Roger Pingeon, né le à Hauteville-Lompnes (Ain) dans la région du Bugey et mort le à Beaupont (Ain), est un coureur cycliste français.

À la suite d'une carrière en indépendant qui le vit remporter la Polymultipliée lyonnaise (épreuve pourtant ouverte aux professionnels) en 1964, il entame tardivement une carrière professionnelle en 1965 qu'il achève en 1974. Comptant plus d'une trentaine de victoires professionnelles, il a en particulier remporté deux Grands Tours, le Tour de France 1967 et le Tour d'Espagne 1969. Il s'est également classé deuxième du Tour de France 1969, battu par Eddy Merckx.

Après sa carrière cycliste, il a longtemps été consultant sportif à la Télévision suisse romande de 1979 à 1998, en général associé au journaliste Bertrand Duboux. Son frère René, également coureur professionnel en 1969, fut son équipier lors de son Tour d'Espagne victorieux.

Biographie Jeunes années et débuts cyclistes Roger Pingeon est originaire d'Hauteville et plus exactement du hameau des Lésines., situé à du bourg, où ses parents avaient alors une ferme. Il a quatre frères, dont trois frères aînés respectivement nés en 1930, 1932, 1933 et René son frère cadet (né en 1943).. Plutôt bon élève à l'école communale d'Hauteville., il intègre le collège de BelleyBelley étant situé à d'Hauteville, Roger Pingeon est alors pensionnaire. où ses résultats ne lui permettent pas d'obtenir le Brevet. À la suite de cet échec, il revient (vers 1955) à Hauteville, où il intègre un cours d'agriculture, dans lequel il reste deux ans et qui ne le passionne guère. Il décide alors de se former au métier de plombier-zingueurPlombier-zingueur, comme son troisième frère Pierre qui s'installe alors à son compte en 1957, à Tenay.. Pour ce faire, il doit à nouveau être pensionnaire à partir de 1957, dans un établissement scolaire de Bourg-en-Bresse.Sa formation de plombier-zingueur dura neuf mois. (quartier des Vennes). Rentrant chez lui régulièrement, c'est durant cette période qu'il découvre le cyclisme : il y a un club cycliste à Hauteville, dans lequel sont affiliés un voisin des Lésines, Maurice Grigis. et un ami de celui-ci Jean Flochon. C'est avec eux, que Roger Pingeon fait ses premières sorties à bicyclette et qu'il s'initie à la course cycliste. Dès 1957, Roger Pingeon décide donc de se lancer dans la pratique régulière du cyclisme ; dans le but d'ensuite demander une licence à la fédération, il passe une visite médicale à Bourg-en-Bresse (en vue de l'obtention du certificat nécessaire) durant laquelle est détectée une arythmie cardiaque.. Son certificat médical n'est donc pas délivré. Roger Pingeon fait une autre tentative auprès d'un médecin d'Hauteville, qui lui délivre le certificat.. Ce souvenir fera dire à Roger Pingeon :

Roger Pingeon intègre donc le club local dans lequel le coureur phare est Joseph Carrara. (qui passera professionnel trois ans plus tard). De 1957 à 1959, affilié au club local, il gagne plusieurs courses lui permettant de passer de la à la .. En 1959, quelque temps avant de partir au service militaire, il est recruté par l'équipe grenobloise Libéria, alors conduite par Henry Anglade. Il n'aura pas réellement l'occasion de courir sous ses nouvelles couleurs car il est, peu de temps après, appelé pour effectuer son service qui débute par sept mois au camp de La Valbonne. (où il devient instructeur en transmissions) avant de partir quatorze mois en Algérie. où il ne participe pas aux combats.

Il revient fin 1962 d'Algérie.. Il rencontre DanyDany, la première épouse de Roger Pingeon, est alors couturière à Lyon. Elle est d'origine ardèchoise. peu de temps après, qu'il épouse en . Ils deviennent parents de Nicole (née fin 1963) et d'Alain (né début 1965). Roger Pingeon et sa famille s'établissent alors à Tenay où Roger travaille pour le compte de son frère Pierre, comme plombier-zingueur.

