Abies guatemalensis est une espèce de plantes de la famille des Pinaceae. C'est un sapin menacé d’extinction vivant dans les régions montagneuses du Guatemala, du sud du Mexique, du Honduras et du Salvador à une altitude de à .
Taxonomie Abies guatemalensis Rehder possède plusieurs noms vernaculaires : sapin du Guatemala, abeto de Guatemala, pacachaque, sapin pashaque, pinabete, pinabere et romerilloStrandby Andersen U, Prado Córdova JP, Sørensen M et Kollmann J. 2006. Conservation and utilisation of Abies guatemalensis Rehder (Pinaceae) – an endangered endemic conifer in Central America , Biodiversity and Conservation, 15:3131–3151Silba J. 1986. An international census of the Coniferae, Phytologia memoir no. 8, Corvallis. La description du genre a été faite en 1936 par Rehder qui séparait Abies guatemalensis du seul genre de sapin en Amérique centrale Abies religiosa. Depuis lors, Abies guatemalensis a été divisé en sept variétés :
Abies guatemalensis var. guatemalensis Rehder Abies guatemalensis var. tacanensis (Lundell) Martínez Abies guatemalensis var. jaliscana Martínez Abies guatemalensis var. longibracteata Z. Debreczy et I. Rácz Abies guatemalensis var. ixtepejiensis Silba Abies guatemalensis var. rushforthii Silba Abies guatemalensis var. tamaulipasensis Silba
Une étude récente suggère qu’Abies guatemalensis n’est pas une espèce à part entière puisqu’elle n’est pas différentiable au niveau morphologique d’Abies hickelii et Abies religiosa. Ils proposent donc de fusionner à nouveau ces trois espèces sous le nom original d’Abies religiosa. Abies guatemalensis deviendrait Abies religiosa subsp. mexicana (Martínez) U. Strandby, K.I.Chr. & M. Sørensen Strandby U, Christensen KI et Sørensen M. 2009. A morphometric study of the Abies religiosa–hickelii– guatemalensis complex (Pinaceae) in Guatemala and Mexico , Plant Systematics and Evolution, 280:59–76 . Morphologie Abies guatemalensis est un arbre de grande taille pouvant atteindre une hauteur de 35 à à maturité et un diamètre à hauteur de poitrine (DHP) de 1,0 à . Il a un port conique, un tronc droit présentant une écorce lisse gris-brun qui devient écailleuse lorsque l’arbre vieillit. Ces branches poussent de façon plus ou moins horizontale et celles inférieures courbent vers le bas. Ces rameaux rectilignes vont du rouge-brun à presque noir et sont parsemés de quelques poils bruns. Ces feuilles sont de courtes aiguilles de 1,2 à en longueur et 1,2 à en largeur qui sont disposées sur deux rangs à angle droit avec le rameau. Les stomates forment deux bandes blanches sur le dessous de la feuille. Le strobile strobile mâle jaunâtre mesure 2,0 à et il est produit latéralement sur les jeunes branches. Les cônes femelles sont cylindriques-oblongs et atteignent 8 à en longueur et 4,0 à 5 en diamètre. Le rachis du strobile du cône femelle est persistant et brun-noir. La forme des écailles des graines varie d’oblongue à réniforme (voir : Forme foliaire. Les bractées sont cunées ou obovées avec un apex tronqué légèrement denticulé mesurant 1,2 à . Les graines d’un brun pâle sont également cunées ou obovées et mesurent 8 à , alors que leurs ailes mesurent de 10 à de longueur par 10 à de largeur.
Distribution Abies guatemalensis est le représentant le plus méridional du genre Abies. On le retrouve au Mexique dans les états du Chiapas, Guerrero, Hidalgo, Jalisco, Oaxaca et Tamaulipas. Au Guatemala, il est dans les départements de Chimaltenango, Sololá, El Progreso, Huehuetenango, Jalapa, Quetzaltenango, Quiché, San Marcos et Totonicapán. Au Honduras, il a été découvert dans les départements de Copán, Lempira, Ocotepeque ainsi que dans Santa Bárbara. Au Salvador, les seules mentions proviennent de Chalatenango. La forêt de conifères montagneuse qui contient Abies Guatemalensis couvre une superficie ha au Guatemala, mais seulement 4 % de celle-ci est dominée par l’espèce. Les forêts de ce type sont particulièrement fragmentées avec 80 % qui ont une superficie inférieure à 100 ha et même 55 % inférieure à 25 ha. Les trois plus grandes populations au Guatemala sont respectivement ha dans la municipalité de Totonicapán, 2700 ha à Todos Santos et 1300 ha dans la Sierra de las Minas
Niche écologique Abies guatemalensis se retrouve entre 1200 et d’altitude, mais il préfère de 2400 à . Les montagnes d’Amérique centrale ont un climat océanique frais et humide. Abies guatemalensis nécessite au moins de précipitations annuelles pour croître bien que la majorité des populations reçoivent entre 1500 et . On le retrouve principalement sur les versants nord et dans les vallées humides, ce qui laisse supposer qu’il tolère mal la sécheresse. Il semble préférer les sols bien drainés d’origine volcanique et de profondeur moyenne alors qu’il a une grande tolérance pour le pH (5,8 à 9,2). Il a une croissance annuelle moyenne de 0,39 à par année et de 0,56 à par année en diamètre dans des peuplements âgés de 49 à 71 ans.
