Robert Cordier est un acteur, metteur en scène, dramaturge, réalisateur, traducteur et pédagogue belge né le à Binche en Belgique et mort le dans le arrondissement de Paris.
Il est le fondateur en 1980 à Paris du cours Robert-Cordier devenu The Action Studio puis Acting International.
Biographie
Jeunesse et débuts professionnels Robert Alphonse Symphorie Cordier naît le à Binche en Wallonie, du champion cycliste Adrien Cordier et de Émilie Gressier.
En 1949, il débute sur scène dans La Veuve joyeuse, avec une troupe d'amateurs de Binche. La même année, il intègre l'école de cinéma de Ciné-Revue. Reçu par Françoise Rosay, marraine de l'école, il tourne bientôt dans Ah qu'il fait bon chez nous d'Émile-Georges De Meyst. Il entre ensuite au Rideau de Bruxelles où il rencontre le mime Marceau qui l'invite à venir travailler avec lui à ParisMichel Maingois, Zoom, 1973.
Arrivé dans la capitale, Cordier rencontre Jean Genet qui l'oriente vers le Centre national du spectacle, où il sera accepté sur audition privée avec Jean Meyer. Il apprend le métier également à l’école de Charles Dullin. Après son succès au concours de fin d'année dans Valère du Tartuffe (avec Stéphane Audran), il se voit offir par Jean Vilar le rôle de Tébaldéo dans Lorenzaccio au TNP. D’autres propositions affluent mais, à la suite d'un différend avec Gérard Philipe, Robert Cordier décide de partir poursuivre sa carrière aux États-Unis.
Années 1950 Robert Cordier étudie à la Wharton School of Business. En même temps il écrit les articles sur le jazz. Il se lie d’amitié avec Charlie Parker, Louis Armstrong et Miles Davis. À New York il rencontre Chet Baker et dont il suivra les « master classes » .
Ses poésies, traduites par John Ashbery, sont publiées dans les revues Exodus et The Chelsea Review and Folder. Parmi ses amis de l’époque, on compte Gregory Corso, Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Styron, Norman Mailer, Terry Southern, scénariste de Stanley Kubrick, Beck et Malina, Louise Bourgeois, Anaïs Nin, John Cage, Mark RothkoJean-Dominique Bauby, Le Quotidien de Paris, 1974. et John Baxter, De Niro : A biography, HarperCollins, 2003..
En 1954, il effectue son service dans l’armée américaine. Pendant le conflit coréen, Cordier dirige la Special Services Division du Théâtre aux armées, à , près de New York. Il met en scène Jules César et Les Fourberies de Scapin Kilometer zero, issue 1, 2001..
Lors d'un séjour à Paris en 1956, il revoit Jean Vilar et fait la connaissance de l'écrivain noir américain James Baldwin. Tous les trois travailleront plus tard aux États-Unis pour la défense des droits civiques.
De retour aux États-Unis, il fonde à l'été 1956 sa compagnie Playmakers et monte des spectacles dans son premier théâtre dont il devient le fondateur et le directeur artistique, The Old Mill Theatre. Il monte plusieurs spectacles dont Escurial de Michel de Ghelderode et co-produit avec l’Actors Studio Les Joueurs de Nicolas Gogol et Village Wooing de George Bernard Shaw.
En 1957, grâce au succès rencontré lors de la première saison de Playmakers, Cordier initie la réhabilitation du Strand, un ancien cinéma de places, sur la côte atlantique à Long Branch. Charles Laughton et Mike Todd sont parmi les actionnaires du projet. Avec Luther Adler, ancien du et des recrues de l'Actors Studio, The Strand Theatre produira pendant sa première saison 7 spectacles, dont Vu du pont d'Arthur Miller, La Ménagerie de verre de Tennessee Williams et des concerts de jazz avec Dave Brubeck, Gerry Mulligan et Stan Getz. Mais malgré le succès, des ennuis financiers l'incitent à quitter Long Branch pour New York.
En 1959, il monte Ping-Pong d'Arthur Adamov. Jean-Paul Sartre et Jean Vilar envoient des textes pour la création. La critique est mauvaise, mais Albert Bermel réhabilite le spectacle :
Années 1960 Beat Generation En 1959, Robert Cordier part au Mexique avec les beatniks de Lawrence LeClair (surnommé 'Turk LeClair'). Larry Fink se joint à eux. Alain Jouffroy écrit dans Kerouac City Blues : . En 1960, Gregory Corso, Alain Jouffroy, Jean-Jacques Lebel et Robert Cordier présentent la première séance en France de « Poésie et Jazz », à la Galerie 55.
