Les Éditions du Scorpion sont une maison d'édition française créée par Jean d'HalluinNé le 21 janvier 1923 à Rennes, Dossier de l'affaire "J'irai cracher sur vos tombes" en 1946. Elles sont surtout connues pour avoir publié les premiers romans de Vernon Sullivan alias Boris Vian.
Histoire
Première époque
En 1946, Jean d'Halluin crée les Éditions du Scorpion en hommage à sa femme Colette, née sous le signe astrologique du Scorpion. Les trois premiers titres publiés sont : un livre pour enfants, Rongetout-Trapue et Trotinette-Moustachue d’Alexis Remizov avec des illustrations de Jean Cagnard16 pages, format à l’italienne., et deux rééditions, Ferragus d'Honoré de Balzac et Miss Henriette Stralson du Marquis de Sade paru dans la collection « Cruauté ». Eschec par le fol de Claude Christians, livre annoncé en , n'a sûrement jamais été éditéD'après le bibliophile et collectionneur Frank Evrard..
Deuxième époque : l'ère Vian/Sullivan (1946-1951)
La véritable aventure du Scorpion commence avec la publication du quatrième titre : J'irai cracher sur vos tombes. Au début de l'été 1946, Boris fait la connaissance d'un jeune éditeur, Jean d'Halluin, un assidu du Flore qui vient de créer Les éditions du Scorpion. Jean demande à Boris de lui faire un livre dans le genre de Tropique du Cancer de Henry Miller qui plaît beaucoup. En quinze jours, du 5 au , Vian s'amuse à plagier la manière des romans noirs américains, avec des scènes érotiques dont il dit qu'elles
Alain Vian, frère de Boris, raconte la première rencontre entre Jean d'Halluin et Vian : Alain Vian restitue à sa manière le dialogue entre Jean d’Halluin et Boris Vian : Le « truc » sera J’irai cracher sur vos tombes dont le titre initial était J’irai danser sur vos tombes, écrit entre le 5 et le . L’idée de remplacer « danser » par « cracher » vient de Michelle Léglise, la première femme de Vian. Le sujet du roman a été fourni à Boris par une enquête parue dans l'hebdomadaire américain Collier's où Herbert AsburyJournaliste américain et auteur de romans noirs. explique qu'environ deux millions de Noirs américains auraient franchi la color line, ce qui leur permettrait d'obtenir le statut de blanc par décret administratif, affirmant qu'en 1946, cinq à huit millions de blancs ont du sang noir.
La grande époque du Scorpion avec le logo du scorpion rouge en quatrième de couverture ou, exceptionnellement, du Scorpion astrologique bleu pour le livre couleur blanc cassé de Raymond Guérin est lancée. Dans son Manuel de Saint-Germain des Prés, Vian nous renseigne sur le couple des éditeurs : Voici ce que nous apprenons sur Jean d’Halluin lors du procès de J’irai cracher sur vos tombes de la bouche d’André Berry : Plus intéressant est ce commentaire d’André Berry concernant les débuts de d’Halluin dans l’édition :
Raymond Queneau définit parfaitement les premières années des éditions du Scorpion :
L'esprit de la deuxième époque
thumb|L'une des marques de la maison. Les livres sont majoritairement rouges et noirs, avec des explosions de titres aux polices variées, à quelques exceptions près signalées en commentaires dans la liste. Ils s’ornent d’un joli scorpion rouge stylisé en quatrième de couverture. Le catalogue comporte de très grandes signatures, souvent sous pseudonymes. C’est l’âge d’or des éditions de Jean d’Halluin.
Un des grands pièges des catalogues du Scorpion est la mention de livres qui n’existent pas et n’ont jamais existéLes Casseurs de Colombes de Boris Vian qui est à l’origine du roman humoristique Bison Ravi et le Scorpion rouge écrit par François Darnaudet et paru chez Mare Nostrum en 2009., de livres qui n’existent pas en Scorpion mais ont peut-être connu une publication ultérieure sous un autre titreJ’ai eu ma part de John Amila ou ont été finalement édités chez d’autres éditeursLe troisième tome de la trilogie noire de Léo Malet : Sueurs aux tripes ainsi que Le Faune de marbre de Nathaniel Hawthorne.
