thumb|La Grande Dépression à Besançon a eu des répercussions sur la principale activité économique de la ville, l'horlogerie. Voici une montre de la maison Lip.

La Grande Dépression est une récession économique au niveau mondial qui débute à la suite du krach de 1929 et se poursuit jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. À Besançon, cette période se traduit par une baisse significative de l'activité économique et du nombre d'emplois notamment dans le secteur principal de la ville, l'horlogerie. Entre 1930 et 1938, une centaine d'entreprises horlogères, bancaires et alimentaires font faillite dans la capitale comtoise et disparaissent, et celles qui restent enregistrent des baisses de chiffre d'affaires considérables et survivent tant bien que mal.

Cette crise prend également un aspect social par rapport au chômage, aux mesures d'aide sociales et aux revendications syndicales que la récession entraîne. À Besançon, cet aspect est illustré par le nombre de chômeurs, qui explose de manière comparable, par les aides sociales directement liées et par le nombre de grèves alors en hausse dans la ville.

La Grande Dépression se termine lors de l'entrée en guerre de la France en 1939. En , la ville de Besançon est prise par les Allemands.

Contexte historique

Économie de la fin du à la fin des années 1920 thumb|right|Un ouvrier horloger posant les cadrans et les aiguilles d'une montre dans un atelier de la ville, au début du .

À la fin du , Besançon fait face à une rupture de la progression économique suivie d'une période de stagnation, après plusieurs années de croissanceLa crise des années 1930 à Besançon, page 13.. Cela s'explique par le déclin des plants viticoles, alors très présents dans la capitale comtoise, décimés par le mildiou et ensuite anéantis par le phylloxéraMémoires de Bregille, page 232.Histoire de la viticulture à Besançon sur le site officiel de la ville (consulté le 30 juillet 2010).Besançon autrefois, page 73. ; les vignerons de l'époque qui se retrouvent alors sans activité n'envisagent pas de replanter de nouvelles vignes par la suite, découragés également par la concurrence d'autres cépages, beaucoup plus attractifs. En 1900, il reste 603 hectares de vignes dans la ville et la banlieue et à peine 151 hectares en 1929.

thumb|left|Quelques pieds de vigne à Bregille dans les années 1880.

S'ajoute à la disparition du vignoble bisontin une crise de l'horlogerie, alors l'une des seules activités industrielles de Besançon : la production passe de montres en 1883Besançon autrefois, page 75. à en 1888. En cause de cette crise horlogère, la mécanisation, qui s'installe difficilement dans les mœurs, entraîne une baisse considérable de compétitivité, notamment face aux Suisses et aux AméricainsLa crise des années 1930 à Besançon, page 14.. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la ville reprenne une croissance, notamment par la reconstruction et l'urbanisation de la ville mais aussi grâce à l'implantation de nouveaux secteurs industriels, comme l'usine de soieries Weil, et la création d'un centre thermal, qui propulse la ville sous une ère de prospérité nommée Besançon-les-Bains mais disparaît complètement à la fin des années 1910.

Après la guerre, la ville croît lentement mais sûrement après la longue stagnation. Elle passe de habitants en 1921 à en 1926 (une accroissement démographique de 4,2 %) et accueillant de nouvelles usines : bonneteries et confections, constructions mécaniques, compteurs de Montrouge. En plus, l'accueil de la Foire comtoise à partir de 1921 contribue à la promotion de l'économie bisontine, qui se développe de plus en plus également grâce à la formation de la économique « Franche-Comté - Haute-Alsace » autour de la capitale comtoise mais se révélera finalement être d'une faible utilité. Enfin, un autre élément va jouer sur la croissance économique : la réalisation du canal du Rhône au Rhin, qui voit apparaître de nouveaux projet comme la future création d'un port fluvial dans la ville.