L’Actors Studio Ayant construit des relations de confiance avec l’Actors Studio et son directeur Lee Strasberg en particulier par le travail de Playmakers à The Old Mill Theatre et The Strand TheatreJames Campbell, Talking at the Gates: A Life of James Baldwin, Viking Pr., 1991., Cordier monte avec Burgess Meredith et Rip Torn de James Baldwin. Cette production de l'Actors Studio joue lors de sa saison 1964 à Broadway. À la parution du livre, Baldwin le dédicacera à Cordier : « À Bobby sans qui ce voyage n'aurait jamais pu se faire. »Fern Marja Eckman, The Furious Passage of James Baldwin, M. Joseph, 1968.
Combat pour les droits civiques Après le succès de à Broadway, Robert Cordier prend une décision inattendue. En 1964, il accepte la direction artistique du Free Southern Theatre qui joue des pièces du répertoire dans les États ségrégationnistes du Sud, avec des acteurs noirs et blancs. Souvent malmenés ou incarcérés dans les prisons sudistes, Cordier et deux acteurs sont poursuivis une nuit, après une représentation de In White America par des tueurs du Ku Klux Klan dans les bayous de Louisiane. Ils seront sauvés in- extremis par les de Jonesboro, puis acclamés comme des héros par les médiasBobbs Merril, The Free Southern Theatre, 1969.. Cordier et Gilbert Moses en tirent un spectacle-réalité. Le président Lyndon B. Johnson fait protéger la troupe par les polices locales et le FBI pour le reste de la tournée baptisée The Year of Revolt (« L’Année de la révolte ») Playbill, New York, 1964..
Happenings à New York, théâtre, télévision et cinéma De retour à New York, Robert Cordier monte les pièces de René de Obaldia et des spectacles d'avant-garde avec notamment Barry Primus (future star d'Elia Kazan et Martin Scorsese), Roberts Blossom, Betty Lou Holland, Taylor Meade et des acteurs du Living Theatre dont Warren Finnerty.
En 1962, il organise un happening au Living Theatre avec Jean-Jacques Lebel et Alain Jouffroy en hommage et en sa présence de Marcel Duchamp Fred W. Darrah, Beat Generation: Glory Days in Greenwich Village, Music Sales, 1997.. En 1965, second happening, Le Grand Masturbateur, avec Ava Gardner et Salvador Dalí, dans les salons du St. Régis. Robert Rauschenberg et Mia Farrow y participent. En 1966, Cordier organise le happening filmé Gasheart d'après Le Cœur à gaz de Tristan Tzara, avec la participation d'Andy Warhol.
En 1966, Robert Cordier monte Bertolt Brecht et Billy the Kid or The Blossom de Michael McClure. Ce dernier dira :
En 1966, Cordier prépare un événementiel « Cinéma et Théâtre » pour l'un des sept pavillons de l'EXPO 67 à Montréal : Man and His Health (L'Homme et sa santé).
Le disc jockey propose à Cordier de . Ce projet prendra réalité en 1967 Murray the K in New York, le premier Rock Spectacular filmé pour la chaîne ABC New York, avec Jim Morrison, The Doors, Otis Redding, Aretha Franklin, The Beatles, The Association, Spanky and Our Gang, Sam & Dave et . Le projet sera parrainé par le maire de New York John Lindsay et Joan Crawford.
Lors de ses séjours à Paris Cordier rencontre François Truffaut, Louis Malle, Claude Chabrol, Francis Blanche, Jean Carmet et Jean-Pierre Melville qui deviendra son mentor. Il travaille également chez Tamara Films sur Hiroshima, mon amour d'Alain Resnais, Un couple de Jean-Pierre Mocky et un projet du mime Marceau.
Années 1970 En 1971 Cordier monte Black Sun d'Antonin Artaud au La MaMa Experimental Theatre Club. Elvin Jones compose la musiqueObliques spécial « Artaud », 1971.. Les Lettres Françaises publient l'article d'Alain Jouffroy] sur le spectacle : En 1972 Cordier monte Dom Juan à Hampstead (Londres) avec Tom Conti et Lindsay Duncan.
