Le château de Baronville est un château du situé à cheval sur les communes françaises de Béville-le-Comte et Oinville-sous-Auneau dans le département d'Eure-et-Loir. Il s'élève au cœur d'un domaine agricole et forestier situé sur les communes de Béville-le-Comte, Oinville-sous-Auneau, Auneau et Roinville. Il a été construit sous Napoléon III à l’endroit même où se trouvait l’ancien château du , démoli pour construire l'actuel, mais dont il reste encore les communs datant de 1623.

Des origines au château du Le manoir fortifié Le nom de Baronville (baronis villa) date de l’époque gallo-romaine et signifie domaine du baron, titre porté par les "hommes forts " chargés de la protection des marches de l'empire romain. Au Moyen Âge, Béville fait partie d’un ensemble de manoirs fortifiés avec pont-levis, les chastels de la Voise, chargés de contrôler la vallée.. Au fil des siècles, le fief est inclus dans la baronnie d'Auneau. puis dans le duché de Chartres. Au , il appartient aux seigneurs de Machery et passe par mariage à la famille de Prunelé.. Le , Hugues de Prunelé vend ses biens, terre et seigneurie, métairies et manoir, à Gervaise Vallet, bourgeois et marchand de Chartres, grand financier, qui prête tournois à la ville de Chartres, lors de la disette de 1530. Une autre partie des terres de Baronville appartient à une famille de prévôts de Chartres, les Gyvès.

Le château Louis XIII et ses propriétaires vignette|Cour de l'hôtel Montescot à Chartres (l'actuel hôtel de ville). En 1602, la seigneurie est achetée par Claude de Montescot (1542-1622), seigneur de Mainvilliers-la-Garenne, conseiller du roi, notaire et trésorier des parties casuelles, chargé de recevoir les taxations des offices qui changent de titulaire. Pris dans la tourmente des guerres de religion, partisan du roi Henri III, catholique modéré, il doit fuir en 1588 son hôtel chartrain saisi par les partisans de la Ligue. Dévasté, l'hôtel Montescot doit être reconstruit et n'est achevé qu'en 1614 puis vendu à sa mort en 1622 par son fils Jacques. C'est aujourd'hui l'hôtel de ville de Chartres. Seigneur de Baronville, Jacques de Montescot est conseiller au Parlement de Paris et devient maître des requêtes en 1622. C’est lui qui achève la construction du château commencée par son père. La date de fin des travaux 1623 était inscrite au fronton du château démoli en 1868.

thumb|gauche|Proposition de restitution de la perspective sur le jardin du château de Baronville (Eure-et-Loir), au XVIIIe siècle.

Quand sa fille Jeanne épouse Louis de Lattaignant le , la seigneurie passe dans la famille LattaignantA.N, MC/ET/LXXII/80 : Inventaire après décès de Louis de Lattaignant à la requête de Jeanne de Montescot, sa femme devant Me Le Bert et y reste jusqu’à la mort en 1783 de François de Paule-Louis de Lattaignant de BainvilleA.D.28, registres paroissiaux, décès de François de Paule-Louis de Lattaignant (6 septembre 1717-16 octobre 1783) survenu au château, à l’âge de 69 ans. Il était commandeur et trésorier des ordres royaux de Saint-Lazare de Jérusalem et du Mont Carmel, chevalier de Malte., comte de Bainville, frère de l'abbé de Lattaignant, compositeur de comptines restées célèbres.. Il est inhumé dans le caveau réservé aux seigneurs, sous le chœur de l’église. Aimant le luxe et ayant réalisé toutes sortes d’embellissements à Baronville au niveau des parterres, des jardins à la française, des bassins, des canaux et des statues, il s’est cruellement endetté et tous ses biens doivent être vendus par adjudicationA.N., MC/ET/LXXXIX/784 Inventaire après décès de M. le comte de Bainville (18 novembre 1783). À sa mort, sa fille Alexandrine n'a que dix ans et c’est son oncle Pierre, abbé commendataire de l’abbaye royale de Chantemerle, qui est autorisé à vendre, à Paris, le mobilier de la rue du Pas-de-la-Mule et la maison rue Dauphine, et en province les terres de Baronville, le château et son mobilierA.N, Y5115 A, mars 1784. Le marquis Étienne François d'Aligre, premier président du parlement de Paris, s’en porte acquéreur. Fort occupé par ses fonctions politiques à Paris, il touche les baux mais vient peu au château qui est négligé pendant 12 ans. Quand l’administration révolutionnaire séquestre la seigneurie comme bien national, il est écrit dans le PV d’estimation du 11 prairial an III ()A.D.28, 1Q 387 : biens nationaux d’Aligre, Procès-verbal d’estimation du 11 Prairial an III (30 mai 1795) château et ferme évalués , terres :

