Richard Lefrançois, né à Québec en décembre 1944 et mort à Sherbrooke le , est un sociologue canadien ayant principalement fait sa marque en gérontologie.
Il a été détenteur d'un B. A. ès Sc. soc. avec majeure en sociologie, à l'Université d'Ottawa, puis d'une Maîtrise et d'un Ph.D. dans cette même discipline à l'Université Laval.
Biographie
Après avoir terminé ses études de premier cycle à la Faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa, Richard Lefrançois est recruté comme chercheur junior à la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (le tome 1 du rapport est déposé à Ottawa en 1967 sous le titre : 1763-1969 le spectre d’une armée bicéphale). Parallèlement, il s'inscrit à la maîtrise en sociologie à l'Université Carleton où il remplit des charges d'enseignement. Puis, de 1969 à 1972, il exerce la fonction de Directeur du service de la recherche au Conseil des œuvres et du bien-être de Québec (devenu Centraide en ). Il enseigne jusqu'en 1985 au Département de travail social de l'Université de Sherbrooke, avant d'être rattaché au département de psychologie. Il obtient le rang de professeur titulaire de gérontologie à l'Université de Sherbrooke, en même temps que le titre de chercheur senior à l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke (1984 - 2004). Il complète son Ph.D. en 1979.
Outre ses réalisations en gérontologie, résumées plus loin, il compte à son actif une étude comparative en sociologie de la recherche sociale (conjointement avec des chercheurs de l'université de Caen, dont Claude Martin, François LePoultier et Marc-Henry Soulet). Spécialisé également en méthodes et techniques de recherche, il publie quelques articles dans ce domaine, un manuel de méthodologie scientifique appliquée à la gérontologie, puis un dictionnaire de la recherche en sciences sociales. Il mène des études observationnelles en milieu carcéral sur la criminalité, des travaux en sécurité routière chez les automobilistes aînés (étude de cas-témoins) et sur l'actualisation de leur potentiel en lien avec leur santé globale. Il collabore avec des équipes de chercheurs pour construire et valider divers instruments de mesure, avant de coordonner l'étude longitudinale québécoise multi-cohortes sur le vieillissement psychosocialhttp://www.cihr-irsc.gc.ca/f/documents/working_document.pdf (ELQUEV, 1997 - 2003)http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=15184561. Richard Lefrançois est le concepteur du premier programme canadien de doctorat en gérontologie..
À sa retraite à partir de , il prononce des conférences, intervient dans des colloques, participe à des reportages et à des documentaires. Il tient une chronique mensuelle au journal La Tribune jusqu'en , ainsi qu'un blog gérontologique http://tribune-age.over-blog.com.
En 2011, l'Association québécoise de gérontologie lui décerne le prix reconnaissance Nicolas Zay pour souligner son engagement en recherche, en formation et en vulgarisation scientifique. Il est finaliste au grand prix du livre de la Ville de Sherbrooke (2006) pour son essai Les Nouvelles Frontières de l'âge.
Il décède à Sherbrooke en .
Contribution à la gérontologie
Dans Introduction à la psychologie positive (Paris, Dunod, 2014), Jacques Lecomte rapporte que Richard Lefrançois "considère l'avènement du vieillissement humain comme une quatrième révolution (après la montée du néolibéralisme, l'explosion des technologies et les progrès de la génétique)". Pour Lefrançois, le marque effectivement l'entrée en scène d'une figure inédite, lHomo senectus (Voir sur le web dans Libération, l'article de Jean-Christophe Féraud, Homo Senectus, ). Ce personnage est l’aboutissement d’une longue marche historique au cours de laquelle la durée de vie moyenne des individus ne cesse de se rapprocher https://www.liberation.fr/futurs/2013/02/17/homo-senectus_882552 de celle de la longévité maximale de notre espèce, arbitrairement fixée à 122 ans selon la performance attestée de la doyenne de l'humanité, la Française Jeanne Calment. Douze attributs principaux caractérisent ce nouvel acteur emblématique des temps modernes dont il trace le contour à la fois comme sujet vieillissant et comme catégorie sociale distincte. Longévité, espérance de vie, centenaire, transmission, engagement social, tels sont les concepts fétiches émergents.
Attributs
Démographiques En Occident, au tournant des années 1980, le vieillissement démographique (élévation du ratio personnes âgées/population totale: augmentation relative) et la gérontocroissance (hausse de l'effectif des personnes âgées dans la population: augmentation absolue) connaissent une poussée exceptionnelle (Voir l'intervention de Claude-Michel Loriaux au Séminaire IDC, plateforme de Paris, "Du vieillissement démographique à la solidarité intergénérationnelle : plaidoyer pour un nouveau contrat social", 2019). Ces faits apparentés sont attribuables à l'avènement du régime post-transition (voir : transition démographique), notable dans les pays développés, lequel est caractérisé par l'accentuation du déficit démographique global et par l'accélération du vieillissement populationnel, soit l'accroissement de l'âge moyen. (Voir numéro de du "Le monde diplomatique"). Le fait que l'espérance de vie à la naissance des Occidentaux ait doublé en l'espace de 150 ans est un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité. Aller plus loin encore relève du défi. Selon Olshanski, Carnes et Desquelles, cela dépendra de notre capacité de ralentir notre horloge biologique produisant les désordres moléculaires dans l'organisme, ce qui paraît hautement improbable (cité dans Les nouvelles frontières de l'âge, page 76. Olshansky, S. J., Carnes, B. A. et Désesquelles, A. (2001), «Prospects for human Longevity», Science, n° 291, p. 1491-1492.
