vignette|redresse|Église Notre-Dame de Saint-Saturnin. vignette|redresse|Portail trilobé de l'église Saint-Michel d'Aiguilhe. vignette|redresse|Abbatiale Saint-Austremoine d'Issoire. vignette|redresse|Église Saint-Julien de Chauriat, église majeure de type incomplet. vignette|redresse|Église Saint-Georges d'Ydes-Bourg. vignette|redresse|Chapelle funéraire de Chambon-sur-Lac. L'art roman auvergnat est une variété notable de l'art roman qui s'est développée en Auvergne aux . Elle se caractérise par sa richesse ornementale et l'homogénéité de son style.

Par extension, on y inclut la petite province du Velay qui fut souvent placée sous la même couronne comtale à cette époque.

Domaine géographique L'Auvergne historique correspond au diocèse primitif de Clermont, lui-même calqué sur l'ancienne cité des Arvernes. Ce diocèse remontait très au nord et couvrait la limagne et la montagne bourbonnaise. En 1317, il fut partagé en deux avec la création du diocèse de Saint-Flour. Cette partition n'est pas à prendre en compte ici car elle est très postérieure à l'époque romane. Certains auteurs, comme Bruno Phalip, catégorisent l'art roman auvergnat selon trois aires territoriales : la Basse-Auvergne, la Haute-Auvergne et le Velay.. Félix Thiollier souligne que certaines caractéristiques majeurs de l'art roman auvergnat ne figurent plus dans celui du Velay ..

Les églises dites « majeures » L'art roman dans ce qui est considéré aujourd'hui comme la Basse-Auvergne est dominé par un groupe d'une dizaine d'églises dites « majeures ». (et non cinq comme on le lit souvent). Toutes sont situées dans un rayon de 30 kilomètres autour de Clermont-Ferrand. Initialement toutes les églises présentaient probablement les mêmes caractéristiques de structure et d'ornementation, mais les églises majeures de type incomplet ont perdu certaines de ces caractéristiques à la suite de remaniements ou de restaurations.

Ce concept d'église majeure a été développé par des historiens tels que Louis Bréhier, André Gybal ou Pierre Balme dans la période allant de 1900 à 1970. Bernard Craplet le reprend encore dans les quatre éditions de son ouvrage Auvergne romane (dont la dernière parue en 1972 aux éditions Zodiaque)Bernard Craplet, Auvergne romane, Éditions Zodiaque, 1958, .Dominique de Larouzière-Montlosier, L'invention romane en Auvergne: de la poutre à la voûte, éditions Créer, 2002.. Il est aujourd'hui remis en question par certains spécialistes comme Bruno Phalip..Bruno Phalip, Une Auvergne médiévale partagée, dans le dossier Marges et « marches » médiévales des Cahiers du Centre d'Histoire Espaces et Cultures (n° 15), Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand, année, ., professeur en histoire de l'art à l'université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, ou Georges Jousse, historien de l'art religieux médiéval. (Prix Achille Allier 2019).

Les églises majeures de type complet Seules cinq de ces églises majeures ont conservé le type complet : la basilique Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand ; l'abbatiale Saint-Austremoine d'Issoire ; la basilique Notre-Dame d'Orcival ; l'église de Saint-Nectaire ; l'église Notre-Dame de Saint-Saturnin.

Les églises majeures de type incomplet Les autres églises majeures de Basse-Auvergne ne sont généralement pas citées comme telles à cause des mutilations et des remaniements qu'elles ont subis :

