Après la prise de pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, les relations économiques entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie se détériorèrent rapidement et le commerce se réduisit. Après ces années de tension et de rivalité, l'Allemagne nazie et l'Union soviétique commencèrent à améliorer leurs relations en 1939. En août, les deux pays accrurent leurs relations économiques en signant un accord commercial permettant à l'URSS de transférer des minerais et des produits alimentaires en échange d'armes, de technologies militaires et de machines-outils. Cet accord accompagnait le Pacte germano-soviétique, qui comprenait des protocoles secrets visant à partager l'Europe orientale en sphères d'influence.
Les deux pays accrurent encore leurs échanges en signant un accord commercial plus large en . Ainsi, l'Allemagne recevait des quantités significatives de matières premières nécessaires à son industrie de guerre comme le pétrole, des céréales, du caoutchouc et des minerais et transférait des armes, de la technologie et des machines-outils en Union soviétique. Après que des négociations concernant une possible entrée de l'Union soviétique dans l'Axe échouèrent et ce malgré les demandes réitérées de Staline (transmises par Molotov une dernière fois, de façon pressante, le ), les deux pays réglèrent de nombreuses questions territoriales et augmentèrent leurs échanges dans le cadre d'un accord en janvier 1941.
Les relations économiques entre les deux pays furent brutalement interrompues lors de l'attaque allemande en .
Contexte Échanges commerciaux avant les années 1930
L'Allemagne manquait de ressources naturelles dont de nombreuses matières premières nécessaires à l'effort et à l'industrie militaire. Depuis la fin du , elle dépendait fortement des approvisionnements russes. Avant la Première Guerre mondiale, l'Allemagne importait annuellement pour 1,5 milliard de Reichsmarks de matières premières en provenance de Russie. Cependant, les deux économies avaient grandement différées avant la Première Guerre mondiale. L'Allemagne était devenue la seconde économie du monde avec une main d'œuvre qualifiée et un puissant secteur privé. Bien que l'Empire russe ait connu une modernisation très rapide avec une multiplication par dix de son potentiel industriel dans les 50 années précédant la guerre, il restait un pays essentiellement agricole et rural. Son industrie reposait lourdement sur les commandes étatiques et était fortement régulée par l'état.
Les importations russes d'Allemagne chutèrent sévèrement après la guerre car la Russie était épuisée par la guerre et par la guerre civile russe et avait vu sa production industrielle chuter de 90 %. L'économie allemande elle aussi épuisée par la guerre luttait pour recouvrer ses niveaux d'avant-guerre malgré l'hyperinflation.
La production industrielle soviétique ne retrouva son niveau de 1913 qu'en 1927 mais les échanges entre l'Allemagne et l'URSS atteignaient 433 millions de Reichsmarks par an après une série d'accords commerciaux entre les deux pays dans les années 1920.
L'économiste Nikolaï Kondratiev avait été invité à étudier l'économie soviétique et il préconisa de conserver un semblant d'économie de marché dans la nouvelle politique économique. À la fin des années 1920, Staline orienta l'économie dans la direction opposée en lançant une industrialisation à grande échelle dans le cadre du premier plan quinquennal. L'économie soviétique était encore composée à 80 % par le secteur privé et le plan prévoyait la destruction des derniers vestiges du libre marché. Kondratiev fut accusé de soutenir une théorie « contre-révolutionnaire » et fut licencié et envoyé en prison.
Début des années 1930 Bien que l'industrie soviétique ait fortement augmenté sa production, les exportations soviétiques vers l'Allemagne chutèrent à 223 millions de Reichsmarks en 1934 car elle restait encore en retrait par rapport à l'économie allemande malgré une population soviétique deux fois plus importante que la population allemande. La production d'acier soviétique ne rattrapa la production allemande qu'en 1933 du fait des effets de la Grande Dépression en Allemagne.
Voici les importations allemandes de Russie et d'URSS entre 1912 et 1933: AnnéeImportations deRussie/URSS* Année Importations deRussie/URSS* 1912192837919131929426192314719304361924141193130419252301932271192632319331941927433*millions de Reichsmarks
Tandis que les exportations soviétiques vers l'Allemagne ne représentait qu'un faible pourcentage, les exportations allemandes vers l'URSS représentaient 46 % du total des importations soviétiques en 1932. À ce moment, les Soviétiques s'intéressaient peu aux acheteurs étrangers et ceux-ci étaient réticents face à un système de monopole étatique regroupant toutes les transactions.
Arrivée au pouvoir des nazis et dégradation des relations Arrivée au pouvoir des nazis
L'arrivée au pouvoir du Parti nazi accrut les tensions entre l'Allemagne et l'Union soviétique du fait de la politique raciale nazie qui considérait l'Union soviétique comme un pays d'"untermenschen" dirigée par une clique judéo-bolchevique. En 1934, Adolf Hitler évoqua une guerre inévitable contre les « idéaux panslaves » dont la victoire mènerait à une « domination permanente du monde », néanmoins, il déclara qu'il « faudrait faire une partie de la route avec les Russes, si cela pouvait nous aider ». Dans Mein Kampf, Hitler écrivit, en 1925, que la destinée de l'Allemagne était de se tourner vers l'est comme « elle le fit 600 ans plus tôt » et « que la fin de la domination juive sur la Russie sera aussi la fin de la Russie en tant qu'état ». Dans Mein Kampf, Hitler dit, concernant la période de sa vie qui suit le décès de sa mère : « C'est à cette époque que mes yeux s'ouvrirent à deux dangers que je connaissais à peine de nom et dont je ne soupçonnais nullement l'effrayante portée pour l'existence du peuple allemand : le marxisme et le judaïsme ».
