La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ou dermatose bovine est une maladie infectieuse virale qui touche les bovins (dont les vaches et les buffles). Elle n’est pas transmissible à l’humain.
Elle est causée par un poxvirus à ADN double brin de la famille des Poxviridés, le virus Capripoxvirus lumpyskinpox aussi connu sous le nom de virus de Neethling. C’est une maladie à déclaration obligatoire pour l'Organisation mondiale de la Santé animale.
La maladie, principalement transmise par des insectes et acariens (tiques) hématophages a un impact économique majeur car elle diminue drastiquement la production animale et le rendement du bétail, et s'accompagne de restrictions commerciales.
La DNC provoque de fortes fièvres, des nodules douloureux et une grande souffrance chez les animaux, avec une mortalité faible. Les animaux infectés par la dermatose nodulaire se rétablissent généralement complètement et aucun porteur chronique du virus n’est documenté. L'émergence de variants modifiant le mode de transmission complique le contrôle et le diagnostic de la maladie.
Le contrôle et l'éradication de la maladie passent par l'application de mesures sanitaires spécifiques, qui dépendent du statut de la maladie dans les zones touchées. Ces mesures incluent la vaccination préventive, la limitation des déplacements de bovins entre zones infectées et zones indemnes, ainsi que l'abattage de troupeaux atteints, cette dernière mesure étant controversée.
Historiquement en Afrique depuis un siècle, la DNC s'étend à partir des années 2000 au Moyen-Orient puis vers le Sud-est européen, et est devenue ainsi émergente en Europe vers 2019. Des cas sont en effet repérés en Grèce, Bulgarie et d'autres pays des Balkans. En France, un premier cas est diagnostiqué le en Savoie, et plus récemment en début au sud de Toulouse (Haute-Garonne), ce qui a engendré une manifestation agricole.
Histoire vignette|gauche|Pays atteint par la dermatose nodulaire en 2022.
La première épizootie recensée a lieu en Zambie en 1929. Depuis, la maladie affecte le bétail de tout le continent africain et de Madagascar. Elle touche ainsi principalement l'Afrique puis l'Asie à partir des années 2000.
En 1989, un foyer est confirmé en Israël. L'île de Chypre présente plusieurs foyers de DNC en 2014 et 2015. La Turquie et la Grèce sont touchées en 2015, puis différents pays des Balkans sont atteints en 2016 et 2017, entraînant la mise en place d'un programme de vaccination généralisé et d'un contrôle du déplacement des animaux. En 2020, l'Asie centrale est touchée et la dermatose nodulaire y devient endémique.
Des vaccins contaminés ont joué un rôle désastreux dans la diffusion de la maladie comme au Kazakhstan (2017-2019), en Inde (2022) probablement par des importations illégales de vaccin, en Russie et en Chine.
En 2018, 2019 et 2022, plusieurs études ont estimé le risque d’introduction de la dermatose nodulaire contagieuse en FranceANSES. Risk of Introduction of Lumpy Skin Disease into France; ANSES Opinion Request No 2016-SA-0120; French Agency for Food, Environmental and Occupational Health & Safety: Maisons-Alfort, France, 2017; p. 134. Available online: https://www.anses.fr/en/system/files/SABA2016SA0120RaEN.pdf. Une étude a examiné le risque d’introduction de la maladie par des vecteurs arthropodes transportés via des camions de transport d’animaux. Le risque annuel d’introduction de la dermatose nodulaire par Stomoxys calcitrans (la mouche charbonneuse) voyageant dans des véhicules de transport d’animaux était estimé entre 0,004 % et 0,32 %. Cette même étude estimait que la probabilité de survenue d’un premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (LSD) en France à la suite de l’introduction de vecteurs infectieux transportés avec des bovins vivants destinés à l’abattoir était quasi nulle. Ce risque était principalement lié à la probabilité que des insectes transportés par les véhicules proviennent de zones à haut risque et pénètrent ensuite dans des exploitations françaises. Une autre analyse de risque s’est concentrée sur l’importation de bovins en France. Les auteurs ont estimé que la probabilité de survenue du premier foyer de LSD à la suite de l’importation de bovins vivants infectés destinés à l’élevage ou à l’engraissement était de 0,54% en été, et de 0,18% hiver.
En , la maladie apparaît en France ; en Savoie, 143 bovins sont abattus, et un plan de vaccination obligatoire est mis en place pour contenir la maladie et éviter une crise durable. . En octobre, 80 foyers y sont identifiés.
Étiologie thumb|Virus de la dermatose nodulaire Le virion mature peut parfois être entouré d’une membrane lipidique d’origine réticulum endoplasmique, formant le virion enveloppé . Le virus est enveloppé et possède à sa surface un complexe d’entrée–fusion. Il est constitué d’un corps latéral, d’une capside et d’un cœur viral. La surface du virion enveloppé est recouverte de nombreux microtubules Le LSDV, pour Lumpy Skin disease virus, est un virus du genre Capripoxvirus, genre responsable de la plupart des maladies virales provoquant d'importantes pertes économiques en Asie et en Afrique. Ce genre comprend trois espèces, outre le LSDV qui touche les bovins, le SPPV (sheepox virus qui touche les ovins donnant la clavelée ou variole ovine) et le GTPV (goatpoxvirus qui touche les caprins donnant la variole caprine).
Il s'agit d'un virus enveloppé à ADN qui contiendrait 156 gènes répartis sur un génome de 151 kilo-paires de bases. Résistant dans l'environnement, il persiste dans les nodules et les croûtes desséchées qu'il cause chez les animaux, jusqu'à 35 jours.