l'église Saint-Léger d'Ébreuil (abbatiale) qui est la seule église de style carolingien en Auvergne. Bâtie en 961 elle a été reconstruite au , dotée d'un clocher-porche au début du et d'un chevet gothique naissant à la fin ; la collégiale Saint-Victor et Sainte-Couronne d'Ennezat, dont les chanoines ont remplacé le chevet roman par un écrasant chevet gothique au L'art roman dans le Puy-de-Dôme, édité par le Conseil général du Puy-de-Dôme ; l'église abbatiale de MozacAlain Dierkens, Une abbaye médiévale face à son passé, dans Ecrire son histoire: les communautés religieuses régulières face à leur passé, Actes du 5e colloque international du Centre européen de recherches sur les congrégations et ordres religieux, 2002, ., dont le chevet a été détruit par des tremblements de terre au ; l'église Saint-Julien de Chauriat, dont le chevet a été remplacé par un chevet gothique assez banal ; l'église Saint-Martin de Cournon-d'Auvergne, dont le massif barlong, le clocher, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes se sont écroulés au et ont été reconstruits au Impressions romanes, brochure éditée par le Conseil général du Puy-de-Dôme, p.9 ; la basilique Saint-Amable de Riom, dont le transept et le clocher ont été restaurés après la Révolution (1855) ; la collégiale Saint-Cerneuf de Billom, la première église majeure, dont la construction se situerait à la fin du Marcel Pierre et Maryse Pierre, Clochers de Basse-Auvergne, éditions Créer, ., fortement transformée à l'époque gothique.

Les églises majeures disparues Comme églises majeures, il faut ajouter deux édifices disparus : la cathédrale romane de Clermont ; l'abbatiale romane de la Chaise-Dieu. Ces deux édifices romans ont assurément influencé l'ensemble des créations du diocèse..

Caractéristiques des églises dites « majeures » Structure générale du chevet Les églises majeures sont caractérisées par un remarquable chevet constitué d'une disposition ascendante caractérisée par un étagement progressif des massesAnne Courtillé, Martin de Framond et Jacques Porte, Brioude et la basilique Saint-Julien, éditions Créer, Nonette, . et des volumes.

Cette disposition ascendante, qui ménage une progression jusqu'au clocher centralAlain Erlande-Brandenburg, Saint-Nectaire, éditions Jean-Paul Gisserot, ., comporte de bas en haut :

le déambulatoire flanqué de chapelles rayonnantes (sauf à Saint-Saturnin) ; le chœur ; le « massif barlong » prolongé latéralement par les bras du transept ; le clocher octogonal.

Le chœur et le déambulatoire à chapelles rayonnantes Le chevet proprement dit des églises majeures est généralement constitué d'un chœur entouré d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes. Le déambulatoire, qui permet de faire le tour du chœur, facilitait la circulation des fidèles et des pèlerins, très nombreux à l'époque romaneJean Mathé et Annie Crozat-Mathé, Auvergne: Chaîne des Puys, Bourbonnais, Livradois-Forez, Monts du Cantal, Hauts plateaux, Velay, Limagne, Sioule et Combrailles, La Renaissance du Livre, 2000, ..

Les chapelles rayonnantes sont absentes à Saint-Saturnin alors que leur nombre monte à quatre à Issoire, plus une chapelle axiale rectangulaire.

Dans certains cas, comme à Issoire et Saint-Nectaire, les chapelles rayonnantes sont adossées à un pignon surmonté d'un fronton triangulaire bordé d'un cordon de billettes et couronné d'une croix de pierre faisant office d'antéfixe.

Le chevet possède dans chaque cas une décoration remarquable par son abondance et sa polychromie, obtenue par l'utilisation de mosaïques de pierres comme le tuf volcanique, la lave andésite, l'arkose blonde ou le grès rosé.

Le chœur, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes, possèdent une corniche largement débordante soutenue par des modillons à copeaux et ornée d'une frise en damier (sauf à Saint-Nectaire).

Sous la corniche du chœur se déploie généralement une mosaïque polychrome de rosaces (sauf à Orcival). Sous ces mosaïques, les fenêtres du chœur alternent avec des loges rectangulaires abritant chacune trois colonnettes.

Les arcs des fenêtres du déambulatoire et des chapelles sont bordés d'un cordon de billettes et exceptionnellement surmontés de mosaïques de pierres polychromes comme à Issoire.

Le massif barlong vignette|redresse|Massif barlong : schéma explicatif. vignette|redresse|Massif barlong d'Orcival. vignette|redresse|Façade latérale d'Issoire. La silhouette caractéristique des églises romanes majeures de Basse-Auvergne est en bonne part due au « massif barlong » qui renforce l'élan vertical et l'étagement des volumes.

