Salamandrella keyserlingii, la salamandrelle de Sibérie, est une espèce d'urodèles de la famille des Hynobiidae. Elle est remarquable pour sa grande tolérance au gel et pour son aire de répartition qui est une des plus grande connue parmi les amphibiens.
Description Salamandre brune de taille moyenne (10-16 cm). La peau est de texture lisse, la tête ovale, les glandes parotides sont bien visibles et les flancs présentent 10 à 14 sillons costaux. Les membres sont large avec quatre doigts et généralement quatre orteils, les griffes sont absentes chez les larves comme les adultes. La queue est aplatie latéralement et présente une légère crête verticale de part et d'autre. Les dents vomériennes placées dans un alignement formant un V.
Coloration La coloration de fond varie du brun, bronze au grisâtre. Une bande costale plus claire (généralement cuivrée) est présente de part et d'autre de la tête à l'extrémité de la queue. Celle-ci s’assombrit en période de reproduction la rendant moins distincte.
Dimorphisme sexuel Le dimorphisme sexuel est peu marqué. On peut noter cependant une queue plus haute et plus longue chez le mâle, une tête plus large, un cloaque plus grand et des pattes antérieures plus longues. Ces différences s'accentuent en période de reproduction où une tâche jaune apparaît sur la gorge des mâles.
Cycle de vie
Résistance au gel Cette salamandre est dotée d'une grande tolérance au froid, les adultes pouvant survivre jusqu'à -40°C (au maximum -55°C pour les juvéniles en laboratoire) et être actifs à partir de 0.5°C. Les œufs peuvent survivre à de courtes périodes dans la glace. Le mécanisme de résistance au gel n'est pas encore entièrement compris, mais il implique des changements métaboliques durant la période d'acclimatation où les températures chutent. La concentration de glycérol, dont le rôle cryo-protecteur a été mis en évidence, augmente dans certains tissus durant la période précédant le gel. On constate une diminution de plus d'un quart de la masse corporelle, expliquée en grande partie par une perte d'eau. En conséquence, le gel prend majoritairement place à l'extérieur des tissus, par exemple entre les muscles et la peau, ce qui limite les dommages mécaniques dus à la formation des cristaux de glace. Ceux-ci ne sont en revanche pas entièrement écartés, avec notamment des ruptures de vaisseaux sanguins constatées fréquemment. Des saignements peuvent ainsi avoir lieu au moment du dégel. Des dégradations du matériel génétique et des bio-membranes ont également lieu à l'échelle cellulaire.
Période d'activité et hibernation Selon la latitude, la période d'activité dure de avril-mai jusqu'à septembre-octobre où la salamandrelle va se réfugier dans un tronc mort, sous une bûche ou dans un terrier pour hiberner. Il n'est pas rare de rencontrer plusieurs individus dans le même abri. La reproduction début de mi mai en zone tempérée à mi juin à partir de la zone sub-arctique.
Reproduction La majorité de l'aire de répartition de cette espèce se trouve dans la zone du pergélisol (permafrost). Elle se reproduit dans des points d'eau de faible profondeur qui gèlent entièrement durant l'hiver et dont la plupart sèchent entièrement en été. De plus, des épisodes de froid hors de la saison hivernale ou une élévation trop importante de la température de l'eau durant l'été peuvent être fatals pour les pontes. gauche|vignette|Ponte de Salamandrella keyserlingii
Ponte La ponte est formée d'un double sac attaché au substrat par un filet muqueux reliant les deux sous-unités. Chaque sac abrite généralement 50 à 100 œufs qui écloront après environ un mois (± 15 jours selon le climat). Les larves à la naissance mesurent 8 à 10 mm. Les œufs sont en général pondus de mai à juin selon la région.
Alimentation En phase aquatique, les larves comme les adultes se nourrissent principalement d'invertébrés benthiques fixés sur les plantes aquatiques et plus rarement de plancton. Les proies des adultes sont généralement de taille supérieure. En phase terrestre le régime alimentaire de la salamandrelle de Sibérie est principalement constitué de limaces et d'arthropodes.
Prédation Ce sont les insectes aquatiques qui exercent la plus grande pression de prédation sur les œufs et les larves, tandis que les adultes sont en général la proie de différents vertébrés.
Habitat Cette espèce se rencontre dans différents habitats de son aire de répartition. Dans le biome de la taïga, on la rencontre dans tous types de forêts humides (à conifères, mixtes ou décidues). Dans le biome de la toundra ou dans celui des steppes boisées, on la retrouve dans les formations végétales riveraines.
Répartition vignette|gauche|Aire de répartition de Salamandrella keyserlingii. La salamandrelle de Sibérie est abondante dans la plus grande partie d'une aire de répartition très vaste, qui couvre près de 12 millions de kilomètres carrés. Elle est aussi l'amphibien qui atteint les plus hautes latitudes dans le Monde, jusqu'à 72°N en Sibérie (à noter que Rana temporaria est présente à des latitudes à peine inférieures dans l’extrême nord de l'Europe à proximité du Cap Nord au delà duquel son expansion septentrional n'est plus possible).
Cette espèce se rencontre : en Russie : dans le nord et l'est de la Russie d'Europe, dans l'Oural et dans presque toute la Sibérie jusqu'à l’extrême nord-est (comme autour de Baie de Tchaoun), au Kamtchatka et au Primorié, elle peuple même Sakhaline et les Kouriles ; au Kazakhstan : dans la partie nord du pays ; en Mongolie : dans le nord et le centre; en Chine : en Mandchourie dans les provinces de Heilonjiang et de Jilin; en Corée du Nord : dans les provinces de Hamgyong du Nord, de Hamgyong du Sud et de Ryanggang ; au Japon : localement sur l'île d'Hokkaido.
Sous-espèce Dans le kraï du Primorié, une population a été montrée comme génétiquement distincte. Elle a d'abord été proposée comme espèce à part entière sous le nom Salamandrella schrenckii. Cependant, ce nom a été invalidé et cette population a alors fait l'objet d'une proposition comme sous-espèce. Une élévation au rang d'espèce n'est pas à exclure après confirmation par des études génétiques supplémentaires.
Menaces et statut de protection Cette espèce est classée Least Concern (LC) sur la liste rouge de l'IUCN. La salamandrelle de Sibérie est abondante dans la zone de taïga, mais sa population diminue au nord et au sud. Les populations des toundra et des steppes sont les moins abondantes. En périphérie de son aire de répartition et dans certaines stations locales aux conditions plus extrêmes, ses populations sont menacées par la destruction d'habitat, l’assèchement des zones humides, la pollution industrielle et la déforestation.
Publication originale Dybowski, 1870 : Beitrag zur Kenntnis der Wassermolche Sibiriens. Verhandlungen des Zoologisch-Botanischen Vereins in Wien, , (texte intégral).
Liens externes
Notes et références
Catégorie:Hynobiinae Catégorie:Urodèle (nom scientifique) Catégorie:Taxon décrit en 1870 Catégorie:Amphibien d'Asie Catégorie:Amphibien décrit en 1870