La butte de Montmélian est l'une des principales buttes-témoins du département de l'Oise et du nord de l'Île-de-France. Culminant à d'altitude, elle se situe pour l'essentiel dans l'Oise, plus précisément dans une enclave de la commune de Mortefontaine. Cependant son flanc ouest, seul couvert d'habitations, fait partie de la commune de Saint-Witz, située dans le Val-d'Oise, et c'est pour cela que le site est plus couramment associé à ce département. Mais à l'exception de l'ancienne école apostolique et de la chapelle de pèlerinage Notre-Dame de Montmélian, ces habitations sont récentes. Elle constitue traditionnellement la limite entre le Pays de France et le Valois.
L'ancien bourg de Montmélian, avec un château royal de 1060, un manoir de 1205 et une église de pèlerinage du , était, lui, situé sur l'actuelle enclave de Mortefontaine. Ne subsistent que des ruines du manoir, en mauvais état, connu localement sous le vocable de Tour carrée de Montmélian. L'histoire du lieu n'est que partiellement connue, car les archives, abritées à MortefontaineLe site de Montmélian, bien que marquisat et châtellenie, n'était pratiquement plus habité et toute la vie s'était reportée sur Mortefontaine depuis fort longtemps., ont brûlé le 17 novembre 1793Le 27 Brumaire An II., quand le domaine fut incendié par des révolutionnaires4.
Topographie et géologie La butte de Montmélian fait partie d'un ensemble de buttes-témoins dominant de vastes plateaux de lœss situés au nord-est de Paris au cœur du Bassin parisien. Elle constitue ainsi la continuité des monts de la Goële, qui comprennent les buttes de Dammartin et de Montgé. Elles forment un alignement suivant toutes les trois une direction dite « armoricaine » orientée nord-ouest - sud-est, liée au cycle hercynien. La résistance de la butte face à l'érosion est liée à la présence en partie supérieure de meulière de Montmorency (ou Stampien supérieur) sur une épaisseur allant de 2 à et formée de gros blocs de roche siliceuse, gisant dans une argile grise et fauve, brisée en fragments qui couvrent la butte. Outre les argiles, on note la présence d'autres marnes calcaires compactes, fines et blanches; appelées « alizard tendre », ils servent à la fabrication de porcelaine. On y trouve également des rognons de fer hydraté, du grès ferrugineux et des silex blondsAnne-Marie Weisse, Marie-France Minaud et Marie-Françoise Carbonelle, Saint-Witz à travers l'histoire, Le Révérend imprimeur, 2004, 150 p., p. 91-92; résumé d'une étude de topographie géognostique de L. Graves en 1847..
Le système argileux repose sur une couche de gypse alternant avec des sables de Fontainebleau (Stampien) beaucoup plus importante, sur une épaisseur atteignant . Le gypse se présente en vingt-trois bancs parallèles et presque toujours horizontaux, qui forment des masses épaisses de treize à quatorze mètres. Ces bancs contiennent des gypses différemment colorés, mais surtout jaunâtres, lourds, grossiers et essentiellement séléniteux à veines horizontales91-92. Sur les flancs de la colline, on trouve des couches d'argile verte dite de Romainville, appelée aussi Sannoisien, caractéristique du Stampien inférieur. Cette argile a longtemps été exploitée dans des tuileries, notamment à Saint-Witz, jusqu'en 1934. Quant au gypse, la dernière carrière des environs de la butte de Montmélian (celle des familles Pierre et Messan, la plus importante de la région, entre Survilliers et Plailly) a cessé de fonctionner en 1930, et les autres carrières au début de la Première Guerre mondiale9598.
Toponymie Attestations anciennes Mons Medius au , Mons Melianus en 1205, Mons Mellianus en 1242, Montmiliant en 1363, Mons Melii au , Monsmediolanus et Mons Medius au . Plus tard, six autres formes sont mentionnées vers la même époque, utilisées indifféremment : Mont-Meillant, Mont-Meillan, Mont-Médian, Montméliand, Montméliant et Montmélian3.
