Le Gouvernement général de Pologne (en allemand ; en polonais Georges Bensoussan, De la « zone d'épidémie » au ghetto : la mort programmée d'un peuple — septembre 1939 – mai 1943, dans Hillel Seidman, Du fond de l'abîme. Éditions Plon, collection Terre humaine/Poche, 1998. , ) est une entité administrative mise en place dans une partie du territoire de la Deuxième République polonaise, contrôlée par le Troisième Reich selon le décret signé par Hitler le . Le Gouvernement général est confié durant toute cette période au Reichsleiter Hans Frank, nommé pour l'occasion gouverneur général de Pologne.

En , soit un mois après le déclenchement de l'invasion de l'Union soviétique, la province de Galicie orientale est rattachée au Gouvernement général sous le nom de Distrikt Galizien.

Son nom complet était Generalgouvernement für die besetzten polnischen Gebiete (), mais le plus souvent on trouvait juste Generalgouvernement. Durant toute la guerre, les Allemands s'efforcèrent autant que possible de ne pas mentionner le nom de « Pologne » dans les documents concernant cette région qu'ils gouvernaient entièrement. L'objectif du régime nazi était en effet que le Gouvernement général devienne à terme une province exclusivement germanique, dont tous les Polonais auraient été évacués ou exterminés pour laisser la place aux colons allemands, comme prévu par le Generalplan Ost.

Lors du Procès d'Auschwitz en 1947, le Generalgouvernement a été qualifié d'organisation criminelle par le Tribunal national suprême de Pologne.

Précédent Durant la Première Guerre mondiale, l'Empire allemand avait créé avec le Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten (« Commandant suprême de toutes les forces allemandes de l'Est ») une administration de ce type à une échelle plus réduite.

Après la conquête de la Pologne par les puissances centrales en 1915 se pose le problème de la gestion de ces territoires au quotidien, la solution d'une occupation sans structure administrative ne se révélant pas satisfaisante sur un territoire aussi important ; le modèle administratif imposé en Belgique en , un gouverneur général militaire doté de pouvoirs civils, est retenu pour la Pologne et se met en place en 1916, en attendant une solution plus durable.

La Pologne russe occupée est alors partagée entre une zone sous occupation austro-hongroise et une zone sous occupation allemande. Dans les territoires occupés par l'Allemagne est mise en place une structure militaire d'occupation, le gouvernement général, qui comprend les zones d'occupation allemande et austro-hongroise de la Pologne russe. Ce système est censé disparaître lors de la proclamation d'un royaume de Pologne, placé entre les mains d'un membre de la famille des Habsbourg, l'archiduc Charles-Étienne, mais totalement inféodé au Reich.

Reststaat (« État résiduel ») polonais à partir de 1939

La Pologne contrôlée par le Reich est partagée en zones annexées, soumises à une germanisation intensive, et zones confiées au gouverneur général, l'avocat du NSDAP Hans Frank. Géré comme une colonie, le Gouvernement général de Pologne est en réalité une zone de non-droit, dans laquelle le parti nazi et la SS ont toute latitude pour administrer les populations polonaises, vouées à être les esclaves des maîtres germaniques du Reich grand-allemand, faisant de cette région un lieu d'expérimentation pour le nouvel ordre national-socialiste, alors promis à un grand avenir.

Subdivisions vignette|Carte des subdivisions du Gouvernement général.

En 1941, le Gouvernement général était subdivisé en cinq districts (Galicie, Cracovie, Lublin, Radom et Varsovie), divisés en municipalités (Stadtkreise) et en circonscriptions rurales (Kreishauptmannschaften).

