vignette|Lycée Janson de Sailly, 1884 (année de fondation). Georges Thomann en classe de (debout, à partir de la droite). Photo J.David vignette|Médaille DEWEZ de 1903 décernée à Georges Thomann pour sa traversée de Sassandra à Séguéla en 1902. Cette médaille n'est attribuée qu'à une seule personne par an. Georges Thomann (1872-1943) est un explorateur et un administrateur colonial français. Fondateur du Cercle de Sassandra, Côte d'Ivoire, il contribue aux connaissances en ethnologie, topographie et linguistique africaines de l'époque grâce à ses nombreuses publications.

Biographie Georges Thomann est né le au Mans dans la Sarthe. C'est le fils de Laurent Edmond Thomann, officier de cavalerie alsacien et propriétaire vigneron, et de Eugénie Adeline Collet Introduction de Christophe Wondji, in Carnets de route en Côte d'Ivoire, page 7 à 17.. Il entre en au Lycée Janson de Sailly en 1884, année de fondation du lycée, puis étudie à Compiègne, Joigny, Auxerre, Melun en fonction des affectations de son père. Il est fonctionnaire des colonies de 1893 à 1927 et meurt le dans sa maison, 9 rue Cantin à Courbevoie.

Cercle de Sassandra (Côte d’Ivoire) 1893-1907 Il perd sa mère à et abandonne des études pourtant brillantes pour s'engager en 1890 dans un régiment de dragons. Trois ans plus tard, son service militaire obligatoire terminé, il quitte l'armée sans regret. Son père le recommande alors à son ami, le capitaine Louis-Gustave Binger, un Alsacien récemment nommé Gouverneur de la Côte d'Ivoire..

Celui-ci le recrute comme commis aux Affaires Indigènes de la nouvelle colonie. Il embarque sur Le Capitaine Ménard et arrive à Sassandra le pour fonder le premier cercle de Sassandra. alt=Itinéraire Mission Thomann 1902, de Sassandra à Séguéla, Côte d'Ivoire (in Journal des voyages )|vignette|Itinéraire Mission Thomann 1902, de Sassandra à Séguéla, Côte d'Ivoire (in Journal des voyages du 7 juin 1903) Il est âgé de à peine, bachelier (première partie), lecteur de Victor Hugo, d’Émile Zola et d'Anatole France, et profondément républicain.

Louis-Gustave Binger le présente rapidement au chef indigène du pays auquel il recommande de lui obéir comme au représentant de la France. Laissant Georges Thomann seul avec quelques vivres,  le gouverneur s’apprête à regagner le bateau lorsque celui-ci lui demande timidement « Quelles sont vos instructions ? ». Binger saute dans la baleinière qui l’attendait et lui répond : « Débrouillez-vous! ». Deux mots seulement, mais dans ces deux mots tout un programme. Binger ne s'était il pas débrouillé tout seul dans la boucle du Niger ?

Georges Thomann sympathise rapidement avec les habitants de Sassandra, les Néyo (ou Néyau) et parle de leur chef Zago en terme plutôt élogieux ce qui est assez remarquable à l'époque. Il sera tout au cours de sa carrière partisan de la « méthode pacifiste ».

Conscient de l'importance de la connaissance des langues pour les échanges avec les populations, et très admiratif du travail de Maurice Delafosse, son ami et collègue, il prend des notes qui constitueront ses Carnets de voyage et son futur Essai de manuel de la langue néouolé.

Ces témoignages d'un autodidacte éclairé, en même temps fonctionnaire soucieux d'accomplir sa mission coloniale et homme plein d'empathie et de curiosité pour les populations rencontrées sont très précieux pour comprendre cette période.

Nommé à Grand-Lahou et en pays Baoulé, puis au cercle de Béréby après une escale dans l'administration centrale de la colonie à Grand-Bassam, il retourne à Sassandra en 1897.

