naissance À partir des années 1880, de très nombreux Juifs fuient les pogroms russes. Lors de cette importante immigration juive au Canada, l'ensemble des nouveaux arrivants s’établissent autour du boulevard Saint-Laurent, dans une portion de rues faisant actuellement partie du Quartier chinois de Montréal. C'est à ce moment que l'on peut parler d'un véritable quartier juif à MontréalPaul-André Linteau, Histoire de Montréal, Édition Boréal 1992.
Au recensement canadien de 1871, on indique qu'il y a Juifs au Canada dont 409 Juifs (originaire essentiellement d’Europe de l’Est) vivant près de l'intersection des boulevards Saint-Laurent et Dorchester (aujourd'hui boulevard René-Lévesque).
1882: première synagogue réformiste Temple Emanu-El. Le Judaïsme réformiste à Montréal reste assez marginal à cette époque. Un Talmud Torah (école juive) est en fonction, au coin des rues Saint-Urbain et de la Gauchetière. 1901: juifs montréalais.
Les Juifs plus fortunés commencent à habiter vers le haut du boulevard Saint-Laurent, à la hauteur des rues Sherbrooke et Prince-Arthur, tandis que plus au nord, un petit nombre de Juifs vit près de l'Université McGill. Les principaux axes de cet ancien quartier juif sont le boulevard Saint-Laurent, la rue Clark, la rue Saint-Urbain, la rue Esplanade et l'avenue du Parc.
1911: juifs montréalais 1914-1920 naissent plusieurs organisations Juives laïquesle Young Men's Hebrew Association, le Baron de Hirsch Institute, le Hebrew Benevolent Society et le Jewish Labour Temple. dont le Congrès Juif canadien. 1921: juifs montréalais 1931: juifs montréalais 1941: juifs montréalaistous les chiffres cités sont de Paul-André Linteau, Histoire de Montréal, édition Boréal, 1992, les pages 325 à 330
Cette population juive dans le quartier est loin d'être homogène. Il y a une petite-bourgeoisie de commerçants, quelques hommes d'affaires propriétaires d'atelier de confection de vêtement, et des travailleurs. Plusieurs courants religieux allant de la stricte Orthodoxie au Réformiste coexistent avec chacun ses synagogues. Les traditions héritées de pays d'origine aussi différents que la Russie, la Pologne et la Roumanie sont aussi un facteur de disputes entre juifs montréalaisPaul André Linteau, Histoire de Montréal, édition du Boréal, pages 325 à 330.
Activité commerciale vignette|upright|Schwartz's en 2010 La population juive du quartier se concentre principalement dans l'industrie du vêtement et le commerce de détailPaul-André Linteau, Histoire de Montréal, Édition Boréal, 1992
La confection de vêtements est la principale activité commerciale du quartier.. De nombreux immigrants juifs travaillent dans les usines de confection de vêtements. Le quartier est pendant près de soixante ans le centre de la confection de vêtements au Canada, ce dont témoignent aujourd’hui des édifices comme le Balfour au coin de la rue Prince-Arthur, le Cooper près de la rue Bagg et le Vineberg situé à l’angle de la rue Duluth et du boulevard Saint-Laurent.
Une grande diversité de magasins reflète les origines européennes de la population juive du quartier. Le premier épicerie de la famille juive-hongroise Steinberg est ouvert en 1917... Le magasin d’alimentation Warshaw est ouvert en 1935 par Mr Florkivitch, un Juif polonais. Il a commencé son commerce comme simple vendeur ambulant de fruits et légumes dans le quartier. L'entreprise de monuments funéraires L. Berson & Fils ouvre en 1922 et le restaurant Schwartz's Delicatessen ouvre en 1929 (par les frères Maurice et Reuben Schwartz, Juifs roumains).. Berson, qui a déménagé ses opérations en 2015, est démoli en 2020..
Le restaurant Beautys au coin de l'avenue du Mont-Royal et de la rue Saint-Urbain est fondé en 1942 par Hymie et Freda Sckolnick, résidents juifs locaux qui achètent et agrandissent un comptoir-lunch.
Vie culturelle vignette|Les presses du Der Keneder Adler, vers 1920 Le yiddish est la langue commune dans le quartier. Beaucoup de résidents du quartier parlent à peine l'anglais et le français. De 1896 à 1940, un théâtre yiddish donne des spectacles de vaudeville le long du boulevard Saint-Laurent ainsi que des représentations à la salle du Monument-National. Ces évènements sont très populaires. Des films en yiddish ont été projetés à l'ancien Globe Cinema..
