Les Silly Symphonies (littéralement « Symphonies folles » ou « idiotes ») sont une série de courts métrages d'animation produits entre 1929 et 1939 par les studios Disney. Contrairement aux dessins animés mettant en scène Mickey Mouse, Donald Duck, Dingo ou encore Pluto, les Silly Symphonies n'ont pas de personnages récurrents à quelques exceptions près, comme Les Trois Petits Cochons, Le Lièvre et la Tortue et certains films avec Pluto. Les histoires prennent principalement leurs sources dans les contes populaires européens et américains.
Les noms des séries animées des studios concurrents Warner Bros., Looney Tunes (« Airs lunatiques ») et Merrie Melodies (« Joyeuses mélodies »), sont directement inspirés du concept de Disney.
Historique Genèse thumb|Char de parade à Hong Kong Disneyland rendant hommage aux Silly Symphonies. La paternité des Silly Symphonies est souvent attribuée au compositeur Carl W. Stalling Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, Neil Sinyard, The Best of Disney, ., engagé par les studios Disney pour réaliser les bandes sonores de deux des premiers films de Mickey Mouse, et Mickey gaucho (). Stalling était une connaissance de Walt Disney lorsqu'il travaillait dans le studio à Kansas City au début des années 1920 Christopher Finch, Notre Ami Walt Disney, . Les premières mentions de cette nouvelle série d'animation apparaissent dans deux lettres écrites par Walt à son frère Roy et à Ub Iwerks. La première lettre, datée du , parle d'une « nouvelle musicale » en animation. La seconde, trois jours plus tard, détaille un peu plus l'idée et donne le scénario de base d'un nouveau film, une danse de squelette dans un cimetière, qui deviendra La Danse macabre (1929) Neil Sinyard, The Best of Disney, ... Il suggère une farce macabre associée à la Marche des Trolls (op. 54-3, 1893) d'Edvard Grieg.
L'idée de ce film se transforme rapidement en une série dans l'esprit de Walt Disney, série qui permettait de s'affranchir d'un héros récurrent. Le lancement des Silly Symphonies se fait moins d'un an après celle de Mickey Mouse, et moins de deux ans après la série Oswald le lapin chanceux. Pour ce faire, Walt Disney signe un contrat de distribution avec Columbia Pictures, et non avec Pat Power, distributeur de Mickey Mouse Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . C'est malgré tout avec le procédé Cinéphone de Pat Powers que furent enregistrées les six premières Silly SymphoniesD'après la fiche technique des films.
La Danse macabre est testée en pré-projection au Carthay Circle Theater en à Los Angeles en première partie des Quatre Diables, de Friedrich Wilhelm Murnau. À la suite de cet essai fructueux, la société Columbia Pictures accepte de produire la série Silly Symphonies. Cette série élargit sans conteste les possibilités d'animation mais les directeurs de cinéma étaient circonspects et préféraient l'argent issu des Mickey Mouse. C'est pour cette raison que les premières Silly Symphonies comportaient la mention .
1929 à 1931 : une série innovante et de qualité
La principale particularité associable à la série est la qualité des réalisations, que ce soit l'animation, la musique ou le scénario. Russell Merritt et J.B. Kaufman, spécialistes du monde de Walt Disney et auteurs de plusieurs ouvrages de référence, assimilent les Silly Symphonies à la collection « haute couture » des studios Disney Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . C'est en quelque sorte le fil conducteur de la série. La critique est semble-t-il unanime sur la qualité des Silly Symphonies, comme l'atteste la fiche consacrée à la série de La Revue du cinémaLa Revue du cinéma 1928-1931, Odette Virmaux, Alain Virmaux, Editions Gallimard, Paris, . : « Comme la danse, la musique, la poésie, les Silly Symphonies ne se racontent pas. Ce n'est que rythmes, floraison de prodiges, tout un monde merveilleux qui ne vit que de gestes, de bonds joyeux... »
En raison de cette qualité, la série a reçu un Oscar du meilleur court métrage d'animation à chaque cérémonie entre 1932 et 1939, année de l'arrêt de la série officielle.
Musique
À l'instar de la série Mickey Mouse, les Silly Symphonies utilisent le principe de bande sonore synchronisée, initié avec le premier Mickey Mouse : Steamboat Willie (1928). D'après Alain Duchêne, « Walt, en synchronisant la musique et les mouvements sonores à l’image et à l’action […] dans ce court métrage (sorti sur les écrans en ), réalise un investissement à plus long terme »Alain Duchêne, Tex Avery, à faire hurler les loups, . La partition musicale comprend des index associés à des séquences-clefs d'animation, principe dont la paternité est attribuée à Wilfred Jackson Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . Sans ce système de synchronisation, l'animation des courts métrages de Disney n'aurait pas ce style musical distinctif. Walt Disney avait signé un contrat avec Pat Powers pour utiliser son système, le Cinéphone.
En raison de cette capacité musicale, de nombreux courts métrages de cette série sont basés sur des danses. Au début les musiques sont simplement juxtaposées (La Danse macabre), mais petit à petit les extraits sonores se suivent et des musiques originales permettent soit de faire des transitions, soit d'animer des séquences pour lesquelles les compositions passées ne correspondent pas. La série utilise un florilège de thèmes musicaux plus ou moins connus. Dans Nuit (1930), la sonate Clair de lune de Beethoven est associée à une valse de Strauss, une musique populaire et un ragtime de Paul Lincke.
