vignette|Mascaron situé 9 rue de Mexico. L'histoire de la franc-maçonnerie à Bordeaux commence au , lors de la création en 1732, par trois marins britanniques ou irlandais, de la première loge dite « L'Anglaise » . Les membres de cette première loge sont essentiellement anglicans. En 1740, « La Française », qui regroupe les catholiques, est créée. Suivent « La Parfaite Harmonie » en 1744 et « L'Amitié » ou « L'Amitié allemande » en 1746. À la fin du Bordeaux accueillait plus de maçons pour habitants. Ces loges sont alors un lieu de rencontre privilégié de l'élite bordelaise et diffusent les idées des Lumières.
Étienne Morin négociant entre les Antilles et Bordeaux, fonda en 1745 la Loge écossaise de Bordeaux. La moitié des loges de Saint-Domingue ont pour origine Bordeaux. Étienne Polverel, initié en 1771 dans la loge « L'Amitié », est à l'origine de l'affranchissement des esclaves en 1793 à Saint-Domingue. Des bordelais célèbres sont initiés à la maçonnerie, tels que le philosophe Montesquieu, l'armateur Élisée Nairac, qui fera fortune dans la traite négrière, le sénateur maire Émile Fourcand, l'architecte Victor Louis.
Histoire de la franc-maçonnerie bordelaise
La franc-maçonnerie, solidement implantée en Angleterre au début du , se développe en France avec les premières loges parisiennes vers 1726.
Les débuts de la franc-maçonnerie à Bordeaux
thumb|Le port de la Lune en 1758 par Vernet Le , la première loge maçonnique dite « L'Anglaise », est créée dans une auberge des Chartrons à Bordeaux par trois sujets britanniques ou irlandais, Martin Kelly, Nichols Staimton et Jonathan Robinson qui avaient pour port d'attache le port de la Lune. Le plus connu de ces marins est Jonathan Robinson, arrivé à Bordeaux en 1721 du port protestant franco-irlandais de Youghall et qui très certainement commença à diffuser les idéaux maçons dès cette date. En 1785, « L'Anglaise » sera rebaptisée la « Vraie Loge anglaise ». Le , elle rejoindra la Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies fondée le par Le Centre des amis Le Point du 6 novembre 2007 Bordeaux - sociétés secrètes : L'empreinte maçonnique.. Cette première franc-maçonnerie est alors exclusivement maritime, permettant l'entraide entre marins. Peu à peu, les capitaines de navires bordelais intègrent tous la franc-maçonnerie et retentissent alors les « trois coups de sifflet » que donnent les bateaux en entrant au port. Les liens entre Londres et Bordeaux sont alors étroits et le travail des maçons s'effectue entièrement en langue anglaise .
Puis la maçonnerie s'implante dans le milieu de la finance bordelaise avec René-Marie Floch, un notable d'origine bretonne. Enfin, c'est Montesquieu, qui marque l'arrivée de la franc-maçonnerie dans le milieu du négoce. Le , la loge La Française est créée pour les parlementaires et ceux qui ne connaissaient pas la langue anglaise, mais aussi très certainement grâce à un groupe de pression franco-catholique. Ultérieurement cette loge donnera le jour à la « Parfaite Harmonie » en 1744. Cette dernière créera « L’Amitié » ou « L’Amitié allemande » en 1746, dont le premier vénérable est le comte de Pontac, propriétaire du château Haut-Brion. « La Française » et « L'Amitié » dominèrent l'activité maçonnique locale et essaimèrent de nombreuses loges dans le futur département de la Gironde..
En 1742, l'intendant de Guyenne, Claude Boucher, adresse un rapport à son ministre en ces termes :
En 1745, Étienne Morin négociant entre les Antilles et Bordeaux, fonda la loge écossaise de Bordeaux : « La Parfaite Loge d'Écosse » ou « Grande Loge d'Écosse ». Il s'agit très certainement d'un des premiers ateliers français travaillant au-delà du grade de maître. La qualité des francs-maçons qui l'assistent dans cette création — tous déjà membres éminents des trois loges déjà existantes à Bordeaux — démontre qu'il y jouissait déjà d'une certaine réputation..
