thumb|Le cours de la Sarre aux environs de laquelle se trouve diverses provinces qui composent la province de la Sarre ou Lorraine allemande en 1703. La Lorraine allemande est le nom traditionnel donné jusqu'au à la partie germanophone de la Lorraine. Cette appellation était utilisée tant par les Lorrains germanophones que par l’administration ducale, royale, révolutionnaire puis impérialeVoir Premier Empire (1804-1815) et Second Empire (1852–1870)..
Le terme « allemand » ayant pris de l'ambiguïté à la suite de l'unification allemande et de la possession d'une partie de la Lorraine (département de la Moselle) par l'Empire allemand entre 1871 et 1918, l'emploi du nom « Lorraine allemande » disparait progressivement au , époque à laquelle les noms « Moselle germanophone », « Lorraine francique » et « Lorraine thioise » font leur apparition.
Les habitants de cette région linguistique étaient appelés Lorrains allemands, à l'instar du gentilé Suisses allemands pour la Suisse allemande. Aujourd'hui, par rapport à l'espace lorrain, cette expression concerne exclusivement le département de la Moselle.
Situation territoriale thumb|250 px|right|Évolution historique de la frontière linguistique en Lorraine. Cette entité culturelle et linguistique est l'héritière, pour la partie située à l'est de la Moselle, du sud de l'ancien WestrichL. Benoît, « Notes sur la Lorraine allemande : Le Westrich », in Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, seconde série, volume 3, Nancy, A. Lepage, 1861, une province longtemps partagée entre de nombreux princes et seigneurs des environs ; pour la partie située à l'ouest de la Moselle, elle renvoie essentiellement à l'ancien duché de Luxembourg. Elle n’a jamais connu d'unité politique ou administrative. Avant leur rattachement progressif à la France du au , les divers territoires de la Lorraine dite "allemande" relevaient du Saint-Empire romain germanique mais le morcellement féodal avait conduit à la coexistence de fiefs relevant, selon les cas, du duché de Lorraine (formant le bailliage d'Allemagne), de la principauté épiscopale de Metz, des comtés de Nassau-Sarrebruck, de Salm, ou encore de diverses petites principautés ecclésiastiques ou laïques qui bénéficièrent jusqu’à la Révolution française de l’immédiateté impériale.
Le traité de Ribemont de 1179 démembre le duché de Lorraine et assure à Ferry la possession des territoires lorrains de langue allemande avec Bitche pour capitaleRobert Parisot, Histoire de Lorraine (duché de Lorraine, duché de Bar, Trois-Évêchés), tome 1, Paris, Auguste Picard, 1919, . Simon II, son frère, conserve le reste du duché, qui sera finalement réunifié en 1205 sous Ferry II.
En 1771, la Lorraine allemande est traversée par la Sarre qui y reçoit la Blies et la Nied ; elle est délimitée à l'est par la basse-Alsace et le duché de Deux-Ponts, au nord par le Palatinat et l'électorat de Trèves, à l'ouest et au sud par le pays messin. À la même époque, selon Robert de Hesseln, les lieux les plus remarquables de la Lorraine allemande sont : Sarreguemines, Bitche, Sarralbe, Dieuze, Lixheim, Fénétrange, Boulay, , Bouquenom et Bouzonville.
D'après Girault de Saint-Fargeau, les territoires administratifs suivants font partie de la Lorraine allemande au : le bailliage de Dieuze, le bailliage de Lixheim, la principauté de Phalsbourg, le bailliage de Château-Salins, le bailliage de Fénestrange, le bailliage de Sarreguemines, le bailliage et comté de Bitche, le bailliage de Boulay, le comté de Créhange, le bailliage de Bouzonville et le Luxembourg françaisGirault de Saint-Fargeau, Bibliographie historique et topographique de la France, Paris, Firmin Didot frères, 1845..