Il y a de nombreuses tentatives d'établir une bibliothèque juive à Montréal. Dès 1888, une petite salle est montée par le groupe Amants de Sion mais ne dure pas longtemps. D'autres salles de lecture commencent au début des années 1900. En 1903, le groupe sioniste Dorshei Zion dirige un cercle de lecture, tandis que Hirsch Hershman installe un petit salon de lecture dans sa maison de la rue Hermine. Hershman dirige ensuite brièvement une bibliothèque-librairie au 1426-1428 boulevard Saint-Laurent, que sa femme tient le jour pendant qu'il travaille à l'usine.. Poalei Zion, une association de travailleurs, ouvre aussi une bibliothèque rudimentaire en 1905..
Le quartier est aussi un lieu d'édition. En 1907, un jeune juif polonais immigré, Hirsch Wolofsky, fonde le quotidien yiddish Keneder Adler (traduire en français par: L'aigle canadien). Le journal s'imprime à partir d'un bureau sur le boulevard Saint-Laurent près de la rue Ontario. Cependant devant le grand succès du quotidien, Hirsch Wolofsky déménage au 4075 Saint-Laurent, près de la rue Duluth. Grâce à ce journal, les Juifs immigrants pouvaient se tenir informés de l'actualité. De plus, plusieurs poètes et écrivains tels que Jacob-Isaac Segal, Sholem Shtern, Ida Maze et Noah Gotlib écrivent dans les pages du Keneder AdlerPierre Anctil et David Rome, Through the Eyes of the Eagle. The Early Montreal Yiddish Press, 1907-1916. Éditions Véhicule Press, 2001.. Le quotidien yiddish est publié pendant plus de 50 ans. Wolofsky recueille aussi des fonds pour l'ouverture d'un petit Hôpital JuifEn 1934, le Jewish General Hospital ouvre ses portes, à l'angle des rues Côte-des-Neiges et Côte-Sainte-Catherine dans le quartier de la Côte-des-Neiges. Aujourd'hui, le souvenir de Hirsch Wolofsky est perpétué avec un petit parc en son honneur à proximité des rues De Bullion et Roy.
vignette|gauche|upright|Le poète Abraham Moses Klein à la Bibliothèque publique juive en 1945 Parallèlement à son métier de journaliste, Wolofsky donne son aide pour fonder la première bibliothèque juive de Montréal. La bibliothèque publique juive est fondée dans le quartier en 1914 sous le nom de la Yidishe-folks-biblyotek. Ses trois premiers lieux sont tous dans ce quartier : sur la rue Saint-Urbain jusqu'à son déménagement à des locaux en face du parc Jeanne-Mance en 1929. Elle a encore déménagé en 1953, aux coins des avenues de l’Esplanade et du Mont-Royal en face du même parc. C'est la première fois que la communauté juive construit sa propre bibliothèque au lieu de louer un espace. Conçu par Harry Mayerovitch et Alan Bernstein, le bâtiment nécessite huit ans de travaux, de la première campagne de financement en 1945 à l'ouverture officielle en 1953. Véritable centre culturel, la bibliothèque comprend un auditorium, une galerie d'art, des salles de réunion, une salle de concert et un studio d'art. L'échelle de cet édifice public reflète l'importance et la vitalité de la communauté à cette époque. Finalement, la BPJ a déménagé à ses lieux actuels dans le quartier Snowdon en 1966.
Dans le domaine des arts visuels, un groupe de peintres juifs désormais connu sous le nom des Peintres juifs de Montréal sont souvent situés dans le quartier, près du boulevard Saint-Laurent. Leurs œuvres reflètent la vie quotidienne dans le quartier ainsi que des thèmes sociaux plus larges..
Grandi à 5257, rue Saint-Urbain et diplômé de l'école secondaire Baron Byng, l'auteur Mordecai Richler écrit sur le quartier juif dans plusieurs de ses ouvrages, notamment L'Apprentissage de Duddy Kravitz, , et .. Il recevait parfois des critiques de la communauté juive pour ses portraits francs de ses personnages et de la vie quotidienne. Richler est honoré de trois hommages dans ou à proximité du quartier : un gazébo sur le mont Royal face au parc Jeanne-Mance, la bibliothèque Mordecai-Richler sur l'avenue du Parc et une murale sur l'avenue Laurier près de Saint-Laurent.
vignette|upright|Mémorial devant la résidence Cohen, 28, rue de Vallières en 2016 Né à Westmount, Leonard Cohen déménage dans le quartier et possède un triplex au 28, rue de Vallières, juste à côté du boulevard Saint-Laurent. Il fréquente le parc du Portugal et est un habitué du et . Alors qu'il maintient des résidences ailleurs, Cohen revient souvent dans le quartier, vu dans un resto, devant sa résidence, ou se promener avec son carnet.
Quand il meurt en novembre 2016, la façade de son triplex devient un mémorial de fortune. Une murale de neuf étages de l'artiste Kevin Ledo représentant Cohen est peinte sur le côté de l'édifice Cooper au 3981, boulevard Saint-Laurent en 2017..