Les plans du château vignette|Plan de l'enceinte du château. vignette|redresse|Plan des terres attenantes au château et à la ferme. Les archives départementales de l’Eure-et-Loir possèdent le plan de l’enceinte du château et de la terre de Baronville dressé à la Révolution pour accompagner le procès-verbal d'estimation. La famille de Rougé possède d'autre part deux témoignages précieux : une aquarelle de 1775 et une photo de 1866.. L’aquarelle montre au premier plan le canal sur lequel voguent des embarcations emmenées par des seigneurs en habit tandis que les dames protègent leur teint délicat sous une ombrelle. Le parc s’étage à plusieurs niveaux, décoré par une fontaine monumentale. Les parterres et jardins à la française sont encadrés par des bosquets d’arbres et tout au fond se dresse le château un peu évanescent, comme nimbé dans une légère brume. Sans doute M. de Lattaignant voulait-il se montrer digne de la Cour de Versailles en offrant à ses invités un séjour dans un cadre enchanteur.

Le plan fait sous la Révolution répond à des critères bien différents car de nature utilitaire. Il s’agit de lotir le domaine et d’adjuger les lots au plus offrant. Le procès-verbal souligne que le château ne peut être vendu séparément de la ferme, d’une part parce qu’il n’y a qu’un puits, d’autre part parce que le corps de ferme et le jardin sont situés dans l’enceinte du château. Celui-ci est montré sur le plan, tel qu’on l’aperçoit quand on entre par la grille encadrée de deux pavillons: la maison du concierge et celle du jardinier. L’allée qui traverse la grande cour est bordée d’une double rangée d’arbres et délimitée par les bâtiments de la ferme. Le château est constitué d’un corps de logis et de deux pavillons dans l’alignement dont l’un, légèrement détaché à l’extrémité, abrite peut-être la chapelle. Cerné de douves, il donne à l’arrière sur une terrasse avec vue plongeante, au-delà des parterres et potagers, sur le canal alimenté par la rivière de Béville, la demi-lune et le saut-de loup qui clôt les bois. Les cuisines sont situées au niveau des caves. Un petit escalier monte à l’office au rez-de-chaussée où se trouvent une salle de compagnie, une salle à manger et trois appartements de maître constitués chacun d’une chambre avec cabinet et garde-robe. Au premier étage, il y a huit appartements de maître et au deuxième étage, trois appartements auxquels s’ajoutent plusieurs chambres de domestique. Le deuxième plan fait fi du château et s’intéresse aux terres attenantes, à leur nature et à leur superficie. Encadrées par le terroir de Béville-la-Fontaine (Béville-le-Comte fut débaptisé durant la Révolution), les terroirs de Cherville et de Machery ainsi que les prés d’Oinville, les terres sont traversées par un faisceau d’allées aux noms très pragmatiques qui rejoignent la pâture en quinconce : avenue tendant de Baronville à Machery, avenue tendant à Oinville, avenue aux vaches, avenue le long du bois du parc, avenue du bois du buisson Hamard, plus large, bordée d’arbres et à "deux trottoirs", dite aussi l’allée aux carrosses, ce qui laisse présager que les seigneurs empruntaient cette entrée à partir de Chartres, en passant par Oinville. La rivière de la Voise délimite le domaine parsemé ici et là par des mares et une fontaine. Le colombier se trouve dans la pâture, non loin des champs à blé matérialisés par la couleur jaune.

