Samuela ʻAkilisi Pohiva, né le à Fakakakai aux îles Haʻapai aux Tonga Robert D. Craig, Historical Dictionary of Polynesian Biography, Rowman & Littlefield, 2011, , pp.214-215 et mort le à Auckland en Nouvelle-Zélande "Tongan PM, 'Akilisi Pohiva, medevaced to Auckland", rnz.co.nz, 12 septembre 2019, est un homme d'État tongien.
Membre fondateur du Mouvement pour les droits de l’homme et la démocratie, ainsi que du parti politique qui en émane (le Parti démocrate des îles des Amis), il est l'un des principaux activistes ayant fait campagne pour l'instauration de la démocratie aux Tonga‘I. F. Helu, "Democracy Bug Bites Tonga", in Crocombe, Ron, Culture & Democracy in the South Pacific, Suva : Université du Pacifique sud, 1982, , pp.139-152. Il est Premier ministre du à sa mort.
Biographie Premier engagement pour la démocratie Après un certificat d'aptitude à l'enseignement obtenu au Tupou College aux Tonga en 1961, ʻAkilisi Pohiva obtient une licence en sciences de l'éducation à l'Université du Pacifique Sud en 1978, tout en exerçant le métier d'enseignant à partir de 1967. Durant ses études universitaires, il s'intéresse à la politique. Il est l'un des fondateurs du groupe étudiant Kau Loma (« Les Romains »), mouvement de réflexion sur la possibilité de réformes politiques. Le monarque (Taufaʻahau Tupou IV) disposait alors d'une réelle autorité politique, et jouissait d'un grand respect parmi les Tongiens "PM Pōhiva: We have to prove to His Majesty that we can work together to build Tonga", Kaniva Pacific, 30 décembre 2014.
Après l'obtention de sa licence, il devient enseignant en sciences sociales et en pédagogie à l'institut de formation des enseignants. De 1982 à 1985, il travaille au bureau national de gestion des désastres naturels. En , il lance le programme radio Matalafo-Laukai, avec l'appui des autorités religieuses (catholiques et wesleyennes). Le programme vise à opérer une pédagogie civique auprès des citoyens, apprenant aux auditeurs comment fonctionne le gouvernement, et comment les impôts sont collectés et dépensés sans réel contrôle de la part des élus du peuple. En 1983, le gouvernement interdit Matalafo-Laukai, puis l'autorise mais le soumet à la censure, puis l'interdit définitivement en . Pour s'être ainsi exprimé en faveur de plus de démocratie, et pour avoir critiqué l'autorité de la monarchie (sans toutefois être républicain), Pohiva est limogé de son poste de fonctionnaire en . Il porte avec succès l'affaire devant les tribunaux, et retrouve son emploi.
1987-2010 ʻAkilisi Pohiva entre en politique et est élu député en 1987 parmi la minorité de députés représentants du peuple à l'Assemble législative "People's Representatives", Parlement des Tonga. En 1996, il est arrêté et brièvement emprisonné sur ordre de l'Assemblée nationale pour outrage au parlement, pour avoir révélé au public (via le journaliste Kalafi Moala) des détails de procédures parlementaires. Amnesty International le reconnaît comme prisonnier d'opinion et demande sa libération. Il est libéré sur ordre de la Cour suprême, qui statue que son emprisonnement est « illégal et anticonstitutionnel » « ʻAkilisi Pohiva », Action parlementaire globale, décembre 2013 "Kingdom of Tonga: Two journalists and a parliamentarian jailed over media criticism of Government Minister", Amnesty International, octobre 1996 Michael Field, "Sign of the Times?", The Pacific Islands Monthly, novembre 1996, p.25.