Étymologie Il s'agit d'une formation toponymique gallo-romane ou médiévale en Mont-, suivi d'un second élément obscur. Les formes anciennes hésitent entre un « mont du milieu » et un « mont de Mélianus », nom de personne roman qu'Ernest Nègre identifie dans les autres Montmelian (Savoie, Mons Mellianus en 1233), Montmeillant (Ardennes) et MontmélienErnest Nègre, Toponymie générale de la France, Volume 1, Droz, p. 688..
La butte séparait les deux peuples gaulois des Silvanectes, au nord, et des Parisii, au sud. On peut aussi l'interpréter comme désignant la montagne qui s'élève au-dessus et au milieu des plaines qui l'entourent.
Histoire Les origines du
La colline fut de temps immémorial un centre de vie spirituelle. Point culminant d'un territoire délimité par les autres buttes-témoin des environs, qui sont la Forêt de Carnelle (près du carrefour de Carnelle, dans la commune de Saint-Martin-du-Tertre, ), le Mont-Pagnotte dans la Forêt d'Halatte () et le Signal de Montgé, à Montgé-en-Goële (), la butte de Montmélian est visible de très loin. Bien que son altitude soit modeste, elle constitue un point de repère important dans un pays essentiellement caractérisé par des plaines et des reliefs seulement légèrement ondulés. Son choix comme lieu de culte ne fut donc pas fortuit.
Depuis environ 600 , les Gaulois auraient pratiqué à Montmélian le culte de Teutatès ou Totatus, dieu protecteur d’une communauté et de son territoire, avec une connotation guerrière. Dans la perception de l'époque, il présidait aux batailles, mais aussi au commerce et à l'argent, ainsi qu'à l'intelligence ; on lui attribuait le pouvoir d'envoyer les âmes des morts aux enfersTeutatès se rapproche ainsi des divinités égyptiens Thot et Tout, et du dieu Mercure des Romains.. Les Gaulois se représentaient Teutatès sous la forme d'un chêne et d'un javelot. Le culte fut pratiqué dans la forêt, au clair de la lune et à la lumière des flambeaux, et dans la première nuit de la nouvelle année, l'y on coupa du gui sur un chêne avec une faucille en or. Comme les participants se déplaçaient de loin, ils profitaient de ces rares occasions de rencontrer un grand nombre de personnes et tenaient un marché6.
Antiquité Après la conquête des Gaules par les armées de Jules César vers le milieu du , le culte de Teutatès fut remplacé par celui de Mercure, et l'on y érigea un temple pour sa vénération. Au cérémonies participaient la population des environs, appartenant aux peuples gaulois des Silvanectes, autour de Senlis, et des Parisii, dans la plaine de France. Le marché devint le plus important de la région7. Un castrum et une garnison furent construits à proximité du temple32.
Au , probablement vers 220Puisque Saint Rieul aurait été évêque de Senlis pendant quarante ans et que son décès est présumé pour 260., le pays de France et le Serval (contrée limitrophe au sud du département de l'Oise) auraient été évangélisés par Saint Rieul de Senlis († 260). 8. L'épisode suivant fait l'objet d'une légende, selon laquelle Saint Rieul aurait touché de son bâton de voyageur la statue du dieu, qui s'écroula. Cet exploit aurait persuadé l'assistance de se convertir au christianisme en grand nombre. Ce n'est par la suite que Senlis fut missionné et que Saint Rieul devint son évêque. Le temple de Mercure fut vraisemblablement transformé en temple chrétien. Cette église a été remplacée par une deuxième, à une époque indéterminée mais avant le , et cette deuxième église a duré jusqu'au . L'histoire de Montmélian de la fin de l'Antiquité jusqu'au haut Moyen Âge n'est pas connue, hormis la construction de la deuxième église.
Moyen Âge central Pendant l'ère des seigneurs Francs, le sommet de la butte de Montmélian continua d'accueillir des foires ou des marchés, et un seigneur y résida. Les pèlerinages pour l'église de Montmélian existaient déjà.