Types de peuplements Abies guatemalensis forme rarement des peuplements monospécifiques, car il est généralement assez dispersé. En effet, il est associé à plusieurs autres conifères des montagnes dont Abies religiosa, Cupressus lusitanica, Pinus ayacahuite, Pinus hartwegii, Pinus michoacana, Pinus montezumae et Pinus pseudostrobus. À de plus basses élévations, on le retrouve avec Arbutus sp, Juniperus sp et Quercus sp. Dans les forêts ouvertes, on le voit avec Arbutus xalapensis, Baccharis vaccinioides, , Litsea glaucescens, Rubus trilobus, Salvia cinnabarina et Sambucus mexicana .
Facteurs biotiques et abiotiques limitants Bien qu’aucune étude ne le montre, Abies guatemalensis semble tolérant au gel puisque presque chaque nuit la température tombe sous le point de congélation de novembre à février à une élévation supérieure à 2200 au Guatemala. L’espèce semble plutôt épargnée par les maladies bien que quelques cas de ravageurs tels le dendroctone (Dendroctonus sp.) et Megastigmus sp. sont documentés. Une nouvelle espèce de puceron du genre Mindarus cause la distorsion des nouvelles pousses ainsi que du tort aux plantations d’Abies guatemalensis. Ce ravageur pourrait devenir un véritable problème, si de grandes plantations monospécifiques font leur apparition Favret C et Nielsen C. 2008. A new species of mindarus (Hemiptera: Aphididae) on the endangered Guatemalan fir , Ann. Entomol. Soc. Am. 101(5): 833-836
Diversité génétique La diversité génétique intra population est grande chez Abies guatemalensis contrairement à ce que l’on pensait au début des années 2000, ce qui est une bonne nouvelle pour la santé de l’espèce puisque les risques de dérive génétiques sont moindres. Au niveau de la diversité inter population, elle est relativement faible si on exclut certaines populations isolées, ce qui porte à croire qu’une bonne stratégie de conservation serait de protéger les populations centrales, mais également les populations périphériquesAguirre-Planter E, Furnier GR et Eguiarte LE, 2000. Low level of genetic variation within and high levels of genetic differentiation among populations of species of Abies from southern Mexico and Guatemala , American Journal of Botany 87(3). 362-371. Rasmussen KK, Strandby U et Kollmann J, 2010. High genetic diversity within but limited differentiation among populations of the vulnerable Guatemalan fir , Journal of Tropical Forest Science 22(3): 247–259 .
Utilisation Les Mayas avaient déjà modérément défriché les hautes terres du Guatemala et du Mexique lors de l’arrivée des Espagnols. Ceux-ci ont accéléré la déforestation afin de construire des bâtiments. Les populations d’Abies guatemalensis sont restées en santé relative jusqu’aux années 1950 où elles ont été abusivement exploitées à l’exception de certains sites nationaux où la coupe était interdite.
Le tronc droit et le bois plutôt mou rendent l’espèce particulièrement attrayante pour la construction, la fabrication de bardeaux et d’outils, de même que pour le bois de chauffage. Une utilisation plus récente pour les arbres de Noël et autres décorations vient menacer les peuplements restant, car la coupe illégale des branches de sapins est une activité rentable au Guatemala. Les branches sont coupées illégalement en forêt et sont ramenées en villes où elles sont attachées à une perche de bois afin d’être vendues sous forme d’arbre semi-naturel. Environ de ces arbres semi-naturels furent vendus en 2005. Pour lutter contre cette contrebande, une cinquantaine de plantations couvrant une superficie de 167 ha produisent des arbres de noël certifiés, mais seulement environ 2 % des consommateurs les utilisent parce qu’ils sont plus dispendieuxStrandby Andersen U, Prado Córdova JP, Bräuner Nielsen U, Smith Olsen C, Nielsen C, Sørensen M and Kollmann J. 2008. / Conservation through utilization: a case study of the vulnerable Abies guatemalensis in Guatemala , Fauna & Flora International, 42(2), 206–213 Strandby U et Smith Olsen C 2008. The importance of understanding trade when designing effective conservation policy – The case of the vulnerable Abies guatemalensis Rehder, Biological Conservation 141 : 2959 –2968
Régénération naturelle La Régénération naturelle d’Abies guatemalensis est presque nulle dans les zones anthropisées, mais lorsque le broutage, la coupe du bois et le piétinement sont nuls, on retrouve de nombreux semis. En effet, le sapin du Guatemala produit en moyenne 320 recrus par hectare au Guatemala. Sa régénération est plus efficace à mesure que l’altitude augmente et par conséquent les peuplements à basse altitude ont très peu de régénération. Elle est également reliée avec l’augmentation du pH du sol, de la quantité de calcium dans le sol, de la quantité de matière organique et de la quantité d’azote Kollmann J, Prado Córdova JP, Munk Andersen R, 2008. Factors limiting regeneration of an endangered conifer in the highlands of Guatemala, Journal for Nature Conservation 16 146-156.
Abies guatemalensis a un meilleur taux de survie et de croissance en milieu ouvert alors que dans une forêt fermée avec peu de lumière incidente qui se rend au sol, il a de la difficulté à se régénérer. Il semble donc dépendant des trouées naturelles ou celles créées par l’homme pour se régénérer. Dans un but de conservation, choisir des milieux ouverts ou maintenir artificiellement une couverture de la canopée de 80 à 85 % pour les plantations semble une stratégie efficace lorsque la banque de graines est suffisante Quintana-Ascencio PF, Ramirez-Marcial N, Gonzailez-Espinosa M et Martinez-Icó M, 2004. Sapling survival and growth of coniferous and broad-leaved trees in successional highland habitats in Mexico , Applied Vegetation Science 7 : 81-88.
Méthodes de culture