Distrikt Galizien Stadtkreise Lemberg (Lwów/Lviv) Kreishauptmannschaften Breschan, Tschortkau, Drohobytch, Kamionka-Strumilowa, Kolomea, Lemberg-Land, Rawa Ruska, Stanislau, Sambor, Stryj, Tarnopol, Solotschiw, KalluschDistrikt Krakau Stadtkreise Krakau (Cracovie) Kreishauptmannschaften Dembitz, Jaroslau, Jassel, Krakau-Land, Krosno, Meekow, Neumarkt, Neu-Sandez, Prömsel, Reichshof, Saanig, TarnauDistrikt Lublin Stadtkreise Lublin Kreishauptmannschaften Biala-Podlaska, Biłgoraj, Chełm, Grubeschow, Janów Lubelski, Krasnystaw, Lublin-Land, Pulawy, Rehden, ZamośćDistrikt Radom Stadtkreise Kielce, Radom, Tschenstochau (Częstochowa) Kreishauptmannschaften Busko, Jedrzejow, Kielce-Land, Konskie, Opatau, Petrikau, Radom-Land, Radomsko, Starachowitz, Tomaschow MazowieckiDistrikt Warschau Stadtkreise Warschau (Varsovie) Kreishauptmannschaften Garwolin, Grójec, Lowitsch, Minsk, Ostrau, Siedlce, Sochaczew, Sokolow-Wengrow, Warschau-Land

Le gouverneur général de Pologne et ses pouvoirs À la tête de ce territoire, est nommé un gouverneur général le , à savoir, Hans Frank, l'avocat du NSDAP depuis les années 1920, et, à ce titre, un ancien militant du parti. Juriste, il mène depuis le milieu des années 1930 une lutte sourde contre les organes de répression du parti, représentés par Himmler et peu sensibles aux finesses juridiques de l'ancien avocat Hans Frank ; perdant cette lutte, ce dernier est donc « exilé » à Varsovie, mais il met à profit son expérience de juriste pour bâtir de toutes pièces une entité administrative totalement nouvelle.

Directement subordonné à Hitler, le gouverneur général et son administration civile ne sont cependant pas compétents en matière de maintien de l'ordre. Cette prérogative, ainsi que la police, est, comme dans le Reich, confiée à Himmler : la hiérarchie de la police relève donc de la compétence, dans l'ensemble des circonscriptions du Gouvernement général, d'officiers SS, ce qui entraîne une exaspération des rivalités entre Frank et Himmler. Dans ce cadre, une administration double se met en place : l'une civile, dépendant de Frank, aux pouvoirs constamment remis en cause, et l'autre policière, dirigée par la SS, dépendant de Friedrich-Wilhelm Krüger. Cette dualité atteint des sommets dans le district de Lublin, dans lequel le gouverneur Ernst Zörner, représentant de Frank, doit subir les velléités d'indépendance d'Odilo Globocnik, chef de la police de ce district, qui se constitue, avec des Allemands de Lublin, une police privée à son service. Dans un premier temps, cependant, le gouverneur général tente de contrôler les exécutions, en interdisant les exécutions de masse et en tentant de les subordonner à son accord : cette politique montre rapidement ses limites puisque, à la fin de l'année 1939, avaient déjà été exécutés sur le territoire sous le contrôle de Frank.

Cette double hiérarchie se met définitivement en place en , lorsque Himmler, s'appuyant sur Lammers et Bormann qui lui fournissent des rapports sur l'étendue de la corruption dans le Gouvernement général, impose à Frank des mesures policières. Ainsi Krüger est nommé par Frank secrétaire d'État chargé de la police et de la politique démographique. De plus, lors d'une entrevue, le , est légalisée à Lublin la position d'Odilo Globocnik. Par la suite, Frank tente de reconquérir certaines des positions abandonnées lors de cette conférence.