Principaux traits économiques juste avant la crise En 1930, la préfecture du Doubs a dressé une liste des principales entreprises bisontines ui en comptait 42 embauchant 20 personnes ou plus et totalisant plus de salariés, répartis essentiellement dans l'horlogerie, le textile, la métallurgie et l'alimentaireLa crise des années 1930 à Besançon, page 17.. Cependant, le classement ne tient pas compte des ouvriers travaillant à domicile, nombreux dans les secteurs de l'horlogerie et du textileLa crise des années 1930 à Besançon, page 18.. C'est ainsi que pour l'entreprise Weil, par exemple, qui compte d'après la préfecture 68 employés, embauche vraiment plus de 600 personnes, environ 532 à domicile. En plus, la part des petites entreprises de moins de 20 employés, n'est pas décomptée, mais la ville compte un très grand nombre de petites entreprises qui, toutes réunies, sont autant voire parfois plus importantes que la somme des ouvriers des grandes entreprises.

L'horlogerie est un secteur particulièrement développé à Besançon depuis l'arrivée de Laurent Mégevand, après la Révolution française, qui sera l'instigateur du pôle industriel horloger de la villeLaurent Megevand sur Racinescomtoises.net (consulté le 7 septembre 2010).Bibliographie franc-comtoise 1980-1990, page 52.Les Suisses et l'horlogerie à Besançon, sur Migrations.Besançon.fr (consulté le 7 septembre 2010 ).Besançon sur le site officiel du Larousse (consulté le 11 novembre 2010)., mais surtout depuis que la ville a été proclamée Capitale de la montre française lors de l'exposition internationale de 1860. La liste de la préfecture du Doubs montre que l'horlogerie compte employés répartis dans 11 grandes entreprises, mais le nombre total de personnes travaillant de ce secteur est bien plus important : entre et personnes. Donc, la branche horlogère mène à elle seule presque toute la prospérité de la capitale comtoiseLa crise des années 1930 à Besançon, page 23., mais l'horlogerie traverse de grandes difficultés à l'époque. Après plusieurs grandes crises, la croissance horlogère reprend à la suite de la guerre mais reste globalement timide : la production fait état de montres or et montres argent en 1928, soit un total de près de piècesLa crise des années 1930 à Besançon, page 22., bien loin des articles de 1900C. Fohlen, Histoire de Besançon, t. II, p.379.. L'évolution des techniques demandent une réadaptation des ateliers Bisontins, mais les nouvelles demandes des clients font aussi disparaître certaines branches (comme le métier de décorateur-guillaucheur en danger puisque la montre devient un objet utilitaire au lieu d'un simple bijouLa crise des années 1930 à Besançon, page 25.). La ville tente de reprendre le pas : un Institut de chronométrie et micromécanique rattaché à Faculté de sciences (le seul de ce genre en France) est fondéLa crise des années 1930 à Besançon, page 28., et une école d'horlogerie commence à être construite au cours des années 1920, le futur lycée Jules-HaagL'enseignement horloger à Besançon sur Racines-Comtoises.net (consulté le 25 octobre 2010)..

thumb|left|Les soieries des Prés-de-Vaux au début du .

La ville compte également de grandes entreprises d'autres secteurs, comme la métallurgie, le textile et l'alimentation, qui représentent les trois principales branches économiques de Besançon avec l'horlogerieLa crise des années 1930 à Besançon, page 29.. La quantification des employés travaillant dans le secteur de la métallurgie est difficile à évaluer, du fait de la disparition, de la fusion et du changement de propriétaire successif de nombreuses entreprises de ce type. La métallurgie et la mécanique ne sont pas des activités de première place dans la capitale comtoise, même si au début de l'année 1929, le journal « l'Œuvre Sociale » note la recherche de main-d'œuvre locale dans ces domaines. Le secteur de l'alimentation est un peu plus important, notamment avec l'implantation de grossistes, ayant une influence commerciale au-delà de la commune, mais aussi avec l'entreprise de la Brasserie de Besançon, qui produit hl de boissons alcoolisées par an. En plus, il existe deux autres grandes succursales dans la cité : les Docks Franc-Comtois ainsi que Les Économiques Bisontins. Enfin, un des derniers gros secteurs économiques est la branche textile, regroupant plus de 600 ouvriers à travers cinq grandes entreprises, dont la plus importante est la soierie des Prés-de-Vaux, fondée par le comte Hilaire de Chardonnet. Établie à partir de 1890 aux bas de Bregille, cette usine participe significativement à l'offre du bassin d'emploi de la ville et est l'un des piliers de l'économie bisontineLa crise des années 1930 à Besançon, page 30.. La capitale comtoise compte également d'autres entreprises ne faisant pas partie des grands secteurs économiques de la région. On peut citer la papeterie Weibel, la Compagnie de gaz et de l'électricité et quelques grandes entreprises du bâtiment et travaux publicsLa crise des années 1930 à Besançon, page 31..