Le « massif barlong » (« barlong » signifiant « allongé transversalement ») est le massif fortement surélevé et perpendiculaire à l'axe de l'église qui surmonte la croisée du transept et est couronné par le clocher. Il est .

Le massif barlong auvergnat possède deux toits en appentis qui encadrent la naissance du clocher.

Les faces du massif barlong sont généralement ornées d'arcatures ornées d'un cordon de billettes (Ennezat, Chauriat) ou de claveaux polychromes (Saint-Saturnin, Issoire). Curieusement, les faces du massif barlong de Saint-Nectaire ne possèdent pas ces séries d'arcatures.

Le massif barlong d'Issoire possède également un décor de baguettes.

Le clocher octogonal Toutes les églises majeures possèdent un clocher octogonal mais seules les églises de Saint-Saturnin et Orcival ont conservé leur clocher d'origine, Ennezat, Menat et Thuret ayant conservé uniquement le premier étage d'origine.

Chaque face du clocher octogonal est percée de fenêtres géminées ornées d'un cordon de billettes (Ennezat, Saint-Nectaire, Chauriat) ou de claveaux polychromes (Issoire).

Le clocher rappelle la forme des édicules funéraires antiques. Il rappelle ainsi que l'église est un tombeau où l'homme est appelé a renaître. Le chevet lui-même rappelle cette symbolique..

Les façades latérales de la nef et du transept Les églises majeures présentent toutes la même structure des façades latérales de la nef et du transept : les fenêtres de ces façades, bordées d'un cordon de billettes, sont logées sous de grands arcs saillants appelés arcs de raidissement surmontés de triplets de baies aveugles.

Seule varie la position de la porte méridionale, qui se situe parfois au niveau de la nef et parfois au niveau du transept.

L'intérieur La nef est généralement couverte d'un berceau.

Le transept présente souvent une décoration typique faite d'un triplet constitué d'une arcature surmontée d'un arc en mitre encadrée de deux arcatures surmontées chacune d'un arc en plein cintre. Ce triplet orne les murs du transept de Notre-Dame-du-Port, Issoire, Orcival, Saint-Nectaire, Ennezat, Chauriat et Courpière.

Le chœur, voûté en cul-de-four, est entouré de six ou huit colonnes couronnées de chapiteaux historiés supportant des arcs surhaussés surmontés d'une deuxième série de baies, alternativement ajourées et aveugles. Il est parfois entièrement polychrome comme à Issoire, mais il subsiste généralement des traces de polychromie au moins au niveau des chapiteaux.

Les peintures murales À l'époque, une église n'était pas considérée comme achevée si elle n'avait pas reçue au minimum un badigeon de chaux sur l'enduit et les pierres de taille, en attendant la peinture. Cette peinture « contribuait donc à distinguer l'espace extérieur, matériel et profane, de l'espace intérieur, spirituel et sacré »Yves Morvan, Les peintures intérieures, Bulletin n°26 de l'association des amis du vieux Pont-du-Château, 1995..

Art roman influencé par l'architecture hispano-mauresque

vignette|redresse|Portail trilobé de l'église Saint-Michel d'Aiguilhe. L'arc polylobé, caractéristique de l'architecture omeyyade du califat de Cordoue, se répandit peut-être dans l'architecture romane par le biais de l'influence des pèlerins le long des grandes routes françaises du Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ce type d'arc se répandit en Velay et en Auvergne par le biais de la Via Podiensis.

On trouve ainsi des arcs trilobés ou polylobés sur le portail, les fenêtres ou les façades des édifices suivants : Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay (petits arcs trilobés sur la façade occidentale et sur le clocher) Église Saint-Michel d'Aiguilhe (portail trilobé) Chapelle Saint-Clair d'Aiguilhe (arcs trilobés sur les pans de façade de la chapelle hexagonale) Prieuré de Chanteuges (fenêtres trilobées) Église Saint-Ménélé de Menat Église de Saint-Hilaire-la-Croix Église Saint-Médulphe de Saint-Myon