En 1943, Hans Frank tente ainsi de remettre en question une partie des résultats obtenus par Himmler en 1942, en s'appuyant sur un changement de politique, en émettant des réserves sur les méthodes de la SS dans la mise en œuvre de la politique de colonisation et sur l'impact de cette politique sur la population polonaise ; le , Hitler semble lui donner raison. Cependant, le , le Gouvernement général devient territoire de lutte contre les partisans, en raison du développement de la résistance, ce qui donne à Himmler et à son représentant sur place des pouvoirs étendus, même si les projets de colonisation du Gouvernement général ne doivent pas, jusqu'à la fin de la guerre, remettre en cause les capacités de production des territoires à coloniser. Le , Frank tente une dernière fois d'influer sur la politique menée à l'égard des Polonais, dans une lettre qui reçoit une réponse négative de Kaltenbrunner le .

Une zone de non-droit Dès la mise en place de l'administration allemande en Pologne occupée, l'impunité pour les membres du parti nazi et les soldats, la sauvagerie des représailles de masse sont la norme et l'arbitraire règne en maître dans le Gouvernement général. Ainsi, la moindre bagarre entre Polonais et Allemands entraîne l'exécution de dizaines de Polonais. Comme le reconnaît Frank lui-même en 1940, les règles de droit n'ont pas cours sur le territoire dont il a la responsabilité, puisque les exécutions ne sont pas annoncées par voie d'affiche, comme cela se fait alors dans l'ensemble des pays occupés par le Reich.

En outre, l'impunité accordée aux troupes allemandes renforce les pillages et les réquisitions abusives. Hans Frank, qui a réquisitionné pour son usage personnel la maison de campagne de la famille Potocki, organise des banquets tellement fastueux qu'il doit suivre un régime par la suite, pendant que les simples soldats se livrent à des pillages de grande envergure dans les villes polonaises.

À partir de 1940, Hans Frank, appuyé par des directives édictées par le RSHA, abandonne sa politique de création d'un embryon d'État et met en place des dispositions juridiques très strictes à l'encontre des Polonais, privés de toute procédure d'appel possible. Lorsque des ressortissants polonais sont reconnus coupables d'infraction, les sanctions infligées sont disproportionnées. L'ensemble des mesures édictées par Franck transforme les Polonais en citoyens de seconde classe, soumis à des mesures discriminatoires à tous les moments de l'existence. Mais ces mesures légalisent un état de fait beaucoup plus rude, qui ne garantit aux Polonais que deux devoirs : « travailler et obéir », selon le mot de Frank.

Dans cette zone de non-droit on compte plusieurs autorités en concurrence : l'administration civile, confiée au gouverneur général Hans Frank, la police confiée à Himmler, qui délègue Friedrich Wilhelm Krüger comme chef suprême de la police pour l'Est. Soutenu par Himmler, ce policier dispose de pleins pouvoirs et outrepasse parfois les limites de ses fonctions, à la grande fureur de Frank.

Racket, marché noir, passe-droits et fraude : le Gouvernement général dans la sphère économique du Reich Corollaire de cet état de non-droit, la corruption et le racket deviennent rapidement monnaie courante dans le Gouvernement général, avec pour conséquence la corruption généralisée des fonctionnaires allemands. De nombreux nouveau-nés polonais sont, par exemple, achetés par des couples allemands aux directeurs d'orphelinat. Ce trafic de nourrissons ne constitue cependant qu'une anecdote face à l'immensité de la corruption qui sévit dans le gouvernement général.

Fixées par un décret de Hermann Göring du , les relations économiques entre le Reich et le Gouvernement général sont caractérisées par une exploitation sans limite.

Une corruption généralisée Cette corruption touche l'ensemble de l'administration allemande du territoire, Frank compris. En effet, alarmé par cette corruption, Himmler ouvre une enquête en 1942 et découvre l'ampleur des prédations de Frank. En 1942, deux grands entrepôts sont découverts remplis de marchandises, aussi bien alimentaires que de luxe, toutes destinées au gouverneur et à sa famille. Plus bas dans la hiérarchie administrative, la corruption est aussi au cœur de la gestion du Gouvernement général. Ainsi, les Juifs du ghetto achètent dispenses diverses, faux certificats d'aryanité et autres facilités au prix fort.