Alors que la population subit les conséquences désastreuses de la crise économique de 1929, ces divertissements musicaux propulsent Walt au rang de symbole pour la nation américaine. Ce succès pousse alors d'autres studios à imiter les Silly Symphonies (Cf. ce chapitre). Martial Robert va plus loin en rapprochant cette "première" utilisation de l'image et du son par les Silly Symphonies à la télévision, la série étant pour lui un précurseur du nouveau média, le film Fantasia, devenant une nouvelle tentative de rapprochement entre la musique et l'image.
Au début des années 1930, Walt Disney découvre un autre système sonore : le Photophone, développé par RCA dès la fin des années 1920. Il constate que ce procédé a un rendu de meilleure qualité que le Cinephone Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . En 1931, il commence à négocier avec RCA pour utiliser le procédé, mais en raison de ses contrats avec Power, ce n'est que fin 1932 qu'il applique ce système à ses films. La Parade des nommés aux Oscars 1932 () est le premier court métrage de Disney à utiliser le système RCA Photophone. Il sera suivi par L'Atelier du père Noël (), première Silly Symphony Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, et Bâtissons (), premier Mickey Mouse à l'utiliser.
Peu après la sortie du court métrage Les Trois Petits Cochons (), Roy Oliver Disney est contacté par Saul Bourne alors agent du compositeur Irving Berlin qui lui propose de gérer les droits associé aux musiques des dessins animés Jimmy Johnson, Inside the Whimsy Works, . Berlin avait composé de nombreuses chansons et décidé de créer sa propre société de gestion de droits la Irving Berlin Music indépendante des grandes maisons d'éditions phonographiques, société dirigée par Bourne. La gestion des droits des chansons des Silly Symphonies a donc été confiée à Bourne Jimmy Johnson, Inside the Whimsy Works, .
Une série sans héros
La particularité de la série est de ne pas avoir de héros récurrents comme le sont Mickey Mouse, Donald Duck ou Dingo. Elle contient toutefois quelques personnages apparaissant plusieurs fois, voire célèbres (cf. Personnages célèbres). Il est possible de chercher des thèmes ou personnages réguliers comme les insectes ou les nains, présents dans plusieurs Silly Symphonies, que ce soit au début ou dans d'autres plus tardives, mais cela n'est pas volontaire Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, , en dehors de la simplicité d'utilisation et surtout d'animation. Cela a permis un monde plus diversifié et plus proche de la fantaisie Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, .
Avec cette absence de héros, la série se veut presque une version plus mûre des Mickey Mouse de l'époque. Les Silly Symphonies avec, entre autres, les évocations des quatre saisons ( et en 1930) ou la magie des objets qui s'animent durant la nuit ( en 1930, en 1931) se retrouvent à l'opposé des scènes « fermières » de Bal de campagne (), Champ de bataille (), Concert rustique () ou Mickey laboureur () Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . Pour Steven Watts, la série des quatre saisons propose un traitement impressionniste du cycle de la nature, l'un des sujets des Silly Symphonies aux côtés de la mythologie, des contes de fées et des comédies fantastiques Steven Watts, The Magic Kingdom, . Elle essaye de capturer l'atmosphère et le décor de chaque saison avec un minimum d'effet comique Steven Watts, The Magic Kingdom, .
La série permet la réduction des contraintes scénaristiques imposées par les séries à personnages récurrents. L'équipe d'animation, habituée à ces contraintes, prend cette liberté comme un défi et essaye d'introduire des histoires et des personnages encore plus mémorables sur la seule durée d'un court métrage Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, . Maurice BessyWalt Disney, Maurice Bessy in Cinéma d'aujourd'hui (), indique que « ... le choix des sujets pour les films de Mickey est plus restreint que pour les Silly Symphonies où nous sommes dans le royaume de la fantaisie.»
Un autre point est aussi la dispense de ce qui est devenu une marque de fabrique Disney, la « personnalité d'animation », l'ensemble des petits éléments composant la gestuelle, le caractère du personnage et le rendant plus humain. Cette dispense a au sein du studio un résultat inverse, les animateurs insufflant dans la plupart des personnages un caractère fort.
Un univers de contes thumb|Le Joueur de flûte de Hamelin par Augustin von Moersperg (1592) L'année 1931 est aussi marquée par la transition vers une utilisation scénaristique des contes, légendes et autres histoires, le thème musical semblant avoir été cerné. La première Silly Symphony à utiliser une légende est Playful Pan (), basée sur la mythologie grecque. Mais c'est surtout avec Les Chansons de la mère l'oie (1931) que cette transition devient flagrante. Rappelons toutefois que Walt Disney avait déjà utilisé ces thèmes populaires avec les Laugh-O-Gram et quelques Alice Comedies. Les innovations, sonores puis graphiques, permettent alors d'adapter les contes traditionnels avec une atmosphère unique.
Russel Merritt and J. B. Kaufman qualifient la série de « premier Fantasyland de Walt Disney » Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, , le monde de la fantaisie. On peut toutefois rétorquer que le monde décrit n'est qu'une extension du Cartoonland des Alice Comedies et des mondes entrevus dans les séries d'Oswald le lapin chanceux et de Mickey Mouse.