Cordier écrit le film , , , avec Denis Campbell, Lillian Nanine Carney, Nancy Salmon, Valois Mickens et Eric Emerson. D'abord interdit par la censure en France, puis libéré par Michel Guy, le film sera un succès dans les salles Art et essaiPierre Achard, La Revue du cinéma , 1974.. écrit Paul Alessandrini dans Rock & Folk<ref>Paul Alessandrini, Rock & Fold , 1974.</ref>. , dira Richard Lindner« Robert Cordier (Fender l'Indien) », Cinéma 74, , 1974.. En 1974 il est président du jury du Festival de Locarno qui l'avait primé l'année précédente. Il tourne Ricardo Bofill Taller de Arquitectura, long métrage documentaire pour la télévision française.
Dernières années Dans les années 1980, sa troupe de théâtre se produit au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou et Grand Rex, puis au théâtre Marie-Stuart. Cordier prend également la direction du Centre dramatique Hennuyer à Mons. Son spectacle Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux part en tournée à Paris, Londres, Amsterdam, Southampton. La Nuit des rois fait également une tournée internationale. En 1987, il monte Mort de chien d'Hugo Claus, Haute Surveillance de Jean Genet et Savage/Love de Sam Shepard, qui se jouera 950 fois en Europe. En 1980, Cordier fonde l’école de théâtre et de cinéma Acting International. Il se consacre dès lors essentiellement à l’enseignement, tout en continuant des projets de mise en scènes, réalisation, écriture et radio.
Il meurt le dans le 14e arrondissement de Paris à l'âge de 86 ans.
Théâtre En tant que comédien 1949 : La Veuve joyeuse, opérette de Franz Lehár, mise en scène Raymond Termolle 1950 : François Villon, textes de François Villon 1951 : Les Caprices de Marianne d'Alfred de Musset, mise en scène de René Dupuis 1956 : See How They Run, mise en scène Robert Fortin 1956 : Ten Little Indians, mise en scène de Harold Stone 1956 : Les Fourberies de Scapin de Molière 1965 : Les Fusils de la mère Carrar de Bertolt Brecht 1973 : Dom Juan de Molière 2010 : L'Heure du diable de Fernando Pessoa
En tant que metteur en scène
En tant que directeur artistique 1955 - 1956 : The Playmakers, Tinton Falls et Long Branch (États-Unis) 1965 : The Free Southern Theatre, La Nouvelle-Orléans (États-Unis) 1987 - 1990 : Centre dramatique Hennuyer, Mons (Belgique) 1984 - 1995 : théâtre Marie-Stuart, Paris 1980 - 2012 : Acting International, Paris
En tant que pédagogue 1966 - 1967 : Université du Wisconsin, Madison (Wisconsin, États-Unis) 1970 - 1973 : American Academy of Dramatic Arts, New York (États-Unis) 1972 - 1973 : Drake University, Des Moines (Iowa, États-Unis) 1981 - 1982 : Sarah Lawrence College, Paris 1997 - 1998 : , Paris 1980 - 2012 : Acting International, Paris
Filmographie Cinéma En tant que comédien 1951 : Ah! qu'il fait bon chez nous (Ah! t'Is zo fijn in België te leven) d'Émile-Georges De Meyst et Jacques Loar 1951 : Le Chemin de Damas de Max Glass 1970 : Tous ensemble maintenant (All Together Now) de William Louis Allan 1996 : La vie est brutale, court métrage d'Eve Brian 1997 : J'irai au paradis car l'enfer est ici de Xavier Durringer : Baptiste
En tant que réalisateur 1966 : The Long Stripe avec Tom Baker 1966 : Fuck the Sun / The Fugs, moyen métrage coréalisé avec John Palmer 1966 : Gasheart (Le Cœur à gaz), , long métrage avec Andy Warhol, musique The Velvet Underground 1967 : Seven Deaths (Sept Morts), moyen métrage 1967 : Man and His Health (L'Homme et sa santé) pour l'EXPO 67 à Montréal 1973 : Fender l'Indien (Injun Fender), long métrage 2010 : Macbeth, long métrage
Télévision En tant que réalisateur 1964 : Commedia dell'arte, série 1967 : Murray the K in New York avec Jim Morrison, The Doors, Otis Redding, Aretha Franklin, The Beatles, The Association (pour la chaîne ABC New York) 1968 : Sam and Dave, Spanky and Our Gang, Ritchie Havens, Joan Crawford, émissions spéciales de 90 minutes 1974 : Wedding, long métrage documentaire 1975 : Michel Warren et Jacques Kerchache, le peintre et le chercheur, long métrage documentaire