En 1790, à l’époque de la Révolution, des députés du bailliage de Sarreguemines réclament la création d’un département spécifique de « Lorraine allemande », qui aurait comme chef-lieu Saint-Avold ou Sarreguemines ; demande qui est rejetée par l'Assemblée constituante à ParisJean-Louis Masson, Histoire administrative de la Lorraine : des provinces aux départements, Fernand Lanore / Sorlot, Collection : Reflets de l'Histoire, 1982 (lire en ligne)La demande des députés est conservée aux Archives nationales, Document D IV bis 11, dossier 235.. La Lorraine allemande est finalement partagée entre deux départements à majorité francophones : la Moselle et la Meurthe. En , une partie de la Lorraine allemande, le comté de SarrewerdenAugustin Calmet, Histoire de Lorraine, nouvelle édition, tome VI, Nancy, 1757, , est rattachée au département du Bas-RhinPaul Leuillot, L'Alsace au debut du , tome 1, Paris, SEVPEN, 1959, .
L'excroissance géographique qui va de Vaudrevange jusqu'à Tholey est cédée à la Prusse via le traité de Paris de 1814 (canton de Tholey) et via celui de 1815 (canton de Relling, canton de Sarrelouis)M. Chastellux, Le territoire du département de la Moselle : Histoire et Statistique, Metz, Maline, 1860.
À l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870, l’Empire allemand obtient en 1871 via le traité de Francfort la quasi-totalité de l'Alsace et une partie de la Lorraine correspondant à l'actuel département de la Moselle. La région annexée est alors désignée sous le nom de Reichsland Elsaß-Lothringen, ce qui est alors traduit en France par « Alsace-Lorraine » et, après , par « Alsace-Moselle »Par la directive du 14 août 1920 du sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil, adressée au commissaire général de la République à Strasbourg, l'appellation d'« Alsace-Lorraine » a été interdite, afin d'éviter les confusions ( Céline Gueydan, « La constitutionnalisation du droit local d’Alsace-Moselle et la question prioritaire de constitutionnalité », in Revue française de droit constitutionnel, , 2013. La partie lorraine de ce Reichsland correspond à l'entité administrative appelée le Bezirk Lothringen, ce qui est parfois traduit par « Lorraine allemande »Les Prussiens en Alsace-Lorraine, par un Prussien, traduit de l'allemand de Gustave Rasch par Louis Leger, Paris, E. Plon et , 1876, Stéphanie Dalbin, Visions croisées franco-allemandes de la Premiere Guerre mondiale, Peter Lang, 2007 , lorsqu'il est question de cette époque. Dès lors, le mot « allemande » perd son sens purement linguistique, indépendamment des critères linguistiques et culturels antérieurs, une partie de cette entité (Metz, Delme et Vic entre autres) n'étant pas traditionnellement germanophone.
Linguistique vignette|Dialectes parlés en Alsace-Lorraine au .
À la fin du , la limite linguistique romano-germanique de Lorraine suit une ligne allant du Donon au sud-est à Rédange (Redingen) au nord-ouest Constant This, Die deutsch-französische Sprachgrenze in Lothringen, Strassburg, Heitz, 1887, . La partie située à l’est de cette limite, qui constitue une partie du département de la Moselle, était désignée jusqu'en 1870 sous le nom de Lorraine allemande et ses habitants sous le nom de « Lorrains allemands », « Allemands de Lorraine ».