Dans les années 1980, il devient l'un des éditeurs de Kele‘a, principal journal du mouvement pro-démocratique. En 2002, il est arrêté et poursuivi pour sédition, pour avoir publié dans Kele‘a un article affirmant que le roi Taufaʻahau Tupou IV était détenteur d'une fortune cachée. Il est acquitté par le jury "MPs acquitted on sedition charges", The Age, 20 mai 2003. À la suite des émeutes de 2006 à Nukuʻalofa, par des manifestants réclamant la démocratie, Pohiva est à nouveau arrêté et poursuivi pour sédition, accusé d'avoir encouragé les émeutiers. Il est acquitté en "Tongan MPs acquitted over 2006 riots", ABC Radio Australia, 17 septembre 2009.
Législature 2010-2014 En vue des élections législatives de novembre 2010, qui pour la première fois permettraient aux citoyens d'élire une majorité des députés, et introduirait ainsi la démocratie aux Tonga, ʻAkilisi Pohiva cofonde le Parti démocrate des îles des Amis, dont il est le président "Another new political party emerges in Tonga as country prepares for 2010 elections", Radio New Zealand International, 6 septembre 2010 "Tonga's Human Rights and Democracy Movement confident", ABC Radio Australia, 22 novembre 2010. Le parti remporte douze des dix-sept sièges ouverts aux représentants du peuple, et Pohiva lui-même est réélu député, avec plus de 60 % des suffrages dans sa circonscription à Tongatapu "Strong showing for Tonga democrats in election", BBC, 26 novembre 2010 "Pro-democracy party in Tonga a big in winner general elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010 "Veteran pro-democracy campaigner has major success in historic Tonga elections", Radio New Zealand International, 25 novembre 2010 Résultats officiels des élections de 2010 à Tongatapu, Matangi Tonga. Il parait dès lors probable qu'il sera nommé Premier ministre. Pour la première fois, le Premier ministre doit être élu par l'Assemblée, plutôt que nommé par le roi, et l'élection a lieu le . Pohiva est candidat face à Lord Tuʻivakano, l'un des neuf représentants de la haute noblesse au Parlement. Le candidat démocrate obtient douze voix, et est ainsi battu par son adversaire, élu Premier ministre avec quatorze voix "Lord Tu'ivakano becomes new Tongan prime minister", BBC, 21 décembre 2010.
Lorsque Tuʻivakano forme son gouvernement, Pohiva demande six postes de ministres pour les députés de son parti, en vertu des résultats de l'élection législative. Il n'en obtient finalement que deux, acceptant pour lui-même, le , le poste de ministre de la Santé, tandis que son collègue ʻIsileli Pulu devient Ministre du Tourisme "Editorial: Democracy's day one step closer in Tonga", New Zealand Herald, 4 janvier 2011 "First meeting of Tonga's new Cabinet", Matangi Tonga, 5 janvier 2011. Le , toutefois, il démissionne, protestant contre l'entrée au gouvernement de personnes non-députées (à des postes qui, à ses yeux, auraient pu être attribués à des membres de son parti), et refusant de signer un accord qui lui aurait interdit de voter (au Parlement) contre toute mesure adoptée en conseil des ministres "Tonga's democracy campaigner quits", Michael Field, Stuff.co.nz, 14 janvier 2011 "Democractic Party head resigns as Tongan health minister", Australia Network News, 14 janvier 2011. Bien qu'il n'y ait pas d'Opposition officielle, Pohiva est, dès lors, considéré comme le chef de l'opposition de facto"Tonga leader unfazed by motion of no confidence", Radio New Zealand International, 20 juin 2012.
En 2011, Pohiva s'oppose à un amendement à la loi sur les armes et les munitions (Arms and Ammunitions (Amendment) Act) qui vise à réduire les peines imposables aux détenteurs d'armes illicites, alors que deux députés ont été inculpés pour ce délit. Il exprime son espoir que le roi, George Tupou V, refuse d'y apporter sa sanction royale. Le roi opposa son veto à l'amendement début 2012, le déclarant « contraire au bien-être et à la sûreté » de ses sujets "Tonga democrats hope King will veto bill reducing illegal gun penalties", Radio New Zealand International, 2 décembre 2011 "Democracy at Work? Part II", Lopeti Senituli, Taimi Media Network, 17 novembre 2011 "King withholds assent on lower firearms penalties", Matangi Tonga, 10 janvier 2012.