Du château Louis XIII au château néo-Louis XIII Le rachat de Baronville par le fils de M. d'Aligre vignette|redresse|Étienne-François d'Aligre (1727-1798). Dès 1791, l’ancienne seigneurie d’Étienne-François d’Aligre commence à être démantelée et vendue en bien national. Le sieur Barré acquiert la ferme des Barres moyennant la somme de 40 300 livres au profit de Louis Labiche, ancien fermier de M. d’AligreA.D.28, 1 Q P-V, art. 2, ., en réalité au profit du Premier Président au Parlement de Paris (le marquis d'Aligre) qui ne demeure plus en son hôtel, rue de Bondy (actuelle rue René-Boulanger), à Paris. En 1788, il s’est prononcé contre la convocation des États généraux, convaincu qu’il ne peut en résulter que des malheurs. N’ayant pas été entendu, il a démissionné de son poste mais le , à Paris, les émeutiers sont venus le chercher. Il n’a dû sa survie qu’à un ancien domestique, avec lequel il a échangé ses vêtements.. Il fait partie des premiers à quitter la France pour Bruxelles puis Londres. où sa fortune de et demi est placée.. Il finit par rejoindre le continent et meurt à Brunswick en 1798, à l’âge de 71 ans. Son fils, domicilié à Rouen, n’a pas émigré et a pu rentrer en possession de son château de la Rivière près de Pontgouin. Louis Labiche, un des fermiers de M. d'Aligre, est devenu maire de la commune. Il achète le A.D.28, 1 Q P-V, art.15, et 488. la ferme de Béville moyennant , avec la mention qu’il l'acquiert au profit d’Étienne-Jean-François-Charles d’Aligre. Ce dernier, dès le mois d’, rachète les terres de son père et cette fois c'est sa signature qui figure sur l'acte. En thermidor et fructidor, le rythme s’accélère : le château est adjugé au prix de , la ferme du château , la ferme du Luet , celle du Châtaigné , la ferme située à Machery et plusieurs parcelles de terres d'un montant de , ce qui fait un total de .

La succession d'Étienne-Jean-François-Charles d'Aligre vignette|redresse|Étiennette-Marie-Catherine-Charlotte d'Aligre ( 24/12/1791- 21/08/1866). Le , le marquis d'Aligre perdArchives départementales de la Seine-Maritime en ligne : registres paroissiaux de la paroisse de Saint-Ouen à Rouen, 4E 02008. sa femme Marie-Adelaïde-Charlotte Godefroy de Senneville, âgée de dix-neuf ans, quelques jours après qu’elle ait donné naissance à leur filleAD 76 en ligne : registres paroissiaux de la paroisse de Saint-Ouen à Rouen, 3E 00999..

Il se remarie en 1810 avec sa cousine germaine, Louise-Charlotte-Aglaë Camus de Pontcarré.. Le couple demeure sans enfant et se consacre aux œuvres de charité en fondant plusieurs asiles au profit des malades de tous âges, dont les plus importants sont l'Asile d’Aligre, de Lèves, l'Hôpital d'Aligre, de Bourbon-Lancy, celui de Marans, et d'autres encore. Chambellan de la princesse Pauline Bonaparte sous l'Empire, Napoléon lui demande la main de sa fille pour le général Arrighi de Casanova, duc de Padoue, le marquis d'Aligre refuse, elle épousera le marquis de Pomereu. Etienne d'Aligre devient sous la Restauration Pair de France, et président du collège électoral d'Eure-et-Loir. Pour ne pas laisser le nom de sa famille s'éteindre, M. d’Aligre adopte son petit-fils, Étienne-Marie-Charles de Pomereu par ordonnance royale du . Ainsi a-t-il le droit d’ajouter à son nom celui d’Aligre et de prendre le titre de Pair de France et de troisième marquis d’Aligre, au décès de son grand-père survenu le , rue d’Anjou à Paris.