Un seigneur de Montmélian, dont nous ignorons le nom mais qui était le frère de Fulrad (abbé de Saint-Denis) avait rapporté de Rome une relique de Saint Vit, martyr du mort à Milan. Cette relique était destinée à Fulrad, le pape Paul lui en voulant faire cadeau9-10. Mais Fulrad confia la relique à son frère, le seigneur de Montmélian, dans le but de l'exposer et faire vénérer dans une église. Pour la construction de cette église, un lieu à mi-hauteur de la pente sud-ouest de la butte fut choisi, et c'est là que la première église Saint Vit fut fondée en 757, sous le roi franc Pépin le Bref. Cette église, sur l'actuel territoire de Saint-Witz, n'était éloigné de l'église de Montmélian fondée par Saint Rieul que de environ.
Les moines de l'abbaye de Saint-Denis convoitèrent les reliques et demandèrent au seigneur de les leur remettre, sollicitation à laquelle il répondit favorablement. Cependant, il ne leur offrit pas seulement les reliques, mais également l'ensemble des terres dépendant de la nouvelle église, de la pente sud-ouest de la butte de Montmélian jusqu'à Marly-la-Ville. Ce fut l'origine de la commune actuelle de Saint Witz, et c'est à partir de ce moment que Montmélian et Saint-Witz coexistent. Par ailleurs, l'appartenance de Saint-Witz à l'abbaye de Saint-Denis est la raison pour laquelle la paroisse de Saint-Witz a toujours appartenu au diocèse de Paris. - Le don des terres avait été motivé par la possibilité de garder ainsi les reliques à leur place dans l'église Saint Vit, mais les religieux de Saint-Denis les donnèrent ultérieurement à Louis le Débonnaire, qui les ramena en Saxe, sauf la tête, qui resta dans l'église Saint Vit.
Montmélian devint une châtellenie et une petite ville fortifiée, comportant des fiefs seigneuriaux sous la suzeraineté du roi. Les seigneurs locaux appartenait à la famille de Montmélian16; rien n'est connu quant à la nature de leur résidence. Au , il n'y avait pas encore de château mais une tour de guet dont six soldats du capitaine de Senlis assuraient la garde. À la fin du siècle, Hugues Capet fait construire le premier château royal en bois29.
En 1060, le roi Philippe fait construire un nouveau château royal à Montmélian afin de défendre le territoire contre son adversaire Hugues, comte de Dammartin. Ce château fut situé sur la pente est de la colline et en véritable forteresse, comportait un donjon et des fossés. Il fut témoin des premiers groupements du royaume de France. Les foyers, groupés en paroisse Notre-Dame devenaient plus nombreux grâce aux constructions royales et Montmélian confirma son caractère de bourg.
Outre les fiefs seigneuriaux, les Bouteiller avaient un fief très proche de la ville, si bien que des conflits surgissaient épisodiquement entre eux et le seigneur local. Leur implantation date de la première moitié du et fut certainement imputable au roi, dont ils étaient des dignitaires. Le premier Bouteiller installé à Montmélian fut Guy. On sait qu'en 1155 son fils, dénommé également Guy, touchait de la part du roi Louis VII le Jeune une rente de trente livres sur les revenus royaux de Montmélian. Guy le Bouteiller avait sa maison et son four à Montmélian qu'il détenait du roi pour usage perpétuel. Qualifiée parfois de château, cette maison était probablement un manoir fortifié30 contiguë aux ruines de la Tour Carré, mais l'emplacement exact n'est pas connu.
Une charte de 1156 nous apprend que Louis VII payait les religieux de l'abbaye de Saint-Rémy de Senlis pour qu'ils préparent le château royal quand un séjour du roi ou de la reine fut annoncé17. Ceci nous montre que le château ne fut point abandonné par les rois de France.
En 1189, Philippe-Auguste fortifie de nouveau le château royal de 1060 avant de partir pour la Troisième croisade en 1192 aux côtés de Richard Cœur de Lion, désireux de défendre son territoire contre l'actuel comte de Dammartin qui reste un allié des Anglais34.
Bas Moyen Âge