Sur le plan de la prospective démographique, l'on assiste à l'allongement de l'espérance de vie (cette réduction de la mortalité suscite un gonflement d'effectif au sommet de la pyramide des âges), induite en grande partie par l'avancée en âge de la génération du baby boom (personnes nées entre 1946 et 1960) et la chute sensible du taux de natalité (vieillissement par le bas). Localement, les flux migratoires contribuent à l'irruption du vieillissement démographique et de la gérontocroissance, même s'ils jouent habituellement un rôle marginal à cet égard.
Dans Les Nouvelles Frontières de l'âge, quand Lefrançois évoque le « vieillissement sociétal », il parle aussi de « sénescence de la société et de la culture occidentale » (Lefrançois, 2004, chapitre 13). En nous livrant sa perception personnelle du fonctionnement et de l’avenir des sociétés qui seraient affectées par le vieillissement, il opte en définitive pour une adhésion au clan des « pessimistes » de notre prologue et propose une analyse qui prend le parti de personnifier la société. Nous pensons, au risque de nous répéter, qu’il serait plus pertinent de considérer, sans jugement moral, le vieillissement sociétal comme un « fait social total », c’est-à-dire une logique qui met « en branle la totalité de la société et de ses institutions » pour reprendre les termes de la définition de Marcel Mauss (source : Laurent Nowik, L'Avancée en âge dans les sociétés de la longévité, thèse doctorale, Paris, Nanterre, 2016).
Sanitaires L'amélioration générale du bilan sanitaire des aînés, surtout avant l'âge de 75 ans, a pour retombée positive de différer la période de l'entrée en incapacité. C'est ce qui explique qu'une majorité d'eux vivent à leur domicile de façon autonome. Non seulement les dysfonctionnements physiques ou psychiques sont-ils retardés, mais la dépendance fonctionnelle requérant une prise en charge lourde et coûteuse se voit écourtée (compression de la morbidité) ; les progrès de l'intervention médicale pluridisciplinaire, la mise en œuvre des nouveaux outils de prévention, de dépistage et de soins, dont des thérapies et médicaments plus performants, de bénéfiques comportements de santé adoptés par les aînés (responsabilisation citoyenne) et des mesures hygiéniques plus efficaces expliquent pour l'essentiel ce succès. (Voir Hébert, R., & Arcand, M. Précis pratique de gériatrie, , Maloine, Montréal, 2007). Mais tous les aînés n'ont pas de conduite irréprochable. Outre, les facteurs étiologiques reliés à la génétique, les mauvaises habitudes de vie (alcoolisme, malbouffe, tabagisme et toxicité environnementale) sont notamment évoqués et pointés du doigt.
En revanche, montent en flèche les pathologies neurodégénératives (par exemple, maladie d'Alzheimer, maladie de Parkinson), d'autres types de déficits cognitifs (par exemple, altération de la mémoire, de la perception et de l'organisation de la pensée). Les maladies chroniques persistent certes en raison de l'hypervieillissement (cancer, diabète, ACV, etc.), ce qui inclut celles altérant la psychomotricité (par exemple, ostéoporose, arthrite, troubles du sommeil, chutes avec fractures, incontinence urinaire, dénutrition). Malgré leur prégnance ce qui occasionne des besoins grandissants en soins de longue durée (CHSLD au Québec), ces troubles de la vieillesse surviennent plus tardivement et sont mieux contrôlés;
Socio-économiques Se distinguent des modes et parcours de vie de plus en plus novateurs et hétérogènes (qu'il s'agisse de la féminisation de la vieillesse due notamment à la surmortalité masculine, de l'engagement socio-économique versus solitude et isolement ou de la participation communautaire versus déprise et désengagement). Lefrançois relève au chapitre de ce vieillissement différentiel trois grands profils : acteur (solidarisation, fort engagement, don de soi), spectateur (consommation, accent sur les loisirs, réalisation de soi) et décrocheur (exclusion, retrait de la vie sociale, perte de soi);
Le temps de la vie passé à la retraite est encore en légère progression dans l'Occident au détriment de celui de la vie active (tenant compte de l'entrée légèrement plus tardive des jeunes sur le marché de l'emploi, de la réduction des heures ouvrées toutes causes confondues). Mais la situation évolue rapidement, au gré des politiques sociales qui fluctuent d'un pays à l'autre, des pressions pour instaurer de nouveaux seuils et des inégalités suscitées par l'économie. Cette retraite bonifiée et allongée est certes attribuable à une meilleure espérance de vie, une réalité qui un jour ou l'autre est appelée à fléchir. Pour l'instant, la durée de la retraite se maintient donc en dépit du nombre accru de personnes vieillissantes qui choisissent de reporter leur départ à la retraite, ou de retraités qui optent pour un retour écourté sur le marché de la main-d'œuvre;
La contribution éducative et socio-économique des personnes aînées, directe ou indirecte, est significative (par exemple, mentorat, transmission intergénérationnelle ou patrimoniale, bénévolat, grand-parentalité, travail post-retraite, consommation de biens et services de toutes sortes, transfert successoral, investissements financiers ou placements).
Lorsque l'économie mondialisée ou locale traverse des périodes d'instabilité (récession, abrupte volatilité des marchés), le vieillissement a cette capacité de déployer la fonction de soupape et de stimulant ce qui a pour effet d'amortir les effets délétères de ces soubresauts. L'injection de nouvelles liquidités émanant pour une large part des caisses de retraite et des fonds des aînés permet alors de revitaliser plusieurs pans d'activité en mal de rentabilité. Ce flux d'investissement alimente en même temps un lucratif marché pour seniors qualifié de Silver Economy (par exemple, tourisme, rénovation domiciliaire en période creuse, soins de santé et d'hébergement collectif) incluant de nouveaux créneaux tels les produits anti-aging, la télé-assistance médicale, les services éducatifs (par exemple, l'Université du troisième âge), la domotique et les services de promiscuité.