Nancy, la capitale historique du duché de Lorraine, et Metz, l'ancien chef-lieu de la région Lorraine, se situent dans la partie historiquement francophone. Metz a comporté, durant l’annexion de 1871-1918, une importante communauté germanophoneOn en a un très beau témoignage littéraire avec le Colette Baudoche de Barrès, inquiet du changement humain et esthétique qui affecte la vieille ville romane de Metz. Pour achever l’ambiguïté, la cathédrale gothique, est le coeur de la ville française, tandis que le quartier neuf germanique est entièrement roman de style !, du fait de l'émigration de nombreux Français refusant cette annexion et l’installation de Lorrains de la Lorraine germanophone, où la natalité était forte, et de l’immigration allemande, nécessairement puissante dans un chef-lieu et forteresse militaireStéphanie Dalbin, Visions croisées franco-allemandes de la première guerre mondiale : étude de deux quotidiens : la Metzer Zeitung et L'Est Républicain, Peter Lang, 2007, , ().. La toponymie témoigne de cette limite linguistique : il y a ainsi de part et d’autre de l’ancienne frontière linguistique Audun-le-Tiche (Deutsch-Oth) et Audun-le-Roman (Welsch-Oth). De même, la rivière Nied est composée de la Nied allemande () et de la Nied française (), qui suivent presque exactement la limite linguistique et non pas la frontière politiqueL. Gallois, Les limites linguistiques du français d'après les travaux récents, Annales de Géographie, volume 9, Numéro 45, 1900 ().
Le duc Mathieu II de Lorraine (1193-1251) était le premier à ordonner que les actes publics soient écrits en français dans le pays roman et en allemand dans la Lorraine allemandeAuguste Wahlen, Nouveau dictionnaire de la conversation ou répertoire universel, tome 16, Bruxelles, 1843.. Dom Calmet témoigne expressément pour le dix-huitième siècle comme pour le treizième qu'une partie de la Lorraine parle l'allemand et l'autre le français et que sur les frontières la plupart des peuples parlent ces deux languesHenri de Sybel, Les droits de l'Allemagne sur l'Alsace et la Lorraine, Bruxelles, 1871 . Par ailleurs, Robert de Hesseln indique vers 1771 que Robert de Hesseln, Dictionnaire universel de la France, tome 4, Paris, Librairie Desaint, 1771.
D'après Henri de Sybel, la partie nord-est de la Lorraine s'appelait l'Allemagne dans la bouche du peuple, les habitants en étaient allemands, presque sans mélange. Jusqu'en 1748, les délibérations officielles s'y faisaient en allemand, l'instruction s'y donnait en allemand et la justice s'y rendait aussi en allemand dans toutes les instances.
Historique du terme L’appellation « Lorraine allemande » fait son apparition dans les ouvrages francophones au minimum dès 1692Nicolas Chevalier, Histoire de Guillaume III, roy d'Angleterre, d'Ecosse, de France et d'Irlande, prince d'Orange, etc., Amsterdam, 1692 .. Son équivalent en langue allemande, Deutsch-Lothringen, fait son apparition au minimum dès 1742 Grosses vollständiges Universal Lexicon aller Wissenschaften und Künste, Leipzig und Halle, Verlegts Johann Heinrich Bedler, 1742 ..
Avant la Renaissance et jusqu'au , les habitants de la Lorraine allemande se désignaient eux-mêmes comme (Lorrains allemands) et leur langue comme « », y compris à une époque où il n’existait pas encore de langue allemande normée commune à l’ensemble de l’espace germanophone. Avant l'unification allemande de 1871, le terme « » ne renvoyait pas à une notion politique ou géographique (citoyen ou habitant de l’Allemagne) mais à une communauté linguistique rassemblant l’ensemble des populations de langue allemande, quelle que soit leur nationalitéFrédéric Schoell, Tableau des peuples qui habitent l'Europe, édition, Paris, 1812, . Ce terme ne recouvrait pas uniquement la langue allemande normée (l’allemand standard, langue officielle dans plusieurs États européens) mais aussi l’ensemble composé par la langue normée, les différentes formes d’allemand régional () et l’ensemble des dialectes et sociolectes de l’espace germanophone. Les habitants de la Lorraine francophone étaient désignés par leurs voisins germanophones sous le terme de , l’adjectif Welsch désignant plus généralement toutes les populations de langue romaneAlain Ruzé, Ukrainiens et Roumains : rivalités carpatho-pontiques, L'Harmattan, 1999, .