vignette|droite|Esclaves noirs à Zabid (Yémen) au L'article traite des différentes formes d'esclavage qu'a connues l'île de Madagascar.

Histoire vignette|droite|Routes commerciales de l'Océan Indien (ancien) vignette|droite|Commerce somali vignette|droite|Aire de la langue kiswahili. vignette|droite|Expansion bantoue.

Servitude endogène Le terme malgache qui est utilisé pour désigner le dépendant est andevo ou ondevo; il dérive de l'austronésien et signifie littéralement « homme de la maison » et privée de "Hasina".

Il semble que l'esclavage ne se soit pas développé de lui-même à Madagascar, mais que des formes de dépendance existaient au sein même des premiers immigrants. Ces populations d'origine austronésienne sont venues d'Asie du sud-est et sont arrivées sur la terre malgache aux environs du . Après un certain temps d'acclimatation et d'adaptation à leur nouvel environnement, ces populations ont développé plusieurs formes de servitude (endogène). Les deux principales sont l'esclave domestique et le captif de guerre.

Traites esclavagistes entre le et le à Madagascar

Madagascar est entré assez tôt dans les circuits de traite esclavagiste ; tout d'abord au lorsque les Arabo-Swahilis (de culture swahili, et de l'ère shirazi) commencent à fréquenter la région entre Maintirano et le cap Masoala. Ils y créent un certain nombre de comptoirs commerciaux, principalement dans les baies de Boina, de Majunga (ou Mahajanga) et de Bombetoka. Ils ont des liaisons commerciales avec les Arabo-Swahilis de Zanzibar, Comores, Kilwa, Mogadiscio, Malindi, Pemba et Mombasa, permettant ainsi aux rois malgaches de participer à ce commerce. Ils échangent principalement des esclaves, du riz et de la cire contre des étoffes d'Inde et certainement d'autres marchandises.

Concurrences européennes aux

Viennent ensuite les Portugais, qui tentent au de s'insérer dans le commerce de la traite, mais y parviennent assez difficilement en raison de la présence importante de commerçants musulmans sur la côte ouest (pour la plupart d'origine arabo-swahilie). . Finalement, les Portugais réussissent à prendre contact directement avec certains mpanjaka pour acheter des esclaves et autres marchandises. Mais, contrairement aux musulmans qui les achètent, selon Filliot, environ 5 à 10 piastres l'un, les Portugais les paient plutôt environ 100 piastres.

À partir de 1595, les Hollandais commencent à fréquenter la côte occidentale, sans y pratiquer la traite, préférant aller commercer seuls sur la côte orientale, sans les Portugais et les commerçants musulmans. Au début, ils achètent des esclaves, du riz et du bétail dans la baie d'Antongil, où ils entretiennent pendant un moment un fortin, ce qui s'avère pratique car ils sont à l'époque installés à l'île Maurice. Puis ils se redirigent vers la côte occidentale, du côté de Saint-Augustin, Morondava, Mahajamba, Bombetoka, s'installant cette fois ci au Cap. Les Hollandais continuent à pratiquer la traite jusqu'à la fin du .

Les Anglais s'intéressent également à Madagascar, car celle-ci se trouve sur la route des Indes, leur permettant de s'y arrêter pour se reposer et s'approvisionner. Ils débarquent pour la première fois sur la côte Ouest à Saint-Augustin en 1604 pour se ravitailler en bois et en eau. De là, ils prennent l'habitude d'y faire escale et y acheter des esclaves et d'autres marchandises commercialisables ou leur étant nécessaires pour le voyage. Ils fréquentent le plus souvent Mahajunga, Nosy Be, la baie de Boina et les Radama. Mais le territoire leur paraît hostile, et ils ne souhaitent pas s'y installer. Ils cessent même complètement d'y aller dans la seconde moitié du , mis à part quelques capitaines aventuriers.

Les derniers arrivés sont les Français qui débarquent sur l'île au . Ils fréquentent la côte Est et principalement Fort-Dauphin, d'où ils sont chassés, avec bon nombre de femmes d'origine malgache et leurs enfants métis. Contrairement aux Portugais ou aux Hollandais, les Français ne pratiquent pas une traite régulière et méthodique. C'est au que la France s'intéresse plus concrètement à Madagascar, lorsqu'à cette période elle prend l'habitude de ravitailler ses plantations en riz, bétail et surtout en esclaves, essentiellement à Madagascar. En effet, au début du , l'île Bourbon devient une colonie française, qui très vite a besoin d'une main-d'œuvre importante à son service pour les plantations de café, suscitant une demande d'esclaves de plus en plus forte — à peu près jusqu'à la fin du , où la majorité des esclaves commencent à provenir de la côte swahili.

En France, les conditions de l'esclavage à Madagascar sont édulcorées. Les esclaves sont décrits comme effectuant des travaux peu exigeants et comme bien traités par leurs maîtres.

L'esclavage est aboli à Madagascar le , un mois et demi après l'annexion de l'île par la France. Bien qu'elle y ait pratiqué la traite esclavagiste entre la seconde moitié du jusqu'au , et qu'elle ait utilisé une importante main-d'œuvre malgache, en grande partie soumise au travail forcé, la France affirmait à l'époque qu'abolir l'esclavage était un acte .

La traite aux et

La traite française

Les premières tentatives d'implantation française remontent au . En 1638 la France envoie une première expédition pour explorer les côtes malgaches. En 1642, la Compagnie française de l'Orient est créée sous l'impulsion de Richelieu, permettant à Jacques Pronis en 1643 de tenter de s'installer à Sainte-Luce, puis à Fort-Dauphin. Ensuite c'est au tour de Flacourt et Martin successivement d'occuper ces postes. À la suite de plusieurs difficultés, les Français choisissent finalement de migrer vers l'île de la Réunion pour s'y implanter. Ce changement est coordonné avec la réorganisation de la politique étrangère par Colbert en 1664, qui fonde la Compagnie des Indes orientales (1664-1769).

