vignette|Stèle trouvée à Glanum montrant un groupe de légionnaires en formation (Lugdunum (musée) - Lyon) Les tactiques de l'infanterie romaine font appel à différents types de formation, de déploiement et de manœuvre mis en œuvre depuis les débuts de la République romaine jusqu'à la fin de l'Empire. L'armée romaine fut l'instrument de la puissance de Rome.

La « façon romaine » de faire la guerre était caractérisée par une puissante infanterie lourde organisée en légions soumises à un entraînement efficace et à une discipline rigoureuse. La puissance de l'armée romaine reposait également sur sa logistique bien organisée et sur son organisation flexible. Les autres puissances autour de la Méditerranée, Carthage, la Macédoine, les tribus gauloises et germaniques ou l'Empire Parthe furent repoussées voire vaincues par les légions romaines qui surent s'adapter aux tactiques de leurs adversaires.

L'histoire militaire romaine ne fut pas une suite ininterrompue de victoires, Rome connut des défaites et parfois des désastres militaires. Néanmoins jusqu'au , elle parvint à maîtriser ses adversaires. Face à de nouveaux adversaires et tiraillée par des tensions internes, l'armée romaine ne parvint pas à s'adapter et l'infanterie lourde, pilier du système militaire romain, disparut.

Évolution des tactiques d'infanterie Les tactiques et les stratégies militaires romaines évoluèrent de celles d'une petite tribu guerroyant pour une domination locale à des opérations massives englobant un empire de taille continentale. Cette évolution fut affectée par les changements dans la politique, la société et dans la vie économique mais elle fut soutenue par une « façon romaine » de faire la guerre. Cette approche incluait une tendance à la standardisation, à l'emprunt et à l'adaptation du matériel étranger, une flexibilité des tactiques et des méthodes, un sens aigu de la discipline et une cohésion apportée par l'idéal de citoyenneté romaine incarné par la légion romaine.

Il est difficile de former un tableau synthétique des tactiques romaines du fait de la durée (plus de ) de l'existence de la légion, on peut néanmoins distinguer plusieurs phasesAdrian Goldsworthy, In the Name of Rome: The Men Who Won the Roman Empire, Weidenfield and Nicholson, 2003 . :

Forces militaires basées principalement sur une forte infanterie de citoyens aux origines tribales et sur l'utilisation des premières phalanges à l'époque de la monarchie romaine. (Voir Histoire militaire romaine sous la monarchie) Sophistication croissante lors de l'expansion de l'hégémonie romaine à l'extérieur de l'Italie. (Voir Histoire militaire romaine sous la république) Raffinement, standardisation et rationalisation sous l'influence de Caius Marius avec l'incorporation plus large des citoyens et la professionnalisation de l'armée. Continuation de l'expansion, de la flexibilité et de la sophistication de la fin de la république aux débuts de l'empire (Voir Histoire militaire romaine sous l'empire) Barbarisation grandissante, tourmente et affaiblissement de l'infanterie lourde au profit de la cavalerie et de l'infanterie légère (Voir Fœdus) Disparition de l'Empire romain d'Occident et fragmentation en petites troupes locales. Cela inclut également le renversement des statuts de la cavalerie et de l'infanterie dans l'Empire romain d'Orient. Les cataphractaires formaient l'élite de l'armée tandis que l'infanterie était reléguée à un rôle auxiliaire.

Organisation, commandement et logistique Structure de commandement Une fois que le soldat avait fini son entraînement, il était assigné à une légion de dont le nombre variait entre 23 et 40. La légion était divisée en dix cohortes. Les cohortes étaient divisées en trois manipules, chacune divisée en deux centuries. La première cohorte d'une légion regroupait généralement les soldats les plus expérimentés. De nombreuses légions étaient regroupées pour former une force terrestre ou « armée ».

Une armée était commandée par un magistrat détenteur de l'imperium (consul, un proconsul ou un préteur voire un dictateur en cas d'urgence sous la République). Un promagistrat ou un légat de légion pouvait uniquement commander une seule légion et non une armée consulaire composée de plusieurs légions et d'unités alliées. Au début de la République, il était possible pour une armée d'avoir un commandement dual avec différents consuls prenant alternativement le commandement. Les légats de légion étaient des sénateurs qui assistaient le commandant d'armée. Les tribuns militaires commandaient les cohortes, les centurions commandaient les manipules et les centuries.

Logistique La logistique romaine était l'une des plus efficaces de l'antiquité. Parmi ses missions, l'envoi d'agents pour acheter toutes les provisions nécessaires, la construction de routes et de stocks de ravitaillement ou la location de navires pour transporter les troupes par mer. L'équipement lourd et le matériel (tentes, armes supplémentaires, équipement, etc.) était transporté par des mules et des chariots tandis que les troupes transportaient leur équipement individuel. Comme toutes les armées, l'armée romaine exploitait les ressources locales parfois en pillant les ressources des paysans ayant la malchance d'habiter à proximité du front. De même que pour la plupart des forces militaires, un assortiment de marchands, d'escrocs, de prostituées et d'autres fournisseurs de services variés suivaient la route des troupes romaines.

L'infanterie romaine à la bataille Préparations initiales et mouvements vers la bataille La marche d'approche. Une fois que la légion était déployée pour l'opération, la marche commençait. L'approche du champ de bataille se faisait en plusieurs colonnes pour améliorer la manœuvrabilité. Une forte avant-garde composée d'éclaireurs, de cavaliers et d'infanterie légère précédait généralement le corps d'armée principal. Celle-ci avait pour mission de repérer le terrain et les emplacements pour construire le camp. Des unités étaient également déployées sur les flancs pour protéger le corps principal composé de l'infanterie lourde et du convoi de matériel et de ravitaillement.