On notera que cette époque dorée où les bons auteurs sont légion (Vian, Queneau, Guérin, Hyvernaud, Malet et dans une moindre mesure, Narcejac, Chase, Maurice Raphaël, Audouard et Padgett) correspond à la période des sept publications de Boris Vian et à l’annonce de la huitième qui ne viendra jamais. Le départ de Vian marque la fin de ces années fastes. Évidemment, les poursuites judiciaires concernant les deux premiers Sullivan ont laissé des séquelles dans le couple auteur/éditeur formé par Vian/d’Halluin.
Boris Vian brosse un portrait de Jean d'Halluin dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés :
Troisième époque (1951-1966)
Les couvertures rouges et noires ainsi que le scorpion rouge au dos de quatrième disparaissent. Les formats sont aléatoires, Les illustrateurs comme Brenot plus réalistes.
Les auteurs sont de notoriété très inégale. Le catalogue perd en renommée malgré quelques jolis coups éditoriaux (Paul Malar, Maurice Dekobra, Anne Mariel, Marise Querlin, Yves de Mellis) ou littéraires (James Cain, Georges Arnaud). Jean d’Halluin n’a plus de ligne éditoriale apparente : des mémoires de guerre côtoient des livres coquins (Christian Coffinet), des romans d’aventures et des études géographiques. On trouve même des biographies de grands musiciens et de la science-fiction française (Louis Thirion, Jacques Sadoul, Dominique Rocher).
Des ouvrages à compte d’auteur difficilement identifiables parasitent le catalogue dès 1956. Ils ne seront reconnaissables qu’à partir de 1967.
Quatrième époque (1967-1969)
Pour gagner de l’argent, le frère de Jean d’Halluin décide de faire officiellement du compte d’auteur en parallèle avec du compte d’éditeur. Les éditions du Scorpion deviennent donc parfois : Éditions du Scorpion, Promotion et édition.
Un procès dont les frères d'Halluin sont absents met officiellement fin aux éditions du Scorpion en 1969.
Criblé de dettes, Jean d’Halluin meurt en , à cinquante-sept ans.
Bibliographie
Manuel de Saint-Germain-des-Prés, Boris Vian, Livre de Poche
Waterloo, morne plaine, Louis Thirion, 1964 Les Vies parallèles de Boris Vian, Noël Arnaud, Livre de Poche,
Boris Vian. La vie contre, Marc Lapprand, Éditions A.-G. Nizet & Presses de l’Université d’Ottawa, 1993 Boris Vian « Si j’étais pohéteû », Marc Lapprand et François Roulmann, Découvertes Gallimard , 2009 Boris Vian, Vérité et légendes, Frédéric Richaud, Paris, Le Chêne, 1999 Trésors du roman policier, Jacques Bisceglia, éditions de l’Amateur, 1985-1986 C’est dans la poche !, mémoires, Jacques Sadoul, Bragelonne, 2006 La peau et les os, de l’édition à la réception, Société des Lecteurs de Georges Hyvernaud, Guy Durliat, Catalogue n°1 « Spécial Boris Vian », La librairie Faustroll, Christophe Champion, Bison Ravi et le Scorpion rouge, Darnaudet, Mare Nostrum éd., 2009 Bison Ravi et le Scorpion rouge : à la recherche du Vian perdu, François Darnaudet, version longue du titre précédent, Amazon/Kindle, 2013 Darnaudet et Borgers, Les éditions du Scorpion (1946-1969) : de Boris Vian à Maurice Dekobra suivi de Boris Vian, le pasticheur plagié : un plagiat britannique de Vernon Sullivan, Étienne Borgers, e-book Kindle, 2012 et en version papier avec illustrations couleurs, Amazon, 2018 Capharnaüm numéro 4, Les éditions du Scorpion, Guy Durliat et Thierry Boizet, éditions Finitude, 2013
Notes et références
Notes
Références
Liens externes
Les métamorphoses du Scorpion (À la recherche du catalogue des Éditions du Scorpion) Boris Vian à la recherche de Vernon Sullivan (Les traductions anglaises de J'irai cracher sur vos tombes) par Étienne Borgers ''Un curieux inédit de Jean Forton : La Ville fermée ou l’apprentissage de l’écriture, Catherine Rabier-Darnaudet
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