Course en indépendant Le retour à la compétition de Roger Pingeon en 1963 n'est guère concluant ; surtout, la possibilité d'intégrer une équipe telle que Libéria a disparu. Il court donc dans une modeste équipe de Bourg-en-Bresse jusqu'à ce qu'il ait la possibilité d'intégrer l'ASEB LyonL'ASEB Lyon était le club « du bâtiment » ; plutôt un club important de la région lyonnaise. (sans doute grâce à Jean Dumont, également originaire du Bugey), club avec lequel il adopte le statut d'indépendant. Pour se donner toutes les chances de réussir et pour réellement évaluer si un avenir professionnel est envisageable, il négocie avec son frère et patron, un arrêt de la plomberie pendant trois mois (entre mars et ) pour se consacrer uniquement au cyclisme.. La tentative est une réussite : Roger Pingeon remporte une quinzaine de victoires pendant le délai défini. Il fait également la rencontre de Paul Gutty qui devient pour lui, une sorte de partenaire de course :

Il envoie donc une candidature spontanée à Gaston Plaud, alors patron de l'équipe cycliste Peugeot qui décline cette proposition et justifie ce refus ainsi : l'année 1964 étant olympique, toutes les places disponibles ont été obtenues par des coureurs de l'équipe de France de retour de Tokyo.. Roger Pingeon continue donc sa carrière d'indépendant et, en , il s'inscrit aux deux courses de la Polymultipliée lyonnaise : celle du samedi (ouverte aux amateurs) et celle du dimanche (ouverte aux indépendants et aux professionnels). Il finit deuxième de la course amateur (derrière Paul Gutty) et remporte la course du dimanche, battant au passage plusieurs coureurs professionnels. Roger Pingeon envoie alors à nouveau une demande à Gaston Plaud. qui cette fois accepte de l'engager ; mais pour un salaire bien en deçà de ce qu'il pouvait avoir en indépendant. Malgré tout, Roger Pingeon devient professionnel au sein de l'équipe Peugeot et se remémore la signature de son premier contrat professionnel ainsi :

Carrière cycliste professionnelle

1965, découverte du professionnalisme La saison 1965 constitue donc la première saison professionnelle de Roger Pingeon au sein de l'équipe Peugeot conduite par Tom Simpson. Il sympathise avec Christian Raymond qui devient son compagnon de chambrée.. Après avoir obtenu la du Critérium du Dauphiné libéré., il participe au Grand Prix du Midi libre qui lui apporte une certaine déconvenue. ; en effet, deuxième de la derrière Roger Milliot. et devant Raymond Mastrotto, après une échappée de ., Roger Pingeon endosse le maillot de leader du général, qu'il porte donc au cours de la et dernière étape. Miroir SprintArticle de Jean Périllat, Miroir Sprint, 993, 14 juin 1965. Consulté le 24 janvier 2013. relate ainsi l'issue de cette :

Fort de cet avantage, Roger Pingeon espère sa première victoire professionnelle ; mais les choses ne se déroulent pas ainsi lors de la : il voit une bonne partie de son équipe (dont Simpson son leader) rouler contre lui. Il finit tout de même à une honorable place au général. Cette opposition inattendue semble trouver son origine dans une volonté de l'organisateurL'organisateur du Midi Libre se nommait Busnel et était surnommé le « petit Busnel » pour le distinguer de Robert Busnel (joueur de basket-ball), surnommé le « grand Busnel ». d'offrir au Midi Libre un vainqueur prestigieux et surtout pas un « néo-pro ». C'est en tout cas ce que rapporte Jean Périllat : .Jean Périllat, Miroir Sprint 993, 14 juin 1965

En 1965, Roger Pingeon découvre également le Tour de France durant lequel il glane quelques places d'honneur ( de la étape à Bordeaux, derrière Jo de Roo. et de la étape courue en contre-la-montre et se terminant au mont Revard.), il subit une chute dans l'Aubisque au cours de la étape (sans trop de conséquences physiques mais qui lui cause un important retard sur les gagnants du jour). et s'adjuge finalement la place au général. En fin de saison, Pingeon se classe du Grand Prix des Nations puis de la Coppa Agostoni.