L'idéologie nazie se fondait sur une lutte raciale plutôt que sur une lutte des classes comme l'idéologie communiste. Alors que l'idéologie nazie s'opposait à la fois au communisme et au capitalisme de type libéral, associant les juifs avec les deux systèmesLee, Stephen J. and Paul Shuter, Weimar and Nazi Germany, Heinemann, 1996, , page 33, l'Allemagne se tourna vers une économie planifiée similaire par certains aspects à celle de l'URSS qui convenait avec l'anticapitalisme commun à Staline et à Hitler. Les critiques nazies du capitalisme de type libéral partageaient certaines similarités avec les critiques marxistes en ce qui concernait la concentration d'argent excessive ou la surproduction. Hitler déclara par la suite que le meilleur remède à l'inflation était « à chercher dans les camps de concentration ». Alors que le marxisme avançait la révolution comme solution, Hitler considérait que la solution résidait dans l'expansion territoriale et l'acquisition de nouvelles ressources à travers la création du lebensraum. Cependant, le secteur privé n'était pas incompatible avec l'économie planifiée allemande.
L'Allemagne connut une croissance de près de 70 % entre 1933 et 1938 tandis que l'Union soviétique connut la même croissance entre 1928 et 1938. Cependant du fait de la forte intervention étatique, les deux pays devinrent de plus en plus isolés et se développèrent de manière autarcique. Dans le cas de l'Allemagne, cette croissance était en grande partie due à la politique de réarmement qui accaparait 52 % des dépenses publiques et provoquait la quasi mise en faillite de l'Allemagne..
Dans le milieu des années 1930, l'Union soviétique fit des efforts répétés pour se rapprocher de l'Allemagne. Les Soviétiques cherchaient à payer les dettes de leurs anciens échanges avec des matières premières et l'Allemagne cherchait à se réarmer ce qui amena les deux pays à signer un accord sur des facilités de crédits en 1935. En 1936, les Soviétiques cherchèrent à se rapprocher politiquement avec un nouvel accord qui fut refusé par Hitler qui souhaitait éviter un tel rapprochement politique. En réponse à la volonté de Staline de créer un véritable accord économique, le NKVD l'avertit que « toutes les tentatives soviétiques pour se rapprocher de l'Allemagne étaient condamnées et que le principal obstacle à un tel rapprochement était Hitler ». Staline n'était pas d'accord avec cette analyse et répondit au NKVD : « Comment Hitler peut-il nous faire la guerre alors qu'il a accordé tant de crédits ? C'est impossible. Les cercles industriels allemands sont trop puissants et ils sont sur la sellette ».
Détérioration des relations dans le milieu des années 1930 En 1936, les nationalistes espagnols reçurent le soutien de l'Allemagne et de l'Italie fasciste dans le cadre de la guerre d'Espagne tandis que les Soviétiques soutenaient les républicainsJurado, Carlos Caballero and Ramiro Bujeiro, The Condor Legion: German Troops in the Spanish Civil War, Osprey Publishing, 2006, , page 5-6. La même année, l'Allemagne et le Japon entrèrent dans le Pacte anti-KominternGerhard Weinberg: The Foreign Policy of Hitler's Germany Diplomatic Revolution in Europe 1933-36, Chicago: University of Chicago Press, 1970, pages 346., et furent rejoints un an plus tard par l'ItalieRobert Melvin Spector. World Without Civilization: Mass Murder and the Holocaust, History, and Analysis, pg. 257.
En 1936, l'Allemagne connut une crise alimentaire et industrielle du fait de la difficulté des organismes étatiques à contrôler les prix face aux forces du marché. Hitler rédigea donc un mémorandum selon lequel toute l'économie devait être tournée vers la préparation de la guerre. De cette idée est née le vierjahresplan (plan de quatre ans) dont le but était le réarmement du Troisième Reich. Les conseillers avaient suggéré un plan de cinq ans mais Hitler la rejeta en faveur du plan de quatre ans apparaissant moins marxiste.
Les Grandes Purges de 1937 et 1938 rendirent un accord avec l'Allemagne encore moins probable en éliminant les administrateurs soviétiques susceptibles de pouvoir mener ces négociations. Plus de officiers furent exécutés dans le cadre d'une lutte contre une « conspiration facisto-trotskyste » dont 45 % des officiers supérieurs. Des officiers politiques dont 73 % n'avaient aucune expérience militaire furent mutés dans l'Armée rouge. Ces purges menèrent Hitler à croire que l'Union soviétique était militairement faible.
Les relations économiques furent ralenties par les tensions politiques provoquées par l'Anschluss en . Les exportations soviétiques vers l'Allemagne chutèrent à 47,4 millions de reichsmarks en 1937 soit un cinquième du niveau de 1934. Les importations allemandes des pays d'Europe orientale étaient :
Unionsoviétique Pologneet Dantzig Finlande Estonie Lettonie Lituanie 1934223,0 78,1 42,3 8,2 21,1 15,11935201,7 75,5 41,4 13,0 31,1 2,0193693,2 74,0 46,1 13,8 33,2 9,1193763,1 80,7 70,1 23,7 45,7 17,2193847,4 109,4 88,6 24,0 43,5 27,6193952,8 140,8 88,9 24,3 43,6 27,8*Importations allemandes en millions de Reichsmarks
Malgré la forte chute des échanges entre les deux pays, l'Allemagne restait parmi les trois premiers importateurs pour l'Union soviétique et fournit entre un et deux tiers des machines-outils nécessaires à l'industrialisation du pays.
Les plans de quatre et cinq ans