Depuis la première description du virus en 1929 en Zambie, le génome du virus est resté remarquablement stable, comme l’illustrent les analyses génétiques des isolats de terrain africains ne montrant que des différences mineures. De plus, la comparaison des isolats de terrain du Moyen-Orient en 2012 et d’Europe en 2015 avec les isolats africains a également mis en évidence la stabilité génétique du virus.
Depuis 2017, plusieurs virus recombinants sont apparus: En 2017, un nouveau recombinant a été isolé lors d’un foyer actif à Saratov, en Russie. La caractérisation génomique de ce virus a révélé une ossature génétique issue de la souche vaccinale Neethling/LW1959, avec 27 événements majeurs de recombinaison impliquant l’intégration de segments apparentés à la souche vaccinale KSGPO . Un virus présentant une forte identité de séquence avec Saratov/2017 a été isolé à Saratov à la fin de l’année 2019, indiquant la capacité de ce recombinant du virus à survivre à l’hiver rigoureux et aux conditions de gel en Russie. Une seconde souche recombinante du virus a été isolée et caractérisée en en Oudmourtie (Russie), également dans des conditions hivernales rigoureuses. Contrairement au premier recombinant, Saratov/2017, cette seconde souche (Udmurtia/2018) présentait une ossature génomique identique à celle des souches de type KSGPO, avec des segments de Neethling/LW1959 intégrés à la suite d’événements de recombinaison spécifiques entre les deux souches. Ces deux recombinants étaient génétiquement distincts et semblaient limités à des foyers localisés dans des régions spécifiques. Un troisième recombinant nouveau a été identifié à Tioumen, en Russie, en 2019, avec une ossature génomique identique à celle du vaccin Neethling et des motifs génétiques apparentés à la souche vaccinale KSGPO intégrés. Peu après, la description d’un quatrième recombinant nouveau a été rapportée en Chine à partir de 2019. Ce virus s’est rapidement propagé à travers la Chine vers des pays voisins, notamment le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Mongolie, la Russie et la Thaïlande. Cette lignée est actuellement la lignée dominante se propageant en Asie du Sud-Est, y compris en Malaisie, à Singapour et en Indonésie.
Le LSDV est sensible aux rayons lumineux et à plusieurs détergents comme l'éther, le phénol, l'hypochlorite de sodium (eau de Javel), les composants iodés, et les détergents à base d'ammonium quaternaire. Dans les endroits sombres, il peut cependant survivre plusieurs mois.
Physiopathologie thumb|Pathogenèse de la dermatose nodulaire Le virus de la dermatose nodulaire contagieuse infecte l’animal par la piqûre d’un vecteur ou par contact direct à travers des abrasions ou des coupures cutanées. La réplication initiale du virus se produit dans les kératinocytes des couches dermique et épidermique. Par la suite, le virus se propage vers les ganglions lymphatiques régionaux via les vaisseaux lymphatiques, où il infecte différents types de cellules immunitaires. À partir des ganglions lymphatiques régionaux, le virus se dissémine par voie lymphatique vers divers organes et tissus. La virémie survient lorsque le LSDV pénètre dans la circulation sanguine, soit par infection directe des cellules endothéliales tapissant les vaisseaux sanguins, soit par l’intermédiaire de cellules immunitaires infectées qui migrent dans le sang. À partir du sang, le virus se propage ensuite vers de nombreux organes, notamment la peau, les poumons, le foie, l’intestin, la rate et les reins, ce qui conduit finalement au développement de signes cliniques plus sévères, caractérisés par une lymphadénopathie généralisée, de la fièvre et des lésions cutanées étendues.
Épidémiologie Espèces atteintes La dermatose nodulaire contagieuse affecte principalement les bovins d'élevage mais touche également les girafes, les buffles d'Afrique et les impalas. La maladie ne touche pas les petits ruminants excepté dans des conditions expérimentales. Le virus ne provoque pas de signes cliniques chez les moutons ou les chèvres ; toutefois, certaines souches de virus peuvent se répliquer chez ces espèces après inoculation expérimentale.
Avec l’expansion géographique récente de la maladie, des signes cliniques et l’identification moléculaire du virus ont été rapportés chez les chameaux et les gazelles indiennes (Gazella bennettii) vivant à l’état sauvage en Inde en 2022. En outre, la dermatose nodulaire a entraîné une forte mortalité chez les yaks en Chine, ainsi que des signes cliniques chez le gaur (Bos gaurus), le saro continental (Capricornis sumatraensis) et le banteng (Bos javanicus) en Thaïlande en 2021World Organization for Animal Health, LSD, FAQ (2022). Available at: https://www.woah.org/app/uploads/2022/06/faq-lsd-faired-v2-4forpublication.pdf.
Les races domestiques semblent plus impactées que les races sauvages. La majorité des cas de la maladie sont rapportés chez les bovins. Il a été observé que la race, l’âge, la couleur et le sexe de l’animal jouent un rôle dans la susceptibilité à la maladieWeiss, K. E. (1968). Lumpy skin disease virus. Virol. Monogr. 3, 111–131.. Malgré ces facteurs intrinsèques, la maladie peut être contrôlée par la restriction des mouvements des animaux malades et prévenue par des campagnes annuelles de vaccination.
Il ne s'agit pas d'une maladie zoonotique ; l'être humain ne peut pas être infecté.
Morbidité et mortalité La morbidité et la mortalité varient selon les groupes d'animaux touchés, en fonction de la race des animaux, de leur statut immunologique, ainsi que des insectes vecteurs de la maladie. La mortalité est faible, comprise entre 1 et 5 %.
Dans les pays où la dermatose nodulaire contagieuse est endémique, la morbidité atteint les 10 %.
Transmission thumb|400px|Mode de transmission de la dermatose nodulaire