Nom de l'établissement Activité Nombre d'employés Horlogerie Total entreprises : 11 Total employés : Société des Compteurs Fabrique d'horlogerie Lipmann Société Beauchesne et Bredillot Entreprise Lévy frères Société générale des monteurs de boîtes or Fabrique d'horlogerie Japy Fabrique d'horlogerie Zenith Entreprise Précision Mécanique Entreprise M.Hatot Huguenin Fils et Compagnie Rosa et Billot Fabrique de compteurs Fabrique de montre Fabrique de Cadrans Fabrique d'horlogerie Fabrique d'horlogerie Fabrique d'horlogerie Fabrique de boîtes pour montres Fabrique de pièces d'horlogerie Fabrique de boîtes pour montres Fabrique d'aiguilles Fabrique d'horlogerie 461 245 125 103 84 68 62 57 53 46 30Textile Total entreprises : 6 Total employés : Société de soie artificielle Entreprise Druhen Entreprise Félix Julien Entreprise Weil-Jaudel Entreprise Félix Sœurs Entreprise de confection militaire Fabrique de soie Tricotage mécanique Tricotage mécanique Confection Tricotage mécanique Confection 761 92 83 68 64 59Métallurgie Total entreprises : 9 Total employés : 979 Entreprise S.A.D.I.M. Entreprises Douge et Dolo Entreprise Groslambert Entreprise Terreaux Fonderie Zénith Richert et Laval Entreprise Thieulin Entreprise Beckerich Monnier Machines agricoles Fonderie et mécanique Mécanicien constructeur Gravures chimiques Fonderie de précision Machines et outillages Garage Articles en fer blanc Emboutissage décolletage 250 215 119 93 88 65 46 44 21 Alimentation Total entreprises : 6 Total employés : 653 Docks Franc-Comtois Brasserie de Besançon Les Économiques Bisontins Jacquemin Entreprise A. Sancey Entreprise L. Joliot Alimentation Fabrique de bière Alimentation Chocolaterie Épicerie en gros Épicerie en gros 200 191 119 54 52 37Divers Total entreprises : 10 Total employés : Papeteries Weibel Compagnie de Gaz et Électricité Entreprise Gerst Entreprise Pateu Entreprise Gianoli Entreprise ferroviaire P.L.M. Legardeur Compagnie des Tramways Entreprise Frasque Entreprise Micciolo Fabrique de papier Gaz et éclairage Cartonnage Travaux publics Travaux publics Transports Fabrique de brosses Transport Travaux publics Travaux publics 499 237 170 108 71 58 52 50 35 25 Total Total entreprises : 42 Total employés :

La crise Début et conséquences de la crise au niveau national

La crise de 1929, appelée aussi Grande Dépression, est la période de l'histoire mondiale du krach de 1929 aux États-Unis jusqu'à la Seconde Guerre mondialeAlfred Sauvy, Histoire économique de la France entre les deux guerres (3 vol.) – Paris (1966) : Fayard, 566 p., 627 p. et 467 p.. C'est la plus importante dépression économique du siècle, qui s'accompagne d'une importante déflation et d'une explosion du chômage.