En 1762, Martinès de Pasqually après s'être installé à Bordeaux créé une nouvelle loge, la « Française élue écossaise », qui ne sera pas reconnue par la Grande Loge de France. Mais la direction de l'obédience maçonnique abolissant en 1766 toutes les constitutions relatives aux grades supérieurs aux trois premiers grades (apprenti, compagnon et maître), le chapitre se trouve suspenduEzoOccult : Notice Historique sur le Martinisme.
Outre « L’Anglaise » et « La Française », une nouvelle obédience s'implante en 1773, le Grand Orient de France et ce à l’initiative du vicomte de Noé, alors maire de Bordeaux. Cette nouvelle obédience s'installe contre l'avis du maréchal duc de Richelieu, intendant de Guyenne, qui souhaitait ouvrir son propre atelier.
Lors de la révolution de 1789, la franc-maçonnerie bordelaise adhère au mouvement de liberté choisi par la nation. Sous la Terreur, elle interrompt son activité pendant plus d'un an, par peur des persécutions. Ce n'est toutefois que provisoire. La franc-maçonnerie bordelaise est devenue, au début du , une entité incontournable.
La Franc-maçonnerie dans la société bordelaise Le nombre important de maçons bordelais à la fin du ( maçons) dénote un lieu de rencontre prévilégié de toute l'élite bordelaise de l'époque. Près de 31 % des membres sont des négociants et des courtiers, les nobles représentent 13,17 %, la troisième place avec 11,28 % est occupée par les officiers de marine et les militaires roturiers. Suivent les hommes de loi avec 8,76 % et enfin le clergé avec 4,30 %. Les réseaux, toujours plus nombreux, des loges se calquent sur les réseaux commerciaux internationaux. Le négoce protestant est dominant dans les échanges européens y compris français. Les relations franc-maçonnes viennent se substituer aux liens confessionnels, professionnels et familiaux.
Le séjour de Joseph Balsamo
De novembre 1783 à octobre 1784, Joseph Balsamo dit comte Cagliostro, est à Bordeaux, logé chez le marquis de Canolle. Il tenta sans succès d'y diffuser sa « science para-maçonnique ».
Le , Alexandre de Grasse-Tilly, comte de Grasse, marquis de Tilly, débarque à Bordeaux à l'âge de 39 ans. À la suite de la révolte des esclaves de Saint-Domingue, il est ruiné. Il est depuis 1802 du Rite Écossais Ancien Accepté. Il rejoint Paris où il compte utiliser ses titres.
Émile Fourcand (1819-1881), maire de Bordeaux et sénateur, a été initié en 1842 dans la loge « Essence de la paix », en 1851 il devient vénérable des « Amis réunis » au Grand Orient de France. Il est un des acteurs de la vie publique parmi les plus influents en tant que directeur de la Caisse d'épargne de la ville et président du tribunal de commerce de 1868 à 1872. Il s'engage dans la politique et y défend la franc-maçonnerie face aux critiques de l'ordre de l'empire. Lors de son élection au sénat, il adresse une lettre à ses amis francs-maçons pour les remercier: « Je vous remercie cordialement de la batterie maçonnique avec laquelle vous avez bien voulu accueillir la nouvelle de ma nomination au Sénat par l'Assemblée nationale....C'est par la pratique des principes maçonniques que j'ai trouvé la force de ne pas m'écarter jamais de la justice, de la modération et de l'amour de la liberté qui ont été les règles immuables de ma vie politique »Histoire des maires de Bordeaux Les dossiers d'Aquitaine
En 1869, le philosophe Jules Simon se présente à la députation à Bordeaux, il est élu. Dans son programme figure déjà la séparation de l'Église et de l'État. Jules Simon avec le soutien d'une forte maçonnerie entraine une partie de la bourgeoisie vers la République.
Depuis le un immeuble de la rue Ségalier, proche de la place des Martyrs-de-la-Résistance dans le quartier Saint-Seurin, accueille en toute discrétion plusieurs représentations d'obédiences maçonniques. Seul détail distinctif, l'une des deux consoles supportant le balcon du premier étage comporte, sur sa face, l'équerre et le compas.