C'est à partir de ce moment que Madagascar devient une sorte d'entrepôt pour le commerce de cette compagnie, et la principale source de ravitaillement pour la nouvelle colonie, l'île Bourbon. Madagascar va permettre de répondre à la demande croissante de main-d'œuvre, donc d'esclaves, puis de riz et de bétail.En 1689, le terme « esclave » apparaît pour la première fois dans un texte officiel d'instructions de Vauboulon.

Au , les Français tentent de créer des postes de traite sur la côte orientale pour répondre à ces besoins. Les principaux postes de traite sont la baie d'Antongil et Foulpointe, avec des postes secondaires à Fénérive, Sainte-Marie, Mananara, Angontsy et Mahambo. En 1715, lorsque les plantations de café apparaissent, la demande de main-d'œuvre augmente et un « plan d'exploitation rationnelle » est mis en place par l'économiste écossais John Law. Chaque planteur est assigné à cultiver dix plants de café, tout en bénéficiant de fonds pour acheter des graines et des esclaves. Une fois que ces plantations sont développées, d'autres apparaissent comme les poivriers, canneliers, cotonniers, rhubarbe, arbres à thé, etc.. Et le besoin d'esclaves double ; ainsi, entre 1718 et 1728, le nombre d'esclaves importés à l'île Bourbon passe de 200 à 600 par an.

Cette demande augmente encore sous l'impulsion de La Bourdonnais, gouverneur général entre 1735 et 1746, lorsqu'il développe de façon conséquente les ports des Mascareignes, dans le but de créer des bases navales susceptibles de servir dans le conflit anglo-français dans l'océan Indien. Il améliore aussi les conditions de chargement et de déchargement des marchandises, et développe plusieurs industries (tannerie, poudrerie, raffinerie, industrie de matériaux de construction). Filliot décompte à esclaves importés par an pendant son gouvernement (fraude comprise). Deux gouverneurs lui succèdent, qui continuent sur sa lancée jusqu'à la promulgation d'une ordonnance royale, le , autorisant le libre commerce pour tous les Français, au-delà du cap de Bonne-Espérance. Cette décision provoque une sorte de « boom économique » ainsi qu'un essor important de la traite esclavagiste, soit une multiplication par trois du nombre d'entrées d'esclaves entre 1769 et 1793.

La traite s'effectue par expédition régulière à Madagascar, sur le littoral du Mozambique actuel, à Kilwa et à Zanzibar. Conditions et déroulement des échanges

Malgré l'ampleur de la traite esclavagiste pratiquée par les Européens à Madagascar, celle-ci est lentement régularisée, et rationalisée en raison des conditions difficiles de mouillage sur la côte orientale de l'île.

En effet, le long du littoral les sites calmes et abrités, soit par une baie soit par une barrière de corail, sont rares. Pour ces raisons, par exemple, la baie d'Antongil ou Foulpointe, protégée par une grande barrière de corail, sont beaucoup fréquentées par les traitants étrangers. Le commerce se concentre entre le cap d'Ambre et Tamatave ; les principaux lieux de mouillage se situent à Tamatave, Foulpointe, Fénérive, Mahambo, Tintingue, Sainte-Marie, Mananara et la baie d'Antongil. Les marchandises sont le plus souvent des esclaves, du bétail et du riz ; la plus grosse production de riz est celle des Betanimena (au sud de Tamatave jusqu'à Iharana, passant par la baie d'Antongil et Foulpointe), et le commerce de bétail est monopolisé par les Bezanozanos et les Sakalaves.

Les Betsimisarakas sont les principaux intermédiaires avec les traitants européens du commerce sur la côte orientale, car ils y contrôlent la majorité des ports. Ils forment une sorte de confédération regroupant différentes communautés de la région, qui ont été unifiées à la fin du par un grand chef, filohabe, Ratsimilaho. Ses centres économiques sont Foulpointe, Fénérive puis Tamatave, mais Foulpointe est la plus fréquentée car elle offre non seulement un bon lieu de mouillage mais aussi une quantité suffisante, voire importante, de riz, d'esclaves et de bétail. Cela pousse même la France en 1756 à y installer un régisseur de traite pour structurer ce commerce, contre une rémunération de 10 % sur le commerce d'exportation de Foulpointe.

Lorsque Ratsimilaho meurt aux environs de 1750, la confédération passe aux mains de ses descendants et perd en puissance, car ces derniers ne réussissent pas à maintenir l'unité des Betsimisaraka. En conséquence, le commerce devient moins fructueux et moins organisé, et les Européens, toujours en demande d'esclaves, de riz et de bétail, utilisent la stratégie « diviser pour mieux régner » afin d'arriver à leurs fins. Ils provoquent des querelles entre les clans, afin de susciter des guerres et donc la prise de captifs qu'ils pourraient ensuite acheter. Il en découle une déstabilisation politique par des tensions entre lignages ou groupes de lignage et entre chefferies, une déstabilisation sociale avec une désintégration de la confédération Betsimisaraka et de multiples discordes, puis une déstabilisation économique car le commerce est d'autant plus désorganisé et la quantité de marchandises exportables bien moindre ; ce qui peut expliquer qu'à la fin du le commerce de traite est détourné vers la côte swahili, c'est-à-dire sur l'actuel littoral du Mozambique.