Il mènera de nombreuses expéditions en remontant le fleuve Sassandra et ses affluents. Ayant réussi la fameuse jonction Golfe de Guinée – Soudan, grâce à ses nombreuses amitiés locales, il ne restera pourtant pas dans les annales coloniales de la France (peut-être en raison de la liberté de ton de ses écrits, souvent critiques à l’égard de l'armée, de l'administration et du gouvernement).

Mission Thomann, de Sassandra à Séguéla : 1902 Georges Thomann a et pense avoir suffisamment d’expérience de la région pour tenter une traversée entre Sassandra et Séguéla avec une équipe légère. Ses supérieurs ne souhaitent pas en prendre la responsabilité et il n’a ni ordre, ni autorisation, ni interdiction du Gouverneur. Il engage une partie de ses finances en espérant un remboursement en cas de succès et achète la pacotille nécessaire au voyage par une « petite subvention » du Comité de l’Afrique Française. Il se lance, seul européen, avec 11 miliciens, 2 interprètes, 6 boys et 52 porteurs pour tenter pacifiquement ce que 2 missions avaient tentées vainement en utilisant la force (Blondiaux-1898, Woelfel-Mangin/Hostains-d’Ollone-1899). La traversée est réalisée en , du au à travers de forêt vierge. À l’arrivée à Séguéla, il montre fièrement au lieutenant Cornet sa caisse de cartouches, intacte.

La traversée portera le nom de « Mission Thomann », lui vaudra la médaille de Chevalier de la Légion d’honneur en 1903, la médaille DEWEZ de la Société de Géographie Commerciale de Paris en 1903 et la médaille d’or du « Journal des Voyages » en 1904.

Cercle d’Aboisso (Côte d’Ivoire) : 1907-1909 En 1907 il est muté à Aboisso, dans le cercle d'Assinie, à l'extrémité est de la Côte d'Ivoire où il s'installe avec sa femme Germaine. Ils y perdront leur premier fils et c'est pour consoler sa femme qu'il consent à l'emmener en expédition à travers le Samvi. Elle rédige alors le récit d'Une Parisienne à la Côte d'Ivoire (1907-1909) où l'on comprend tout l'amour qu'elle a pour son mari, mais aussi toute la critique qu'elle porte sur les notions de "paix", "progrès", "commerce", "plantations" etc. qu'il répète tout au long de la route, mais qui n'ont comme ultime but que de faire payer plus d’impôts aux populations. vignette|De Sassandra à Séguéla par Georges Thomann, Journal des voyages , du 25 octobre 1903 Son séjour à Aboisso est marqué par des évènements graves qui l'opposent à la monarchie Sanwi, dont la capitale est à Krinjabo, plus au sud. En 1908, il fait arrêter et destituer le roi Somian Boleba, qui s’était opposé à la remise en cause de la coutume Sanwi. Le roi déchu est remplacé par Amon Assémian, fils du roi Amon Ndoufou II, mais qui n’est pas l’héritier légitime. Amon Assémian ne donne pas, lui non plus, satisfaction. Impliqué dans une affaire de trafic d’armes qui aurait bénéficié à des résistances armées dans le Nzi Comoé et à Séguéla, il est arrêté. Vingt jours plus tard, le , on annonce qu’il est mort pendu en prison et on invoque un suicide. Le chef du village d’Aboisso, Anohi, dénonce un assassinat, ameute la population et projette de s’emparer de la poudrière. Son projet étant révélé par des informateurs, Anohi est arrêté à son tour et envoyé à Bingerville, le chef-lieu de la colonieLazare KOFFI KOFFI, La France contre la Côte d'Ivoire : Aux origines, la guerre contre le Sanwi (1843-1940). Paris, L'Harmattan, 2011.

Thomann quitte la colonie en 1909 quand ses idées pacifistes sont définitivement supplantées par les partisans de la « méthode de force ».

Afrique Equatoriale Française (AEF) : 1910-1927 Affecté au Moyen–Congo, il participe, de 1910 à 1913 à la pacification du Likouala Mossaka en tant qu’Administrateur du Cercle. Il y rencontre les frères Tréchot qui y sont concessionnaires.