1966, année des doutes En 1966, Eddy Merckx intègre l'équipe Peugeot, devenant ainsi le leader principal de Roger Pingeon. Il est d'ailleurs présent en mars, au départ de Paris-Nice auquel Pingeon participe également. Dans l'étape 2b courue entre Montceau-les-Mines et Mâcon, il se classe . ce qui lui permet d'endosser le maillot de leader qu'il conserve jusqu'au soir de la étape (le ) quand il abandonne cette place de au classement général à un de ses coéquipiers de chez Peugeot, Désiré Letort.. Le au matin, Roger Pingeon informe ses coéquipiers de ses plans pour la journée. et les met en application en s'échappant dès le début de l'étape 6a (Bastia - Bastia). Malheureusement pour lui, il subit deux crevaisons au cours de cette demi-étape (sans pouvoir être rapidement assisté la seconde fois) ce qui cause chez lui une immense déception. Le à midi, il annonce son abandon de la course et surtout son retrait immédiat du cyclisme professionnel.. Roger Bastide commente ainsi dans Miroir Sprint ce soudain arrêt de sa carrière : Dans le Miroir des Sports de , Pierre Chany relate l'entretien qu'il eût avec Roger Pingeon ce (et auquel Jacques Anquetil — préparant son vélo à proximité — participa) : Des réponses et des encouragements à continuer émanent alors de quelques coureurs présents à proximité (dont Roger Rivière qui évoque ses difficultés à revenir à la suite de son accident au Tour de France 1960), auxquels Roger Pingeon répond :

thumb|Vue du monument à la mémoire de Roger Rivière, dans le col de Perjuret où il eut son grave accident au Tour de France 1960.

— – Roger Pingeon

— – Pierre Chany

— – Roger Pingeon

— – Jacques Anquetil

Roger Pingeon continue pourtant la compétition professionnelle (malgré ses déclarations) et il obtient même la deuxième place au Critérium national (couru fin mars et dont il gagne la seconde étape.). Cependant, au mois de juin, une seconde vague de découragement semble le submerger lors du Critérium du Dauphiné libéré.. En effet, il éprouve quelques difficultés à tenir le rythme et est contraint à l'abandon au cours de l'ascension du col du Chat. Semblant regretter d'être revenu sur sa décision, il annonce à nouveau son retrait du cyclisme professionnel. Ce second renoncement s'apparente au premier par sa conclusion : en effet, Roger Pingeon est bien présent au départ du Tour de France 1966.. Son bon résultat obtenu l'année précédente n'est d'ailleurs pas oublié comme en témoigne François Terbeen dans Miroir du cyclisme, qui rappelle également sa seconde place obtenue au Critérium national durant l'année (derrière Raymond Poulidor). Selon lui,

Roger Pingeon améliore son résultat du Tour de France 1965 en se classant , à du vainqueur Lucien Aimar.. En fin d'année, Pingeon est du Grand Prix des Nations. À l'issue de la saison, ses résultats lui permettent d'obtenir la place du Prestige PernodLe Prestige Pernod est un classement par points créé par le sponsor du même nom et qui récompense le coureur français ayant remporté le plus de points sur les courses dites majeures du calendrier cycliste de l'année en question. Il ne faut pas le confondre avec le Super Prestige Pernod qui s'adresse à l'ensemble des coureurs. Il existe enfin la Promotion Pernod qui concerne les coureurs français de moins de . Ces classements existent de 1958 à 1987..

1967, consécration

thumb|upright=1.0|Marcel Bidot, DTN de l'équipe de France sur le Tour 1967 (ici en 1929).