De la fin du au début du , la franc-maçonnerie a une grande influence sur la presse bordelaise. Les deux principaux titres, La France de Bordeaux et La Petite Gironde, sont alors dirigés par des francs-maçons. Parmi eux, Lucien Victor-Meunier, connu sous son nom de plume Gwynplaine, glorifie dans ses articles les martyrs de la liberté opprimée, comme Francisco Ferrer, franc-maçon, anarchiste, libre-penseur et pédagogue espagnol, fusillé en 1909.
Au début du , le mouvement anarchiste prend de l'importance à Bordeaux. Certains préfets et commissaires de police - eux aussi francs-maçons - refusent de dénoncer des anarchistes notoires.
Seconde Guerre mondiale
Lors de l'occupation allemande, Adrien Marquet, maire et député de Bordeaux, qui prône la collaboration avec l'Allemagne nazie, déclare : « Pour le Maréchal, un Juif n’est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l’est toujours de son choix » Franc-Maçonnerie Française : Anti-Maçonnerie. En , Marquet alors ministre de l’Intérieur du Régime de Vichy remplace le préfet de la Gironde au profit de François Pierre-Alype, anticommuniste convaincu. Son directeur de cabinet est George Reige : « adepte des théories de Maurras et de l’Action française, porte une profonde haine à la République. Dès son arrivée, il fait établir un fichier départemental des militants de gauche, car il est convaincu que le communisme reste l’ennemi numéro un [...]. En rapport avec le capitaine SS Hagen, il crée un véritable service de renseignements au sein même de la préfecture et ne tarde pas à organiser une chasse impitoyable aux communistes et aux francs-maçons mais également aux Résistants de la première heure ». Pendant l'été 1940, en dehors de toute pression allemande le régime de Vichy organise un carcan liberticide. Concernant la franc-maçonnerie, la loi du « portant interdiction des associations secrètes » est publiée le , le décret du dissout le Grand Orient et la Grande Loge de France.
Après son éviction du gouvernement, Adrien Marquet fait l’éloge le du régime national-socialiste « antiparlementaire, antisémite, antimaçonnique, anticlérical, anticapitaliste ». Adrien Marquet n’empêchera pas à Bordeaux la mise en œuvre la politique qu’il a lui-même contribué à définir en été 1940 envers les francs-maçons. Il acceptera sans hésitation le prêt du musée des beaux-arts à une exposition antimaçonniqueEspace Marx Bordeaux. Le cabinet du préfet, avec en particulier Maurice Papon, applique à la lettre les lois antimaçonniques. Les francs-maçons connus et qui occupent un poste important, doivent le quitter. Ainsi Marc Pinèdre le compagnon de route d'Adrien Marquet depuis les années 1910, doit laisser son poste de premier adjoint de Bordeaux en Marc Pinèdre est né le 29 avril 1882 à Bordeaux et décédé le 17 février 1954. Il est le camarade d’études d’Adrien Marquet à l’École dentaire de Bordeaux en 1900. Puis il exerce comme professeur dans cette même école et occupe le poste de secrétaire général de la Fédération des syndicats dentaires de France. Adhérent de la SFIO, il est trésorier fédéral en 1921 puis secrétaire de la Fédération girondine des socialistes. Élu sur la liste d’Adrien Marquet en 1925, il devient son adjoint, puis son premier adjoint en 1929 et le suit lors de la scission de 1933. Etant franc-maçon, il n’est pas nommé au conseil municipal en avril 1941 et perd donc son poste de premier adjoint. Il est conseiller général du canton de Bordeaux-6 de 1925 à 1937 [Anziani, Cent ans de socialisme en Gironde, 1999, p. 157].. Mais, lors de son procès à la Libération, Adrien Marquet se défend au motif qu'aucun des 120 francs-maçons salariés de la ville n'a été inquiétéHubert Bonin, professeur d’histoire à l’Institut d’études politiques de Bordeaux (Centre Montesquieu d’histoire économique-Université de Bordeaux) : Marquet au cœur des controverses (1940-1954). Marc Pinèdre indiquera que s'il a échappé à la Gestapo c'est grâce à Adrien Marquet.