En , Pohiva critique Lord Tuʻivakano pour n'avoir pas pris de mesures pour endiguer la corruption dans le pays, et annonce qu'il va déposer une proposition de loi pour que les députés issus de la noblesse soient élus par l'ensemble des citoyens, et non plus seulement par les nobles. Il décrit cette proposition comme une étape vers une « pleine démocratie » "Tongans' champion of democracy to push for full voting rights", New Zealand Herald, 30 mars 2012. Cette mesure n'est pas soutenue par l'Assemblée.
En , Action parlementaire globale lui remet le Prix de Défense de la Démocratie (Defender of Democracy Award), en reconnaissance de ses trois décennies et demi de campagne pour davantage de démocratie aux Tonga. Il est le premier insulaire du Pacifique à recevoir ce prix international "Tonga’s Pohiva says Defender of Democracy Award important", Radio New Zealand International, 17 décembre 2013.
Premier ministre (2014-2019) Aux élections législatives du 25 novembre 2014, le Parti démocrate, qu'il dirige, remporte dix des dix-sept sièges réservés aux élus du peuple. ʻAkilisi Pohiva se présente à nouveau candidat aux fonctions de Premier ministre, face à Samiu Vaipulu, député sans étiquette. Vaipulu est donné favori, mais c'est Pohiva qui est élu, à bulletin secret, avec quinze voix contre onze. Il est alors le premier roturier élu député à être élu Premier ministre par un Parlement lui-même majoritairement élu. (Feleti Sevele, roturier, avait été nommé premier ministre par le roi en 2006, et non pas choisi par l'Assemblée législative. Tandis qu'en 2010, le premier Parlement majoritairement élu avait choisi un noble, Lord Tuʻivakano, pour mener le gouvernement.) Au moment de son élection, Pohiva est le doyen de l'Assemblée, où il siège depuis 1987 "Akilisi Pohiva Tonga's new PM", Radio New Zealand, 29 décembre 2014 "Pohiva is new Prime Minister", Tonga Daily News, 29 décembre 2014. Pris d'un malaise le , peu après l'annonce de son élection, il n'est formellement nommé par le roi, Tupou VI, que le lendemain "King appoints ‘Akilisi Pohiva as Tonga’s Prime Minister", Kaniva Pacific, 30 décembre 2014 "New Tongan PM "really sick", rushed home after election", Radio New Zealand International, 29 décembre 2014. Il s'engage à travailler de manière constructive avec le roi, et nomme son gouvernement le jour même.
Sa conduite du gouvernement est parfois critiquée. Il est accusé de ne pas savoir mener une équipe, et d'ignorer les conseils. Sa décision de renoncer à accueillir les Jeux du Pacifique de 2019 aux Tonga, pour des raisons budgétaires, est également critiquée. Le , il est subitement limogé par le roi, qui dissout l'Assemblée législative et ordonne la tenue d'élections anticipées pour la mi-novembre au plus tard "King of Tonga dismisses Prime Minister, as Kiwi SAS troops in country", New Zealand Herald, 25 août 2017. Le , le roi charge le gouvernement Pohiva de traiter les affaires courantes jusqu'à la tenue du scrutin "King Tupou VI proclaims current govt as Caretaker Government", Matangi Tonga, 26 août 2017. Le , le président de l'Assemblée législative, Lord Tuʻivakano, explique qu'il avait porté à l'attention du roi ses inquiétudes concernant le gouvernement, notamment le projet de loi visant à transférer du roi au conseil des ministres le pouvoir de nommer le procureur général et le chef de la police, ainsi que l'apparente intention du Premier ministre de signer des accords internationaux (la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et le traité de libre-échange régional PACER Plus) sans demander l'accord du roi "Speaker counters moves to strip King's Constitutional rights", Matangi Tonga, 28 août 2017.