Construction du camp fortifié. Les légions en campagne établissaient un campement puissamment fortifié composé de palissades et de fossés offrant une base pour le stockage du ravitaillement, le campement des troupes et pour la défense. Un camp était toujours mis en place même s'il n'allait être utilisé que pour une seule nuit. Les camps étaient reconstruits à chaque fois que l'armée se déplaçait et étaient tous construits sur le même modèle. Il y avait toujours quatre portes connectées par deux routes se croisant au centre du camp où se trouvaient les tentes de commandement et un autel pour les cérémonies religieuses. Tout était standardisé, depuis l'emplacement des équipements aux tâches des officiers qui devaient mettre en place les sentinelles et les ordres de marches pour les jours suivants. Le camp pouvait atteindre une centaine d'hectares pour les plus grands et pouvaient abriter jusqu'à . Un glacis de 50 mètres de large était mis en place autour du camp pour empêcher toute attaque surprise.

Levée du camp et marche. Après un petit-déjeuner, les trompettes annonçaient le départ. Les tentes étaient rangées, l'équipement était chargé sur les mules et les unités étaient formées. Le camp était brûlé et détruit pour empêcher son utilisation par l'ennemi. Il existait cependant des camps permanents qui n'étaient évidemment pas détruits à chaque foisWilliamson, G. A., (tr), Josephus, The Jewish War, Penguin Books, 1959, ..

Renseignement. Les officiers romains exploitaient toujours les renseignements utiles particulièrement lors des sièges ou d'affrontements imminents. L'information était récoltée par des espions, des collaborateurs, des diplomates, des émissaires et des alliés. Les messages interceptés par les Romains lors de la deuxième guerre punique furent exploités pour déployer deux armées pour intercepter l'armée d'Hasdrubal Barca avant qu'il ne puisse renforcer l'armée d'Hannibal. Les officiers gardaient également un œil sur Rome car des rivalités politiques avaient déjà provoqué l'échec de campagnes militaires. Des éclaireurs étaient envoyés pour repérer les points faibles de l'adversaire, capturer des prisonniers et intimider les populations locales.

Moral. Si le lieu de la bataille potentielle était proche, les déplacements se faisaient prudemment. Les officiers étudiaient les lieux et l'opposition tandis que les troupes se préparaient physiquement et mentalement à la bataille. Des sacrifices aux dieux et l'annonce d'un bon présage étaient faits. Des parades étaient parfois réalisées pour tester les réactions ennemies et pour accroître le moral des soldats.

Déploiement pour le combat Disposition en ligne triple L'infanterie romaine se déployait face à l'ennemi et à l'époque de la République, elle se déployait en trois lignes dans une formation appelée « triplex acies », chacune d'entre elles avait généralement huit rangs en profondeur. Les hastati formaient la première ligne (la plus proche de l'ennemi), les principes tenaient la deuxième ligne et les vétérans triarii occupaient la troisième ligne. Ceux-ci empêchaient la panique ou une retraite non autorisée des premiers rangs et étaient parfois utilisés comme réserve dans la bataille. En cas de défaite imminente, les première et deuxième lignes se reformaient derrière la ligne des triarii en vue d'une contre-attaque ou d'une retraite ordonnée. Comme recourir aux triarri n'arrivait que dans les cas extrêmes, l'expression latine ad triarios rediisse (tomber sur les triarii) signifiait une situation désespérée.

Dans ce système en trois lignes, les écrivains romains expliquent que les manipules adoptaient une formation en quinconce lors du déploiement mais avant l'engagement. Dans la première ligne, les manipules d'hastati laissaient des espaces entre elles. Les principes de la deuxième ligne et les triarii de la troisième faisaient de même en se positionnant derrière les espaces laissés par la ligne devant eux. L'infanterie légère ou les vélites se tenaient en une ligne continue mais désordonnéeSee Polybius, The Histories for original commentary-- The Histories or The Rise of the Roman Empire by Polybius: ** At Perseus Project: English & Greek version.

Les manœuvres étaient très complexes du fait de la poussière soulevée par des milliers de combattants et des cris des officiers tentant de maintenir l'ordre. Plusieurs milliers d'hommes devaient se positionner à la bonne place aux côtés de l'infanterie légère et de la cavalerie. Une fois en position, la ligne de front pouvait atteindre plus d'un kilomètre.

La disposition en trois lignes resta la règle pendant plusieurs siècles. La réforme marianique supprima les divisions fondées sur l'âge et la classe sociale. Les vélites furent progressivement intégrés dans le corps des légionnaires et la réforme standardisa les armes et réorganisa les légions sur de grandes unités manœuvrantes comme les cohortes. La taille moyenne des légions augmenta et la professionnalisation se généralisaWake, T., "The Roman Army After Marius' Reforms", 28 February 2006..

Manœuvre Lorsque l'armée approchait de l'ennemi, les vélites en première ligne lançaient leurs javelots et se repliaient à travers les espaces aménagés entre les manipules. Il s'agissait d'une innovation importante car auparavant les tirailleurs devaient se replier à travers leurs propres lignes et y causaient une forte confusion ou s'échappaient sur les côtés. Lorsque les vélites s'étaient repliés, les centuries arrières avançaient pour combler les espaces et former une ligne continue..