Il est mobilisé en 1914 et affecté au Gabon où il devient inspecteur des affaires administratives. Il enquêtera notamment sur les affaires reprochées à l’Administrateur Gaffory et sur celles reprochées à l’Administrateur Joseph Michel.

Du au il est gouverneur du Gabon par Intérim. Pendant son interim, Albert Schweitzer et sa femme sont arrêtés, considérés comme prisonniers de guerre et envoyés en France. Lui-même pense que ce sont des espions Allemands. Après la guerre il est réaffecté au Congo.

Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) : 1925 En , Georges Thomann est chargé par le gouverneur Général Victor Augagneur d’un rapport sur le recrutement et le ravitaillement de la main d’œuvre du chantier du chemin de fer. Georges Thomann préconise, le , un recrutement de proximité, une alimentation basée sur le manioc frais et un bon traitement car « A la condition de ne pas être trop éloigné de chez lui, de ne pas aliéner sa liberté sur une trop longue période et surtout d’être bien nourri, il travaillera tant qu’on voudra ».

Le , après le début des travaux à Brazzaville, le gouverneur général Augagneur signe une convention avec la Société de construction des Batignolles (SCB) qui doit réaliser les travaux de construction de la voie sur à partir de Pointe Noire. La gestion de la main d’œuvre est confiée au chef de circonscription du chemin de fer en cumul de ses fonctions existantes.

Le , un nouveau gouverneur général de l’AEF est nommé, Raphaël Antonetti. Il interroge immédiatement Georges Thomann au sujet des conditions dans lesquelles une route carrossable peut être construite entre Brazzaville et Pointe Noire en parallèle du Chemin de fer. Thomann désapprouve et répond le qu’il faudrait des travaux considérables entraînant des frais énormes. vignette|Chemin de fer Congo-Océan, "grand remblai du Kil", entre Pointe Noire et Hinda, 7 janvier 1925. Photo Georges Thomann vignette|Le train en gare de Hinda, république du Congo, 7 janvier 1925. Photo Georges Thomann Le , Georges Thomann est nommé Directeur de la main d’œuvre du Chemin de fer Congo-Océan. Le , il reconnaît le plateau de Mavouadi et décide d’y installer un camp provisoire. En mars, il se plaint du manque de personnel, il a dans son service sur de chantier pour surveiller la manière dont les Batignolles utilisent la main d’œuvre. À la suite d'un constat de mortalité anormale sur le chantier de la route, on lui confie la responsabilité de la main d’œuvre sur les deux chantiers. Avec le médecin-chef Lefrou, il remonte les problèmes : absence de visite d’incorporation pour les travailleurs de la route, manque de couverture, abris insuffisants, acclimatation difficile, début d’épidémieMusée du Quai Branly. Département des archives. Fonds Georges Thomann.. vignette|Indication manuscrite au dos "Camp dans la forêt de Mayombe, Congo Français". Sans doute la reconnaissance du plateau de Mavouadi en janvier 1925. vignette| Extrait Original du "Rapport sur le fonctionnement du SERVICE DE LA MAIN D'OEUVRE du Chemin de fer Congo-Océan, du 3 juillet 1925", rédigé par Georges THOMANN, Directeur du Service. Ce passage sera cité par Robert Poulaine dans son livre Etapes Africaines (1930) Le docteur Lefrou fera éditer en 1927 une étude critique "considérations médicales sur le personnel des chantiers de construction du CFCO. et en adressera un exemplaire à Georges Thomann : "L’exemplaire envoyé vous rappellera notre vie commune à la Main d’œuvre... Je doute que mon modeste travail ait une répercussion heureuse sur le problème de la main d’œuvre au Congo et ailleurs. Enfin « verba volant, scripta manent », de mon passage au chemin de fer, il y aura toujours une trace quelque part."

Le , Louis Tréchot écrit à Georges Thomann qu’il a envoyé une lettre à l’administrateur Marchand signalant la mortalité et la maladie des indigènes de la Mossaka sur le chantier du CFCO. Il conseille à Georges  Thomann de mettre les problèmes en avant pour qu’on ne lui reproche pas « de ne pas avoir attiré l’attention en temps utile ».